Extension du domaine de la médiation et des heures d’ouverture dans les bibliothèques danoises

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Récit visuel et notes de voyage en 5 saillances : La bibliothèque Ørestad

Située dans un quartier en développement de Copenhague, sur Arne Jacobsens Allé, la bibliothèque du même nom a été conçue par la firme d’architecte KHR Architects avec Claus Bjarrum Architects (design d’intérieur). Ouverte en 2012, la bibliothèque remplit, de manière intégrée, une triple fonction : elle combine la bibliothèque publique et scolaire tout en jouant le rôle de centre culturel. La  bibliothèque se décline sur deux plans ouverts de 600 m² , le premier qui se prête davantage au divertissement et le second qui fait 700 m², est davantage dédié à l’apprentissage; mais l’ensemble est flexible et facile à adapter en fonction des publics et des événements.

  1. Extension du domaine de la médiation. Selon la représentante du Think Thank of the Libraries of the future, les bibliothèques d’aujourd’hui au Danemark deviennent les centres et les points d’appui les plus structurants en matière de de formation à l’information et de participation démocratique/numérique.  Ce renouveau des bibliothèques danoises se caractérise par une exploration des nouvelles formes de médiation dont le « reach out » qui repose sur le renforcement des collaborations et des partenariats avec les écoles notamment. La bibliothèque de Ørestad qui occupe le premier étage d’une école et qui agit en soutien pour plus de huit autres établissements scolaires exemplifie cette approche. Les coûts de fonctionnement sont répartis entre les principaux partenaires. Bibliothécaire publique et scolaire, qui sont rémunérés par des employeurs distincts, travaillent ensemble de manière fluide dans un contexte où la population de ce quartier comprend une proportion élevé de jeunes. On peut aussi constater, à cet endroit, un exemple de convergence des services public : Un dentiste a ses bureaux dans la bibliothèque.
  2. Accueil et accès. Implanté depuis 2015 au Danemark, le concept de bibliothèque ouverte s’est largement répandu dans le but de répondre aux attentes des citoyens qui veulent avoir accès à l’information ou aux livres quand ils et elles le veulent. Ce dispositif de libre-service permet aux citoyen.ne.s d’accéder à la bibliothèque à l’aide de leur carte d’identité même lorsque le personnel est absent. Dans la mouvance des tiers lieux, avec des plages horaires étendues à la façon des magasins, la bibliothèque se fait plus facile d’accès pour une diversité de publics. Basé sur les principes de l’indépendance des usagers et du design de la confiance, près de 300 établissements au Danemark, dont celle de Ørestad, offrent ce service et sont équipés de ce système qui est financé par le ministère de la culture. Près de 70% des bibliothèques rapportent cependant avoir subi des incidents et des gardiens de sécurité se sont ajoutés dans certains cas. À noter : Dans la perspective de l’accueil, on constate que les stations d’aide prennent la forme d’un meuble léger de type bistro encourageant les interactions. Les touristes font partie des publics dont on se soucie : Un écran dédié à l’information touristique est visible à l’entrée, .
  3. Communication et recommandation indirecte. La valorisation/marchandisage des collections (périodiques, nouveautés, etc.) est abordée de manière originale, ludique et attrayante. On a pensé à favoriser l’appropriation active des collections du côté des jeunes par le biais d’une ruche qui se développe comme une montagne de livres. On mise sur l’intégration du physique et du numérique pour communiquer et mettre en valeur les collections par le  biais d’écrans tactiles au bout des rangées. En 2016, ces écrans présentaient, non seulement un accès au catalogue, mais aussi un carrousel de sélections thématiques; un nouveau logiciel à cette fin est en développement.
  4. Espace de création. Dans la foulée de cette exploration des nouvelles formes de médiation, la salle d’animation est devenue un makerspace/hacklab qui accueillent les activités de bidouillage, de bricodage et autres expérimentations caractéristiques du monde des arts et des sciences aujourd’hui.
  5. Espaces collaboratifs en « open space ». Des tables longues avec écran encouragent le travail collaboratif en espace ouvert (une configuration favorable pour des ateliers de « communs numériques »).

