Bibliothèques du 21e siècle, Wikipédia et post-vérité

Voici des supports de présentation réalisés pour l’école d’été du numérique 2018 à la Bibliothèque nationale d’Haïti. D’autres contenus sont disponibles sur cette page.

Le volet contributif de cet événement a été abordé dans l’article « Organiser la participation aux communs avec Wikipédia : L’expérience de l’École d’été du numérique à Port-au-Prince ».

Organiser la participation aux communs avec Wikipédia : L’expérience de l’École d’été du numérique à Port-au-Prince

 

Je reviens de Port-au-Prince où j’ai participé avec des collègues à la seconde édition de l’École d’été du numérique principalement dédiée aux projets wikimédiens et OpenStreetMap. Cette initiative visait, telle que conçue avec les partenaires locaux, à mobiliser et à sensibiliser les participant.e.s, issu.e.s des milieux documentaires pour la plupart, aux communs numériques de même qu’à renforcer la présence d’Haïti dans les projets wikimédiens à travers la création d’un réseau de contribution.

Les défis n’ont pas manqué et la situation explosive, suite aux soulèvements provoqués par la hausse du prix de l’essence #gazmonte, a entraîné son lot de complications imprévues. Malgré tout, je n’avais pas eu l’occasion jusqu’à ce jour d’assister à un atelier contributif qui se soit avéré aussi productif dans le cadre d’une formation. Il est possible de consulter les résultats du tableau de bord, bien que ces données fournissent une évaluation exclusivement quantitative de l’activité, afin d’en apprécier les retombées.

L’équipe avait fait le choix d’arriver quelques jours avant le début de l’École dans le but d’entamer le dialogue interculturel nécessaire avec les principaux organisateurs locaux (Bibliothèque nationale d’Haïti, Réseau des jeunes bénévoles des Classiques des sciences sociales/REJEBECCS, l’Université Unitech, Bibliothecom) et d’adapter le projet pédagogique aux intentions et à la situation locale.  

Tableau de bord de l’École d’été du numérique

Une quarantaine de participant.e.s étaient attendu.e.s à la Bibliothèque nationale d’Haïti qui accueillait l’événement : Plus de quatre-vingt-dix personnes sont venu.e.s. Les premières journées ont été consacrées à la contextualisation des apprentissages en termes de communs et de savoirs libres, notamment en bibliothèque, ainsi qu’aux projets Wikipédia (en français et en créole), Commons, Lingua Libre et OpenStreetMap. À la fin de la semaine, d’autres contenus liés aux questions d’archivage numérique et à Wikidata ont aussi été présentés.

Je vais revenir plus particulièrement sur le volet pratique de l’événement et le modèle de travail collaboratif qui a été expérimenté au moment de contribuer à Wikipédia. Car il a fallu trouver un dispositif qui tienne compte de contraintes assez sérieuses, soit un nombre considérablement plus élevé de participant.e.s que dans les ateliers contributifs habituels (avec une trentaine de personnes et moins) et un nombre réduit de formateurs disponibles, et puis le fait que tout ce beau monde était desservi par une connexion instable.

Cette expérience nous renvoie au problème de l’organisation de la participation dans les activités contributives wikimédiennes destinées aux nouveaux et aux nouvelles, ainsi qu’à leur impact réel. D’entrée de jeu, je serai tenté de dire que les wikimédien.e.s accordent assez peu d’attention au savoir-faire en matière de méthodes participatives assumant que ces configurations relèvent des soft skills qui sont jugées secondaires par rapport aux connaissances techniques liées aux plates-formes des projets.

Dans la même veine, l’importance que l’on devrait accorder à la contextualisation du projet encyclopédique wikipédien, en le comparant avec ceux qui sont portés par d’autres encyclopédies, qu’elles soient traditionnelles ou classiques, peut aussi faire l’objet de débats entre les responsables des formations; mais pour les fins de cet article, je n’insisterai pas sur cet aspect sinon pour affirmer ma conviction que cette mise en perspective horizontale et verticale n’est pas négligeable et qu’elle apporte une légitimation qui joue un rôle pédagogique stratégique.

