La fabrique du domaine public

Dans la foulée de l’article précédent, je partage le contenu d’une présentation qui a servi lors d’un atelier de préparation pour la dernière édition du calendrier de l’avent du domaine public.

On retrouve des informations sur le domaine public et sur les activités du Café des savoirs libres, mais aussi:

Des sources pour repérer des entrants

Il faut savoir qu’au moment de faire cette présentation à la bibliothèque Mordecai-Richler en octobre dernier, nous n’avions pas envisagé de recourir à la base de données Wikidata, « une base de données libre, collaborative et multilingue, qui collecte des données structurées » pour effectuer le repérage des entrants 2017. C’est Benoit Rochon, président de Wikimédia Canada, qui participait à l’atelier, qui nous amenés à considérer l’exploration de cette piste. Il nous a aussi gracieusement fourni les requêtes pour la recherche.

Cette démarche s’est avérée très fructueuse. Elle nous a permis de compléter, de manière autrement plus performante, une liste que nous avions commencé à élaborer avec l’aide de BAnQ (que nous remercions !) et des sources mentionnées plus bas.

Le recours à Wikidata aura été, par ailleurs, l’occasion de constater ouch ! combien le Québec\Canada étaient désavantagés par rapport à des pays comme la France ou les États-Unis. La recherche des personnes décédées en France ou aux États-Unis sur Wikidata permet de faire remonter des personnalités de toutes les sphères de la société : architectes, penseurs, sculpteurs, écrivains, scientifiques d’une grande diversité de domaines, etc. Du côté du Québec/Canada, la situation est fort différente.

En examinant les résultats des requêtes au début, j’ai cru qu’il y avait eu une hécatombe dans le monde du sport Qc en 1966, une épidémie qui avait décimé quelques équipes de hockey et la moitié de la classe politique canadienne. J’ai fini par comprendre que ces données reflétaient l’état de la base de données et surtout les intérêts – pour le sport et la politique – des contributeurs masculins actuels qui alimentent le volet canadien. On espère que nos grandes institutions documentaires se feront bientôt un devoir d’équilibrer ces biais.

Voici donc, outre Wikidata, diverses sources pour repérer les entrants dans le domaine public :

•  BAnQ > Iris

•  BAnQ > Dalfan

•  BAC > Amicus

•  Encyclopédie Canadienne

•  Data.bnf.fr •  Gallica

•  The Public Domain  Review

•  Biography.com

•  NNDB

•  On this day

•  Wikipédia via différentes catégories : Décès en 1966 / 1966 au Québec / Liste des auteurs par ordre chronologique / List of Canadian Writers, etc.

Des sources pour trouver des oeuvres

Les sources pour trouver les oeuvres sont légion, en voici quelques unes.

WikiHow – How to Find Public Domain Materials

Wikisource

Wikimedia Commons

Internet Archives

Project Gutenberg

Europeanna

Library of Congress

New York Public Library

Flickr : The commons

Digital Public Library of America

OpenGlam

The Public Domain  Review

Les collections numériques de nombreuses universités, etc…

Attention, attention !

Le Public Domain Review a présenté au début de l’année sa classe de 2017 et mentionne quelques entrants que nous n’avons pas sélectionnés dans notre édition de cette année. Pour ne pas les passer sous silence, ajoutons à notre célébration du domaine public canadien les oeuvres de :

Pour les intéressé.e.s, les activités de Communia, un organisme de défense du domaine public mérite également notre attention :

Sur Facebook : https://www.facebook.com/pg/communia/

 

 

Au café du domaine public : licences libres, surréalisme et Martini du Mile End

La jouissance des oeuvres de l’art et de la culture est un cocktail, compliqué par la chance et la nécessité, qui nous saoule et nous apprend la vie, moins souvent avec ce qu’on choisit qu’avec ce qui nous tombe sous la main, comme par hasard.