Sources

 

De Copenhague à Montréal, du Diamant noir à la Grande bibliothèque : Le démantèlement des services publics

 

 

 

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Récit visuel et notes de voyage en 5 saillances à propos de la Bibliothèque royale du Danemark, dit le Diamant noir.

  1. Signature. Une icône de la ville de Copenhague. Et dans le monde des bibliothèques. Signée par les architectes Schmidt Hammer Lassen qui ont aussi conçu le musée d’Arrhus (ARoS), la bibliothèque de Arrhus, DOKK1, la bibliothèque de Middlefart, la bibliothèque de Halmstad… Et qui sont aussi les concepteurs de la bibliothèque centrale de Halifax – au Canada.
  2. Convergence. Bibliothèque royale, nationale et universitaire. Du passé au présent, les étudiant.e.s sont partout. On y pratique la numérisation sur demande avec générosité (maximum de 5 demandes par semaine).
  3. Social hub. Comme toutes les bibliothèques aujourd’hui, elle cherche à se redéfinir comme un espace de sociabilité et de culture numérique.
  4. Loi sur les bibliothèques danoises. Le « Danish Library Act » remonte à 1920. Une nouvelle loi est en élaboration et l’on craint que celle-ci puisse agir comme un frein à l’innovation plutôt qu’un tremplin pour le développement dans le contexte politique ultra-conservateur actuel. Après l’ère technocratique des socio-démocrates, le Danemark est dirigé par un gouvernement libéral de centre-droit qui a scellé une alliance avec les partis d’extrême-droite dont il dépend désormais pour mettre en place ses réformes.
  5. Technocratie (la suite). Des coupures de 2% affectent ce joyau depuis plusieurs années – ce qui nous rappelle #JeSoutiensBAnQ. La fin de l’austérité n’est pas annoncée. Dans ces conditions, on prévoit qu’il n’y aura plus aucun employé d’ici 2038. Le démantèlement des services publics est en enjeu global dangereux pour les institutions de mémoire dans une monde de technocrates.

Ces images sont aussi disponibles dans Commons.

 

 

 

La bibliothèque-makerspace de Vaughan (Ontario, Canada)

 

 

 

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J’avais été intriguée en lisant au sujet de la vision proposée par les architectes pour cette bibliothèque inaugurée en 2016 en banlieue de Toronto :

The Vaughan Civic Centre Resource Library, by ZAS Architects, is a visionary maker-space dedicated to community learning, gathering, creating and celebrating. Engaging new users in record numbers since opening, the transformative community centerpiece aims to empower local residents of all ages and demographics, inviting an exploration of learning in the library with the tools and technology of the 21st century. » (Canadian Architects).

On pouvait constater ici un déplacement dans le discours. Remarquez qu’il n’est plus question d’une bibliothèque dotée d’un makerspace, mais d’une bibliothèque qui est un makerspace. À peu près au même moment, en 2016, la vision pour le projet de la nouvelle bibliothèque Saint-Sulpice était rendue publique, celle d’une bibliothèque-laboratoire également portée par l’intention d’accueillir les capacités créatives des citoyens et la culture numérique. Ces bibliothèques explorent de nouveaux scénarios et redéfinissent la qualité des interactions sociales dans ces tiers lieux au-delà des référentiels du café et de la conversation.

Vaughan, 17e au rang des plus grandes villes canadiennes avec une population de 306 233 habitants, se décrit comme une « cité multiculturelle ». Voici quelques notes glanées au cours d’une visite qui s’est déroulée le 3 février dernier dans cette nouvelle bibliothèque ressource – qui fait partie du réseau des bibliothèques publiques de Vaughan (VPL).