Si on se concentre plutôt sur les configurations pédagogiques, notamment sur l’exemple des editathons qui constituent le modèle d’apprentissage wikimédien standardisé, il semble que les retombées effectives de celui-ci restent encore à être démontrées, comme le suggérait la communication de Andrew Lih et Ryan McGrady à Wikimania en 2017. Les editathons incarnent l’appareil le plus répandu pour rejoindre les nouveaux publics, avec des qualités indéniables pour assurer la mobilisation et le call to action; ils sont aussi relativement peu exigeants en termes de préparation, reposant sur un canevas bien ficelé, facile à reproduire , et ils sont suffisamment attrayants pour capter l’attention des médias. Mais les limites de ce qui est devenu le format canonique pour enseigner Wikipédia au public sont assez bien connues et, surtout, son impact n’est pas encore tout à fait « clair » :

there are well-known limitations to this model. Though successful for public relations, generating enthusiasm, gathering data about new users, and educating people about the site, the relative impact on Wikipedia — in contributing high-quality content or recruiting new active editors — is unclear. Similarly, the type and manner of contributions are necessarily constrained, with each individual encouraged to learn about Wikipedia and attempt direct contribution during a typically brief block of time — leaving out other types of contributions. (Andrew Lih et Ryan McGrady, « Edit-a-thons have emerged as the most popular form of Wikipedia outreach. But should they be? », Wikimania, 2017)

De fait, le plan de match pour la partie hands-on de cette École du numérique n’était pas précisément d’organiser un editathon, mais le format pressenti, typiquement individualiste, demeurait essentiellement le même. Selon l’hypothèse de départ, et à la suite des présentations d’usage, il était prévu que chaque participant.e travaillerait individuellement sur un sujet de son choix dans son propre espace brouillon, plutôt qu’en contribution directe, que ce soit sur Fr.wiki ou Ht.wiki. Le choix de travailler dans l’espace brouillon était motivé par l’intolérance croissante des patrouilles à l’égard des nouveaux et des nouvelles. Une liste d’articles portant sur Haïti existant déjà dans la version anglophone, mais qui n’étaient pas encore couverts dans la version Fr, ou dans la version Ht, avaient été identifiés préalablement et pouvaient servir de ressources pour la pige des sujets.

Malheureusement, ce type d’approche individuelle requiert un accompagnement aussi individualisé. On cherche alors, autant que possible, à s’approcher du modèle en binôme permettant un soutien one-on-one (un.e novice avec un.e wikimédien.ne plus expérimenté.e). Dans le cas de cette activité où deux formatrices seulement étaient vraisemblablement disponibles pour près de 75 participan.t.e.s — les deux autres conduisant une chasse photographique (Wikicommons) et une cartopartie (OpenStreetMap) avec le reste du groupe — l’approche individuelle semblait vouée à un échec mathématique. Par ailleurs, il fallait aussi éviter que l’ensemble du groupe soit connecté en même temps pour limiter la pression sur le réseau et ne pas risquer de compromettre l’expérience de contribution par des ralentissements ou des décrochages du côté d’Internet.

L’hypothèse a été de mettre à profit des techniques d’apprentissage/travail collaboratif, inspirées plus particulièrement de la composition des équipes mixtes en design thinking. Le pari a été de réunir des personnes issues des milieux variés et de répartir des rôles en fonction des expériences et des compétences.  Les différents rôles ont été proposé à titre suggestif, et on pouvait procéder à la répartition avec flexibilité (en excluant certaines propositions de rôle ou les combinant) :

  1. ÉCRIVAIN.E : Chargé.e. de la rédaction du contenu (en dehors de l’interface wikipédia).
  2. ÉDIT.EUR.RICE WIKI : Chargé.e d’intégrer le contenu dans l’interface wikipédia ainsi que des enjeux d’admissiblité.
  3. DOCUMENTALISTE 1 et 2  : Chargé.e.s de trouver les contenus précis et pertinents dans les ressources et d’identifier les sources.
  4. SOURC.EUR.EUSE : Chargé.e d’intégrer les références, les liens internes et externes dans l’interface d’édition.
  5. WIKIFICAT.EUR.TRICE : Chargé.e des portails, des catégories, des infobox.
  6. COMMONER : Chargé.e de la recherche d’images dans Commons (ou de la création si nécessaire).
  7. WIKIDATIEN.NE : Chargé de créer l’élément wikidata correspondant.
  8. COORDONNAT.EUR.RICE : Chargé.e d’animer et de faciliter la réalisation des actions.
  9. AIDE : Chargé.e de trouver les réponses aux questions et aux blocages. 

Il faut aussi savoir que les bibliothécaires de la Bibliothèque nationale d’Haïti ont agi, et de manière exemplaire, à titre de embedded librarians en fournissant aux équipes les ouvrages nécessaires pour conduire les recherches sur les contenus. Par conséquent, il convient d’ajouter aussi ce rôle – qui n’avait pas été explicitement désigné au moment de conduire l’activité – au sein de cet aréopage .

10. BIBLIOTHÉCAIRE : Chargé.e de trouver les ressources et les ouvrages nécessaires à la production de contenus.

L’avantage de cette configuration résidait, entre autres, dans le fait qu’un seul ordinateur par table était connecté sur le wifi et ouvert sur la page de l’article Wikipédia à modifier sur laquelle, et selon leurs rôles, les contributeurs et les contributrices se succédaient à leur tour.

