Culture ouverte et savoir libre à l’EBSI #SQIL2017 #COPIBECpasenmonNOM


C’est la rentrée, c’est la Semaine de l’Informatique libre (SQIL), quoi de mieux qu’une session éclair (traduction de Ignite Session) pour déclencher, ou ranimer, les étincelles de l’engagement personnel, professionnel et académique ?  Ce midi à l’EBSI en l’espace d’une heure ont défilé des actrices et des acteurs parmi les plus investi.e.s  dans les mouvements du libre et des communs numériques à Montréal. L’invitation était formulée comme suit par mon collègue, Guillaume Boutard, responsable du cocomi :

Les conférences midi en partenariat avec la Semaine québécoise de l’informatique libre (SQIL) accueillent une session éclair sur la thématique de la culture ouverte et des savoirs libres. C’est donc des communs numériques, de l’accès général à la ressource numérique et de ses modalités d’accès et de mise en place dont il sera question. On pourra y croiser les thèmes des contenus culturels et éducatifs libres, de l’éducation au numérique, de la participation au débat publique, de l’accès aux publications, aux données ouvertes et liées.
À l’heure, notamment, du lancement de la Stratégie numérique du Québec et de l’ouverture du fonds Stratégie numérique du Conseil des arts du Canada, la question des savoirs libres est au cœur de l’actualité. Ne manquez pas ce premier rendez-vous de la saison où plusieurs conférencières.ciers viendront présenter en session éclair des projets autour de la SQIL.

Les étudiant.e.s ont répondu en grand nombre, et j’ai reçu des courriels me demandant de partager les contenus et les projets présentés.

Voici, en ordre de présentation, quelques notes et des liens qui ont servi de support lors des interventions.

 Le Café des savoirs libres

François Charbonnier et Lëa-Kim Châteauneuf, tous les deux bibliothécaires, ont présenté le Café des savoirs libres et le sens de l’engagement de ceux et celles qui le font vivre à travers une diversité d’actions portant sur les communs numériques. Les projets et les activités du collectif se déroulent presque toujours en partenariat avec les bibliothèques publiques, notamment les bibliothèques de Montréal, et d’autres organismes dont les missions sont convergentes : Wikimedia Canada, OpenStreetMap, FACIL, SavoirsCom1, etc. Le Calendrier de l’Avent du domaine public a fait l’objet d’une attention particulière : il fait beau, mais pour nous, Noël s’en vient, et nous avons besoin de mains pour écrire les notules destinées à célébrer l’aréopage 2018 des entrants dans le domaine public.

Bibliothèque et Archives nationales du Québec, BAnQ (volet bibliothèque)

Anne-Marie Boisvert, bibliothécaire à BAnQ, a décrit trois activités en collaboration avec Wikimedia Canada et OpenStreetMap qui offrent aux participant.e.s la possibilité de contribuer à la diffusion du patrimoine documentaire québécois sur Internet : Mardi, c’est wiki, Wikicommons, Mercredi cartographie.

Bibliothèque et Archives nationales du Québec, BAnQ (volet archives)

Frédéric Giuliano de BAnQ, archiviste et coordonnateur, a fait le récit de la collaboration croissante entre les archives nationales et Wikimedia Canada. Comme Anne-Marie Boisvert, il a insisté sur les motifs de cette transformation de la culture professionnelle et organisationnelle qui nous pressent à s’engager dans cette voie.

J’ajoute la captation vidéo de la conférence livrée à Wikimania 2017 par Hélène Laverdure, conservatrice et directrice générale des Archives nationales de BAnQ, et Frédéric Giuliano, ainsi que les articles produits sur les activités réalisées au cours de ce congrès par Radio-Canada :

OpenStreet Map Montréal

Responsable du chapitre montréalais d’OpenStreet Map, Pierre Choffet a présenté les fondamentaux de la cartographie libre en soulignant l’intérêt de travailler avec les bibliothèques publiques au sein d’activités qui rejoignent les citoyen.nes dans les quartiers, véritables expert.e.s de leur territoire. Outre, les Mercredi cartographie à BAnQ, les Café des savoirs libres dans les bibliothèques publiques, des cartoparties sont aussi organisées au fil des saisons.