Les foules sentimentales que je fréquente s’essoufflent à l’année longue en tentant de suivre les gourous du curationnisme qui recommandent ceci ou cela à lire, à voir, à écouter, à débourser. L’écart entre ce que l’on a pu absorber/consommer/apprécier et laisser de côté est toujours assez tragique à la ligne d’arrivée. Ma bibliothèque des non-lus, pour ne mentionner que celle-là, ressemble plus à un monstre qu’à un meuble. Mais dans l’ombre de la bête, une fois par année, en décembre, j’allume quelques allumettes, j’ouvre les portes d’une drôle d’armoire flanquée d’un calendrier, et je suis éblouie par des rencontres improbables provenant d’un monde qui fonctionne comme une exception dans le système marchand de la culture : le domaine public.

De la jouissance au temps des réjouissances

Depuis l’an dernier, le collectif du Café des savoirs libres célèbre tout au long du mois décembre une sélection de nouveaux créateurs dont les oeuvres accèdent au domaine public le 1er janvier. Chaque jour du mois le plus sombre, une porte s’ouvre à cette adresse : http://aventdudomainepublic.ca/ en révélant le profil d’un.e créat.eur.trice dont l’oeuvre est appelée à entrer dans le domaine public canadien et à devenir un trésor du patrimoine commun que l’on peut partager, ré-utiliser, remixer librement.

Ce projet de calendrier de l’avent qui sert de dispositif de célébration du domaine public a été développé par le collectif français SavoirCom1 d’après une idée de Julien Dorra. À cette occasion, nous faisons, conjointement et pédagogiquement, résonner les différences de droit en vigueur au Canada et en France.

Si l’on considère sa législation, le Canada appartient à la catégorie des pays dits «vie+50», qui concernent la plupart des citoyens du monde, où les droits expirent 50 ans après la mort de l’auteur. Depuis le 1er janvier 2017, les œuvres des auteur(e)s/créateurs/trices de ces pays qui sont morts en 1966, sont entrées dans le domaine public – sauf exception.

La France appartient à la catégorie des pays «vie+70», nos homologues ont plutôt cherché des entrants morts en 1947. Cela donne lieu à des situations curieuses. Par exemple, on retrouve désormais André Breton ou Anna Langfus libéré.e.s chez nous, mais qui attendront leur tour, pour vingt ans encore (au moins) en France. On peut consulter sur Wikipédia, la liste des durées du droit d’auteur par pays.

Les motivations qui supportent nos efforts et notre engagement dans la valorisation du domaine public sont exprimées et expliquées dans cette Joie de la Parisienne libérée, une joie dont la contagion est globale.

De ce côté de l’Atlantique, le cortège des 31 auteur.e.s/créateur.rice.s qui ont été révélé.e.s ont été choisi.e.s à partir d’un jeu de contraintes : rechercher d’abord des candidats québécois et canadiens, équilibrer les hommes et les femmes, les personnes de couleur, considérer la portée significative de l’oeuvre, la francophonie, le continent américain.

Extraite dans un ensemble plus grand, la sélection reflète nos intérêts, mais surtout notre capacité à trouver les entrants, une capacité qui intègre aussi le souci d’atténuer les mécanismes préférentiels favorables aux cultures dominantes et aux privilégiés. Ce n’est pas une tâche facile, malgré toutes nos bonnes intentions, et si je peux consacrer un autre article aux misères de la recherche, de la sélection, de la foire aux questions légalistes, je reviendrai sur certains aspects troublants de ce projet moins simple à conduire que ses dehors souriants et ludiques ne veulent bien le laisser paraître.

Voici la liste complète des entrants dans le domaine public canadien en 2017 (que nous avons sélectionnés) : Alberto Giacometti (sculpteur), Kathleen Thompson Norris (écrivaine), Margaret Sanger (essayiste), Pierre Mercure (compositeur), Cluny MacPherson (inventeur), R.T.M Scott (écrivain), Robert F. Hill (cinéaste), Anna Langfus (écrivaine), Suzanne Césaire (écrivaine), Cécile Biéler (Butticaz) (ingénieure), Jean Hans Arp (peintre, sculpteur, poète), Geneviève Massignon (linguiste), Dantès Louis Bellegarde (politicien, historien, essayiste), Julie Rouart (Manet) (peintre), Bud Powell (musicien), Charles Thorson (illustrateur), Blodwen Davies (écrivaine), Jean-Yves Bigras (cinéaste), Frank O’Hara (poète et critique), Elizabeth Wyn Wood (sculptrice), Richmond P. Hobson (écrivain), André Breton (écrivain), Oswald Michaud (inventeur), Georges Duhamel (médecin, poète, écrivain), Colette Bonheur (chanteuse), Buster Keaton (cinéaste), Luitzen Egbertus Jan Brouwer (logicien), Joseph-Papin Archambault (écrivain), Ernest W, Burgess (sociologue), Octave Georges-Maris Bilodeau (écrivain), Anna Akhmatova (poétesse).

