Les bibliothèques publiques et la réussite éducative : + de planification nationale pour + d’impact #JPS2019

La Hutte de l’Espace Jeunes à la Grande bibliothèque (Montréal)

Les Journées de la persévérance scolaire (JPS) se déroulent du 11 au 15 février sur le thème « Nos gestes, un + pour la réussite scolaire ». Dans un cahier spécial sur l’éducation, Le Devoir introduit le sujet en ces termes :

Réduire le nombre d’enfants qui commencent leur scolarité avec un facteur de vulnérabilité, diminuer le décrochage scolaire, augmenter la proportion d’élèves qui obtiennent un diplôme avant 20 ans… Tous ces objectifs s’inscrivent dans la Politique de la réussite éducative du Québec. Les objectifs à atteindre sont grands et le réseau des CPE, garderies en milieu familial, privées ou subventionnées, la maternelle 4 ans, l’état des écoles, des services aux élèves ou encore les conditions de travail des enseignants sont au coeur de bien des débats. États des lieux et coup d’oeil sur différentes initiatives et divers projets qui peuvent être déterminants dans le cheminement des enfants, de la garderie à la cour d’école, en passant par le camp d’été. (Cahier spécial C, Éducation, Le Devoir,samedi et dimanche 10 février 2019, )

Je voudrais contribuer à la réflexion sur cet « état des lieux » en élargissant les termes du débat aux acteurs communautaires, qui ne sont pas mentionnés ici, et en abordant le rôle des bibliothèques publiques québécoises dans ce vaste chantier.

S’il fallait s’en tenir au principal document en cause, soit la Politique de la réussite éducative lancée le 21 juin 2017 sous le précédent gouvernement, cet exercice serait assez bref puisqu’une recherche par occurrence dans le texte ne donne aucun résultat associé au mot « bibliothèque ». Et ce même si la Politique porte un discours favorable à une approche communautaire de la littératie. Le mot « communauté » revient d’ailleurs 59 fois dans cette Politique qui compte 84 pages.

La Politique propose une vision visant à i. Agir tôt et tout au long de la vie et ii. Mobiliser la communauté éducative. À ce titre, cette vision prend en considération l’importance d’agir avant et au-delà du parcours scolaire dans un cadre de responsabilité qui n’est plus défini sur une base individuelle dans un contexte d’éducation formelle, mais qui est partagé par les acteurs de la communauté éducative.

À l’école des New Literacy Studies, les études soulignent en effet le caractère déficient des approches qui abordent l’alphabétisation et les littératies comme des enjeux essentiellement individuels et scolaires. Ces études mettent l’emphase sur une approche systémique où alphabétisation et littératies sont conçues en tant que pratiques sociales et culturelles reliant la famille, l’école (incluant afortiori les bibliothèques scolaires) et la communauté – dont les bibliothèques publiques et les autres acteurs communautaires font partie.

La Stratégie 0-8 ans qui a suivi la Politique a pris soin de désigner plus explicitement les acteurs communautaires afin qu’ils et elles se reconnaissent comme parties prenantes dans ce chantier et dans le partage des responsabilités qu’il implique :

Les huit premières années de la vie sont déterminantes dans toutes les sphères du développement global des enfants. C’est également au cours de cette période qu’ils réalisent les apprentissages les plus déterminants pour leur réussite éducative : la lecture, surtout, de même que l’écriture et la mathématique. S’ils ne possèdent pas les acquis attendus au terme du premier cycle du primaire, les enfants rencontreront plus de difficultés dans la poursuite de leur parcours scolaire. La capacité de lecture à cet âge, rappelons-le, est une compétence transversale liée à la réussite scolaire ultérieure : les enfants apprennent à lire pour pouvoir, par la suite, lire pour apprendre. Ces apprentissages se réalisent progressivement, d’abord par des activités d’éveil et de stimulation au sein de la famille, dans les bibliothèques publiques ou encore par l’intermédiaire des organismes communautaires qui offrent également ce type d’activités, et plus tard dans les services de garde éducatifs à l’enfance. (MCC, Stratégie 0-8 ans, p. 41)

