#wikimania Le modèle d’une pratique professionnelle alternative à bâtir avec les GLAMs

Wikimania, le congrès annuel réunissant la planète wikimédienne s’est déroulé du 9 au 13 août dernier. La tenue de Wikimania a eu son effet dans la communauté des bibliothèques et des archives au Québec. Pas seulement chez nos collègues QC, bien sûr, puisqu’un aréopage de plusieurs dizaines d’entre eux/elles a convergé vers Montréal, en provenance du monde entier avec le loisir de se constituer un programme professionnel sur mesure. Comme une collègue l’a souligné : « Wikimania, c’est vraiment un bon congrès de bibliothécaires ». Et un congrès ne serait pas bon s’il ne nous donnait pas rendez-vous avec quelques questions de fond sur le thème principal, mais aussi sur le sens de la profession, et parfois même au-delà.

Après plusieurs années de fréquentation, cet événement a été l’occasion de faire le point sur la relation entre les bibliothèques QC et les projets de la Fondation Wikimédia. Les conférences de Maureen Clapperton et d’Hélène Laverdure avec Frédéric Giulano ont bien montré l’étendue et la pertinence de ce partenariat entre Bibliothèque et archives nationales du Québec et Wikimedia Canada. Dans une autre perspective, la conférence de Ivan Filion, directeur des bibliothèques de Montréal, présentait le bilan de quelques années d’exploration de la wikiway en bibliothèque publique en s’appuyant sur le bagage d’une vingtaine d’ateliers contributifs – ce qui est considérable pour la même institution. À la lumière de ces constats, une seconde phase est envisagée pour ce réseau à travers : 1. une nouvelle série d’ateliers contributifs ; 2. une journée de coapprentissage « bibliothèques et Wikipédia » pour les membres du personnel intéressé.e.s ; 3. des initiatives événementielles qui soutiendraient, de façon inédite, la création de communs ; et un rôle particulièrement attentif visant à renforcer 4. la présence de la culture littéraire montréalaise, québécoise ainsi celle de l’histoire locale sur Wikipédia.

Mon collègue François Charbonnier et moi avons pris le relais pour présenter la généalogie de nos expériences en matière de design des communautés numériques et l’évolution de la configuration sociale de nos ateliers impliquant à la fois Wikipédia et OpenStreetMap. Jean-Michel Lapointe (bibliothèque centrale de l’UQAM) a clôturé la session des intervenants locaux par une réflexion sur les  cultures éditoriales : savantes, étudiantes et wikipédiennes, à partir de ses observations sur elles, en exposant le potentiel d’enrichissement mutuel découlant de leur, souvent improbable, cohabitation.

On peut visionner en différé plusieurs des présentations et avoir accès aux diapositives. L’ensemble des produits des conférences est rassemblé sur le site de Wikimania.

Dans la foulée de ces communications, un atelier Wikipédia aime les bibliothèques  (WAB) avait lieu à guichet fermé inspiré des initiatives Wikipedia loves Libraries lesquelles visent à accélérer la convergence de ces deux partenaires depuis 2013. Organisée en collaboration avec l’EBSI, les bibliothèques de Montréal et le Café des savoirs libres, trente-sept participant.e.s prenaient part à cette activité qui voulait à rassembler le personnel des bibliothèques et des archives dans le but i. d’échanger au sujet de la relation entre ces institutions et les projets de la Fondation Wikimedia en partageant les expériences qui sont menées au Québec, et ailleurs ; et ii. d’explorer de nouvelles pistes d’action pour favoriser la collaboration entre les bibliothèques, les archives et la communauté wikimédienne en soutenant leur engagement dans le mouvement de la culture ouverte et des savoirs libres.

