La bibliothèque wikipédienne : Quand l’IFLA invite les bibliothèques publiques à s’engager davantage dans le projet de Wikipédia

L‘IFLA (International Federation of Libraries Association) vient de lancer une étude d’opportunités sur les bénéfices d’une collaboration avec Wikipédia où elle invite les bibliothécaires à s’engager davantage pour faire de leur bibliothèque, une bibliothèque wikipédienne. Ce document a été soumis par l’IFLA en même temps que la Fédération lançait une campagne de contribution mondiale auprès de la communauté des bibliothécaires.

Cette campagne, menée entre le 15 janvier et le 3 février 2017, visait à encourager les bibliothécaires à ajouter une source (au moins) dans l’encyclopédie libre.  Imaginez un monde où chaque bibliothécaire ajoutait une référence à Wikipédia... disait l’accroche de cette campagne. J’ai joué le jeu en signant mes contributions, comme nous étions tous invités à le faire, à l’enseigne  de #1lib1ref.*

Vous avez manqué ce rendez-vous ? Il est évidemment possible de se reprendre à n’importe lequel moment :). On peut même s’y adonner tout au long du mois de mars dans le cadre du Mois de la contribution au sein de la Francophonie.

Les échanges sur les fausses nouvelles (Fakes News) à l’ère de la post-vérité interpellent les bibliothèques et toutes les institutions qui se préoccupent de la littératie de l’information. Sourcer fait partie de ces habiletés cruciales que commande la pensée critique pour découvrir la vérifiabilité d’une nouvelle donnée\information et pour la justifier en tant que connaissance.  Comme les bibliothèques, Wikipédia martèle l’importance de la vérification des faits (FactChecking) et de la production participative (Crowdsourcing)  pour repérer les faussetés. Ce sont des alliés épistémologiques stratégiques.

Êtes-vous une bibliothèque wikipédienne ?

Le sommaire exécutif de l’étude

Pour en revenir à l’étude intitulée « Opportunities for Public Libraries and Wikipedia »  j’ai traduit en français le sommaire exécutif de celle-ci pour en faciliter la diffusion. Et comme les bibliothécaires de l’IFLA savent bien faire les choses, son contenu est placé sous la licence « Creative Commons 4.0 », une licence qui encourage la réutilisation libre du contenu. Voici le texte :

« Wikipédia constitue un outil d’une grande puissance pour les bibliothèques publiques, particulièrement dans certaines parties du monde où l’accès à d’autres ressources est problématique en raison des coûts qui sont prohibitifs: il complète au besoin les ressources de la bibliothèque avec des informations utiles; il sert d’outil pour les bibliothécaires de référence; il fournit des pistes vers des références et des sources primaires et secondaires; il aide les usagers de la bibliothèque dans leurs recherches; et il fournit une plate-forme vitale pour recueillir et préserver les connaissances locales, dans les langues locales, et qui ne sont pas généralement soutenues par le monde de la recherche et de l’édition.

Les expériences menées au sein des communautés existantes suggèrent qu’en participant à Wikipedia, les bibliothèques sont en mesure d’exposer, à la fois leur personnel et leurs usagers, à des stratégies plus complexes et plus sophistiquées pour faire face aux transformations du paysage numérique. Les bibliothèques publiques et leurs réseaux de soutien tireront des grands bénéfices d’une stratégie de collaboration avec Wikipedia. Des stratégies impliquant Wikipedia pourraient, en outre, rencontrer d’autres besoins des bibliothèques : encourager l’usage d’une ressource clé pour l’éducation et l’apprentissage au XXIe siècle ; fournir un modèle d’alphabétisation numérique complexe ; créer un lieu de partage des contenus en liant avec le patrimoine et l’héritage culturel auprès d’un large public. Ces opportunités sont encore plus évidentes dans les pays en développement, où les bibliothèques sont devenues des points d’accès à l’information incontournables, mais qui n’ont pas nécessairement la capacité ou les ressources pour investir dans des outils numériques.

Wikipedia peut également orienter les usagers vers les bibliothèques où ils sont en mesure de trouver des ressources dans leurs champs d’intérêt. La collaboration Wikipedia-bibliothèque relie Wikipedia au rôle important que jouent les bibliothèques dans la réduction des inégalités d’accès à l’information, tout en constituant une source pour trouver des connaissances locales comme régionales ainsi que pour découvrir diverses ressources.