La Cinémathèque québécoise

Marina Gallet, responsable de la Médiathèque Guy-L.-Coté,  a présenté le projet de la Cinémathèque québécoise autour des communs via les projets Wikimédia. Trois types d’activités sont prévus dès cet automne :

  • Une séance photo de cinéastes invités au dévoilement des activités et du graphisme des prochains Sommets du cinéma d’animation, qui s’est déroulée le mercredi le 13 septembre et dont les images ont été versées dans Commons.
  • Un atelier contributif tous les 3èmes mercredis de chaque mois, de 18h à 21h, du 20 septembre au 20 juin. Chaque atelier est dédié à un.e cinéaste d’animation québécoise. Un premier edit-a-thon consacré à Janet Perlman a eu lieu cette semaine ; les photos de l’activité sont visibles sur Commons.
  • Une présentation de wikipédia/wikidata/wikimediaCommons, visant principalement les professionnels du cinéma, qui aura lieu lors du festival des Sommets du Cinéma d’animation.
  • La page GLAM de la Cinémathèque québécoise 

Marina Gallet a rappelé les raisons qui ont amené la Cinémathèque québécoise à s’engager dans cette collaboration avec Wikimedia Canada et le Café des savoirs libres. En tant que référence mondiale en cinéma d’animation, conservant et documentant un important patrimoine en la matière, la Cinémathèque a estimé qu’elle avait une responsabilité à l’égard de la qualité des données et des ressources offertes au public sur cette plate-forme qui est une des plus visitées dans le monde ; ensuite, cette visibilité contribue à la promotion du cinéma d’animation QC et, du même coup, à préserver le positionnement de cette institution comme une autorité dans le domaine.

Il était aussi important de réaliser, selon elle, qu’il est dommage de garder ce travail de documentation et de préservation pour soi en interne ou sur le site Web (sur le Web et non dans le Web), alors qu’il peut servir à tellement d’autres personnes lorsqu’on le rend accessible librement.

FACIL et la SQIL

Président de FACIL et responsable de la coordination de la SQIL, Mathieu Gauthier-Pilote a présenté les Services FACIL, un projet complémentaire aux Chatons de FRAMASOFT, qui visent à contribuer à la dégooglisation de l’internet. C’était aussi l’occasion d’aborder, la question de l’inclusion numérique en considérant, à rebours des interventions des invité.e.s précédent.e.s qui célébrait l’ouverture et le partage, la configuration de ce territoire numérique dont on voudrait s’exclure et des informations que l’on souhaiterait ne pas partager.

Le recours collectif de Copibec c. l’Université Laval

Invité surprise, et qui a bien voulu accepter de se joindre à nous malgré une invitation tardive : Emmanuel Château-Dutier, professeur à l’Université de Montréal, est venu exposer le sujet très chaud du recours collectif de Copibec c. l’Université Laval. Il a parlé des conséquences néfastes que ce procès pourrait entraîner si le principe de l’utilisation équitable des oeuvres dans le contexte de l’éducation et de la recherche au Canada était remis en question par le biais d’un jugement défavorable à cette exception. Les auteur.e.s d’ici, et d’ailleurs, soumis au régime de COPIBEC, et qui sont sensibles à la question du droit collectif dans un tel contexte, sont invité.e.s à se retirer avant le 15 octobre de ce recours collectif.  [Je propose le mot-clic  #COPIBECpasenmonNOM ]

Emmanuel Château-Dutier a accepté de fournir également des contenus au sujet de l’affaire Copibec sous forme de revue de presse :

La Déclaration des communs

Pour clôturer la séance, des copies de la Déclaration des communs, qui résument les principes et les partis pris de ces engagements à l’endroit de la culture ouverte et des savoirs libres, ont été remises à l’audience. Rappelons que nous attendons toujours que la ministre Anglade nous disent ce qu’elle en pense, et où elle loge en regard de ces propositions soumises dans le contexte de la consultation citoyenne pour la Stratégie numérique – et qui se fait attendre.

