Est-ce que c’est correct de tenir une bibliothèque illégale dans mon école?


C’est la rentrée scolaire. Nos rêves, comme les élèves, comme les cahiers, sont tout neufs. Racontez-nous professeur(e)s, écrivain(e)s, journalistes, blogueurs, blogueuses, une bonne histoire, le mythe de notre temps.

En attendant vos fables, je vous propose une lettre trouvée sur le web qui pourrait bien servir de nappe pour mettre la table d’une bonne histoire à servir.

Il s’agit d’une lettre publiée par la voie du service de questions-réponses Yahoo! Answers et qui implique une mise en scène publique déroutante.

Est-elle vraie ou fausse ? Je ne sais pas. C’est John Blyberg sur Twitter qui l’a répercutée. On pourrait sans trop d’efforts suspecter un canular littéraire. Quoiqu’il en soit, ce témoignage remonte à trois ans, mais peu importe la date, quand le récit est bon, on se contente de dire…il était une fois. Le message contient tout ce qu’il faut d’ingrédients pour créer une intrigue sucrée-salée à destination des ados ou…des bibliothécaires que l’odeur de la censure affole.

L’art épistolaire est ici pratiqué par Nekochan qui se présente comme une jeune fille fréquentant un high school privé. Nekochan adresse cette question à qui veut bien l’entendre (à l’exclusion de ses parents et de ses enseignants):

Is it OK to run an illegal library from my locker at school?

Et la conteuse ingénue enchaîne sur le ton de la confidence qui frise la confession:

Let me explain.

I go to a private school that is rather strict. Recently, the principal and school teacher council released a (very long) list of books we’re not allowed to read. I was absolutely appalled, because a large number of the books were classics and others that are my favorites. One of my personal favorites, The Catcher in the Rye, was on the list, so I decided to bring it to school to see if I would really get in trouble. Well… I did but not too much. Then (surprise!) a boy in my English class asked if he could borrow the book, because he heard it was very good AND it was banned! This happened a lot and my locker got to overflowing with the banned books, so I decided to put the unoccupied locker next to me to a good use. I now have 62 books in that locker, about half of what was on the list. I took care only to bring the books with literary quality. Some of these books are:

>The Perks of Being a Wallflower
>His Dark Materials trilogy
>Sabriel
>The Canterbury Tales
>Candide
>The Divine Comedy
>Paradise Lost
>The Godfather
>Mort
>Interview with the Vampire
>The Hunger Games
>The Hitchhikers Guide to the Galaxy
>A Connecticut Yankee in King Arthur’s Court
>Animal Farm
>The Witches
>Shade’s Children
>The Evolution of Man
> the Holy Qu’ran
… and lots more.

Anyway, I now operate a little mini-library that no one has access to but myself. Practically a real library, because I keep an inventory log and give people due dates and everything. I would be in so much trouble if I got caught, but I think it’s the right thing to do because before I started, almost no kid at school but myself took an active interest in reading! Now not only are all the kids reading the banned books, but go out of their way to read anything they can get their hands on. So I’m doing a good thing, right? Oh, and since you’re probably wondering « Why can’t you just go to a local library and check out the books? » most of the kids are too chicken or their parents won’t let them but the books. I think that people should have open minds. Most of the books were banned because they contained information that opposed Catholisism. I limit my ‘library’ to only the sophmores, juniors and seniors just in case so you can’t say I’m exposing young people to materiel they’re not mature enough for. But is what I’m doing wrong because parents and teachers don’t know about it and might not like it, or is it a good thing because I am starting appreciation of the classics and truly good novels (Not just fad novels like Twilight) in my generation?

Cette liste a l’air tout droit sortie des cartons de l’American Library Association pendant la Banned Books Week. (Et, en passant, on est impressionné par la présence de ce nouvel organe de surveillance, le Censorhip Watch, qui sonne l’alerte lorsque des cas de censure sont rapportés dans les établissements d’éducation américains. Est-ce qu’un tel service serait utile ici? Je n’ai jamais pu savoir si on ne pratiquait jamais la censure au Québec ou bien si on ne la dénonçait pas – tout simplement parce que personne n’en fait la surveillance, ni l’Union des écrivains, ni la Corporation des bibliothécaires. Heureusement que tous les cent ans, à peu près, certains de la guilde se réveillent et nous rappellent soudainement que nous sommes Libres de lire).