Grâce à cette collaboration active avec Wikipedia, les bibliothèques publiques sont en mesure de:
● Documenter et mettre en évidence des exemples de projets collaboratifs réussis et exposer le personnel et les usagers à la communauté élargie des bibliothèques.
● Plaider en faveur des efforts de la communauté Wikimedia visant à faire reconnaître les créateurs de contenu des GLAM (Galleries-Libraries-Archives-Museums) comme des contributeurs efficaces (plutôt que des «éditeurs rémunérés» conflictuels).
● Promouvoir l’importance des outils et des modèles d’analyse permettant de suivre l’utilisation des
documents fournis par les bibliothèques aux projets Wikimedia.
● Promouvoir la valeur des bibliothèques qui contribuent aux données liées de Wikidata et qui s’appuient sur Wikidata pour l’enrichissement sémantique des autorités dans les catalogues. »

Des collaborations fructueuses

Des collaborations réussies entre Wikipédia et des bibliothèques publiques à travers le monde sont mentionnés dans l’étude, en voici quelques exemples :

  • Des ateliers d’apprentissage pour les bibliothécaires.
  • Des ateliers sur les bases de la contribution à Wikipedia pour les usagers
  • Des ateliers sur littératie de l’information. L’évaluation de Wikipédia, comment s’appuyer sur des sources et des ressources notamment en ligne, incluant parfois les bases des apprentissages numériques.
  • Des clubs de lecture wiki. Dans un club de lecture existant, on ajoute l’amélioration des pages concernant l’auteur ou l’oeuvre au programme.
  • L’écrivain favori. La bibliothèque choisit un auteur local vivant et travaille avec des volontaires à la rédaction ou l’amélioration d’articles en lien avec cet auteur. Ceci permet de relier plus étroitement le milieu littéraire aux bibliothèques. Une stratégie qui serait très populaire en Catalogne 😉
  • Édit-a-thon locaux. Les bibliothèques publiques sont, en principe, les championnes pour la promotion du contenu local et l’engagement auprès des communautés locales. Dans cette veine, un atelier de contribution Wikipédia sur les femmes célèbres du Plateau à la bibliothèque du Plateau Mont-Royal aura lieu en mars.

Les bibliothèques de Montréal et la Grande bibliothèque mettent en place des activités Wikipédia et OpenStreetMap à tous les mois. À la Grande bibliothèque, Les mardi c’est Wiki, c’est ce soir !

Le défi aujourd’hui au Québec consiste à sensibiliser davantage les bibliothécaires à la qualité de cet engagement au-delà du prêt d’espace.

Et une autre suggestion de traduction qui serait de circonstance, cette infographie :

how-to-spot-fake-news_440px

Une toute dernière suggestion : Avez-vous essayé l’outil de chasse à la citation dans Wikipédia? Bonne pêche! 😉

Pour plus d’informations sur ces ateliers en bibliothèque publique, n’hésitez pas à m’écrire.

*J’ai compté 5 ou 6 #1bib1ref, plutôt que sa contrepartie anglaise #1lib1ref, et j’aurai dû soutenir ce mot-clic ou au moins mettre les deux, j’en conviens. Leçon pour l’an prochain.

Documenter #wikifablabsQcJam #slowinnovation

Pourquoi les fab labs et les bibliothèques vont-ils si bien ensemble ? En trois mots : Partage – savoir – documentation. 

Sur le thème « Bibliothèques et fab labs: Mode d’emploi des communs », les participants avait exploré, en septembre dernier, la situation et l’horizon des bibliothèques en regard des communs numériques à travers les questions : Quelles ambitions/attentes/aspirations communes portons-nous avec l’ouverture de ces fab labs en bibliothèques? Qu’est-ce que l’on peut faire en commun concrètement?

Après les échanges, une période de prototypage avait alors permis de faire émerger un projet de collaboration et de partage professionnel que l’on souhaitait mettre en place et expérimenter dès l’automne 2016 au sein du wiki de Fab Labs Québec. Avec Léa-Kim (BAnQ) et Guillaume (Fab Labs Québec), nous avons exploré le wiki et nous avons procédé, comme prévu, à certains aménagements pour soutenir les besoins actuels des bibliothèques en matière de partage, de savoir et de documentation professionnels.