Les nouveautés

Cette année a été l’occasion d’introduire quelques nouveautés dans nos pratiques en atelier. Même si nous avons fait appel à Bibliothèque et Archives Canada (BAC) et, surtout, à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) pour nous aider à repérer des entrants, c’est d’abord grâce à l’apport de Wikidata, la base de données libre regroupant les données des projets de la fondation Wikimédia, que nous avons pu constituer la liste des élu.e.s. Ce recours à Wikidata constitue un exemple patent d’utilisation des données ouvertes sur le web au service de la culture, des connaissances et de la mémoire.

Ensuite, plusieurs des notules ont été produites en liaison avec la plate-forme de Wikipédia. Cela signifie que nous avons créé de toute pièce des articles dans Wikipédia lorsqu’ils n’existaient pas (Blodwen Davies, Octave George-Marie Bilodeau, Oswald Michaud, etc.) ; dans d’autres cas, nous avons traduits des articles (Kathleen Norris Thompson), ou encore nous les avons bonifiés. L’objectif était contribuer aux articles de Wikipédia pour que le fruit de notre travail bénéficie au plus grand nombre et fasse croître le domaine des biens communs. Cette collaboration a culminé par la promotion sur la page Facebook de Wikimédia Canada des notules publiées tout au long du mois.

De plus, lorsqu’il n’était pas possible de trouver une photo libre de droit pour illustrer un entrant, notre collègue François Charbonnier a créé une illustration les représentant à partir des images à notre disposition. C’était aussi une manière d’attirer l’attention sur la fragilité de notre mémoire et de ranimer quelques oeuvres en même temps que quelques visages.

Nous avons réussi à recruter quelques spécialistes disciplinaires. Enfin, nous avons été plus rigoureux dans l’utilisation des logiciels libres pour la gestion interne du calendrier.

Nous aurions voulu ajouter les journaux de l’année (qui tombent aussi dans le domaine public) en fouillant les hauts-faits de l’année 1966 mais le temps nous a manqué.

Un grand absent de notre récolte (et un regret collectif) : Walt Disney. L’oeuvre de ce créateur est cadenassée dans un tel labyrinthe juridique qu’il nous semblait impossible d’avoir une prise quelconque sur son legs dans le contexte qui nous intéressait. Il est à cet égard assez ironique de constater que Charles Thorson, un Manitobain d’origine et qui figure dans la cuvée du calendrier de cette année, a dessiné pour les studios d’animation de Disney, de même que M.G.M. et Warner Brothers, puis Fleischer Studios. Il a prêté son talent pour illustrer des figures aussi légendaires que Bugs Bunny, Popeye, Elmer Fudd, Raggedy Ann et Andy… Que reste-t-il de son héritage en termes de biens communs… ?

On ne tombe pas dans le domaine public, on s’élève, mais on tombe en amour quand même

Tous ceux et celles qui contribuent à la rédaction des notules du calendrier tombent en amour avec l’entrant qu’ils/elles adoptent et vous diront sans hésiter que leur protégé est le sujet le plus intéressant ever. Comme j’ai écrit quelques notules, j’affirme pour ma part que l’année 2017 est celle de Pierre Mercure et d’Anna Langfus.

J’ai eu le privilège de rencontrer Lyse Richer, musicologue, spécialiste de l’oeuvre de Pierre Mercure, pour la rédaction de la notule consacrée à ce pilier de la musique actuelle. Elle a généreusement accepté de répondre à mes tonnes de questions et m’a même accueilli chez elle en ouvrant ses boîtes d’archives. Quel musicien fascinant ! Nos collègues français ont aussi célébré sur leur calendrier l’arrivée de l’oeuvre de Pierre Mercure dans le domaine public, puisqu’elle le devient pour tous, si c’est le cas dans le pays d’origine du créateur.