Parmi les éléments qui sont ressortis de cette rencontre, on note que la résistance épistémique n’est plus une raison de blocage, que la mobilisation des participante.s est bien tangible et que l’on était rendu plus loin, et même dans un souci plus large, celui d’inclure les autres bibliothèques du Québec, par exemple. Et comme on le constate dans le discours des milieux documentaires à l’échelle internationale, l’enjeu concerne moins, désormais, la motivation à adhérer que la question : comment le faire? Comment faire le design des activités d’apprentissage, comment accompagner le développement des compétences wikimédiennes des professionnel.e.s? Ne devrait-on pas pouvoir interpeler les associations professionnelles, les écoles de sciences de l’information, les pairs? Comment pourrait-on se doter d’une plate-forme de soutien et de partage des expériences professionnelles? Comment pourrait-on créer une vitrine commune sur Wikipédia, par exemple une page réunissant les projets ayant cours en bibliothèques au Québec afin d’informer les citoyens.ne.s et les porteurs de projets quant aux différentes thématiques abordées, et tout en créant une émulation?

La journée s’est terminée sur la  promesse de prolonger cet intérêt à l’automne 2017 autour d’une journée contributive visant à la fois à mener un blitz d’initiation – qui était le troisième objectif de la rencontre mais qui n’a pas pu avoir lieu lors du WAB puisque les échanges et les retours d’expériences ont été plus nombreux et soutenus que prévus – tout en précisant l’articulation de dispositifs possibles et de projets réalisables en réponse aux questions soulevées. Cet événement à venir permettra de poser les bases d’un réseau de bibliothécaires wikipédien.ne.s QC toujours informel, mais plus organisé.

Et ailleurs en bibliothèque

Comme je l’ai mentionné au passage, la nature des discussions au sein de l’atelier WAB sont en phase avec les constats qui sont faits dans une perspective internationale. Depuis quelques années, les initiatives des bibliothèques se multiplient sur une base individuelle comme le soulignait dans un atelier, Alex Stinson qui est stratège GLAM-Wiki (GLAM pour Galleries, Libraries, Archives, Museums) à la Wikimedia Foundation (WMF). Sa présentation est disponible.

J’ajouterais à ce constat que des signes de structuration, ou des attentes à cet égard, sur le plan des organisations, se manifestent également. S’appuyant sur son autorité, l’IFLA a publié son livre blanc en février 2017 faisant office de guide et documentant les collaborations entre les Wikipédia et bibliothèques avec des éléments d’orientation prometteurs. L’IFLA a dans le même élan fait la promotion de la campagne #1lib1ref 2017 qui encourageait les bibliothécaires à ajouter des sources dans Wikipédia.

Dans cet esprit, l’ambitieux programme Wikipedia + Libraries : Better together porté par OCLC, qui dispense déjà des webinaires depuis deux ans sur le sujet, s’apprête à intensifier sa démarche avec une formation en ligne de 10 séances visant à former 500 bibliothécaires aux États-Unis à l’automne prochain dans le cadre d’une étude subventionnée par la Knight Foundation,

Alex Stinson faisait cependant remarquer que, jusqu’à ce jour, les initiatives en bibliothèque relevaient principalement d’un « modèle qui met l’accent sur l’extraction d’un savoir unique, plutôt que sur la mise en place d’une pratique professionnelle » (« Most models focus on extracting unique knowledge from institutions, not building a professional practice »). Ce qui est intéressant dans cette observation, c’est qu’elle nous renvoit à une conception résolument traditionnelle des bibliothèques orientée sur les collections que l’on dépose dans un contenant. Avec ces dépôts de fonds d’archives, de collections numériques, de données dans l’appareil wikimédien, les bibliothèques entretiennent, paradoxalement, une vision qu’elles cherchent à mettre à distance dans le discours qu’elles véhiculent au 21e siècle.

Aussi, lorsque Stinson pose la question : « Où va-t-on  maintenant ? » ou plutôt « Comment la relation aux bibliothèques pourrait-elle passer à l’échelle? »(« How to scale our relationship with libraries? »), est-ce que cette approche extractive devrait encore servir de référentiel?

Et si poser la question c’est y répondre : est-ce que la question alternative ne devrait pas plutôt se traduire ainsi : « Comment notre relation aux bibliothécaires pourrait-elle passer à l’échelle? » Et la réponse  possible trouve, selon moi, sa source dans la perplexité même que Stinson manifestait face au modèle actuel, centré sur les collections, et consisterait à chercher les moyens de bâtir une pratique professionnelle wikipédienne au lieu de mettre l’emphase sur des bibliothèques wikipédiennes afin d’avoir un impact plus sensible et vraisemblablement plus durable.