  • Superficie : 3 450 mc (3306.0 sqm)
  • Un projet certifié LEAD
  • Bien localisé près de l’hôtel de ville
  • Une recherche de qualité spatiale : du volume, de l’ouverture, de la transparence, de la lumière.
  • Ouvert 7 jours sur 7 de 9 h à 21 h
  • Un accueil excellent
  • À peu près une dizaine de bibliothécaires (qui doivent tou.te.s faire du outreach)
  • Une employée spécialisée dans la création numérique et média – mais tout le personnel est formé et capable d’offrir le service de base
  • Un bibliothécaire dédié aux services en français
  • Des collections multilingues
  • Libre-service (automates de prêt, Notebooks, iPads)
  • Un café
  • Un makerpace avec équipements et logiciels.
  • Un médialab
  • Un studio d’enregistrement et du prêt de guitares
  • De nombreux espaces de rencontre et 8 salles de travail en équipe
  • Un hall d’étude
  • Une salle communautaire qui donne sur un patio extérieur
  • Un toit vert
  • Des stations d’aide aux usagers invitantes dont le design suggère la collaboration
  • Du zonage par activités et par public (par exemple, un « lounge » pour ados et une zone pour enfants) tout en restant flexible
  • De la recommandation de lecture en abondance qui emprunte le vocabulaire des librairies avec des stratégies de marchandisage
  • Un stationnement
  • Le blogue de VPL : http://www.vaughanpl.info/shareit/
  • La page Wikipédia : https://en.wikipedia.org/wiki/Vaughan_Public_Libraries

Un projet de bibliothèque à voir au Canada. La ville de Vaughan a deux autres projets sur la table à dessin, et même en chantier : « Nous sommes vraiment en développement » expliquait, en français, le bibliothécaire qui m’a fait visiter les lieux.

Prix

  • Design Excellence Award, Vaughan Urban Design Award (2017)
  • Ontario Glass Association, Award of Excellence for Execution (2017)
  • Award of Excellence in Architecture, Building and Structure Design (2017)

Voir aussi 

Lieu de savoir éphémère et collection pour une ville durable

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La Promenade Fleuve-Montagne aboutit dans la partie « montagne » sur un projet d’architecture éphémère très attrayant. La « bibliothèque » et le « savoir » sont traditionnellement des symboles de pérennité. Pourtant les Ideas Box dans les camps de réfugiés, les bibliothèques du peuple ou d’aéroports, les microbibliothèques nous ont habitués à des dispositifs dynamiques de médiations sociales qui visent à installer des relations entre les gens par le biais des livres – plutôt qu’un système de transactions entre les livres et les gens.

Ce Chapitre d’été dans le parc Rutherford est une invitation à se réapproprier l’espace urbain et à échanger entre passants-lecteurs par le biais d’une collection autoréférentielle qui parle précisément de cette ville à réinventer : « Pop Up City », « Open Spaces », « Pour une ville à échelle humaine », « Cohabiter l’espace public », avec des visées de transformation sociale et environnementale : « Tout peut changer » à laquelle s’ajoute un soupçon de littérature régionaliste (Daniel Grenier par exemple). Cette collection allumée et audacieuse, avec ce qu’elle contient et ne contient pas, parle des Montréalaises et Montréalais d’aujourd’hui.

Puis, j’ai vu ce titre, « Onon:ta' ». La présence de cet ouvrage, un peu en décalage par rapport à ses voisins, m’a fait tressaillir et souhaiter que cette installation revienne (elle doit revenir!) et qu’on y fasse une place pour les littératures autochtones au pied de ce « mont-Royal des Amérindiens » qui veut se décoloniser.

On dit que, les aménagement éphémères, parfois, lorsqu’ils sont plébiscitée par les habitants, deviennent des projets pérennes. Comme une bibliothèque pour les Premières Nations ? Ce chapitre d’été pourrait-il devenir une bonne histoire ?

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MAJ. du 4 septembre. Je remarque que sur le site de la Ville, on écrit « chapître » avec l’accent circonflexe – mais pas dans le texte. J’ai fait les corrections d’usage dans cet article en fonction de cette source. On apprécierait que quelqu’un nous explique la raison de ce « chapître ». Suite à une consultation auprès de l’Oreille tendue, j’ai remis le « i » du chapitre sans le circonflexe.