Par ailleurs, depuis ma lecture du roman Les bagages de sable de Anna Langfus (Goncourt 1962), j’ai passé les fêtes, et ça ne s’est pas tellement tempéré depuis, à tenter de convaincre les convives des différents soupers auxquels j’ai participé que « c’est énorme », que cette écrivaine de la Shoah incarne « la clé pour entrer dans la littérature existentialiste et sortir du Nouveau Roman par la même porte tout en allant quelque part… », que « c’est dans la même veine que la seconde Marguerite Duras mais en mieux et même avant elle-même… ». Je vous invite naturellement à considérer l’ajout de ce titre, Les bagages de sable, à votre liste des résolutions de lecture 🙂 Voilà un nouveau type de recommandation qui est issu du off-system – lequel opère en marge de celui que j’évoquais plus tôt. C’est du gratuit. Mais il faut encore trouver les oeuvres…Car ce n’est pas tout d’identifier les entrants, il faut encore que leurs oeuvres soient disponibles et accessibles. Un autre défi d’envergure dans l’ordre de la diffusion du patrimoine commun.

Cela dit, 2017 est aussi la cuvée du surréalisme ! Le mot et l’interjection « surreal » sont en vogue, tant mieux puisque les oeuvres d’André Breton, Suzanne Césaire, Jean Arp, Giacometti, etc., s’offrent à nous en se croisant.

Et le Martini du Mile End ? À l’enseigne d’ateliers cocktail dans le monde merveilleux de la (re) mixologie, nous cherchons maintenant des manières de faire durer et de partager ce plaisir toute l’année avec de nouvelles éditions, des créations qui remontent le temps et entrelacent ces contenus qui figurent désormais sous licences libres. C’est moins un ingrédient qui fait le secret du Martini du Mile End que l’attitude : Osez !  

Pour s’inspirer, le Manifeste du remix.

À l’an prochain ! Ou même avant…

Source de l’image : Calendrier de l’avent du domaine public 2016, http://aventdudomainepublic.ca/2016/12/23/oswald-michaud/, illustration d’Oswald Michaud par François Charbonnier, licence : cc-by-sa.

J’ai mis le feu à ma découpe laser et je suis devenue experte en buse

Ce diaporama nécessite JavaScript.

La Ville de Montréal a inauguré son premier fab lab en bibliothèque publique le 1er août dernier : le
BennyFab. Plusieurs bibliothèques ailleurs au Québec ouvriront dès cet automne des laboratoires de
création et d’innovation, qu’ils soient fab labs ou médialabs, ou les deux, et se joindront au mouvement des
makers. Les porteurs de ces projets en émergence ont été invités à une journée d’échanges et de cocréation dans l’espace de District 3 profitant de l’occasion pour y visiter le makerspace. Sur le thème « Bibliothèques et fab labs: Mode d’emploi des communs », les participants ont exploré la situation et l’horizon des bibliothèques en regard des communs numériques à travers les questions : Quelles ambitions communes portons-nous avec l’ouverture de ces fab labs en bibliothèques? Qu’est-ce que l’on peut faire en commun concrètement?

L’histoire des labs en bibliothèques remonte à 2010 avec l’inauguration du premier fab lab en bibliothèque à la Fayetteville Free Library (NY). Lauren Britton a contribué à initier une nouvelle vision de la bibliothèque comme lieu de créativité et surtout comme place qui soutient les capacités créatives des citoyens. Cette vision, qui renouvelle la signification de la bibliothèques tiers lieu, prolonge la conversation et le lien social à travers des activités d’apprentissage et de fabrication. Depuis, les fab labs et les makerspaces ont rapidement essaimé aux États-Unis, au Canada et en Europe.

