La bibliothèque-makerspace de Vaughan (Ontario, Canada)

 

 

 

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J’avais été intriguée en lisant au sujet de la vision proposée par les architectes pour cette bibliothèque inaugurée en 2016 en banlieue de Toronto :

The Vaughan Civic Centre Resource Library, by ZAS Architects, is a visionary maker-space dedicated to community learning, gathering, creating and celebrating. Engaging new users in record numbers since opening, the transformative community centerpiece aims to empower local residents of all ages and demographics, inviting an exploration of learning in the library with the tools and technology of the 21st century. » (Canadian Architects).

On pouvait constater ici un déplacement dans le discours. Remarquez qu’il n’est plus question d’une bibliothèque dotée d’un makerspace, mais d’une bibliothèque qui est un makerspace. À peu près au même moment, en 2016, la vision pour le projet de la nouvelle bibliothèque Saint-Sulpice était rendue publique, celle d’une bibliothèque-laboratoire également portée par l’intention d’accueillir les capacités créatives des citoyens et la culture numérique. Ces bibliothèques explorent de nouveaux scénarios et redéfinissent la qualité des interactions sociales dans ces tiers lieux au-delà des référentiels du café et de la conversation.

Vaughan, 17e au rang des plus grandes villes canadiennes avec une population de 306 233 habitants, se décrit comme une « cité multiculturelle ». Voici quelques notes glanées au cours d’une visite qui s’est déroulée le 3 février dernier dans cette nouvelle bibliothèque ressource – qui fait partie du réseau des bibliothèques publiques de Vaughan (VPL).

  • Superficie : 3 450 mc (3306.0 sqm)
  • Un projet certifié LEAD
  • Bien localisé près de l’hôtel de ville
  • Une recherche de qualité spatiale : du volume, de l’ouverture, de la transparence, de la lumière.
  • Ouvert 7 jours sur 7 de 9 h à 21 h
  • Un accueil excellent
  • À peu près une dizaine de bibliothécaires (qui doivent tou.te.s faire du outreach)
  • Une employée spécialisée dans la création numérique et média – mais tout le personnel est formé et capable d’offrir le service de base
  • Un bibliothécaire dédié aux services en français
  • Des collections multilingues
  • Libre-service (automates de prêt, Notebooks, iPads)
  • Un café
  • Un makerpace avec équipements et logiciels.
  • Un médialab
  • Un studio d’enregistrement et du prêt de guitares
  • De nombreux espaces de rencontre et 8 salles de travail en équipe
  • Un hall d’étude
  • Une salle communautaire qui donne sur un patio extérieur
  • Un toit vert
  • Des stations d’aide aux usagers invitantes dont le design suggère la collaboration
  • Du zonage par activités et par public (par exemple, un « lounge » pour ados et une zone pour enfants) tout en restant flexible
  • De la recommandation de lecture en abondance qui emprunte le vocabulaire des librairies avec des stratégies de marchandisage
  • Un stationnement
  • Le blogue de VPL : http://www.vaughanpl.info/shareit/
  • La page Wikipédia : https://en.wikipedia.org/wiki/Vaughan_Public_Libraries

Un projet de bibliothèque à voir au Canada. La ville de Vaughan a deux autres projets sur la table à dessin, et même en chantier : « Nous sommes vraiment en développement » expliquait, en français, le bibliothécaire qui m’a fait visiter les lieux.

Prix

  • Design Excellence Award, Vaughan Urban Design Award (2017)
  • Ontario Glass Association, Award of Excellence for Execution (2017)
  • Award of Excellence in Architecture, Building and Structure Design (2017)

Voir aussi 

Lieu de savoir éphémère et collection pour une ville durable

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La Promenade Fleuve-Montagne aboutit dans la partie « montagne » sur un projet d’architecture éphémère très attrayant. La « bibliothèque » et le « savoir » sont traditionnellement des symboles de pérennité. Pourtant les Ideas Box dans les camps de réfugiés, les bibliothèques du peuple ou d’aéroports, les microbibliothèques nous ont habitués à des dispositifs dynamiques de médiations sociales qui visent à installer des relations entre les gens par le biais des livres – plutôt qu’un système de transactions entre les livres et les gens.