Cependant, la raison pour laquelle j’exclus que ce soit une contre-façon, un coup monté par des bibliothécaires zélés appartenant à l’une des cellules internationales de Freedom to Read, tient au fait que l’auteure réponde à la censure par la censure, et donc en excluant des oeuvres, comme Twilight par exemple. Impossible d’associer un membre de la profession avec un geste qui représenterait une forme d’auto-réfutation. Il faut construire un autre appareil de déductions s’il y a lieu. Des hypothèses ?

Dans un autre ordre d’idées (ou presque), je me suis mise à imaginer quand la cloche a sonné, un monde au-delà des échanges de fichiers musicaux, le monde du trafic des livres numériques entre les casiers, entre les nouveaux amis, entre le bien et le mal, entre chien et loup…la bibliothèque des derniers interdits.

Si les canulars littéraires ou les bibliothèques fictives vous intéressent :

¡ La photo Student at Work at Senior High School in New Ulm, Minnesota the Town Is a County Seat Trading Center of 13,000 in a Farming Area of South Central Minnesota…provient de la galerie de The U.S. National Archives. Licence : Aucune restriction de copyright connue [?] source : Flickr |

5 thoughts

  1. Humm…l’histoire semble un tantinet farfelue, mais les américains n’en sont pas à une incongruence près. Rien comme l’illégal pour susciter l’intérêt. Ces livres seront plus lus que jamais et cette jeune bibliothécaire se fera prendre très rapidement. Sa réaction est toutefois très correcte.

  2. Nekochan = Neko (chat) + chan (diminutif affectueux) en japonais. On pourrait t’appeler bibliochan.

    Pour ce qui est de la censure et de ce que l’on ne voit pas. On catégorise souvent de censure quelque chose qui a été retiré de nos limites acceptables de tolérance. Et on catégorise de « curation » (ou commissariat) ce qui est dans nos limites acceptables et que l’on juge faisant partie d’un grand tout. Ce qui est intéressant c’est que ce processus de sélection est très significatif de l’image du monde que l’on souhaite. La « jeune fille » censure Twilight de sa bibliothèque.

    Pour les bibliothèques au Québec, il serait en effet intéressant d’avoir la liste des ouvrages refusés et la raison du refus. Donc plutôt que de qualifier de censure tout de suite, comprendre le processus de sélection qualitative et sa motivation. Ce processus peut révéler l’image du monde que se fait la bibliothèque en question.

    Une autre visualisation amusante qui pourrait être réalisée est de prendre les catalogues des différentes bibliothèques et de représenter les catégories de chacune en distribution normale. Ainsi certaines bibliothèques auraient des distributions plus fortes dans certains domaines que dans d’autres (question de personnalités de l’équipe ? Du lieu et des besoins locaux immédiats ? De la communauté courante ?)

    Une autre chose peut-être intéressante, l’évolution du catalogue à travers les années et comment les catégories changent en fonction des époques historiques et/ou de la modification du tissu social local.

  3. Lorsque j’ai fait mon secondaire, dans les années 1990, Stendhal, Dostoïevski et autres auteurs « immoraux » étaient encore à l’index…

  4. En ce qui concerne la censure au Québec, il y en a dans les bibliothèques scolaires et dans les bibliothèques de classe. En tant qu’ancienne libraire j’ai pu voir certains cas° la bd Lou ramenée par une conseillère pédagogique parce qu’il était question d’une mère célibataire, qu’on la voit embrasser un homme et que sa fille semble plus « adulte » qu’elle.
    Ou encore l’album Yakouba refusé parce que cela traite de l’esclavage et que cela va choquer les enfants noirs de la classe, ou encore des livres où le bibliothécaire va retirer des pages. Censure, oui, mais elle n’est pas dénoncée

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