Où va-t-on  maintenant ? Des collections aux communs

En effet, le pari le plus durable ne reposerait plus sur des efforts visant exclusivement l’addition des collections numériques et des données, sans l’exclure pour autant (surtout dans le contexte de développement actuel entourant Wikidata), mais sur l’exploration d’un autre modèle que celui de l’extraction.

Le défi de cet autre modèle, en revanche, c’est qu’il est à faire – comme on devient wikimédien.ne dans le temps et à l’usage. Il ne repose pas seulement sur des processus, mais aussi sur une approche ou un état d’esprit (mindset).  Il nous renvoie à une transition globale, qui dépasse la situation des projets wikimédiens dont ils sont toutefois le laboratoire, et qui amène la pratique professionnelle à repenser la relation entretenue avec la communauté territoriale et globale, et à repenser une gouvernance partagée fondée sur l’approche des communs.

Car Wikipédia n’est ni un agrégat de connaissances collaboratives, ni un simple portail communautaire, mais avant tout un modèle innovant de gouvernance.

(Dominique Cardon, dans Wikipédia, objet scientifique non identifié, édité par Barbe Lionel, Louise Merzeau, Valérie Schafer, Open Edition, 2015)

Cette gouvernance porte évidemment en elle la question du pouvoir et du contrôle des savoirs en vertu d’autres règles que celles héritées des institutions, mais que celles-ci apprivoisent et expérimentent déjà du côté des microbibliothèques, des fab labs, des grainothèques, etc. Elle pose une matrice collaborative entre la bibliothèque et la communauté qui les engagent à travers un projet dont ils sont également parties prenantes et cocréateurs.

Cet engagement réciproque passe par une médiation sociale des savoirs contenus dans la communauté. Il permet de décaler l’expertise jusqu’à favoriser la co-naissance en ce qui concerne, plus particulièrement, ceux/celles qui appartiennent aux groupes moins visibles socialement – mais pas les moins experts.

Elle implique un décalage par rapport à une logique de prestation de services, principalement imposée et rarement coproduite (prêter des collections numériques/prêter des espaces pour tenir des activités) pour une vision de la bibliothèque apte à supporter les capacités créatives des citoyen.ne.es dans une place qui se dote d’attributs sociaux en tant que forum et tiers lieu.

Si les politiques publiques supportent stratégiquement cette vision, des ressources seront priorisées pour promouvoir la culture ouverte, les savoirs libres, les communs de la connaissance – peut-être même à partir de la situation des groupes socialement exclus.

Voilà certains éléments susceptibles de contribuer au modèle alternatif d’une pratique professionnelle wikipédienne/wikimédienne, ou d’une pratique des communs, qui est en bâtir en bibliothèque.

Et par rapport aux autres institutions documentaires : archives, musées, etc.

Où en est-on plus généralement du côté des GLAMS ? Dans un autre atelier sur les GLAMs cette fois, Alex Stinson reconnaissait qu’une problématique d’un autre ordre se dessine pour les Galleries, Archives, Museums (GAMs) si l’on compare avec la situation des bibliothèques.  À l’heure actuelle, il semble que la communauté wiki soit confrontée à l’enjeu de susciter l’adhésion des institutions de mémoire autre que les bibliothèques.  En d’autres termes, si le défi des bibliothèques, qui sont bien engagées, est de passer à l’échelle, le défi des GAMs est encore de s’engager.

Dans ce contexte, on pourrait suggérer que le succès des bibliothèques a été lié, entre autres, au fait que la WMF a conçu une approche de niche avec celles-ci à travers des initiatives telles que Wiki loves libraries. On pourrait tenter, par analogie, d’élaborer une approche ciblée du même type Wiki loves museums et Wiki loves archives en vue d’initier et de catalyser l’engagement de ces institutions hésitantes.

C’est une voix que l’on explore déjà en ce moment dans le contexte québécois, et dans la foulée de l’événement Wiki aime les bibliothèques, puisque quelques organisations dotées de fonds d’archives importants se sont manifestées pour discuter de l’intérêt des GLAMS et de la pertinence d’une initiative Wiki loves archives / Wiki aime les archives en vue de faire un saut groupé.