Les bibliothèques publiques québécoises ont pris le relais en proposant d’abord des ateliers autour de l’imprimante 3D. Le medialab de la Bibliothèque Marc-Favreau a ouvert en 2013. En 2014, la bibliothèque Monique-Corriveau a hébergé un organisme qui offrait des ateliers de fabrication quelques fois par semaine. Le fab lab de la Bibliothèque de Polytechnique a entamé ses activités en 2015. Puis au mois août dernier, le BennyFab, premier espace fab lab en bibliothèque publique à Montréal, a été inauguré. Dans les prochains mois,  un joyeux cortège de projets vont voir le jour et qui s’inscrivent dans ce mouvement. La rumeur couvait depuis le début de l’année, il fallait la vérifier. Ils sont tous venus, les anciens comme les nouveaux, pour le confirmer  : Les bibliolabs qc explosent !  Ce rassemblement aura permis de dresser un portrait vivant des projets et de la vision qu’ils portent. Scoop.

  1. La Créasphère de la bibliothèque Marc Favreau (Bibliothèques de Montréal)- ouverte en 2013.
  2. Polyfab  que soutient la bibliothèque de Polytechnique – ouvert en 2015.
  3. Le Benny Fab de la bibliothèque Benny (Bibliothèques de Montréal) – ouvert le 1 er août 2016.
  4. Le Square de BAnQ/La Grande bibliothèque dont l’ouverture est prévue pour le 25 octobre prochain.
  5. Deux medialabs dans les Bibliothèques de Québec qui ouvriront aussi cet automne.
  6. Le Fab lab de la bibliothèque Brossard – qui ouvrira cet automne.
  7. Le medialab de la bibliothèque Ste-Julie – prévu pour le début de 2017.
  8. Le projet de « Sandbox » de la Bibliothèque Concordia  – début 2017.
  9. Le Fab lab de la bibliothèque de Repentigny – dont la responsable avait répondu à l’invitation mais qui n’a pas pu nous rejoindre : ouverture prévue pour cet automne.
  10. Le Fab Lab CSMB, un réseau de (6) fab labs dans les écoles de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeois, en pleine expansion depuis 2014, cet ami des bibliothèques et complice dans la famille des fab labs éducatifs était représenté par l’exceptionel innovateur pédagotechnologique qu’est Mathieu Dubreuil-Cousineau,

Plusieurs autres projets en gestation ont été mentionnés, notamment du côté du Réseau biblio de la Montérégie, de Montréal, de Laval. C’était aussi l’occasion d’entendre toutes sortes d’histoires qui sont des récits de pionniers et de pionnières : « C’était la fois ou j’ai mis le feu à ma découpe laser » ou « Voici comment je suis devenue experte en buse… » considérant qu’avec l’audace vient le droit à l’erreur 🙂

Monique Chartrand, directrice de Communautique et de échoFAB (premier fab lan au Québec), a présenté les grandes lignes du rapport du MCC dont la démarche a pavé la voie pour ces audaces, l’an dernier. Les recommandations issues de ce rapport viennent à point pour alimenter la réflexion et le développement en cours. IL serait intéressant d’y revenir quand le rapport sera officiellement publié.

L’après-midi a été consacré à la conversation sur les communs.  Souvent évoqués dans le discours à propos des labs par l’entremise du partage des savoirs et de l’économie sociale, les communs s’installent comme un obscur objet de désir et de voeux pieux. Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce ça fait en bibliothèque ? Quelles initiatives existantes liés aux communs peut-on relayer ? Comment, pour faire écho à la conférence de Valérie Peugeot, l’acteur-bibliothèque publique est-il en relation avec les communs ? Que pourrait-on faire en commun et… comment? Josée Plamondon  a présenté les exemples des ateliers de contributions du Café des savoirs libres (avec la Fondation Wikimedia Canada et Open Street Map) dans les bibliothèques ainsi que le  projet du Calendrier de l’Avent du domaine public pour aider à rapprocher ces notions de l’expérience concrète de chacun.

Le moment de prototypage autour des questions  « Que pourrait-on faire en commun et… comment? » a permis de faire émerger trois projets de liés à 1) un outil de collaboration et de partage professionnel à mettre en place et à expérimenter dès cet automne, éventuellement au sein du wiki de Fab Labs Québec; 2) une stratégie de développement pour rejoindre une clientèle diversifiée et 3) une stratégie d’advocacy des labs visant sensibiliser et faire tomber les résistances au changement au sein des professionnels, des structures et du politique (considérant que celles-ci ne viennent pas des publics).