La documentation est un défi presque contre nature que l’on pourrait associer d’emblée au slow movementet j’aurais même envie d’en parler, dans le contexte qui nous occupe, en termes de slow innovation pour maximiser la tension, tout en la réconciliant, entre ces deux démarches, documenter et innover, aussi co-dépendantes qu’elles semblent se repousser dans la temporalité. Tous ceux qui portent des projets de fab labs connaissent l’importance de la documentation, c’est inscrit dans la charte :

  • Quelles sont vos responsabilités ? Connaissances :  Contribuer à la documentation et aux connaissances des autres

Et les bibliothécaires le savent mieux que quiconque puisque la documentation est inscrite dans leur code génétique. Pourtant nous sommes tous happés par les mêmes accélérateurs, réels ou imaginaires, qui font beaucoup de fumée, mais qui ne laissent guère de traces. Avant-hier, nous avons mis le pied sur le frein afin de promouvoir une transition solidaire, attentive, diversifiée, responsable et de qualité pour cette vision de la bibliothèque comme atelier.  🙂

L’équipe portant le projet d’espace professionnel s’est rencontrée vendredi le 27 janvier au Musée Dow, merci Communautique pour l’accueil, dans le but de 1) poursuivre le travail d’identification des besoins/expérience usager ; 2) entamer le travail de documentation des personnes, organisations, événements et équipements composant notre nouvel écosystème de mediafablabibliothèques dans le wiki. Huit de ces labs étaient présents, sous le signe de la bonne humeur et d’un peu de Kombucha, pour pédaler par en arrière afin de mieux avancer.

Le wiki, comme socle documentaire, fonde le réseau social que nous formons déjà sur un réseau d’informations selon le modèle du web sémantique. En traitant systématiquement les données, en liant et structurant l’information, le wiki devient le porte d’entrée, ouverte et durable !, vers nos connaissances collectives ; il supporte les utilisateurs dans la création de nouveaux savoirs.

Suite à ces premières expériences, viendront d’autres jams avec tous les autres mediafablabibliothèques, ou tout simplement les autres fab labs,  intéressés à capitaliser les informations concernant ce qui caractérisent et fait l’expertise particulière de chacune de ces initiatives, et puis aussi les activités.

Ma présentation tout à fait subjective des atouts de chacun 😉

L’exploration des usages et des processus d’implantation des laboratoires de création et de fabrication numérique en bibliothèque au Québec, à travers des démarches de codesign, a été documentée ici.

Pour mémoire, qu’est-ce que documenter ?

L’AFNOR définit la documentation comme l’ensemble des techniques permettant le traitement permanent et systématique de documents ou de données, incluant la collecte, le signalement, l’analyse, le stockage, la recherche, la diffusion de ceux-ci, pour l’information des usagers (Wikipedia)

| Photos par Marie D. Martel, cc-by-sa |

La ruche d’art Pointe-St-Charles et la leçon de linogravure

DSC_0155
Au cours de la tournée des Ruches d’art de Montréal, nous avons été accueilli.e.s par les membres des la Ruche Pointe-Saint-Charles. La Ruche d’Art Pointe-St-Charles propose des ateliers libres de création artistique en partenariat avec le YMCA Pointe-St-Charles et le HLM Alexandra de l’Office Municipal d’Habitation de Montréal.

Nous avons échangé avec Rachel Chainey, responsable des Ruches d’art, Boutheina Ayachi, intervenante communautaire, Cécile qui répare des chaises, Sarah, étudiante en art thérapie, sur leurs histoires, ce qui les a conduites ici et sur ce que peut apporter une Ruche d’art dans la communauté.

Puis nous avons mis à la pâte ! La leçon de linogravure a été offerte, dans la bonne humeur, par Boutheina qui avait appris cette technique quelques jours auparavant d’une artiste professionnelle habitant le quartier.

La linogravure est un type de gravure en taille d’épargne (technique consistant à enlever les blancs ou « réserves » du résultat final, l’encre se posant sur les parties non retirées donc en relief, le papier pressé sur la plaque conservant l’empreinte de l’encre1), proche de la gravure sur bois, et se pratique sur un matériau particulier, le linoleum. (Wikipédia)

Faire de l’art, créer de la solidarité et réinventer les tiers lieux culturels

Pratiquer le tourisme culturel dans sa propre ville, c’est ce que des passionné.e.s de bibliothèques, maisons de la culture et autres se sont engagé.e.s à expérimenter dans le cadre d’une expédition apprenante organisée dans le réseau des Ruches d’art de Montréal.