 Par ailleurs, si les « L »,  les bibliothèques, réussissent à relever le défi du design d’une pratique wikimédienne, peut-être que cette expérience facilitera aussi  la voie des autres participants, les galeries, les archives, les musées en entraînant un passage à l’échelle pour une politique globale des communs de la connaissance.

Tout à l’honneur des archives, deux journées contributives méritent d’être soulignées et qui ont été organisée par Wikimédia Canada en partenariat avec Bibliothèque et Archives Nationales du Québec, le Conseil de la Nation Atikamekw, le Conseil des Atikamekw de Manawan, l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), Rising Voices avec la collaboration des Bibliothèques de Montréal. D’abord, le Scan-a- thon où cinq fonds d’archives, en danger, comprenant près de neuf cents négatifs illustrant la vie des Premières nations de l’Abitibi et de la Mauricie entre 1936 et 1952, ainsi que d’autres types de documents, ont été proposés pour la numérisation et le téléversement dans Commons et Wikisource. Cet atelier a été suivi d’une Journée d’édition visant à accompagner les membres des Premières Nations et leurs alliés dans l’amélioration des contenus touchant ces derniers dans Wikipédia.

La question des wikimédien.ne.s en résidence rôdait autour des sujets abordés ici, et elle aurait certainement mérité un article à elle seule. À suivre.

Pour aller plus loin 

Du côté des bibliothèques :

Avec les GLAMS :

| Le kiosque du Café des savoirs à Wikimania : de gauche à droite, Gaëlle Bergougnoux, François Charbonnier, Lëa-Kim Châteauneuf, Benoit Rochon, président de Wikimedia Canada, et Pascale Félizat-Chartier | Cette image est accessible dans Wikicommons |

La neutralité du réseau, une affaire de politique locale ?

J’ai reçu via l’infolettre de l’American Libraries Association cette invitation à souligner la « Day of Action to Save Net Neutrality« , et je me suis demandé si cette initiative entourant la journée du 12 juillet ne concernait que les États-Unis. Supposant que ce soit le cas, on peut toujours manifester, par pure solidarité, notre soutien à l’engagement des bibliothécaires américains pour qui la cause se fait de plus en plus urgente dans le contexte politique actuelle. Mais, ce souci à l’égard de nos collègues ne devrait-on pas l’étendre à nous-mêmes et partager leurs préoccupations comme si c’était un enjeu commun?

Selon l’ALA, la remise en question des règles en faveur de la neutralité du réseau est une source d’inquiétude considérable :

la Commission fédérale des communications (FCC) a ouvert une procédure publique visant à renverser les protections de neutralité du réseau instituées en 2015 et ensuite confirmées par des décisions judiciaires. La neutralité du réseau est le principe selon lequel les fournisseurs de services Internet (FAI) doivent permettre l’accès à tous les contenus et toutes les applications indépendamment de la source et sans favoriser ou bloquer des services ou des sites Web spécifiques. Des règles de neutralité de réseau solides et exécutoires sont essentielles au fonctionnement des bibliothèques modernes parce que nous comptons sur Internet pour collecter, créer et diffuser des informations essentielles au public. En outre, l’Internet ouvert est également une plate-forme vitale pour la liberté d’expression et l’expression intellectuelle – une valeur fondamentale. (Ma traduction avec Google Traduction)

Mais revenons à la situation canadienne. Est-ce qu’une telle journée de bataille pour le Net pourrait aussi faire sens ici, et serait-elle susceptible de justifier un appui plus motivé ?

Il semble qu’au Canada, en ce moment, les conditions pour la neutralité du réseau soient favorables.