C’était court, dense et intense…Un immense merci à tou.tes. les intevenant.e.s et  les participant.es. Si vous avez des questions sur ces initiatives, il me fera plaisir d’y répondre ou de vous re-diriger vers les porteurs et les porteuses de projets.

Note : Cette année, l’EBSI est partenaire d’activités de la SQIL.

Une Déclaration des communs numériques portée par l’alliance de dix-neuf organismes de l’écosystème numérique québécois

Dix-neuf associations, collectifs, entreprises et organismes sans but lucratif, qui jouent un rôle actif dans l’écosystème numérique québécois, s’unissent pour signer une Déclaration des communs numériques dans le cadre du processus de consultation de la Stratégie numérique du Québec. Ce document, rédigé collaborativement par ces différents  act.eurs réitère  l’importance d’inscrire cette démarche de consultation en se préoccupant globalement des transformations de notre société dans la transition numérique plutôt que d’orienter celle-ci sur les impératifs économiques du changement technologique.  La Déclaration affirme l’urgence de remettre le numérique au service de l’humain, de ses capacités fondamentales et des biens communs afin d’améliorer la vie des gens et de soutenir une démocratie plus inclusive.

Puis, lors d’une première rencontre d’idéation, le 12 novembre 2016, à la bibliothèque Mordecai-Richler, les organismes signataires accompagnés de citoyen.ne.s ont entamé le patient et périlleux processus qui consiste à s’entendre sur des principes et une vision partagée du numérique. L’orientation fondamentale du travail autour de la Déclaration n’est certainement pas étrangère au contenu de la conférence de Valérie Peugeot pendant la Semaine québécoise de l’informatique libre (SQIL) et qui portait sur les biens communs numériques.

Le texte final de la Déclaration souligne le rôle des bibliothèques dans un contexte favorable à la création, la défense et la promotion des communs numériques :

Les contenus culturels et éducatifs libres ainsi que le domaine public doivent être protégés et promus par les politiques publiques. Les organisations du secteur culturel doivent collaborer et partager les métadonnées. En outre, les institutions de mémoire doivent rendre les œuvres du domaine public librement accessibles et jouer un rôle actif dans l’identification, la préservation, la curation de ces dernières.

La Déclaration rappelle leur fonction essentielle de tiers lieu, mais aussi leur apport en matière d’inclusion numérique :

L’éducation au numérique doit viser le développement de compétences structurantes : la collaboration, l’esprit critique, la citoyenneté active, la littératie numérique et médiatique, la sensibilisation aux enjeux du numérique. Ces compétences doivent précéder les apprentissages liés aux usages technologiques dans les établissements scolaires, les bibliothèques et les organismes dédiés. Elle doit supporter la formation continue et la formation tout au long de la vie, en intégrant les différents acteurs du milieu éducatif, formel et informel, et culturel afin de profiter des opportunités éducatives, économiques et sociales offertes par ces technologies dans une perspective d’inclusion numérique.

On peut lire la Déclaration sur la plate-forme « Objectif numérique », et jusqu’à demain on peut y apposer un «J’aime»  ainsi que des commentaires. Les personnes, les groupes, les organismes, etc. qui souhaiteront appuyer la Déclaration formellement pourront le faire en l’indiquant clairement dans un commentaire.

Les signataires pourront naturellement reproduire la Déclaration (qui porte la Marque du Domaine Public 1.0) sur leurs sites ou leur blogues respectifs ou encore faire un lien vers la copie déposée dans «Objectif numérique». Le partage peut également se pratiquer à l’enseigne du mot-clic #stratnumQc

Des informations concernant le contexte de création de la Déclaration, et son esprit, sont présentées dans cet article du Café des savoirs libres – qui fait partie des signataires de la Déclaration.

 

 

La fabrique du domaine public

Dans la foulée de l’article précédent, je partage le contenu d’une présentation qui a servi lors d’un atelier de préparation pour la dernière édition du calendrier de l’avent du domaine public.