Au lieu de s’en remettre à une liste de sujets générée automatiquement dont la pertinence n’était pas assurée, nous avons puisé des informations dans les propositions faites par les participant.e.s au moment du brise-glace. À cette étape initiale, nous avions demandé aux participant.e.s de prendre un moment, en mode introspectif, pour identifier des passions ou des intérêts susceptibles de les engager et de soutenir leur motivation à contribuer. La récolte avait été fort riche, et sa présentation sur un mur avait permis de percevoir et de reconnaître les envies de contribution et de valorisation des savoirs haïtiens de même que la portée de cette oeuvre collective. Les sujets étaient principalement associés à la culture populaire en lien avec la musique, la danse, le cinéma, la littérature, la cuisine, le sport incluant, de façon prévisible, le monde des bibliothèques. Ce sont des instances reliées à ces sujets qui ont été amenées pour créer ou modifier des articles dans chacune des équipes, par exemple : la soupe Joumou, l’écrivaine Kettly Mars, le Racing Club Haitienla Bibliothèque nationale d’Haïti, le Konpa dirèkPort-au-Prince/Pòtoprens, etc. 

La soupe joumou, Par Lëa-Kim Châteauneuf [CC BY-SA 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0)%5D, de Wikimedia Commons

Est-ce qu’on croyait vraiment que ça allait fonctionner ? Pas tout à fait, même si, à bien des égards, l’intensité de la formation avait largement dépassé le cadre habituel des ateliers contributifs. On espérait qu’un bon nombre d’équipes soient relativement opérationnelles… La vérité, c’est que toutes les équipes ont relevé le défi. Lors de la plénière qui a été ajoutée pour un partage public des projets, toutes les équipes ont présenté des contributions qui allaient au-delà de nos attentes et des résultats généralement rencontrés au sein des ateliers contributifs. La plupart des équipes ont investi la plateforme en créole, où les possibilités de contribution sont considérables, en choisissant du même coup de poser une action en faveur de la décolonisation de la culture haïtienne.

Mouvement de danse Kompa Par Lëa-Kim Châteauneuf [CC BY-SA 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0)%5D, de Wikimedia Commons

Ce modèle de co-édition présente des affinités naturelles avec la philosophie des communs. On y retrouve le profil d’une communauté s’auto-organisant (à petite échelle), s’appuyant sur ses capacités et investie dans la création de communs qui ont une valeur significative pour elle. Cette pratique du travail en commun s’avérait aussi susceptible d’installer un souci et une responsabilité partagés pour la culture locale ainsi qu’un sentiment d’appartenance amplifiée par ces émotions sociales singulières qui accompagnent une création ou un projet collectif. Cette approche permet, par ailleurs, de rendre visible en live les bénéfices de l’intelligence collaborative, qui est un des référentiels épistémologiques fondamentaux de la wikiway, par le biais d’un dispositif permettant d’aller plus loin que l’action individuelle ne l’aurait permis. 

Elle permet enfin de distribuer l’effort, mais peut-être surtout d’explorer, en les incarnant, le registre assez étendu des compétences qui sont à maîtriser pour collaborer à Wikipédia en réalisant un accomplissement plus gratifiant puisqu’il rend possible de modifier ou de créer un article (si un.e des membres possède un compte depuis suffisamment de temps ou si cette intervention se déroule dans un espace wiki comme Ht.wiki) au lieu de se consacrer à la correction des virgules ou des fautes d’orthographe, qui sont en voie de devenir les rares avenues accessibles aux nouveaux et nouvelles. Il y a des profils pour la correction des virgules ou des fautes d’orthographe, et ce n’est pas un jugement sur la valeur des contributions qui ont toutes, à leur façon, une importance capitale. Par contre, lorsque l’on fait la promotion des événements en prétendant que les actions feront une différence dans la valorisation du patrimoine et des savoirs locaux, et qu’on finit par faire de la révision linguistique, il y a un décalage et une promesse qui risque d’être déçue.

Wikipédia devient plus fiable, capable de résister aux fausses nouvelles grâce à ses règles qui sont appliquées avec une vigilance qui va en s’accentuant du côté des éditeurs et des éditrices; mais la contre-finalité de ce zèle est de créer un « obstacle à l’entrée » : « Il y a une politique stricte sur Wikipedia que les gens voient comme un véritable obstacle à l’entrée pour pouvoir commencer à éditer, parce qu’il y a une énorme phase d’apprentissage…Si tu sources un blog, un site personnel ou un truc du genre, cela va rapidement mordre la poussière. » (« Pourquoi Wikipedia reste fiable dans un monde de fausses informations », repéré par Robin Panfili, Slate.fr) « Mordre la poussière » n’est pas un dispositif d’accueil particulièrement engageant pour les apprenant.e.s. Or, il est difficile de voir comment il serait possible d’agir sur les règles, ou leur assouplissement, à l’ère du syndrome des fausses nouvelles. Quelles sont les options si on préoccupe des activités de outreach et de l’accompagnement des apprentissages des aspirant.e.s wikimédiennes ? L’expérience de l’atelier en co-édition de l’École du numérique de Port-au-Prince révèle qu’il y a encore des prototypes de participation organisée à expérimenter, des réflexions possibles à mener du côté du design des dispositifs pédagogiques des communs wikimédiens et des soft skills à cultiver pour la conception de ces nouvelles configurations. Il y a aussi, pour une activité de ce type comme pour d’autres en lien avec la littératie numérique en bibliothèque et dans lequel celle-ci s’insère, des outils d’évaluation de l’impact à élaborer pour soutenir le développement des communautés numériques.