Le Conseil de radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a récemment affirmé son appui en faveur de la neutralité du Net à l’aide d’un cadre « pour consolider son engagement. » Ce qui a fait réagir certains de nos voisins du Sud dans l’entourage de l’administration Trump (“Sorry Canada, now you’re in the class with backward India”, cité par Huffington Post) en suggérant que cette position était destinée à compromettre l’innovation, une affirmation que contredit le CRTC, et plusieurs autres observateurs :

Un Internet libre et ouvert donne à tous une chance équitable d’innover tout en offrant aux consommateurs un large éventail de contenu à découvrir. Un Internet libre et ouvert permet aussi aux citoyens de s’informer et de participer à des dossiers d’intérêt public sans ingérence indue ou inappropriée de la part de ceux qui exploitent ces réseaux. Plutôt que d’offrir à leurs abonnés des contenus précis à des tarifs variables pour l’utilisation des données, les fournisseurs de services Internet devraient plutôt offrir davantage de données à des tarifs réduits. Ainsi, les abonnés pourraient choisir par eux-mêmes le contenu qu’ils souhaitent consommer.  – Jean-Pierre Blais, président et premier dirigeant, CRTC

Michael Geist, l’ un des gardiens de ces questions au Canada, est aussi d’humeur optimiste. Alors que naguère les politiques canadiennes étaient notoirement vaseuses, le pays est en train d’assumer un leadership que l’on n’espérait plus (« Canada has emerged as a world leader in supporting Net neutrality »). Le Canada revendique désormais une approche, tout en contraste avec celle des États-Unis, qui veut privilégier les consommateurs et les créateurs dans les décisions entourant l’utilisation d’internet.

Pourtant, sachant que l’histoire de la neutralité du réseau se balance, depuis la naissance du concept, entre la pluie et le beau temps. La vigilance institutionnelle aussi bien que citoyenne s’imposent pour repérer les violations ainsi que les dérives politiques. Cette attitude suppose également que l’on continue à faire pression pour un projet d’inclusion numérique et de protection de la vie privée, qui aille au-delà des espoirs qui seraient essentiellement liées à « des répercussions positives sur les prix de détail et les limites d’utilisation des données pour les téléphones cellulaires et services Internet fixes. » (CRTC) Parce que, comme le dit FACIL, « Un Internet pas cher c’est bien, un Internet qui respecte nos libertés et nos droits, c’est mieux ! »

Si l’on revient maintenant à la question posée dans le titre de cet article : Est-ce que la neutralité du réseau est une affaire locale ?, les observateurs ne semblent pas tous du même avis lorsqu’il s’agit de déterminer si les actions américaines en matière de neutralité du réseau auront un impact direct sur la vie numérique des Canadien.ne.s. En revanche, il y a un certain consensus pour dire que les politiques des uns influencent forcément celles des autres. Dans quel sens, l’influence politique se fera-t-elle sentir ici?…

Ce n’est peut-être pas seulement en vertu d’un souci de bienveillance solidaire à l’égard de l’American Libraries Association qu’il faudrait manifester notre appui en faveur de la neutralité du réseau. C’est même sans doute une affaire de prudence minimale dans les circonstances, en dépit de l’optimisme canadien et européen ambiant qui règne.

Qu’en dit Wikipédia ?

On se souviendra que Wikipédia constitue, d’une façon générale, la première source d’information et de documentation. Or, il existe un article sur le sujet de la Net neutrality du net in Canada avec des références passablement datées et qui ne fait pas état des décisions récentes du CRTC. Un bon exemple d’article à améliorer. Du côté de Wikipédia français, on n’a pas ce problème puisqu’il n’existe tout simplement pas… Au boulot! MAJ.: L’article est créé, et des références ont été ajoutées dans la version anglaise. À bonifier!

Pour aller plus loin :

 

 

 

Petite médiagraphie de la bibliothèque participative : des fab labs aux biens communs

Voici une petite médiagraphie qui a été préparée pour les participants de la journée « Bibliothèques et fablabs : mode d’emploi des communs, une démarche de cocréation pour passer à l’action ensemble! » et pour les étudiants du cours de René Audet sur Les médiations numériques à l’Université Laval. Les références dans chaque rubrique sont organisées du général vers le particulier – ou tout comme. C’est vrai que cette médiagraphie qui se voulait petite ne l’est pas tant que ça, mais j’ai mis en gras les must-read pour les lecteurs pressés. Si, au contraire, vous trouvez qu’elle est encore trop petite, merci de me suggérer ce qui a été omis et qui n’aurait pas dû l’être.

Bonne découverte à tou.tes !