On retrouve des informations sur le domaine public et sur les activités du Café des savoirs libres, mais aussi:

Des sources pour repérer des entrants

Il faut savoir qu’au moment de faire cette présentation à la bibliothèque Mordecai-Richler en octobre dernier, nous n’avions pas envisagé de recourir à la base de données Wikidata, « une base de données libre, collaborative et multilingue, qui collecte des données structurées » pour effectuer le repérage des entrants 2017. C’est Benoit Rochon, président de Wikimédia Canada, qui participait à l’atelier, qui nous amenés à considérer l’exploration de cette piste. Il nous a aussi gracieusement fourni les requêtes pour la recherche.

Cette démarche s’est avérée très fructueuse. Elle nous a permis de compléter, de manière autrement plus performante, une liste que nous avions commencé à élaborer avec l’aide de BAnQ (que nous remercions !) et des sources mentionnées plus bas.

Le recours à Wikidata aura été, par ailleurs, l’occasion de constater ouch ! combien le Québec\Canada étaient désavantagés par rapport à des pays comme la France ou les États-Unis. La recherche des personnes décédées en France ou aux États-Unis sur Wikidata permet de faire remonter des personnalités de toutes les sphères de la société : architectes, penseurs, sculpteurs, écrivains, scientifiques d’une grande diversité de domaines, etc. Du côté du Québec/Canada, la situation est fort différente.

En examinant les résultats des requêtes au début, j’ai cru qu’il y avait eu une hécatombe dans le monde du sport Qc en 1966, une épidémie qui avait décimé quelques équipes de hockey et la moitié de la classe politique canadienne. J’ai fini par comprendre que ces données reflétaient l’état de la base de données et surtout les intérêts – pour le sport et la politique – des contributeurs masculins actuels qui alimentent le volet canadien. On espère que nos grandes institutions documentaires se feront bientôt un devoir d’équilibrer ces biais.

Voici donc, outre Wikidata, diverses sources pour repérer les entrants dans le domaine public :

•  BAnQ > Iris

•  BAnQ > Dalfan

•  BAC > Amicus

•  Encyclopédie Canadienne

•  Data.bnf.fr •  Gallica

•  The Public Domain  Review

•  Biography.com

•  NNDB

•  On this day

•  Wikipédia via différentes catégories : Décès en 1966 / 1966 au Québec / Liste des auteurs par ordre chronologique / List of Canadian Writers, etc.

Des sources pour trouver des oeuvres

Les sources pour trouver les oeuvres sont légion, en voici quelques unes.

WikiHow – How to Find Public Domain Materials

Wikisource

Wikimedia Commons

Internet Archives

Project Gutenberg

Europeanna

Library of Congress

New York Public Library

Flickr : The commons

Digital Public Library of America

OpenGlam

The Public Domain  Review

Les collections numériques de nombreuses universités, etc…

Attention, attention !

Le Public Domain Review a présenté au début de l’année sa classe de 2017 et mentionne quelques entrants que nous n’avons pas sélectionnés dans notre édition de cette année. Pour ne pas les passer sous silence, ajoutons à notre célébration du domaine public canadien les oeuvres de :

Pour les intéressé.e.s, les activités de Communia, un organisme de défense du domaine public mérite également notre attention :

Sur Facebook : https://www.facebook.com/pg/communia/

 

 

Au café du domaine public : licences libres, surréalisme et Martini du Mile End

La jouissance des oeuvres de l’art et de la culture est un cocktail, compliqué par la chance et la nécessité, qui nous saoule et nous apprend la vie, moins souvent avec ce qu’on choisit qu’avec ce qui nous tombe sous la main, comme par hasard.

Les foules sentimentales que je fréquente s’essoufflent à l’année longue en tentant de suivre les gourous du curationnisme qui recommandent ceci ou cela à lire, à voir, à écouter, à débourser. L’écart entre ce que l’on a pu absorber/consommer/apprécier et laisser de côté est toujours assez tragique à la ligne d’arrivée. Ma bibliothèque des non-lus, pour ne mentionner que celle-là, ressemble plus à un monstre qu’à un meuble. Mais dans l’ombre de la bête, une fois par année, en décembre, j’allume quelques allumettes, j’ouvre les portes d’une drôle d’armoire flanquée d’un calendrier, et je suis éblouie par des rencontres improbables provenant d’un monde qui fonctionne comme une exception dans le système marchand de la culture : le domaine public.