Les 100 ans de la première bibliothèque publique francophone de Montréal

En ce 13 mai 2017, quelques fans se sont rassemblés sur le parvis de l’Édifice Gaston-Miron pour commémorer le centenaire de la première bibliothèque publique francophone de Montréal. Le 13 mai 1917, cette nouvelle bibliothèque publique, gagnée au terme de « luttes acharnées » pour reprendre les mots de Éva Circé-Côté, était inaugurée en présence du Maréchal Joffre, vainqueur de la Marne, héros de la première guerre.

Pour l’occasion, nous avons lu le récit de cette inauguration telle qu’elle est décrite dans un ouvrage récent de François Séguin, D’obscurantisme et de lumières : La bibliothèque publique au Québec des origines au 21e siècle (Hurtubise, 2016, p. 490-491). Nous avons fait résonner, tout particulièrement, un extrait de l’allocution emphatique du bibliothécaire en chef, Hector Garneau, petit fils de l’historien national  :

M. Le Maréchal,

La Ville de Montréal met son orgueil et sa joie à posséder maintenant la première bibliothèque municipale française qui soit en Amérique. Mais la plus belle gloire de notre bibliothèque sera toujours d’avoir été inaugurée par le soldat sublime devant lequel s’incline l’humanité, par le fils adoré de cette France que nous aimons comme nos pères l’aimaient au jour de son berceau, et qui, après nous avoir donné Jacques Cartier et Champlain, et d’Iberville, Montcalm et Lévis, Maisonneuve et Lasalle, Frontenac, nous envoie aujourd’hui la plus grande figure de son génie militaire et de son âme héroïque, le Maréchal Joffre […]

34254745630_0df629f48a_zJ’ai aussi souligné que ce « palais des livres » avait été fondé sur la philosophie de la bibliothèque publique c’est-à-dire sur « […] la conviction profonde que l’homme est un être rationnel qui pourra être placé devant un éventail suffisamment large de savoir pour qu’il puisse en tirer librement, selon ses besoins, les possibilités culturelles, éducatives, « informationnelles » et récréatives propre à fonder son autonomie au sens le plus large du terme, permettant son épanouissement et , partant, celui de la collectivité à laquelle il appartient. » – comme l’a exprimé jadis André Castonguay, ancien professeur à l’EBSI, en commentant ces événements. (« La bibliothèque publique et les Québécois », Documentation et bibliothèques, vol. 19, no 4, 1973, p. 149 tiré de Lecture et culture au Québec par Marcel Lajeunesse, p. 218).

Eugène Payette fut l’architecte de cette première bibliothèque publique de Montréal, mais aussi celui de la bibliothèque St-Sulpice, inaugurée quelques années plus tôt sur la rue St-Denis. Marcel Lajeunesse nous rappelle que la création de cette dernière, fondée par les sulpiciens, 33830282673_bd1a2e0911_m« avait pour objectifs, parmi d’autres évidemment, d’empêcher la fondation d’une bibliothèque publique, laïque, neutre et municipale, « en la rendant inutile ». » (2004, 114) La bibliothèque St-Sulpice, en tant que bibliothèque catholique et opposée aux principes du libre-arbitre et de l’autonomie des agents, ne peut, à cet égard, revendiquer le titre de première bibliothèque publique francophone de Montréal.

La célébration de cet après-midi a été précédée d’une série de recherches pour valider les dates de la livraison du bâtiment, de l’inauguration et celle de l’ouverture de la bibliothèque de Montréal au public. Pour dire la vérité, certaines zones d’ombres persistent encore, nous y reviendrons sans doute.

Les archives vivantes

  • Un aperçu de cette activité qui s’est prolongée en cartopartie avec OpenStreet Map Montréal a été mis en mémoire ici :

 

  • Les photos présentées ici proviennent de l’album sur Flickr réalisé par Léa-Kim Châteauneuf (merci!) en licence cc-by-sa.
  • D’autres photos captées par Benoit Rochon sont également visibles sur Wikicommons.