Fab Labs / medialab en bibliothèque

1. T. Willingham, J. De Boer, Makerspaces in Libraries, Rowman & Littlefield, Lanham, Maryland, 2015, 1-10.
2. M. Simon, Fab Lab en bibliothèque : un nouveau pas vers la refondation du rapport à l’usager ?, Bulletin des bibliothèques de France (BBF), 2015 6, 138-151. Disponible en ligne : http://bbf.enssib.fr/matieres-a-penser/fab-lab-en-bibliotheque_66269 ISSN 1292-8399.
3. C. Muller, Fab Labs en bibliothèques – épisode 1, [article de blogue ENSSIB], 2013. Disponible en ligne : http://www.enssib.fr/content/les-fab-labs-en-bibliotheques-episode-1
4. C. Muller, Fab Labs en bibliothèques – épisode 2, [article de blogue ENSSIB], 2013. Disponible en ligne : http://www.enssib.fr/content/les-fab-labs-en-bibliotheques-0
5. C. Muller, Fab Labs en bibliothèques – épisode 3, [article de blogue ENSSIB], 2013. Disponible en ligne : http://www.enssib.fr/content/les-fab-labs-en-bibliotheques-episode-3
6. Espace Temps, Tenue d’un processus de co-création sur la conception d’un médialab à BAnQ, BAnQ, 2014. Disponible en ligne : http://www.banq.qc.ca/documents/services/espace_professionnel/milieux_doc/ressources/medialab/Medialab_Rapport_de_cocreation.pdf
7. Communautique, Documentation des usages et processus d’implantation de Fab Lab, Medialab et makerspace dans les organisations culturelles québécoises, Ministère de la Culture et des Communications, Québec, à paraître.
8. P. Bender Sebring, Teens, Digital Media, and the Chicago Public Library : YOUmedia Report, Chicago University, 2013. Disponible en ligne : http://consortium.uchicago.edu/sites/default/files/publications/YOUmedia%20Report%20-%20Final.pdf
9. G. Bergougnoux, Fab lab et bibliothèque publique – Canada,[Présentation Slideshare], 2016. Disponible en ligne : http://www.slideshare.net/GalleBergougnoux/fab-lab-et-bibliotheque-publique-canada
10. Fab Labs Québec. Disponible en ligne : http://fablabs-quebec.org/
11. C. Bosqué, La fabrication numérique personnelle, pratiques et discours d’un design diffus : enquête au coeur des FabLabs, hackerspaces et makerspaces de 2012 à 2015, [Thèse de doctorat en Esthétique et sciences de l’art. Spécialité design], Université de Rennes, 2016. Disponible en ligne : http://www.theses.fr/2016REN20009

Biens communs et bibliothèques

11. V. Peugeot, Communs numériques et au-delà : quel horizon politique, [Présentation], 2016. Disponible en ligne : http://www.cyberjustice.ca/docs/V.-Peugeot-2016_09_19_FACILMontre%CC%81al_communs_V2SC.pdf
13. H. Le Crosnier, Les communs de la connaissance : De quoi parlons-nous, Bibliothèque(s), Revue de l’Association des bibliothécaires de France, 2014 76, 8-14. Disponible en ligne : http://abf.asso.fr/boutique/bibliotheques/2-bibliotheques76.html

14. H. Le Crosnier et L. Maurel, Biens communs numériques séance #1 (saison 1) [Webinaire] Disponible en ligne: https://www.youtube.com/watch?v=UvvDthsT608
15. B. Pagnot, Mais en quoi les biens communs concernent-ils les bibliothèques ?, Bulletin des bibliothèques de France (BBF), 2015 Disponible en ligne: http://bbf.enssib.fr/tour-d-horizon/mais-en-quoi-les-biens-communs-concernent-ils-les-bibliotheques_65490
16. L. Maurel, T. Fourneux, Biens communs et bibliothèques, [Présentation Slideshare], 2015. Disponible en ligne : http://www.slideshare.net/Biblioveilleur/biens-communs-et-bibliothque
17. SavoirsCom1, Qu’est-ce que les communs (numériques) ? [article de blogue], 2016. Disponible en ligne :
18. Le manifeste de SavoirsCom1. Disponible en ligne : http://www.savoirscom1.info/manifeste-savoirscom1/
19. Silvère Mercier, Ce que change le numérique en communs, réflexions à partir du film Demain, [article de blogue], 2016. Disponible en ligne : http://www.bibliobsession.net/2016/04/18/change-numerique-communs-reflexions-a-partir-film-demain/
20.L. Maurel, S. Mercier, Le domaine public, un bien commun, SavoirsCom1, [vidéo YouTube],2013. Disponible en ligne : https://m.youtube.com/watch?v=YRHnrUWzeu8