De la jouissance au temps des réjouissances

Depuis l’an dernier, le collectif du Café des savoirs libres célèbre tout au long du mois décembre une sélection de nouveaux créateurs dont les oeuvres accèdent au domaine public le 1er janvier. Chaque jour du mois le plus sombre, une porte s’ouvre à cette adresse : http://aventdudomainepublic.ca/ en révélant le profil d’un.e créat.eur.trice dont l’oeuvre est appelée à entrer dans le domaine public canadien et à devenir un trésor du patrimoine commun que l’on peut partager, ré-utiliser, remixer librement.

Ce projet de calendrier de l’avent qui sert de dispositif de célébration du domaine public a été développé par le collectif français SavoirCom1 d’après une idée de Julien Dorra. À cette occasion, nous faisons, conjointement et pédagogiquement, résonner les différences de droit en vigueur au Canada et en France.

Si l’on considère sa législation, le Canada appartient à la catégorie des pays dits «vie+50», qui concernent la plupart des citoyens du monde, où les droits expirent 50 ans après la mort de l’auteur. Depuis le 1er janvier 2017, les œuvres des auteur(e)s/créateurs/trices de ces pays qui sont morts en 1966, sont entrées dans le domaine public – sauf exception.

La France appartient à la catégorie des pays «vie+70», nos homologues ont plutôt cherché des entrants morts en 1947. Cela donne lieu à des situations curieuses. Par exemple, on retrouve désormais André Breton ou Anna Langfus libéré.e.s chez nous, mais qui attendront leur tour, pour vingt ans encore (au moins) en France. On peut consulter sur Wikipédia, la liste des durées du droit d’auteur par pays.

Les motivations qui supportent nos efforts et notre engagement dans la valorisation du domaine public sont exprimées et expliquées dans cette Joie de la Parisienne libérée, une joie dont la contagion est globale.

De ce côté de l’Atlantique, le cortège des 31 auteur.e.s/créateur.rice.s qui ont été révélé.e.s ont été choisi.e.s à partir d’un jeu de contraintes : rechercher d’abord des candidats québécois et canadiens, équilibrer les hommes et les femmes, les personnes de couleur, considérer la portée significative de l’oeuvre, la francophonie, le continent américain.

Extraite dans un ensemble plus grand, la sélection reflète nos intérêts, mais surtout notre capacité à trouver les entrants, une capacité qui intègre aussi le souci d’atténuer les mécanismes préférentiels favorables aux cultures dominantes et aux privilégiés. Ce n’est pas une tâche facile, malgré toutes nos bonnes intentions, et si je peux consacrer un autre article aux misères de la recherche, de la sélection, de la foire aux questions légalistes, je reviendrai sur certains aspects troublants de ce projet moins simple à conduire que ses dehors souriants et ludiques ne veulent bien le laisser paraître.

Voici la liste complète des entrants dans le domaine public canadien en 2017 (que nous avons sélectionnés) : Alberto Giacometti (sculpteur), Kathleen Thompson Norris (écrivaine), Margaret Sanger (essayiste), Pierre Mercure (compositeur), Cluny MacPherson (inventeur), R.T.M Scott (écrivain), Robert F. Hill (cinéaste), Anna Langfus (écrivaine), Suzanne Césaire (écrivaine), Cécile Biéler (Butticaz) (ingénieure), Jean Hans Arp (peintre, sculpteur, poète), Geneviève Massignon (linguiste), Dantès Louis Bellegarde (politicien, historien, essayiste), Julie Rouart (Manet) (peintre), Bud Powell (musicien), Charles Thorson (illustrateur), Blodwen Davies (écrivaine), Jean-Yves Bigras (cinéaste), Frank O’Hara (poète et critique), Elizabeth Wyn Wood (sculptrice), Richmond P. Hobson (écrivain), André Breton (écrivain), Oswald Michaud (inventeur), Georges Duhamel (médecin, poète, écrivain), Colette Bonheur (chanteuse), Buster Keaton (cinéaste), Luitzen Egbertus Jan Brouwer (logicien), Joseph-Papin Archambault (écrivain), Ernest W, Burgess (sociologue), Octave Georges-Maris Bilodeau (écrivain), Anna Akhmatova (poétesse).