À faire et à suivre !

Cette journée, qui s’est déroulée dans le cadre de la 8e édition de la Semaine québécoise de l’informatique libre, est une initiative de Montréal, ville intelligente et numérique.

Liberté, je code ton nom : 10 découvertes inspirantes lors de la JILL

La Semaine québécoise de l’informatique libre, sous le thème des communs numériques, a été inaugurée hier lors de la Journée internationale du logiciel libre (JILL).  Le tapis rouge a été déroulé au Salon 1861 pour une série de conférenciers qui ont présenté l’état du libre en 2016. Partage en vrac de découvertes qui m’ont inspiré :

1. Le Bloguelinux.ca avec des commentaires sur l’utilisation astucieuse de Mumble et de Audacity pour diffuser des podcasts de qualité – et qui m’ont donné le goût de faire des podcasts itou !

2. Le fil YouTube de la Maison du Logiciel libre de l’ÉTS alimenté par des étudiants.

3. CryptoQuébec. Un coup de coeur du début à la fin. Qu’il soit question de l'(in)sécurité informatique, de surveillance étatique, de protection de la vie privée, de géopolitique, de la loi d’accès (ou pas à tout à fait) à l’information, de DRM, etc. On les veut en bibliothèque pour partager des outils d’auto-défense – avec le sourire puisqu’il y a des caméras partout. 🙂

4. Le Bilan de l’Éco2Fest de 2016 avec OuiShare Québec. Oui, il y a du libre dans l’économie collaborative et on ne se lasse pas d’en entendre parler avec ces quelques 200 initiatives (dont 60 OBNL, 30 mouvements citoyens ET des institutions comme les bibliothèques). On savoure les projets du kit de vélo en bambou, des BWAT (comme dans boîte de partage local) ou de la Matrioska (un espace de coworking qui fonctionne avec des panneaux solaires). Rendez-vous pour le 29 septembre à la Gare pour un 6@8 sur l’avenir de la fabrication. Considérant l’engouement des bibliothèques qui embrassent l’économie de partage et l’événement qui se prépare pour vendredi : Bibliothèques et fab labs : Mode d’emploi des communs, il y a de l’intérêt pour cette activité de réflexion et réseautage.

5. Open Street Map Montréal avec ses cartoparties, les ateliers en bibliothèquesdu Café des savoirs libres, le nouveau drone et le projet de dirigeable au service de la cartographie libre. Pierre Chouffet donne envie de tout cartographier !  En échangeant tous les deux, on découvre justement que les fab labs du Québec ne le sont pas encore, et on s’y est mis sur le champ.

6. FACIL le catalyseur, en la personne de Mathieu Gauthier-Pilote. Il faut lire le Mémoire «pour une véritable participation de tous à la culture» avec ses recommandations. On attend aussi avec impatience les services FACIL,«une gamme de services libres, éthiques, décentralisés et solidaires, dans le cadre du Collectif d’Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires (CHATONS) sollicité par les libristes de Framasoft».

7. Dans le même esprit que les CHATONS, un projet qui propose des ressources techniques libres pour soutenir les activités des conseils d’établissement dans les écoles.

8. La sélection bien relevée des films sur le logiciel, le matériel, le savoir et la culture libres dont «Laws that choke creativity», 19 min., CC BY-NC-ND. Une conférence TED au cours de laquelle Lawrence Lessig poursuit son argumentaire critique contre l’environnement légal qui (dé)structure le droit des usagers et la créativité/culture numérique.

9. «Les gardiens du nouveau monde», 56 min., CC BY-NC-SA. Une célébration des hackers et des hackerspaces, de leur engagement politique qui renouvelle l’ethos de la  contre-culture des années ’70, des espoirs dont ils sont porteurs. Hacker, dit-on, est fondamentalement un geste de générosité qui vise à comprendre, en vue de les améliorer, les systèmes et le monde.

10. «Tous surveillés : rencontre avec Edward Snowden», Vice News, 25 min., utilisation équitable. Un morceau d’anthologie.