Tiers lieux et culture de la participation

21. R.D. Lankes, Expect More : Demanding Better Libraries for Today’s Complex World 2e éd., Auteur.
22. R.D. Lankes, The New Librarianship Field Guide, MIT Press, Cambridge, MA, 2016.
23. A. Jacquet (éd.), Bibliothèques troisième lieu, collection Médiathèmes,ABF, Paris, 2015.
24. M.D. Martel, Trois générations de tiers lieux en Amérique du Nord, collection Médiathèmes, ABF, Paris, 2015, 99-112.
25. H. Jenkins. Participatory culture in a networked era : a conversation on youth, learning, commerce, and politics, Polity Press, Cambridge, MA, 2016.
26. Mizuko Ito et als., Hanging Out, Messing Around, and Geeking Out : Kids Living and Learning with New Media, MIT Press, Cambridge, MA, 2010. Disponible en ligne : https://mitpress.mit.edu/sites/default/files/titles/free_download/9780262013369_Hanging_Out.pdf

Liberté, je code ton nom : 10 découvertes inspirantes lors de la JILL

La Semaine québécoise de l’informatique libre, sous le thème des communs numériques, a été inaugurée hier lors de la Journée internationale du logiciel libre (JILL).  Le tapis rouge a été déroulé au Salon 1861 pour une série de conférenciers qui ont présenté l’état du libre en 2016. Partage en vrac de découvertes qui m’ont inspiré :

1. Le Bloguelinux.ca avec des commentaires sur l’utilisation astucieuse de Mumble et de Audacity pour diffuser des podcasts de qualité – et qui m’ont donné le goût de faire des podcasts itou !

2. Le fil YouTube de la Maison du Logiciel libre de l’ÉTS alimenté par des étudiants.

3. CryptoQuébec. Un coup de coeur du début à la fin. Qu’il soit question de l'(in)sécurité informatique, de surveillance étatique, de protection de la vie privée, de géopolitique, de la loi d’accès (ou pas à tout à fait) à l’information, de DRM, etc. On les veut en bibliothèque pour partager des outils d’auto-défense – avec le sourire puisqu’il y a des caméras partout. 🙂

4. Le Bilan de l’Éco2Fest de 2016 avec OuiShare Québec. Oui, il y a du libre dans l’économie collaborative et on ne se lasse pas d’en entendre parler avec ces quelques 200 initiatives (dont 60 OBNL, 30 mouvements citoyens ET des institutions comme les bibliothèques). On savoure les projets du kit de vélo en bambou, des BWAT (comme dans boîte de partage local) ou de la Matrioska (un espace de coworking qui fonctionne avec des panneaux solaires). Rendez-vous pour le 29 septembre à la Gare pour un 6@8 sur l’avenir de la fabrication. Considérant l’engouement des bibliothèques qui embrassent l’économie de partage et l’événement qui se prépare pour vendredi : Bibliothèques et fab labs : Mode d’emploi des communs, il y a de l’intérêt pour cette activité de réflexion et réseautage.

5. Open Street Map Montréal avec ses cartoparties, les ateliers en bibliothèquesdu Café des savoirs libres, le nouveau drone et le projet de dirigeable au service de la cartographie libre. Pierre Chouffet donne envie de tout cartographier !  En échangeant tous les deux, on découvre justement que les fab labs du Québec ne le sont pas encore, et on s’y est mis sur le champ.