Les nouveautés

Cette année a été l’occasion d’introduire quelques nouveautés dans nos pratiques en atelier. Même si nous avons fait appel à Bibliothèque et Archives Canada (BAC) et, surtout, à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) pour nous aider à repérer des entrants, c’est d’abord grâce à l’apport de Wikidata, la base de données libre regroupant les données des projets de la fondation Wikimédia, que nous avons pu constituer la liste des élu.e.s. Ce recours à Wikidata constitue un exemple patent d’utilisation des données ouvertes sur le web au service de la culture, des connaissances et de la mémoire.

Ensuite, plusieurs des notules ont été produites en liaison avec la plate-forme de Wikipédia. Cela signifie que nous avons créé de toute pièce des articles dans Wikipédia lorsqu’ils n’existaient pas (Blodwen Davies, Octave George-Marie Bilodeau, Oswald Michaud, etc.) ; dans d’autres cas, nous avons traduits des articles (Kathleen Norris Thompson), ou encore nous les avons bonifiés. L’objectif était contribuer aux articles de Wikipédia pour que le fruit de notre travail bénéficie au plus grand nombre et fasse croître le domaine des biens communs. Cette collaboration a culminé par la promotion sur la page Facebook de Wikimédia Canada des notules publiées tout au long du mois.

De plus, lorsqu’il n’était pas possible de trouver une photo libre de droit pour illustrer un entrant, notre collègue François Charbonnier a créé une illustration les représentant à partir des images à notre disposition. C’était aussi une manière d’attirer l’attention sur la fragilité de notre mémoire et de ranimer quelques oeuvres en même temps que quelques visages.

Nous avons réussi à recruter quelques spécialistes disciplinaires. Enfin, nous avons été plus rigoureux dans l’utilisation des logiciels libres pour la gestion interne du calendrier.

Nous aurions voulu ajouter les journaux de l’année (qui tombent aussi dans le domaine public) en fouillant les hauts-faits de l’année 1966 mais le temps nous a manqué.

Un grand absent de notre récolte (et un regret collectif) : Walt Disney. L’oeuvre de ce créateur est cadenassée dans un tel labyrinthe juridique qu’il nous semblait impossible d’avoir une prise quelconque sur son legs dans le contexte qui nous intéressait. Il est à cet égard assez ironique de constater que Charles Thorson, un Manitobain d’origine et qui figure dans la cuvée du calendrier de cette année, a dessiné pour les studios d’animation de Disney, de même que M.G.M. et Warner Brothers, puis Fleischer Studios. Il a prêté son talent pour illustrer des figures aussi légendaires que Bugs Bunny, Popeye, Elmer Fudd, Raggedy Ann et Andy… Que reste-t-il de son héritage en termes de biens communs… ?

On ne tombe pas dans le domaine public, on s’élève, mais on tombe en amour quand même

Tous ceux et celles qui contribuent à la rédaction des notules du calendrier tombent en amour avec l’entrant qu’ils/elles adoptent et vous diront sans hésiter que leur protégé est le sujet le plus intéressant ever. Comme j’ai écrit quelques notules, j’affirme pour ma part que l’année 2017 est celle de Pierre Mercure et d’Anna Langfus.

J’ai eu le privilège de rencontrer Lyse Richer, musicologue, spécialiste de l’oeuvre de Pierre Mercure, pour la rédaction de la notule consacrée à ce pilier de la musique actuelle. Elle a généreusement accepté de répondre à mes tonnes de questions et m’a même accueilli chez elle en ouvrant ses boîtes d’archives. Quel musicien fascinant ! Nos collègues français ont aussi célébré sur leur calendrier l’arrivée de l’oeuvre de Pierre Mercure dans le domaine public, puisqu’elle le devient pour tous, si c’est le cas dans le pays d’origine du créateur.