Auparavant à l’automne 2016, le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) a interpelé les instances régionales de concertation sur la persévérance scolaire et la réussite éducative (IRC) en leur confiant le déploiement d’une nouvelle mesure visant à valoriser et à promouvoir la lecture auprès des 0-20 ans et des parents. Cette mesure contient plusieurs propositions orientées sur la « création et consolidation d’une synergie entre les bibliothèques, le réseau scolaire et les différents partenaires ». Cette mesure visait le développement de projets et d’activités complétés à terme sous la forme d’un rapport devant être déposé le 31 décembre 2017. (Mesure sur la lecture, p.3)

Qu’en est-il de cette mesure, de ses résultats, et maintenant de cette orientation explicite en matière de littératie communautaire dans le contexte du changement de gouvernement? Pour le moment, les engagements du gouvernement actuel semblent prioriser des moyens pour « agir tôt » qui visent à combler les nombreuses lacunes des milieux de l’éducation formelle, c’est-à-dire, scolaires.

Des initiatives locales

Des initiatives mises en place dans la foulée de cette mesure notamment à l’enseigne du Réseau Réussite Montréal subsistent. Le cahier Éducation du Devoir présente quelques « gestes concrets » tel que le projet « Délire », qui vise « à accroître et maintenir l’intérêt pour la lecture chez les jeunes de 16 à 20 ans », le plaisir de lire surtout, que le contexte informel des bibliothèques, ici les Bibliothèques de Montréal, favorisent. Des projets se dessinent également à plus long terme, par l’entremise de l’Association des bibliothèques publiques du Québec (ABPQ), grâce à un financement du MEES, qui suggèrent le début historique d’une reconnaissance de leur mission éducative, pourtant séculaire, et qui visent à développer des outils et des formations auprès du personnel des bibliothèques sur la littératie familiale.

D’autres exemples d’initiatives locales donnent un aperçu de la diversité des actions, mais surtout de leur caractère intentionnel en matière de soutien à la littéracie familiale et de persévérance scolaire. Certains de ces exemples m’ont été fournis par la Bibliothèque de Sainte-Julie (que je remercie) : heures du conte; club de lecture d’été; le coin des Apprentis Sage! : Un coin jeu favorisant la stimulation du langage dédié aux tout-petits et leurs parents avec des jeux de stimulation du langage pour les 0 à 5 ans; des jeux éducatifs sont mis à la disposition des parents et les intervenants en petite enfance qui veulent les emprunter; la Rimbambelle; l’escouade du livre en été dans les parcs de la ville avec deux animatrices entourées de livres passionnants proposent aux jeunes des lectures amusantes ainsi que des activités stimulantes pour les 5 à 14 ans; club de lecture de la livromanie pour les 8 à 11 ans (de Communication-Jeunesse).

Outre le projet « Délire », les bibliothèques de Montréal dispose aussi d’une offre locale à laquelle s’ajoutent des actions coordonnées par la Direction pour l’ensemble du réseau et dont on peut apprécier l’étendue et la profondeur dans ce document.

Les exemples d’activités et de collaborations en lien avec les littératies et la réussite éducative impliquant les bibliothèques apparaissent assez nombreuses et répandues. En revanche, personne, aucun ministère, aucun service des milieux documentaires ou autre association, n’est en mesure de produire un portrait fidèle de la situation, c’est-à-dire, de ce que font les bibliothèques publiques québécoises sur ce plan – en dehors d’opinions, d’anecdotes, de retours d’expérience. Ce qui revient à admettre que l’on ne peut pas, en ce moment, produire de véritable « état des lieux » qui nous permettent de décrire de façon rigoureuse leur contribution pour une meilleure planification de leur action et de leur impact à l’échelle locale et nationale.

Des conditions de réussite pour la réussite scolaire et +

Je souhaiterais attirer l’attention sur le fait que, au-delà des initiatives locales, les bibliothèques publiques constituent une opportunité pour agir de façon structurée puisqu’elles réunissent une ensemble de conditions susceptibles d’augmenter l’impact d’une stratégie pour la littératie et la réussite scolaire qui soit susceptible d’avoir une portée nationale :

  • Ancrées dans les communautés, elles sont réparties sur l’ensemble du territoire : 96 % de la population québécoise est desservie par une bibliothèque publique (Institut de la Statistique, Statistiques générales des bibliothèques publiques, 2015);
  • Davantage de personnes sont abonnées aux bibliothèques publiques qu’il y en a d’inscrites dans les écoles;
  • Ce sont des équipements publics, financés par les contribuables, via le Ministère de la culture et des communications ainsi que par les municipalités; et donc des relais publics de proximité pour la réussite qui sont directement mobilisables;
  • Elles sont organisées en réseaux et opèrent en un système de collaboration local, national et international;
  • Les littératies sont au coeur de leur mission, tout comme l’apprentissage tout au long de la vie; et au sujet de la littératie communautaire, il faut savoir que les bibliothécaires sont formé.e.s aujourd’hui au développement communautaire stratégique autant qu’au développement de collections;
  • De plus en plus, elles adoptent une perspective de care/justice sociale et se préoccupent des populations vulnérables ou socialement exclues et des obstacles systémiques qui freinent le développement des capacités associées aux littératies.