Quelques remarques et informations complémentaires au sujet de cette initiative 

Rency Michel Inson, coordonnateur du REJEBECCS au moment de créer le Projet:Haïti

Le REJEBECCS, par l’entremise de son coordonnateur, Rency Michel Inson, a annoncé son intention de créer un groupe d’utilisateurs Wikimedia en vue de fonder à terme un chapitre Wikimedia Ayiti. La Bibliothèque nationale d’Haïti a indiqué son intention de poursuivre la collaboration avec les porteurs du projet REJEBECCS-Haïti. La nouvelle bibliothèque publique de Pétionville a aussi exprimé le souhait de collaborer et d’accueillir des cafés wiki au sein de son espace médiathèque. 

De très nombreux participant.e.s ont exprimé des besoins en matière de professionnalisation du métier tant du côté des bibliothèques que des archives; ce qui nous amène à réfléchir aux

DiZ0x3fXcAAjtw0

Avec Franceline Cadet Robas, directrice de la BNH (crédit photo : Jimmy Borgella)

moyens d’aborder les cours ou la formation continue dans une perspective globale de manière, en d’autres termes, à rendre accessibles les contenus pédagogiques aux étudiant.e.s et aux professionnel.le.s des Sud. Le sujet de la professionnalisation a fait l’objet d’une des revendications principales lors des Assises nationales des bibliothèques menées en 2017 en Haïti.

L’équipe de formation de l’École d’été du numérique, deuxième édition, était composée de Simon Villeneuve (Cégep de Chicoutimi), Lëa-Kim Châteauneuf (Wikimédia Canada), Marina Gallet (Cinémathèque québécoise), Pierre Choffet (OPenStreetMap) et moi-même (EBSI, Wikimédia Canada). Deux autres conférences se sont ajoutées au programme, l’une sur L’environnement et le numérique (à l’UNITECH) et une seconde sur Les enjeux et modèles du numérique dans une perspective philosophique (à Jacmel).  Une troisième conférence prévue a dû être annulée en raison des émeutes.

Des partenaires de WikiFranca (Wikimedia France, Wikimedia Suisse, Wikimedia Belgium) ont fait part cette semaine (le 23 juillet) de leur décision d’accepter la demande de micro-financement pour l’École du numérique.

D’autres liens  :

Dans les médias sociaux et les journaux :

 

 

 

4 vidéos qui célèbrent la Semaine du libre accès dans les universités québécoises #OAW

C’est la 10e Semaine internationale du libre accès jusqu’au 27 octobre. Comment en faire la promotion? Parmi les possibilités, celle d’aider les universitaires à déposer leurs articles et leurs travaux dans un dépôt institutionnel s’impose. Florence Piron, professeure à l’Université Laval, a lancé l’idée de créer une vidéo éducative. Quatre universités québécoises ont relevé le défi. D’abord, ne manquez pas la vidéo promotionnelle de l’Université McGill créée par K. Jane Burpee. Très chouette !

Des tutoriels pour les archives ouvertes


La vidéo de l’Université Laval créée par Florence Piron et déposée sur la chaine YouTube des bibliothèques.


La vidéo de l’Université Concordia créée par Danielle Dennie. Elle est aussi accessible ici.


Et voici ma contribution avec ce tutoriel qui montre comment on peut déposer en quelques minutes un document dans Papyrus, le dépôt institutionnel de l’Université de Montréal. La vidéo est également annoncée dans les Nouvelles de même que sur la page Papyrus de l’EBSI.

 

#wikimania Le modèle d’une pratique professionnelle alternative à bâtir avec les GLAMs

Wikimania, le congrès annuel réunissant la planète wikimédienne s’est déroulé du 9 au 13 août dernier. La tenue de Wikimania a eu son effet dans la communauté des bibliothèques et des archives au Québec. Pas seulement chez nos collègues QC, bien sûr, puisqu’un aréopage de plusieurs dizaines d’entre eux/elles a convergé vers Montréal, en provenance du monde entier avec le loisir de se constituer un programme professionnel sur mesure. Comme une collègue l’a souligné : « Wikimania, c’est vraiment un bon congrès de bibliothécaires ». Et un congrès ne serait pas bon s’il ne nous donnait pas rendez-vous avec quelques questions de fond sur le thème principal, mais aussi sur le sens de la profession, et parfois même au-delà.