La responsable de ce réseau, Rachel Chainey, a guidé cet équipage à travers quelques Ruches emblématiques : la COOP Le Milieu, La flèche rouge, le Repair Café chez ÉchoFab, La Ruche d’art Pointe St-Charles et celle de St-Henri.

Chacune des Ruches est unique et se développe suivant l’identité de son quartier et des communautés qui l’animent, proposant une diversité d’ambiances, de projets et de possibilités.

Premier arrêt, la COOP LE MILIEU

Située dans le quartier Centre-Sud de Montréal, Le Milieu est un atelier d’art communautaire et un café. Tout le monde y est bienvenu, des matériaux d’art recyclées sont gratuitement mis à la disposition des participants pendant les heures de création libre ou les ateliers de partage de savoir-faire qui sont proposés par des membres de la communauté. Le coin café, pas cher, équitable, végane, célèbre les ingrédients locaux et biologiques. On y mitonne une excellente soupe qui réchauffe les coeurs.

Autant que le souci d’une participation active et inclusive, on soutient des principes de vie écologique à travers l’art, la nourriture et le dialogue.

D’où viennent les ruches d’art ?

Une ruche d’art est une forme de tiers lieu qui vise à favoriser l’inclusion sociale par le biais des pratiques artistiques. Les Art Hives sont nées aux États-Unis, se sont répandues au Canada et ont fleuri à Montréal grâce aux travaux de la chercheure Janis Timm-Bottos de l’Université Concordia qui soutient ces initiatives. Montréal possède déjà un réseau d’une vingtaine de ruches d’art, dispersées à travers la ville, qui encouragent de nouvelles manières de concevoir les espaces de participation culturelle.

Les Ruches d’art décrivent leur approche en ces termes :

Le Réseau des Ruches d’Art relie une multitude de petits espaces régénératifs d’art communautaire, avec l’objectif de bâtir des solidarités à travers la distance géographique. Cette initiative vise à renforcer et à promouvoir les bienfaits de ces ateliers collectifs inclusifs et accueillants, à travers le Canada et le monde. Aussi connus sous le nom de « maisons publiques », ces tiers-espaces créent de multiples occasions de dialogue, de partage de savoir-faire et de création artistique, entre des gens de divers horizons socio-économiques, âges, cultures et capacités.

Une Ruche d’Art:

  • Accueille chaque personne en tant qu’artiste et croit que la création artistique est un comportement partagé par tous les humains.
  • Célèbre les forces et la créativité des individus et des communautés.
  • Encourage les expériences autonomes de créativité, d’apprentissage et de partage de savoir-faire.
  • Offre l’accès gratuitement et promeut l’économie du don.
  • Partage les ressources incluant l’abondance de matériaux d’art disponibles pour la réutilisation créative.
  • Expérimente [des] idées avec curiosité et humilité, et en utilisant des méthodes de recherche ancrées des les arts.
  • Partage les connaissances et les stratégies pour la recherche de financement et le développement économique. S’associe avec les collèges et les universités pour promouvoir les études engagées dans la communauté.
  • Jardine partout où c’est possible pour renouveler, re-générer, et répandre les graines du changement social.

Ces ateliers de créations artistiques communautaires sont apparus comme un modèle apprécié par les citoyen.ne.s dans les démarches de co-design réalisées dans les bibliothèques, les espaces de diffusion, les lieux communautaires. Ils pourraient inspirer la conception des espaces de médiation et la programmation ou les fonctions-services dans les espaces/labos de créativités/fabs labs/makerspaces de ces projets. Une nouvelle génération d’espaces culturels cherche à émerger.

Prochain arrêt, la Ruche d’art de Pointe-St-Charles.

Pour aller plus loin :

Art hives help bring creative Montrealers together, Monique Polak, The Montreal Gazette, 15 mai 2015.

Le Design Thinking en bibliothèque et en français, un zeugme à retenir !

IMG_7179

Transformer les bibliothèques publiques pour en faire des projets de sociétéculturedesign et des «tiers lieux» par le biais de démarches participatives est un des nouveaux défis de la bibliothéconomie et…du design ! Pour le relever, on peut avoir recours à l’approche IDEO dont le processus de design thinking est maintenant disponible dans une traduction [à la] française : « Design Thinking en bibliothèque ».