La perspective d’une stratégie nationale qui serait à même de saisir cette opportunité et de mieux utiliser ces services publics – en tant que financés par des fonds publics – est un défi. On pourrait parler du défi des trois « P » : le défi du pilote, le défi des politiques publiques et le défi du personnel.

Pas de pilote, de politique et personnel

Le défi du pilote s’entend plutôt comme le défi de ne pas avoir de pilote dans l’avion. Ballotées entre le MCC (qui met l’emphase sur la fonction culturelle, et surtout leur capacité à supporter l’industrie du livre, sans prendre en considération leur mandat éducatif et sans intervenir sur les vues souvent décalées des villes) et le MEES (duquel elles ne relèvent pas même si ce sont des institutions d’éducation assumées à travers tous les énoncés de mission internationaux qui les concernent), les bibliothèques publiques du Québec sont plutôt orphelines, adoptées par des maires qui ne savent pas trop quoi en faire, soucieux surtout qu’elles ne leurs coûtent pas cher.

Elles sont aussi « sans papier », c’est-à-dire qu’elles ne sont pas en mesure de se développer à l’aide de politiques publiques appropriées et suffisamment concrètes au plan national. Dans ces conditions, les bibliothèques publiques font figure de service public mal utilisé/géré par les gouvernements locaux et nationaux. Une planification globale, une stratégie nationale pourrait définir des orientations et des dispositifs incitant les villes à offrir des services de qualité en matière de littératie sur l’ensemble du territoire québécois afin d’avoir plus d’impact.

Faudrait-il que le « geste » soit une loi? La Suède s’est récemment dotée d’une loi pour ses bibliothèques dont une des priorités est la littératie.

Le défi du personnel est un des autres grands enjeux des bibliothèques publiques québécoises. À l’heure actuelle, il y a près de deux fois moins de bibliothécaires ETC (employés à temps complet) par 10 000 habitants dans les bibliothèques publiques du Québec que dans celles des différentes provinces canadiennes ou encore dans celles de quelques villes québécoises qui desservent des populations plus largement anglophones supportées par des administrations municipales qui, traditionnellement, en ont reconnu, la valeur.

Je reprends les propos des Denis Chouinard, Président de l’ABPQ, à l’automne dernier :

Ainsi, 65 % des municipalités comptent à leur bibliothèque moins de quatre employés à temps complet, indiquent les données 2017 de Statbib. « Comment peuvent-ils faire pour fonctionner ? », se demande M. Chouinard, qui a la chance, à la bibliothèque de Mont-Royal, de faire partie d’une équipe de 28. Car sa bibliothèque, depuis des décennies, est exceptionnellement choyée par le conseil municipal (voir encadré). « Si on veut que même les toutes petites biblios jouent leur rôle, il faut un minimum de personnel pour les animer, et pour gérer les collections. » Actuellement, 49 % des municipalités n’emploient aucun bibliothécaire. Près de 17 % des bibliothèques n’ont pas d’employés spécialisés — ni bibliothécaire, ni technicien en documentation. Le Québec compte 0,64 bibliothécaire diplômé par tranche de 10 000 habitants, selon les statistiques de 2015. Comparativement, l’Ontario en a 1,04, la Colombie-Britannique 1,07, et les États-Unis, en moyenne 1,01. (Catherine Lalonde, La bibliothèque publique, une richesse sous-exploitée, Le Devoir, 22 octobre 2018)

Sous la forme d’un tableau dans un des derniers rapports publiés par l’Observatoire de la culture et des communications du Québec en 2015, cela ressemble à ceci :

Ce qui suggère que l’on n’a pas encore compris et agi en phase avec la transformation des besoins des usagers et des bibliothèques du 21e siècle, avec la transition des collections vers les connexions; que l’on entretient encore la vision de la bibliothèques comme dépôt de livres au dépens d’un modèle de service orienté sur le développement communautaire, facilitant les littératies familiale, scolaire, communautaire – et ce même si on se targue de faire des « bibliothèques tiers lieux ». Un peu plus d’outils, un peu plus de formation ne nuira jamais, mais le problème de fond réside dans la précarité des équipes professionnelles au sein des bibliothèques publiques.