Après plusieurs années de fréquentation, cet événement a été l’occasion de faire le point sur la relation entre les bibliothèques QC et les projets de la Fondation Wikimédia. Les conférences de Maureen Clapperton et d’Hélène Laverdure avec Frédéric Giulano ont bien montré l’étendue et la pertinence de ce partenariat entre Bibliothèque et archives nationales du Québec et Wikimedia Canada. Dans une autre perspective, la conférence de Ivan Filion, directeur des bibliothèques de Montréal, présentait le bilan de quelques années d’exploration de la wikiway en bibliothèque publique en s’appuyant sur le bagage d’une vingtaine d’ateliers contributifs – ce qui est considérable pour la même institution. À la lumière de ces constats, une seconde phase est envisagée pour ce réseau à travers : 1. une nouvelle série d’ateliers contributifs ; 2. une journée de coapprentissage « bibliothèques et Wikipédia » pour les membres du personnel intéressé.e.s ; 3. des initiatives événementielles qui soutiendraient, de façon inédite, la création de communs ; et un rôle particulièrement attentif visant à renforcer 4. la présence de la culture littéraire montréalaise, québécoise ainsi celle de l’histoire locale sur Wikipédia.

Mon collègue François Charbonnier et moi avons pris le relais pour présenter la généalogie de nos expériences en matière de design des communautés numériques et l’évolution de la configuration sociale de nos ateliers impliquant à la fois Wikipédia et OpenStreetMap. Jean-Michel Lapointe (bibliothèque centrale de l’UQAM) a clôturé la session des intervenants locaux par une réflexion sur les  cultures éditoriales : savantes, étudiantes et wikipédiennes, à partir de ses observations sur elles, en exposant le potentiel d’enrichissement mutuel découlant de leur, souvent improbable, cohabitation.

On peut visionner en différé plusieurs des présentations et avoir accès aux diapositives. L’ensemble des produits des conférences est rassemblé sur le site de Wikimania.

Dans la foulée de ces communications, un atelier Wikipédia aime les bibliothèques  (WAB) avait lieu à guichet fermé inspiré des initiatives Wikipedia loves Libraries lesquelles visent à accélérer la convergence de ces deux partenaires depuis 2013. Organisée en collaboration avec l’EBSI, les bibliothèques de Montréal et le Café des savoirs libres, trente-sept participant.e.s prenaient part à cette activité qui voulait à rassembler le personnel des bibliothèques et des archives dans le but i. d’échanger au sujet de la relation entre ces institutions et les projets de la Fondation Wikimedia en partageant les expériences qui sont menées au Québec, et ailleurs ; et ii. d’explorer de nouvelles pistes d’action pour favoriser la collaboration entre les bibliothèques, les archives et la communauté wikimédienne en soutenant leur engagement dans le mouvement de la culture ouverte et des savoirs libres.

Parmi les éléments qui sont ressortis de cette rencontre, on note que la résistance épistémique n’est plus une raison de blocage, que la mobilisation des participante.s est bien tangible et que l’on était rendu plus loin, et même dans un souci plus large, celui d’inclure les autres bibliothèques du Québec, par exemple. Et comme on le constate dans le discours des milieux documentaires à l’échelle internationale, l’enjeu concerne moins, désormais, la motivation à adhérer que la question : comment le faire? Comment faire le design des activités d’apprentissage, comment accompagner le développement des compétences wikimédiennes des professionnel.e.s? Ne devrait-on pas pouvoir interpeler les associations professionnelles, les écoles de sciences de l’information, les pairs? Comment pourrait-on se doter d’une plate-forme de soutien et de partage des expériences professionnelles? Comment pourrait-on créer une vitrine commune sur Wikipédia, par exemple une page réunissant les projets ayant cours en bibliothèques au Québec afin d’informer les citoyens.ne.s et les porteurs de projets quant aux différentes thématiques abordées, et tout en créant une émulation?

La journée s’est terminée sur la  promesse de prolonger cet intérêt à l’automne 2017 autour d’une journée contributive visant à la fois à mener un blitz d’initiation – qui était le troisième objectif de la rencontre mais qui n’a pas pu avoir lieu lors du WAB puisque les échanges et les retours d’expériences ont été plus nombreux et soutenus que prévus – tout en précisant l’articulation de dispositifs possibles et de projets réalisables en réponse aux questions soulevées. Cet événement à venir permettra de poser les bases d’un réseau de bibliothécaires wikipédien.ne.s QC toujours informel, mais plus organisé.