6. FACIL le catalyseur, en la personne de Mathieu Gauthier-Pilote. Il faut lire le Mémoire «pour une véritable participation de tous à la culture» avec ses recommandations. On attend aussi avec impatience les services FACIL,«une gamme de services libres, éthiques, décentralisés et solidaires, dans le cadre du Collectif d’Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires (CHATONS) sollicité par les libristes de Framasoft».

7. Dans le même esprit que les CHATONS, un projet qui propose des ressources techniques libres pour soutenir les activités des conseils d’établissement dans les écoles.

8. La sélection bien relevée des films sur le logiciel, le matériel, le savoir et la culture libres dont «Laws that choke creativity», 19 min., CC BY-NC-ND. Une conférence TED au cours de laquelle Lawrence Lessig poursuit son argumentaire critique contre l’environnement légal qui (dé)structure le droit des usagers et la créativité/culture numérique.

9. «Les gardiens du nouveau monde», 56 min., CC BY-NC-SA. Une célébration des hackers et des hackerspaces, de leur engagement politique qui renouvelle l’ethos de la  contre-culture des années ’70, des espoirs dont ils sont porteurs. Hacker, dit-on, est fondamentalement un geste de générosité qui vise à comprendre, en vue de les améliorer, les systèmes et le monde.

10. «Tous surveillés : rencontre avec Edward Snowden», Vice News, 25 min., utilisation équitable. Un morceau d’anthologie.

Les présentations seront disponibles d’ici la fin de l’année sur le site de FACIL. Les activités de la SQIL se poursuivent lundi le 19 septembre à 16h30 avec la grande conférence : Communs numériques : liberté et partage dans le cyberespace où l’on aura le grand privilège d’entendre Valérie Peugeot et Ianik Marcil. À ne pas manquer, il reste encore quelques places, mais pas beaucoup…

On parle moins de ce qu’elles ont et plutôt de ce qu’elles font : Les bibliothèques et l’inclusion numérique

Fablab à la Martin Luther King Library, Washington, DC.

Après deux décennies d’Internet, les bibliothèques publiques ont réussi à établir une expertise diversifiée en matière de services numériques contribuant à la création d’opportunités individuelles et au progrès des communautés, annonce l’American Library Association. Une étude récente menée aux États-Unis portant sur l’inclusion numérique soulignent leur rôle à cet égard. Selon le président de l’American Library Association, Sari Feldman, le projet social des bibliothèques se décline à travers tout une série de grands enjeux que l’on désigne par les « E » pour éducation, emploi , entrepreneuriat , empowerment et engagement. Les faits saillants de cette enquête sur l’inclusion numérique révèlent que :

  • Presque toutes les bibliothèques (98 pour cent) disposent d’une connexion Wi-Fi gratuite;
  • 95% des bibliothèques proposent des programmes de lecture d’été pour combler le vide susceptible de compromettre l’apprentissage de la lecture pendant les vacances scolaires;
  • Près de 90 pour cent des bibliothèques dispensent une formation de base en littéracie numérique, et une large majorité offrent aussi des ateliers portant sur l’usage des nouveaux dispositifs technologiques (62 pour cent), les pratiques en ligne sécuritaires (57 pour cent) et l’utilisation des médias sociaux (56 pour cent);
  • 76 pour cent des bibliothèques aident les usagers dans l’utilisation des programmes et des services gouvernementaux en ligne;
  • La grande majorité des bibliothèques offrent des programmes qui aident les citoyens à postuler à des emplois (73 pour cent), à accéder à des ressources pour découvrir des emplois en ligne (68 pour cent) et à utiliser des ressources pour les entreprises en ligne (48 pour cent);
  • Une grande majorité des bibliothèques accueillent des événements pour les adultes (61 pour cent) et les adolescents (60 pour cent) qui encouragent la sociabilité et les échanges, comme les groupes de discussion ou les programmes de jeux;
  • 45 pour cent des bibliothèques fournissent des technologies d’apprentissage précoce pour les enfants d’âge pré-scolaire; et plus d’un tiers des bibliothèques offrent des programmes d’alphabétisation, des programmes de type STEAM, du soutient dans la préparation aux épreuves GED et des activités parascolaires.

Où en sont les bibliothèques publiques québécoises et canadiennes par rapport à ces résultats? L’étude est à faire, des volontaires?