Cette situation de sous-dotation professionnelle explique aussi la quasi-absence de bibliothécaires jeunesse dans les bibliothèques publiques québécoises, un luxe qui, dans le meilleur des cas, est réservé à quelques grandes villes (Montréal?). Ces bibliothécaires jeunesse sont définitivement parmi les mieux placée.s pour développer et programmer des services en phase avec les connaissances les plus actuelles et les plus pointues sur les questions de littératie pour les publics jeunesse au sein des communautés. La rareté des bibliothécaires jeunesse est un autre aspect qui caractérise le cadre inéquitable du système québécois des bibliothèques publiques, que ce soit entre les villes du Québec ou from coast to coast; un autre chapitre de la gestion déficiente des bibliothèques publiques québécoises.

Sans doute « l’addition d’une multitude de gestes à la portée de tous, parents, membres de la famille, amis, éducatrices, enseignants, intervenants, élus ou encore décideurs, peuvent avoir une influence concrète sur la persévérance et la réussite des jeunes. » comme on le promeut dans le cadre des JPS. Je souhaitais faire valoir, c’est ma conclusion, qu’une gestion et une planification nationale conséquentes des bibliothèques publiques est un des scénarios parmi les plus prometteurs en vue d’avoir un impact structurant sur la persévérance et la réussite des jeunes. Mais est-ce que l’on y tient vraiment? C’est dit. Bonnes JPS !

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Des exemples d’initiatives en lien avec la littératie et la persévérance scolaire en bibliothèque publique :


Les femmes dans les bibliothèques du Québec : du pouvoir de lire à celui d’écrire son histoire

Nous y sommes presque. Vendredi se tiendra la seconde édition d’un colloque sur l’histoire des bibliothèques  québécoises. Le thème de cette édition 2018 est consacrée à l’histoire des femmes bibliothécaires au Québec, une société un peu secrète, peuplée par des militantes du monde de l’éducation et de la culture, pourtant moins portée vers la discrétion, à laquelle on les identifie trop souvent, que vers des projets d’émancipation sociale réclamée bruyamment lorsqu’il le fallait bien.

Le colloque vise les objectifs suivants : d’abord celui de diffuser les connaissances concernant l’histoire des femmes bibliothécaires au Québec et leur apport au monde des bibliothèques; celui d’accroître ensuite notre compréhension du développement de la littératie, de la lecture publique et des bibliothèques québécoises. Cet événement d’une journée se déroulera dans l’amphithéâtre de  la Grande bibliothèque. 230 personnes sont inscrites à ce jour; ce qui, pour une activité que l’on pourrait qualifiée de « pointue », est inespéré. Il reste encore quelques places, on peut s’inscrire à cette adresse.

Le contenu des conférences sera préservé au moyen d’un dispositif à préciser : livre, numéro spécial dans une revue, archives ouvertes. Un atelier contributif animé par des bibliothécaires et Wikimédia Canada devrait faire suite à l’événement, dans le cadre d’un Mardi, c’est wiki à la Grande bibliothèque et/ou au cours d’une activité Art et Féminisme, avec l’intention d’améliorer la présence de ces femmes dans les projets wikimédiens. Un des problèmes, en effet, qui a motivé la tenue de ce colloque, outre l’urgence de produire des savoirs sur cette profession et cet aréopage de figures remarquables, n’est pas étranger à la rareté, sinon l’absence, d’une littérature secondaire. Ces lacunes ne permettaient pas de réunir les conditions, voire les sources, pour établir leur notoriété et créer, dans tous les cas, des entrées de qualité soulignant leur contribution au développement de la société québécoise dans l’encyclopédie la plus célèbre, et surtout, la plus consultée du monde. Cet exercice agit à la façon d’un test. Et l’enjeu de l’invisibilité du travail historique des femmes tient aussi à notre capacité de produire ce type de documentation et de données aujourd’hui.