Ce Chapitre d’été dans le parc Rutherford est une invitation à se réapproprier l’espace urbain et à échanger entre passants-lecteurs par le biais d’une collection autoréférentielle qui parle précisément de cette ville à réinventer : « Pop Up City », « Open Spaces », « Pour une ville à échelle humaine », « Cohabiter l’espace public », avec des visées de transformation sociale et environnementale : « Tout peut changer » à laquelle s’ajoute un soupçon de littérature régionaliste (Daniel Grenier par exemple). Cette collection allumée et audacieuse, avec ce qu’elle contient et ne contient pas, parle des Montréalaises et Montréalais d’aujourd’hui.

Puis, j’ai vu ce titre, « Onon:ta' ». La présence de cet ouvrage, un peu en décalage par rapport à ses voisins, m’a fait tressaillir et souhaiter que cette installation revienne (elle doit revenir!) et qu’on y fasse une place pour les littératures autochtones au pied de ce « mont-Royal des Amérindiens » qui veut se décoloniser.

On dit que, les aménagement éphémères, parfois, lorsqu’ils sont plébiscitée par les habitants, deviennent des projets pérennes. Comme une bibliothèque pour les Premières Nations ? Ce chapitre d’été pourrait-il devenir une bonne histoire ?

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MAJ. du 4 septembre. Je remarque que sur le site de la Ville, on écrit « chapître » avec l’accent circonflexe – mais pas dans le texte. J’ai fait les corrections d’usage dans cet article en fonction de cette source. On apprécierait que quelqu’un nous explique la raison de ce « chapître ». Suite à une consultation auprès de l’Oreille tendue, j’ai remis le « i » du chapitre sans le circonflexe.

Les 100 ans de la première bibliothèque publique francophone de Montréal

En ce 13 mai 2017, quelques fans se sont rassemblés sur le parvis de l’Édifice Gaston-Miron pour commémorer le centenaire de la première bibliothèque publique francophone de Montréal. Le 13 mai 1917, cette nouvelle bibliothèque publique, gagnée au terme de « luttes acharnées » pour reprendre les mots de Éva Circé-Côté, était inaugurée en présence du Maréchal Joffre, vainqueur de la Marne, héros de la première guerre.

Pour l’occasion, nous avons lu le récit de cette inauguration telle qu’elle est décrite dans un ouvrage récent de François Séguin, D’obscurantisme et de lumières : La bibliothèque publique au Québec des origines au 21e siècle (Hurtubise, 2016, p. 490-491). Nous avons fait résonner, tout particulièrement, un extrait de l’allocution emphatique du bibliothécaire en chef, Hector Garneau, petit fils de l’historien national  :

M. Le Maréchal,

La Ville de Montréal met son orgueil et sa joie à posséder maintenant la première bibliothèque municipale française qui soit en Amérique. Mais la plus belle gloire de notre bibliothèque sera toujours d’avoir été inaugurée par le soldat sublime devant lequel s’incline l’humanité, par le fils adoré de cette France que nous aimons comme nos pères l’aimaient au jour de son berceau, et qui, après nous avoir donné Jacques Cartier et Champlain, et d’Iberville, Montcalm et Lévis, Maisonneuve et Lasalle, Frontenac, nous envoie aujourd’hui la plus grande figure de son génie militaire et de son âme héroïque, le Maréchal Joffre […]

34254745630_0df629f48a_zJ’ai aussi souligné que ce « palais des livres » avait été fondé sur la philosophie de la bibliothèque publique c’est-à-dire sur « […] la conviction profonde que l’homme est un être rationnel qui pourra être placé devant un éventail suffisamment large de savoir pour qu’il puisse en tirer librement, selon ses besoins, les possibilités culturelles, éducatives, « informationnelles » et récréatives propre à fonder son autonomie au sens le plus large du terme, permettant son épanouissement et , partant, celui de la collectivité à laquelle il appartient. » – comme l’a exprimé jadis André Castonguay, ancien professeur à l’EBSI, en commentant ces événements. (« La bibliothèque publique et les Québécois », Documentation et bibliothèques, vol. 19, no 4, 1973, p. 149 tiré de Lecture et culture au Québec par Marcel Lajeunesse, p. 218).