Par ailleurs, depuis ma lecture du roman Les bagages de sable de Anna Langfus (Goncourt 1962), j’ai passé les fêtes, et ça ne s’est pas tellement tempéré depuis, à tenter de convaincre les convives des différents soupers auxquels j’ai participé que « c’est énorme », que cette écrivaine de la Shoah incarne « la clé pour entrer dans la littérature existentialiste et sortir du Nouveau Roman par la même porte tout en allant quelque part… », que « c’est dans la même veine que la seconde Marguerite Duras mais en mieux et même avant elle-même… ». Je vous invite naturellement à considérer l’ajout de ce titre, Les bagages de sable, à votre liste des résolutions de lecture 🙂 Voilà un nouveau type de recommandation qui est issu du off-system – lequel opère en marge de celui que j’évoquais plus tôt. C’est du gratuit. Mais il faut encore trouver les oeuvres…Car ce n’est pas tout d’identifier les entrants, il faut encore que leurs oeuvres soient disponibles et accessibles. Un autre défi d’envergure dans l’ordre de la diffusion du patrimoine commun.

Cela dit, 2017 est aussi la cuvée du surréalisme ! Le mot et l’interjection « surreal » sont en vogue, tant mieux puisque les oeuvres d’André Breton, Suzanne Césaire, Jean Arp, Giacometti, etc., s’offrent à nous en se croisant.

Et le Martini du Mile End ? À l’enseigne d’ateliers cocktail dans le monde merveilleux de la (re) mixologie, nous cherchons maintenant des manières de faire durer et de partager ce plaisir toute l’année avec de nouvelles éditions, des créations qui remontent le temps et entrelacent ces contenus qui figurent désormais sous licences libres. C’est moins un ingrédient qui fait le secret du Martini du Mile End que l’attitude : Osez !  

Pour s’inspirer, le Manifeste du remix.

À l’an prochain ! Ou même avant…

Source de l’image : Calendrier de l’avent du domaine public 2016, http://aventdudomainepublic.ca/2016/12/23/oswald-michaud/, illustration d’Oswald Michaud par François Charbonnier, licence : cc-by-sa.

J’ai mis le feu à ma découpe laser et je suis devenue experte en buse

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La Ville de Montréal a inauguré son premier fab lab en bibliothèque publique le 1er août dernier : le
BennyFab. Plusieurs bibliothèques ailleurs au Québec ouvriront dès cet automne des laboratoires de
création et d’innovation, qu’ils soient fab labs ou médialabs, ou les deux, et se joindront au mouvement des
makers. Les porteurs de ces projets en émergence ont été invités à une journée d’échanges et de cocréation dans l’espace de District 3 profitant de l’occasion pour y visiter le makerspace. Sur le thème « Bibliothèques et fab labs: Mode d’emploi des communs », les participants ont exploré la situation et l’horizon des bibliothèques en regard des communs numériques à travers les questions : Quelles ambitions communes portons-nous avec l’ouverture de ces fab labs en bibliothèques? Qu’est-ce que l’on peut faire en commun concrètement?

L’histoire des labs en bibliothèques remonte à 2010 avec l’inauguration du premier fab lab en bibliothèque à la Fayetteville Free Library (NY). Lauren Britton a contribué à initier une nouvelle vision de la bibliothèque comme lieu de créativité et surtout comme place qui soutient les capacités créatives des citoyens. Cette vision, qui renouvelle la signification de la bibliothèques tiers lieu, prolonge la conversation et le lien social à travers des activités d’apprentissage et de fabrication. Depuis, les fab labs et les makerspaces ont rapidement essaimé aux États-Unis, au Canada et en Europe.

Les bibliothèques publiques québécoises ont pris le relais en proposant d’abord des ateliers autour de l’imprimante 3D. Le medialab de la Bibliothèque Marc-Favreau a ouvert en 2013. En 2014, la bibliothèque Monique-Corriveau a hébergé un organisme qui offrait des ateliers de fabrication quelques fois par semaine. Le fab lab de la Bibliothèque de Polytechnique a entamé ses activités en 2015. Puis au mois août dernier, le BennyFab, premier espace fab lab en bibliothèque publique à Montréal, a été inauguré. Dans les prochains mois,  un joyeux cortège de projets vont voir le jour et qui s’inscrivent dans ce mouvement. La rumeur couvait depuis le début de l’année, il fallait la vérifier. Ils sont tous venus, les anciens comme les nouveaux, pour le confirmer  : Les bibliolabs qc explosent !  Ce rassemblement aura permis de dresser un portrait vivant des projets et de la vision qu’ils portent. Scoop.