À travers le travail des historiennes et des historiens qui se sont investi.e.s dans ce projet, un autre pan de l’histoire a pris forme en filigrane. L’engagement de plusieurs de ces pionnières, a-t-on appris, est étroitement lié à des revendications visant à mettre en place des services élargies et plus équitables pour les enfants et les adolescents.e.s. Au cours de la journée, c’est l’histoire de la bibliothéconomie jeunesse et des batailles pour l’amélioration de l’accès à la lecture des familles québécoises, souvent les moins nanties, qui émergera.

La journée se clôturera par un entretien très attendu avec Lise Bissonnette, écrivaine, journaliste, présidente et directrice générale de BAnQ à l’ouverture de cette institution qui aura peut-être marquée, l’histoire nous le dira, un moment de rupture dans la relation contrariée entretenue entre les Québécois.e.s et leurs bibliothèques – comparativement aux dévotions réputées des publics anglophones pour leurs libraries. C’est M. Jean-Louis Roy, actuel président et directeur général de BAnQ, qui conduira l’entretien.

PROGRAMME
9 h 30 – 10 h : Accueil
10 h – 10 h 10 : Mot d’introduction de Jean-Louis Royprésident et directeur général de Bibliothèque et Archives nationales du Québec
10 h 10 – 10 h 20 : Remerciements des partenaires
10 h 20 – 10 h 40 : Éva Circé-Côté par Andrée Lévesque, professeure, Département d’histoire, Université McGill
10 h 50 – 11 h 10 : Mary Sollace Saxe par Marcel Lajeunesse, professeur associé, EBSI, Université de Montréal
11 h 10 : Pause
11 h 30 – 11 h 50 : Marie-Claire Daveluy par Johanne Biron, chercheuse indépendante
12 h – 12 h 20 : Hélène Grenier par Éric Leroux, professeur agrégé, EBSI, Université de Montréal
DÎNER LIBRE
14 h – 14 h 10 : Mot d’accueil pour le retour
14 h 10 – 14 h 30 : Céline Robitaille-Cartier par Claude Bonnelly, Université Laval
14 h 40 – 15 h : Paule Rolland-Thomas par Michèle Hudon, professeure associée, EBSI, Université de Montréal
15 h : Pause
15 h 20 – 15 h 50 : Pour une histoire orale nationale des femmes bibliothécaires : Hélène Charbonneau et Louise Guillemette-Labory par Marie D. Martel, professeure adjointe, EBSI, Université de Montréal, et Lëa-Kim Châteauneuf, bibliothécaire, Bibliothèques de Montréal
*** 16 h – 16 h 30 : Entretien avec Lise Bissonnette, écrivaine, journaliste, ancienne présidente et directrice générale de BAnQ, conduit par M. Jean-Louis Roy, président et directeur général de BAnQ

Un référentiel de compétences à destination des bibliothécaires pour les adolescent.e.s #YALSA

Pour clôturer cette Semaine des bibliothèques publiques, je partage un référentiel de compétences produit par YALSA (Association des services de bibliothèque pour les adolescent.e.s/jeunes adultes, 2017) et que les étudiant.e.s de l’EBSI (SCI6339) ont traduit en français. Cette traduction a même bénéficié du savoir-faire d’un réviseur dans le groupe, René-Pierre Custeau, que je remercie pour le soin final qu’il a apporté au texte. Ce référentiel de compétences est aussi recommandé à l’échelle canadienne via Librarianship.ca.

YALSA est une sous-division de l’American Library Association et compte plusieurs milliers de membres travaillant dans des bibliothèques américaines. Un tel référentiel de compétences vise « à aider le personnel des bibliothèques à atténuer les défis auxquels font face les adolescent.e.s (surtout ceux et celles qui ont les plus grands besoins) et les accompagner sur la voie de vies réussies et épanouissantes » (ma traduction).

Un des enjeux de la bibliothéconomie jeunesse au Québec – et partant un des enjeux de la littératie au Québec – est le suivant : En dehors de l’Île de Montréal, il n’y aurait à peu près pas de bibliothécaire pour la jeunesse dans les bibliothèques publiques. La rareté des bibliothécaires dans les bibliothèques québécoises, comparativement à ce qui est observé dans les bibliothèques canadiennes et américaines,  a été soulignée de façon fort à propos au cours de la Semaine des bibliothèques publiques :