Le contexte (en quelques énumérations inévitables)

Que ce soit à Montréal ou ailleurs dans le monde, la programmation des services et des espaces des bibliothèques (universitaires, publiques ou scolaires) tendent à s’appuyer sur des démarches visant à faire participer les parties prenantes : citoyens, publics, communautés, acteurs, institutions, etc. Différents processus de cocréation, codesign, laboratoire vivant, résidence, etc. ont été conduits depuis quelques années dans le but de créer une nouvelle génération de bibliothèques « tiers lieux» appropriées aux nouveaux usages.

Les motivations qui justifient ces démarches participatives sont multiples : développement durable, acceptabilité sociale, éducation, empowement, innovation, innovation technologique, innovation sociale, exclusion/inclusion sociale, culture numérique, planification urbaine, etc.

Les approches participatives accessibles sur le marché de l’innovation sont élaborées à partir d’une variété de disciplines : sciences de l’information, sociologie, sciences de la gestion, développement communautaire, sciences du design, design de systèmes, etc.

La société américaine IDEO qui propose la conduite de projets d’innovation à partir d’un ancrage dans le domaine de la gestion, des affaires et de la technologie, est un des joueurs les plus réputés en matière de design thinking. Cette approche se conçoit comme centrée sur l’humain :

« Design thinking is a human-centered approach to innovation that draws from the designer’s toolkit to integrate the needs of people, the possibilities of technology, and the requirements for business success. » — Tim Brown, président de IDEO

Qu’est-ce que le design thinking ?

En guise de démarrage, on explique les grandes lignes de cette approche centrée sur l’humain dans les termes suivants :

Le design thinking est une méthode créative qui permet de mettre en place des services innovants en bibliothèque. L’innovation est un phénomène qui se situe à l’intersection de trois facteurs : la désirabilité, la faisabilité et la viabilité. Autrement dit, quand une offre est désirable, quand elle est économiquement viable et quand elle est techniquement réalisable, les conditions sont réunies pour innover.

 

Le coeur de la méthode consiste à rencontrer des gens et à les observer pour comprendre leurs besoins, à fabriquer des prototypes et à les tester pour les améliorer. Les usagers sont au centre de ce processus, c’est pourquoi il va de pair avec une philosophie que nous appelons le « design centré sur l’humain. » Tout cela peut paraître intimidant à première vue, mais il s’agit en fait d’une démarche extrêmement intuitive basée sur l’empathie. Elle mobilise des dispositions que nous avons tous naturellement, mais que nous avons tendance à sous-exploiter, comme l’intuition, l’intelligence émotionnelle ou le goût pour l’action.

 

Le design thinking, c’est aussi une certaine façon de penser qui implique de voir le monde comme un designer. Pour cela, il n’est pas nécessaire d’avoir un don artistique, il suffit d’être ouvert à l’inconnu et créatif face à l’imprévu. Adopter cet état d’esprit permet d’envisager les problèmes comme des opportunités et de gagner la confiance en soi nécessaire à l’innovation. Cette façon de faire est probablement à l’opposé de votre mode de travail habituel. Le fait de ne pas savoir à l’avance où vous aboutirez peut être déstabilisant, mais vous devez faire confiance au processus.

Le processus de design thinking en tant que tel réfère à un ensemble de phases superposées, qui s’articulent autour de trois étapes principales : l’Inspiration, l’Idéation et l’Itération :

  • La phase d’inspiration consiste à comprendre les besoins de vos usagers en les observant, en dialoguant avec eux et en vous renseignant sur ce qui se fait ailleurs.

  • La phase d’idéation consiste à reformuler vos constats, à élaborer un concept et à lui donner une forme concrète en réalisant un prototype rapide.

  • La phase d’itération consiste à tester votre prototype avec vos usagers afin que vos expérimentations successives soient de plus en plus proches du résultat final que vous souhaitez atteindre. (Préface, Le Design Thinking en bibliothèque)

 

La méthode se veut centrée sur l’usager/l’humain, fondée sur la pratique, expérimentale, favorisant un état d’esprit libre de tous préjugés, résolument créatif, foncièrement optimiste. 

Design Thinking en bibliothèque

La publication de cette trousse d’outils IDEO, réalisée avec soin, représente une occasion bienvenue et fort séduisante d’explorer et de pratiquer le design thinking pour repenser les services, les programmes d’activité, les espaces, les structures et les organisations. Elle adopte la forme d’un kit composé 1) d’un manuel décrivant les principes et le modèle de la démarche, 2) d’un livret d’accompagnement incluant des fiches d’activités et 3) d’un feuillet d’appropriation rapide intitulé « Design Thinking en un clin d’oeil ». À partir de consignes et d’outils simples, on soutient qu’il est possible d’adopter une posture de designer et d’apprendre à réaliser un projet appuyé par des entretiens, des animations créatives, des prototypes, des projets pilote, etc.