  1. La Créasphère de la bibliothèque Marc Favreau (Bibliothèques de Montréal)- ouverte en 2013.
  2. Polyfab  que soutient la bibliothèque de Polytechnique – ouvert en 2015.
  3. Le Benny Fab de la bibliothèque Benny (Bibliothèques de Montréal) – ouvert le 1 er août 2016.
  4. Le Square de BAnQ/La Grande bibliothèque dont l’ouverture est prévue pour le 25 octobre prochain.
  5. Deux medialabs dans les Bibliothèques de Québec qui ouvriront aussi cet automne.
  6. Le Fab lab de la bibliothèque Brossard – qui ouvrira cet automne.
  7. Le medialab de la bibliothèque Ste-Julie – prévu pour le début de 2017.
  8. Le projet de « Sandbox » de la Bibliothèque Concordia  – début 2017.
  9. Le Fab lab de la bibliothèque de Repentigny – dont la responsable avait répondu à l’invitation mais qui n’a pas pu nous rejoindre : ouverture prévue pour cet automne.
  10. Le Fab Lab CSMB, un réseau de (6) fab labs dans les écoles de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeois, en pleine expansion depuis 2014, cet ami des bibliothèques et complice dans la famille des fab labs éducatifs était représenté par l’exceptionel innovateur pédagotechnologique qu’est Mathieu Dubreuil-Cousineau,

Plusieurs autres projets en gestation ont été mentionnés, notamment du côté du Réseau biblio de la Montérégie, de Montréal, de Laval. C’était aussi l’occasion d’entendre toutes sortes d’histoires qui sont des récits de pionniers et de pionnières : « C’était la fois ou j’ai mis le feu à ma découpe laser » ou « Voici comment je suis devenue experte en buse… » considérant qu’avec l’audace vient le droit à l’erreur 🙂

Monique Chartrand, directrice de Communautique et de échoFAB (premier fab lan au Québec), a présenté les grandes lignes du rapport du MCC dont la démarche a pavé la voie pour ces audaces, l’an dernier. Les recommandations issues de ce rapport viennent à point pour alimenter la réflexion et le développement en cours. IL serait intéressant d’y revenir quand le rapport sera officiellement publié.

L’après-midi a été consacré à la conversation sur les communs.  Souvent évoqués dans le discours à propos des labs par l’entremise du partage des savoirs et de l’économie sociale, les communs s’installent comme un obscur objet de désir et de voeux pieux. Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce ça fait en bibliothèque ? Quelles initiatives existantes liés aux communs peut-on relayer ? Comment, pour faire écho à la conférence de Valérie Peugeot, l’acteur-bibliothèque publique est-il en relation avec les communs ? Que pourrait-on faire en commun et… comment? Josée Plamondon  a présenté les exemples des ateliers de contributions du Café des savoirs libres (avec la Fondation Wikimedia Canada et Open Street Map) dans les bibliothèques ainsi que le  projet du Calendrier de l’Avent du domaine public pour aider à rapprocher ces notions de l’expérience concrète de chacun.

Le moment de prototypage autour des questions  « Que pourrait-on faire en commun et… comment? » a permis de faire émerger trois projets de liés à 1) un outil de collaboration et de partage professionnel à mettre en place et à expérimenter dès cet automne, éventuellement au sein du wiki de Fab Labs Québec; 2) une stratégie de développement pour rejoindre une clientèle diversifiée et 3) une stratégie d’advocacy des labs visant sensibiliser et faire tomber les résistances au changement au sein des professionnels, des structures et du politique (considérant que celles-ci ne viennent pas des publics).

À faire et à suivre !

Cette journée, qui s’est déroulée dans le cadre de la 8e édition de la Semaine québécoise de l’informatique libre, est une initiative de Montréal, ville intelligente et numérique.