Et ailleurs en bibliothèque

Comme je l’ai mentionné au passage, la nature des discussions au sein de l’atelier WAB sont en phase avec les constats qui sont faits dans une perspective internationale. Depuis quelques années, les initiatives des bibliothèques se multiplient sur une base individuelle comme le soulignait dans un atelier, Alex Stinson qui est stratège GLAM-Wiki (GLAM pour Galleries, Libraries, Archives, Museums) à la Wikimedia Foundation (WMF). Sa présentation est disponible.

J’ajouterais à ce constat que des signes de structuration, ou des attentes à cet égard, sur le plan des organisations, se manifestent également. S’appuyant sur son autorité, l’IFLA a publié son livre blanc en février 2017 faisant office de guide et documentant les collaborations entre les Wikipédia et bibliothèques avec des éléments d’orientation prometteurs. L’IFLA a dans le même élan fait la promotion de la campagne #1lib1ref 2017 qui encourageait les bibliothécaires à ajouter des sources dans Wikipédia.

Dans cet esprit, l’ambitieux programme Wikipedia + Libraries : Better together porté par OCLC, qui dispense déjà des webinaires depuis deux ans sur le sujet, s’apprête à intensifier sa démarche avec une formation en ligne de 10 séances visant à former 500 bibliothécaires aux États-Unis à l’automne prochain dans le cadre d’une étude subventionnée par la Knight Foundation,

Alex Stinson faisait cependant remarquer que, jusqu’à ce jour, les initiatives en bibliothèque relevaient principalement d’un « modèle qui met l’accent sur l’extraction d’un savoir unique, plutôt que sur la mise en place d’une pratique professionnelle » (« Most models focus on extracting unique knowledge from institutions, not building a professional practice »). Ce qui est intéressant dans cette observation, c’est qu’elle nous renvoit à une conception résolument traditionnelle des bibliothèques orientée sur les collections que l’on dépose dans un contenant. Avec ces dépôts de fonds d’archives, de collections numériques, de données dans l’appareil wikimédien, les bibliothèques entretiennent, paradoxalement, une vision qu’elles cherchent à mettre à distance dans le discours qu’elles véhiculent au 21e siècle.

Aussi, lorsque Stinson pose la question : « Où va-t-on  maintenant ? » ou plutôt « Comment la relation aux bibliothèques pourrait-elle passer à l’échelle? »(« How to scale our relationship with libraries? »), est-ce que cette approche extractive devrait encore servir de référentiel?

Et si poser la question c’est y répondre : est-ce que la question alternative ne devrait pas plutôt se traduire ainsi : « Comment notre relation aux bibliothécaires pourrait-elle passer à l’échelle? » Et la réponse  possible trouve, selon moi, sa source dans la perplexité même que Stinson manifestait face au modèle actuel, centré sur les collections, et consisterait à chercher les moyens de bâtir une pratique professionnelle wikipédienne au lieu de mettre l’emphase sur des bibliothèques wikipédiennes afin d’avoir un impact plus sensible et vraisemblablement plus durable.

Où va-t-on  maintenant ? Des collections aux communs

En effet, le pari le plus durable ne reposerait plus sur des efforts visant exclusivement l’addition des collections numériques et des données, sans l’exclure pour autant (surtout dans le contexte de développement actuel entourant Wikidata), mais sur l’exploration d’un autre modèle que celui de l’extraction.

Le défi de cet autre modèle, en revanche, c’est qu’il est à faire – comme on devient wikimédien.ne dans le temps et à l’usage. Il ne repose pas seulement sur des processus, mais aussi sur une approche ou un état d’esprit (mindset).  Il nous renvoie à une transition globale, qui dépasse la situation des projets wikimédiens dont ils sont toutefois le laboratoire, et qui amène la pratique professionnelle à repenser la relation entretenue avec la communauté territoriale et globale, et à repenser une gouvernance partagée fondée sur l’approche des communs.

Car Wikipédia n’est ni un agrégat de connaissances collaboratives, ni un simple portail communautaire, mais avant tout un modèle innovant de gouvernance.

(Dominique Cardon, dans Wikipédia, objet scientifique non identifié, édité par Barbe Lionel, Louise Merzeau, Valérie Schafer, Open Edition, 2015)

Cette gouvernance porte évidemment en elle la question du pouvoir et du contrôle des savoirs en vertu d’autres règles que celles héritées des institutions, mais que celles-ci apprivoisent et expérimentent déjà du côté des microbibliothèques, des fab labs, des grainothèques, etc. Elle pose une matrice collaborative entre la bibliothèque et la communauté qui les engagent à travers un projet dont ils sont également parties prenantes et cocréateurs.

Cet engagement réciproque passe par une médiation sociale des savoirs contenus dans la communauté. Il permet de décaler l’expertise jusqu’à favoriser la co-naissance en ce qui concerne, plus particulièrement, ceux/celles qui appartiennent aux groupes moins visibles socialement – mais pas les moins experts.