Eugène Payette fut l’architecte de cette première bibliothèque publique de Montréal, mais aussi celui de la bibliothèque St-Sulpice, inaugurée quelques années plus tôt sur la rue St-Denis. Marcel Lajeunesse nous rappelle que la création de cette dernière, fondée par les sulpiciens, 33830282673_bd1a2e0911_m« avait pour objectifs, parmi d’autres évidemment, d’empêcher la fondation d’une bibliothèque publique, laïque, neutre et municipale, « en la rendant inutile ». » (2004, 114) La bibliothèque St-Sulpice, en tant que bibliothèque catholique et opposée aux principes du libre-arbitre et de l’autonomie des agents, ne peut, à cet égard, revendiquer le titre de première bibliothèque publique francophone de Montréal.

La célébration de cet après-midi a été précédée d’une série de recherches pour valider les dates de la livraison du bâtiment, de l’inauguration et celle de l’ouverture de la bibliothèque de Montréal au public. Pour dire la vérité, certaines zones d’ombres persistent encore, nous y reviendrons sans doute.

Les archives vivantes

  • Un aperçu de cette activité qui s’est prolongée en cartopartie avec OpenStreet Map Montréal a été mis en mémoire ici :

 

  • Les photos présentées ici proviennent de l’album sur Flickr réalisé par Léa-Kim Châteauneuf (merci!) en licence cc-by-sa.
  • D’autres photos captées par Benoit Rochon sont également visibles sur Wikicommons.

Récit visuel de la bibliothèque publique de Klostergården à Lund #design_suédois

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Complété en 2014, le projet de Klostergårdend poursuit la vision décrite dans l’article précédent. « [I]nclusive et accueillante pour tous les citoyens », cette bibliothèque tiers lieu incarne « un lieu pivot et un point de rencontre au coeur du voisinage. » Elle se distingue, en outre, par :
1. Le partenariat dans la communauté : « La nouvelle bibliothèque se veut beaucoup plus que « juste » une bibliothèque – Coopération étroite et collaboration étaient nécessaires et ont été mis en place avec le service local de garderie après l’école. »
2. Le rayonnage organique qui favorise le marchandisage et la recommandation de lecture indirecte.
3. Meröppet på biblioteket. Une carte spéciale qui permet aux abonné.e.s  d’accéder à la bibliothèque en dehors des heures d’ouverture. Le design au service de la confiance.

L’art de la bibliothèque ou le design suédois en 10 leçons

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Elle est intéressante, comme dirait mon collègue Romain Gaillard de la Canopée quand je lui ai demandé son avis sur la bibliothèque publique de Lund en Suède. Ce n’est pas une bibliothèque qui se distingue par son caractère innovant, en effet, mais par une maîtrise actualisée des fondamentaux de la bibliothèque traditionnelle, un savoir-faire que bien des bibliothécaires qui résistent au changement ne démontrent pourtant pas toujours.

Voici les leçons de la bibliothèque publique de Lund esquissées en 10 points :

1. La fonction de tiers lieu. Une ambiance conviviale, de l’espace pour se sentir libre et penser. Des stratégies d’aménagement et du mobilier domestique qui rappellent le confort de la maison. On peut y boire et manger. La présence d’un café, un grand nombre de sofas et des tables rondes supportent la sociabilité et même une forme d’intimité. Ce n’est pas un tiers lieu de création, mais elle incarne la bibliothèque communautaire typiquement conçue comme centre d’information et de culture locale.