Les présentations seront disponibles d’ici la fin de l’année sur le site de FACIL. Les activités de la SQIL se poursuivent lundi le 19 septembre à 16h30 avec la grande conférence : Communs numériques : liberté et partage dans le cyberespace où l’on aura le grand privilège d’entendre Valérie Peugeot et Ianik Marcil. À ne pas manquer, il reste encore quelques places, mais pas beaucoup…

L’été des communs ou changer le monde, un bateau à la fois

IMG_8144

Le monde change. Ici on parle de le transformer encore et autrement : On parle de « changer le monde, un bateau à la fois. » L’écosystème des communs se fabrique à l’aide d’une vaste diversité d’initiatives et d’engagements fondés sur le partage de savoirs et de biens régi en communauté. Le projet Jeunes Marins Urbains est l’une de ses initiatives parmi les plus inspirantes.

Jeunes Marins Urbains réunit des participants d’âges et de profils variés dans le but de construire des voiliers, fabriqués avec du frêne montréalais recyclé, et d’apprendre à naviguer. Mais, à travers cette démarche, on veut surtout favoriser la création de liens durables entre les participants peu importe leurs compétences et leur expérience. La seule exigence est celle qui repose sur le désir d’apprendre, de faire ensemble, d’accomplir collectivement un projet porteur impossible à mener tout seul. La première édition du Défi JMU à l’été 2015 a rassemblé 35 personnes de 17 à 68 ans. L’objectif pour 2016 est de doubler le nombre de participants.

La construction de bateau devient un événement qui se déroule en public sur un chantier installé au Village au Pied-du-Courant. Des animations sont offertes par des bénévoles qui expliquent le projet, les techniques utilisées et la navigation fluviale. C’est l’occasion pour les Montréalais de s’approprier le fleuve, de nourrir un sentiment d’appartenance à l’égard de cet environnement exceptionnel et de découvrir le patrimoine fluvial. Surtout en ce mois de juin qui est le Mois du Saint-Laurent.

Du 20 juin à la fin juillet, le défi est maintenant de construire des voiles aviron. Les inscriptions se font en continu; les gens peuvent rejoindre l’équipe quand ils le souhaitent et s’impliquer en fonction de leur disponibilité comme de leurs intérêts.

La production d’un guide de fabrication des bateaux est devenu un projet dans le projet lequel a été suggéré par un des bénévoles de l’an dernier qui s’est adjoint un petit groupe de quelques volontaires – dont une bibliothécaire! – pour la réalisation. Cette bibliothécaire poursuivra son implication en aidant à organiser et garder la mémoire des documents(vidéos, photos et autres fichiers…) produits.

C’est à lire !

guide

Cette initiative ne nous enseigne pas seulement la fabrication des bateaux, elle nous apprend d’abord que l’on est tous aujourd’hui dans le même bateau à chercher, explorer des nouveaux territoires, c’est-à-dire d’autres manières de vivre, de travailler, d’apprendre ensemble.

L’économie collaborative, les communs et les bibliothèques

Accorde-t-on assez d’attention dans nos milieux à ces nouvelles pratiques participatives ? Est-ce que l’on est à l’écoute des citoyens qui se réunissent, qui passent à l’action, qui s’auto-organisent autour des communs, autour du partage de pair à pair et de l’innovation créative? Comment pourrait-on tisser des liens, des échanges, des collaborations avec ces projets locaux qui sont véritablement innovants car, comme le dirait David Lankes, ils évoluent avec les communautés. Comment ces rapprochements pourraient-ils contribuer à une vision nouvelle des bibliothèques qui accueillent et nourrissent les capacités créatives des citoyens? On ira parfois très loin chercher des modèles collaboratifs qui sont porteurs de sens. Et parfois, les projets phares sont au coin de la rue, sur nos berges, et nous attendent. Est-ce que l’on est prêt à embarquer?

Bon vent, bon été des communs !

Les participants peuvent s’inscrire en ligne ou en se rendant directement sur le chantier. En août, une activité d’initiation à la navigation sur voile-aviron (sur les voiliers construits pendant l’été) sera offerte.

Site web www.JeunesMarinsUrbains.org
Facebook : Jeunes Marins Urbains

| Source de la photo 1 : Marie D. Martel, cc-by-sa; source de la photo 2 : Jeunes Marins Urbains, Guide du participant.