Ainsi, 65 % des municipalités comptent à leur bibliothèque moins de quatre employés à temps complet, indiquent les données 2017 de Statbib. « Comment peuvent-ils faire pour fonctionner ? », se demande M. Chouinard, qui a la chance, à la bibliothèque de Mont-Royal, de faire partie d’une équipe de 28. Car sa bibliothèque, depuis des décennies, est exceptionnellement choyée par le conseil municipal (voir encadré). « Si on veut que même les toutes petites biblios jouent leur rôle, il faut un minimum de personnel pour les animer, et pour gérer les collections. » Actuellement, 49 % des municipalités n’emploient aucun bibliothécaire. Près de 17 % des bibliothèques n’ont pas d’employés spécialisés — ni bibliothécaire, ni technicien en documentation. Le Québec compte 0,64 bibliothécaire diplômé par tranche de 10 000 habitants, selon les statistiques de 2015. Comparativement, l’Ontario en a 1,04, la Colombie-Britannique 1,07, et les États-Unis, en moyenne 1,01. (Catherine Lalonde. (22 octobre 2018). La bibliothèque publique, une richesse sous-exploitée, Le Devoir.)

Ève Lagacé, directrice de l’Association des bibliothèques publiques du Québec (ABPQ) l’a également fait valoir en ces termes :

Dans les bibliothèques performantes, les citoyens sont accueillis par du personnel qualifié et en quantité suffisante, selon des plages horaires étendues (plus de 80 heures par semaine). Le personnel dirige les usagers vers les ressources dont ils ont besoin, les techniciens de la documentation et les bibliothécaires assument pleinement le fonctionnement de la bibliothèque et développent une offre de services à l’intention de tous les citoyens.

Malheureusement, ce ne sont pas tous les Québécois qui ont accès à une telle qualité de service, pourtant si habituelle pas plus loin que chez nos voisins ontariens. (Ève Lagacé. (22 octobre 2018). Permettons aux bibliothèques publiques de jouer leur rôle, La Presse +)

La situation décrite impliquerait, par conséquent, que la plupart des jeunes québécois.e.s et leurs parents ne sont pas actuellement accueillie.e.s et accompagné.e.s par des professionnel.le.s qualifié.e.s pour servir les enfants, les adolescent.e.s et les familles en bibliothèque publique. Les uns après les autres, les gouvernements au Québec ont démissionné de leurs responsabilités en matière de lecture publique et, d’une façon générale, les municipalités ne les ont pas assumées davantage – en dehors des constructions (lorsque c’est le cas). En matière de services pour les jeunes, on devrait parler de négligence grave.

C’est une hypothèse qu’il faudra vérifier pour avoir des données précises (et au passage, on peut se demander : Qui se préoccupe de ces données au Québec?); mais quelques coups de sonde dressent le profil d’une offre pour la jeunesse en bibliothèques publiques au Québec (des touts-petits aux plus grands)  qui n’est pas à la hauteur des défis actuels en matière de littératie et de littératie numérique.

La présence de bibliothécaires professionnel.le.s qualifié.e.s en jeunesse serait, à l’échelle du bibliothèques publiques québécoises, un privilège urbain, et peut-être même essentiellement montréalais.

Il y a quelques semaines, un étudiant m’a demandé s’il pouvait espérer être bibliothécaire jeunesse en dehors de Montréal. J’ai soupiré et j’ai envoyé quelques courriels à des collègues pour que l’on réfléchisse ensemble à une réponse. Pour le moment, la réponse la plus honnête est simplement la suivante : Non, pas vraiment. « Il n’y a déjà presque pas de bibliothécaires, comment veux-tu qu’on engage des bibliothécaires jeunesse ??? »

En attendant que l’horizon, et l’avenir de cet étudiant, comme celui de ses collègues, s’éclaircissent, voici les compétences des bibliothécaires spécialisé.e.s en jeunesse (pour les adolescent.e.s), en d’autres termes, les capacités qu’ils et elles sont appelé.e.s à exercer afin de prendre soin des publics adolescents et jeunes adultes.

Les compétences pour servir les adolescent.e.s en bibliothèque 

Compétence 1 : Croissance et développement des adolescent.e.s

Connaître les différents stades du développement de l’adolescent.e afin de planifier, d’offrir et d’évaluer les ressources, les programmes et les services en bibliothèque qui sauront combler leurs multiples besoins.

Compétence 2 : Interactions avec les adolescents

Reconnaître l’importance des relations interpersonnelles et de la communication dans l’élaboration de services de qualité pour adolescent.e.s en bibliothèque et mettre en œuvre des techniques et des stratégies personnalisées pour accompagner chacun d’eux.