IDEO a adapté son modèle-type en sollicitant les bibliothécaires de Aarrhus (Danemark) et de Chicago (États-Unis) et en les formant au design thinking. Les responsables des bibliothèques impliquées n’ont pas manqué de faire valoir les bénéfices de cette méthode et, plus généralement, de  la participation en design. Rolf Hapel de la bibliothèque d’Aarhus présente deux avantages de ces pratiques :

d’abord, leurs demandes [des usagers] sont prises au sérieux et entendues. Ils sont considérés comme des acteurs dans le processus de transformation de la bibliothèque et pas seulement comme des consommateurs passifs. Par conséquent, il y a un premier bénéfice qu’on pourrait qualifier de démocratique. Le second bénéfice vient du fait que les avis des usagers ont permis de mettre en place des services nouveaux ou de meilleure qualité. (Design Thinking en bibliothèque, IDEO, 2015, p. 19)

Brian Bannon, un des responsables des bibliothèques de Chicago, poursuit dans le même sens :

Si on fait le point sur notre première année de collaboration avec IDEO et Aarhus, on peut dire avec certitude que notre public a bénéficié de services nouveaux et redynamisés. L’impact positif sur notre culture professionnelle est un phénomène que nous n’avions pas vraiment anticipé. Le fait d’encourager les bibliothécaires à innover, de leur confier des outils et des responsabilités nouvelles est une véritable révolution. Nos succès, mais aussi les échecs dont nous avons tiré des leçons, ont renforcé la conviction que nous sommes capables tous ensemble de poser de nouvelles bases pour la lecture publique à Chicago. (Design Thinking en bibliothèque, IDEO, 2015, p. 19)

 

La bibliothécaire Nicole Steeve souligne à son tour l’intérêt du design thinking face à cette tendance, répandue du côté du personnel en bibliothèques, qui consiste à prétendre connaître mieux que les usagers eux-mêmes leurs attentes en matière de services. Le design thinking permet de déjouer cette usurpation de la parole et des besoins en recourant à un processus qui ramène l’usager au coeur du projet :

« Maintenant que j’ai réalisé plusieurs projets, j’ai l’impression de mieux comprendre la logique qui sous-tend cette démarche. N’importe qui peut avoir l’idée de mettre en place un atelier de création artistique pour les adolescents ou d’installer des canapés dans un laboratoire de langues. Mais si ces décisions ne s’appuient PAS sur le design thinking, vous risquez de ne pas avoir de bons arguments pour les défendre. Grâce au design thinking, ces choix sont le résultat d’échanges avec des usagers et d’expérimentations. C’est très important parce que dans le monde des bibliothèques, nous nous interrogeons sans cesse sur la pertinence de nos actions. Le design thinking est une méthode de résolution des problèmes et de prise de décision qui nous aide à faire des choix pertinents et où on ne se contente pas de présumer qu’un projet – quel qu’il soit – répond bien aux besoins des usagers. »

Le guide de design thinking propose une schématisation des bénéfices potentiels de cette approche pour la bibliothèque et pour les usagers.

Codesign dans les bibliothèques de Montréal

Dans cette traduction française, on s’est attaché à renouveler les exemples et les références en puisant dans le contexte francophone. Le processus de codesign mené dans le cadre du projet de la bibliothèque de Pointe-Saint-Charles y figure. Depuis 2014, en effet, près d’une dizaine de démarches participatives de cette nature se sont déroulées à Montréal pour réinventer les bibliothèques avec les citoyen.ne.s et les communautés. Cet énorme chantier démocratique vise à soutenir l’adaptation des bibliothèques en réponse aux nouveaux usages et aux nouvelles aspirations des habitants dans une perspective de développement durable.

LE CO-DESIGN À LA BIBLIOTHÈQUE DE POINTE-SAINT-CHARLES: http://ville.montreal.qc.ca/pls/portal/docs/PAGE/ARROND_SOU_FR/MEDIA/DOCUMENTS/BIBLIO_SC_RAPPORT_CO-DESIGN_SANSVIDEO2.PDF