Elle implique un décalage par rapport à une logique de prestation de services, principalement imposée et rarement coproduite (prêter des collections numériques/prêter des espaces pour tenir des activités) pour une vision de la bibliothèque apte à supporter les capacités créatives des citoyen.ne.es dans une place qui se dote d’attributs sociaux en tant que forum et tiers lieu.

Si les politiques publiques supportent stratégiquement cette vision, des ressources seront priorisées pour promouvoir la culture ouverte, les savoirs libres, les communs de la connaissance – peut-être même à partir de la situation des groupes socialement exclus.

Voilà certains éléments susceptibles de contribuer au modèle alternatif d’une pratique professionnelle wikipédienne/wikimédienne, ou d’une pratique des communs, qui est en bâtir en bibliothèque.

Et par rapport aux autres institutions documentaires : archives, musées, etc.

Où en est-on plus généralement du côté des GLAMS ? Dans un autre atelier sur les GLAMs cette fois, Alex Stinson reconnaissait qu’une problématique d’un autre ordre se dessine pour les Galleries, Archives, Museums (GAMs) si l’on compare avec la situation des bibliothèques.  À l’heure actuelle, il semble que la communauté wiki soit confrontée à l’enjeu de susciter l’adhésion des institutions de mémoire autre que les bibliothèques.  En d’autres termes, si le défi des bibliothèques, qui sont bien engagées, est de passer à l’échelle, le défi des GAMs est encore de s’engager.

Dans ce contexte, on pourrait suggérer que le succès des bibliothèques a été lié, entre autres, au fait que la WMF a conçu une approche de niche avec celles-ci à travers des initiatives telles que Wiki loves libraries. On pourrait tenter, par analogie, d’élaborer une approche ciblée du même type Wiki loves museums et Wiki loves archives en vue d’initier et de catalyser l’engagement de ces institutions hésitantes.

C’est une voix que l’on explore déjà en ce moment dans le contexte québécois, et dans la foulée de l’événement Wiki aime les bibliothèques, puisque quelques organisations dotées de fonds d’archives importants se sont manifestées pour discuter de l’intérêt des GLAMS et de la pertinence d’une initiative Wiki loves archives / Wiki aime les archives en vue de faire un saut groupé.

 Par ailleurs, si les « L »,  les bibliothèques, réussissent à relever le défi du design d’une pratique wikimédienne, peut-être que cette expérience facilitera aussi  la voie des autres participants, les galeries, les archives, les musées en entraînant un passage à l’échelle pour une politique globale des communs de la connaissance.

Tout à l’honneur des archives, deux journées contributives méritent d’être soulignées et qui ont été organisée par Wikimédia Canada en partenariat avec Bibliothèque et Archives Nationales du Québec, le Conseil de la Nation Atikamekw, le Conseil des Atikamekw de Manawan, l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), Rising Voices avec la collaboration des Bibliothèques de Montréal. D’abord, le Scan-a- thon où cinq fonds d’archives, en danger, comprenant près de neuf cents négatifs illustrant la vie des Premières nations de l’Abitibi et de la Mauricie entre 1936 et 1952, ainsi que d’autres types de documents, ont été proposés pour la numérisation et le téléversement dans Commons et Wikisource. Cet atelier a été suivi d’une Journée d’édition visant à accompagner les membres des Premières Nations et leurs alliés dans l’amélioration des contenus touchant ces derniers dans Wikipédia.

La question des wikimédien.ne.s en résidence rôdait autour des sujets abordés ici, et elle aurait certainement mérité un article à elle seule. À suivre.

Pour aller plus loin 

Du côté des bibliothèques :

Avec les GLAMS :

| Le kiosque du Café des savoirs à Wikimania : de gauche à droite, Gaëlle Bergougnoux, François Charbonnier, Lëa-Kim Châteauneuf, Benoit Rochon, président de Wikimedia Canada, et Pascale Félizat-Chartier | Cette image est accessible dans Wikicommons |

La neutralité du réseau, une affaire de politique locale ?

J’ai reçu via l’infolettre de l’American Libraries Association cette invitation à souligner la « Day of Action to Save Net Neutrality« , et je me suis demandé si cette initiative entourant la journée du 12 juillet ne concernait que les États-Unis. Supposant que ce soit le cas, on peut toujours manifester, par pure solidarité, notre soutien à l’engagement des bibliothécaires américains pour qui la cause se fait de plus en plus urgente dans le contexte politique actuelle. Mais, ce souci à l’égard de nos collègues ne devrait-on pas l’étendre à nous-mêmes et partager leurs préoccupations comme si c’était un enjeu commun?