Compétence 3 : Environnement d’apprentissage

Cultiver d’excellents environnements d’apprentissage flexibles et adaptés au développement des adolescent.e.s afin de les soutenir individuellement ou en groupe lors d’activités d’apprentissage formelles et informelles.

Compétence 4 : Expériences d’apprentissage

Travailler entre autres avec les adolescent.e.s, les bénévoles et les partenaires communautaires afin de planifier, mettre en œuvre et évaluer des activités d’apprentissages formelles et informelles de grande qualité, adaptées au développement des adolescent.e.s et qui soutiennent leurs intérêts personnels et académiques.

Compétence 5 : Leadership et engagement des jeunes

Répondre aux intérêts et besoins de tou.t.e.s les adolescent.e.s et collaborer avec ceux-ci pour créer et mettre en œuvre des activités qui leur plairont et qui favoriseront leur leadership.

Compétence 6 : Engagement familial et communautaire

Bâtir des relations respectueuses et réciproques avec les organismes communautaires et les familles afin de favoriser un développement maximal des capacités des adolescent.e.s et d’enrichir la qualité des services en bibliothèque.

Compétence 7 : Compétence et sensibilité culturelle

Promouvoir activement le respect de la diversité culturelle en créant une atmosphère en bibliothèque qui soit inclusive, accueillante, respectueuse et qui englobe la diversité.

Compétence 8 : Équité d’accès

Garantir l’accès à une grande variété d’activités à faire avec les adolescent.e.s ainsi qu’à des ressources et services pour tou.te.s les adolescent.e.s, en en particulier ceux qui éprouvent des difficultés d’accès.

Compétence 9 : Évaluation et résultats

Mesurer l’impact des programmes en bibliothèque qui sont destinés aux adolescent.e.s et qui les impliquent, et se servir de ces informations pour le développement, la mise en œuvre et l’amélioration continue des services.

Compétence 10 : Apprentissage continu

Agir de manière éthique, s’investir dans l’apprentissage continu et préconiser des pratiques et des politiques exemplaires en bibliothèque dans les services aux adolescent.e.s.

Cette traduction correspondant à la version « en un clin d’oeil ». On peut aussi avoir accès sur le site de YALSA au référentiel dans sa version complète.

Pour en savoir plus sur YALSAhttp://www.ala.org/yalsa ou suivez @yalsa sur Twitter.

D’autres référentiels, qui mériteraient aussi d’être traduits, existent pour les services aux enfants en bibliothèque publique :  Competencies for Librarians Serving Children in Public Libraries (Association for Library Service to Children, 2015).

Salade mixte No. 4 #bibliothèques #actualités

 

Maxime Beaulieu, spéciaIiste de bandes dessinées et de manga, geekothécaire à la Direction des bibliothèques de Montréal.

En complément du Bouillon avec des saveurs un brin plus locales, cette veille porte une attention particulière aux bibliothèques comme « infrastructures sociales » ainsi qu’aux services pour les jeunes en vue d’alimenter la réflexion dans le cadre du cours SCI6339 à l’EBSI. Notez que certains des meilleurs ingrédients proviennent des étudiant.e.s.

Bibliothèques publiques

  1. Archive with Care : At Escondido Public Library, a participatory archive gives immigrants a voice (American Libraries)
  2. Libraries are filling an affordable fitness void. Librarians are providing yoga and tai chi classes for communities that need them (The Outline)
  3. ***IMLS Public Library Survey: Program Attendance, Collection Size, Digital Materials Up; Visits, Circ Down. (Library Journal) :
  4. In Your State: Priorities for IMLS-Funded Library Services. (Medium) : IMLS’s recent analysis of the 56 plans revealed that most state libraries are focused on providing their communities with access to information, reaching underserved populations, and growing partnerships with other government agencies. »
  5. ***The End of Fines? As more and more libraries are finding, eliminating fees lowers barriers while still bringing books back into circulation. (Library Journal -Premium)
  6. Leadership Development. PLA Leadership Model 2018. (PLA) :

The PLA Leadership Model describes the work, methods, and core values of leadership in a public library context. It describes library leaders’ core areas of responsibility as Learning and Literacy, and Stewardship and Integrity. Under the model, library leaders are also encouraged to practice the paired values of Respect and Civility; Inclusion and Equity; Service and Privacy; and Information and Truth, while embracing a spirit of caring, integrity, and optimism. The model envisions these leaders helping individuals, neighborhoods and communities to thrive by making the library a trusted, helpful resource to all people.