La grande force de cette bibliothèque réside dans une réflexion aboutie sur la manière d’intégrer un système de la recommandation de lecture, directe et indirecte, dans l’aménagement à travers trois composantes essentielles qui sont inter-reliées : le marchandisage, la curation et l’aide au lecteur. Quand on tient à ses collections, il est intéressant, en effet, de faire davantage que du stockage.

2. Le marchandisage. Rien que chez les adultes, une vingtaine de dispositifs de type présentoirs, power wall, etc. , s’inspirant de l’univers marchand, donne un effet de librairie, favorise la valorisation et le bouquinage. Ce parti pris pour l’étalage et la présentation frontale des documents peut sembler généreux dans une bibliothèque qui fait à peu près 1 500 m.c. Mais c’est plutôt le gage d’une meilleure performance transactionnelle supportée par une expérience plus satisfaisante qui stimule l’emprunt.

Ce mobilier est disposé dans les quatre zones jugées stratégiques pour le marchandisage : à l’entrée, près du comptoir de services, dans l’aire de circulation et au bout des rayonnages.(1) Les présentoirs sont sur roulette de manière à permettre une reconfiguration de l’espace. On est loin d’un aménagement négligé avec un ou deux présentoirs statiques, ou tables incongrues, comme on est habitué de voir, avec des nouveautés qui sortent de toute façon.

3. La curation. Les contenus des présentoirs et du mobilier qui assurent la recommandation de lecture indirecte sont sélectionnés en fonction de diverses thématiques localement pertinentes et en phase avec l’actualité. On exploite, et on valorise en même temps, les compétences des bibliothécaires en matière de curation autrement qu’en proposant les nouveautés ou les documents récemment retournés par les usagers.

4. L’aide au lecteur. Les bibliothécaires qui assurent l’aide au lecteur sont positionnés près d’une station en mode « assis-debout ». Les études indiquent que ce mobilier de type « coin » ou « bistro » ou « bar » (corner en anglais) est plus invitant et moins intimidant pour les usagers, qui seront plus enclins à venir y poser des questions, que le type « bureau » que l’on retrouve pourtant encore dans la grande majorité des bibliothèques. Et une affichette précise qu’ils sont là pour faire de la recommandation de lecture – et non pas pour les trente-six autres tâches qui, manifestement, les accaparent et qui font que l’on n’ose plus les déranger à la fin.

5. L’appropriation active des collections. Du côté des jeunes, les collections s’inscrivent dans un parcours de découverte qui se confond avec un terrain de jeu intérieur. L’espace pour l’heure du conte est accessible seulement à travers une porte d’armoire qui s’ouvre avec une clé magique.

6. La place du jeu. Parcours ludique chez les jeunes, glissade, jeu vidéo, terrain de jeu extérieur et jeu d’échec grandeur nature sur la place publique, autant de propositions qui contribuent à la participation des usagers.

7. L’intégration urbaine. La localisation est optimale entre la gare et la cathédrale. La zone de transition entre la bibliothèque et la ville est animée : celle-ci est posée sur un stationnement et un parc à vélos, entourée par une place publique et un parc relié à la terrasse extérieure qui prolonge le café.

8. La performance. Un patio intérieur offre un lieu de rassemblement et d’animation baigné de lumière naturelle et orné d’un jardinet.

9. Le café. Le café est un vrai café, qui fonctionne par le biais d’une concession, et non pas un coin alimentaire avec des machines distributrices ou autres tentatives hésitantes, mal planifiées et peu convaincantes.

10. L’espace pour les ados. Il donne envie de « chiller. » C’est le but. Pas de lab? Pour le moment, on propose des activités de type maker. Le fait est, m’a-t-on candidement expliqué, que Lund est une ville paquetée d’universitaires, et bizarrement, par mimétisme semble-t-il, la lecture présente un degré très élevé de coolitude chez les jeunes. On n’a pas encore besoin de faire comme à Stockholm.

D’autres images de cette rénovation réalisée en 2012 sont accessibles ici.

  1. Ross, C. S.; Chelton, M. K., « Reader’s advisory: Matching mood and material », Library Journal 126 (2)