Selon l’ALA, la remise en question des règles en faveur de la neutralité du réseau est une source d’inquiétude considérable :

la Commission fédérale des communications (FCC) a ouvert une procédure publique visant à renverser les protections de neutralité du réseau instituées en 2015 et ensuite confirmées par des décisions judiciaires. La neutralité du réseau est le principe selon lequel les fournisseurs de services Internet (FAI) doivent permettre l’accès à tous les contenus et toutes les applications indépendamment de la source et sans favoriser ou bloquer des services ou des sites Web spécifiques. Des règles de neutralité de réseau solides et exécutoires sont essentielles au fonctionnement des bibliothèques modernes parce que nous comptons sur Internet pour collecter, créer et diffuser des informations essentielles au public. En outre, l’Internet ouvert est également une plate-forme vitale pour la liberté d’expression et l’expression intellectuelle – une valeur fondamentale. (Ma traduction avec Google Traduction)

Mais revenons à la situation canadienne. Est-ce qu’une telle journée de bataille pour le Net pourrait aussi faire sens ici, et serait-elle susceptible de justifier un appui plus motivé ?

Il semble qu’au Canada, en ce moment, les conditions pour la neutralité du réseau soient favorables.

Le Conseil de radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a récemment affirmé son appui en faveur de la neutralité du Net à l’aide d’un cadre « pour consolider son engagement. » Ce qui a fait réagir certains de nos voisins du Sud dans l’entourage de l’administration Trump (“Sorry Canada, now you’re in the class with backward India”, cité par Huffington Post) en suggérant que cette position était destinée à compromettre l’innovation, une affirmation que contredit le CRTC, et plusieurs autres observateurs :

Un Internet libre et ouvert donne à tous une chance équitable d’innover tout en offrant aux consommateurs un large éventail de contenu à découvrir. Un Internet libre et ouvert permet aussi aux citoyens de s’informer et de participer à des dossiers d’intérêt public sans ingérence indue ou inappropriée de la part de ceux qui exploitent ces réseaux. Plutôt que d’offrir à leurs abonnés des contenus précis à des tarifs variables pour l’utilisation des données, les fournisseurs de services Internet devraient plutôt offrir davantage de données à des tarifs réduits. Ainsi, les abonnés pourraient choisir par eux-mêmes le contenu qu’ils souhaitent consommer.  – Jean-Pierre Blais, président et premier dirigeant, CRTC

Michael Geist, l’ un des gardiens de ces questions au Canada, est aussi d’humeur optimiste. Alors que naguère les politiques canadiennes étaient notoirement vaseuses, le pays est en train d’assumer un leadership que l’on n’espérait plus (« Canada has emerged as a world leader in supporting Net neutrality »). Le Canada revendique désormais une approche, tout en contraste avec celle des États-Unis, qui veut privilégier les consommateurs et les créateurs dans les décisions entourant l’utilisation d’internet.

Pourtant, sachant que l’histoire de la neutralité du réseau se balance, depuis la naissance du concept, entre la pluie et le beau temps. La vigilance institutionnelle aussi bien que citoyenne s’imposent pour repérer les violations ainsi que les dérives politiques. Cette attitude suppose également que l’on continue à faire pression pour un projet d’inclusion numérique et de protection de la vie privée, qui aille au-delà des espoirs qui seraient essentiellement liées à « des répercussions positives sur les prix de détail et les limites d’utilisation des données pour les téléphones cellulaires et services Internet fixes. » (CRTC) Parce que, comme le dit FACIL, « Un Internet pas cher c’est bien, un Internet qui respecte nos libertés et nos droits, c’est mieux ! »

Si l’on revient maintenant à la question posée dans le titre de cet article : Est-ce que la neutralité du réseau est une affaire locale ?, les observateurs ne semblent pas tous du même avis lorsqu’il s’agit de déterminer si les actions américaines en matière de neutralité du réseau auront un impact direct sur la vie numérique des Canadien.ne.s. En revanche, il y a un certain consensus pour dire que les politiques des uns influencent forcément celles des autres. Dans quel sens, l’influence politique se fera-t-elle sentir ici?…

Ce n’est peut-être pas seulement en vertu d’un souci de bienveillance solidaire à l’égard de l’American Libraries Association qu’il faudrait manifester notre appui en faveur de la neutralité du réseau. C’est même sans doute une affaire de prudence minimale dans les circonstances, en dépit de l’optimisme canadien et européen ambiant qui règne.

Qu’en dit Wikipédia ?

On se souviendra que Wikipédia constitue, d’une façon générale, la première source d’information et de documentation. Or, il existe un article sur le sujet de la Net neutrality du net in Canada avec des références passablement datées et qui ne fait pas état des décisions récentes du CRTC. Un bon exemple d’article à améliorer. Du côté de Wikipédia français, on n’a pas ce problème puisqu’il n’existe tout simplement pas… Au boulot! MAJ.: L’article est créé, et des références ont été ajoutées dans la version anglaise. À bonifier!

Pour aller plus loin :