Services d’information pour les jeunes

  1. Les Prix du GG (dont pur le (dont les prix jeunesse)
  2. Rencontre professionnelle : Ouvrir les possibles de la bibliothèque jeunesse (Si Institut suédois)
  3. Social Media, Social Life: Teens Reveal Their Experiences (2018) (common sense media)
  4. 100 Livres pour les enfants de 6 à 9 ans – Tu lis déjà? Tu lis quoi?  (Paris Bibliothèques)
  5. Marché du livre : des achats de livres plus variés ces 10 dernières années (Actualitté)

Première trouvaille de ce rapport, les nombres de livres différents et d’auteurs différents ayant fait l’objet d’une vente dans l’année ont significativement progressé : respectivement, + 50 % et + 36 %. Ce qui signifie, en clair, que les achats reflètent une plus grande variété. Cette dernière est particulièrement sensible pour la bande dessinée, les mangas et comics (+ 90 %), les livres jeunesse (+ 70 %) et les livres pratiques (+ 52 %).

Programme à découvrir 

Blogues indispensables

Formations et événements

 

Salade mixte No. 3 #bibliothèques #actualités

Olivier Hamel, créateur de projets littéraires globaux en bibliothèque scolaire. Partage d’expertise professionnelle dans le cours SCI6339.

En complément du Bouillon avec des saveurs un brin plus locales, cette veille porte une attention particulière aux bibliothèques comme « infrastructures sociales » ainsi qu’aux services pour les jeunes en vue d’alimenter la réflexion dans le cadre du cours SCI6339 à l’EBSI. Notez que certains des meilleurs ingrédients proviennent des étudiant.e.s.

Bibliothèques publiques

Note : Les deux premiers liens nous amènent vers de nouveaux articles signés par Eric Klinenberg. #àlire 

  1. Worry Less About Crumbling Roads, More About Crumbling Libraries (The Atlantic)
  2. Palaces for the people: why libraries are more than just books (The Guardian)
  3. Do we really still need Banned Books Week? (Washington Post)
  4. Why you should read this article slowly (The Guardian via Sentiers No. 50)
  5.  Reclaiming Reference at the Library : For librarians, reference work today is increasingly about community service (Publishers Weekly) : « However you think of reference today, the reality is that librarians can’t just sit back and wait to deliver information any more. Our future is in proactively helping our communities ask the right questions, find the right answers, make meaning of the information they find, and put it to productive use. »
  6. L’internet des familles modestes : les usages sont-ils les mêmes du haut au bas de l’échelle sociale ? (Internet Actu) :

Oui, internet est une seconde école. Et ce constat n’est pas sans vertus pour des populations qui bien souvent ne sont pas allées à l’école ou qui n’ont pas le bac. Internet leur propose des manières d’apprendre qui leur correspondent mieux, sans hiérarchie ni sanction. On pourrait croire par exemple qu’en matière d’information ils ne recherchent pas des choses importantes, mais si. Ils cherchent à comprendre les termes qu’emploient le professeur de leurs enfants ou le médecin qu’ils consultent. Quelque chose s’est ouvert. L’enjeu n’est pas pour eux de devenir experts à la place des experts, mais de parvenir à mieux argumenter ou à poser des questions. D’être mieux armés.

Services d’information pour les jeunes

  1. Finalistes du Prix du livre jeunesse des Bibliothèques de Montréal 2018 dévoilés! (Bibliothèques de Montréal)
  2. Reed, Karen Nourse, and Eric L. Oslund. 2018. “School Librarians as Co-Teachers of Literacy: Librarian Perceptions and Knowledge in the Context of the Literacy Instruction Role.” (PDF, School Library Research (SLR) Volume 21)
  3. Johnston, Melissa P., and Lucy Santos Green. 2018. “Still Polishing the Diamond: School Library Research over the Last Decade.” (PDF, School Library Research (SLR) Volume 21)
  4. iel était une fois : des Drag Queens à la bibliothèque (Louise & les canards sauvages)
  5. Confirmation Bias & Information Literacy: Resources for Young People (Programming Librarian)
  6. Literacy kits help parents read to babies in neonatal intensive care (Edmonton Journal)

Formations et événements

Formations ASTED