Bibliothèque Raymond-Lévesque: Il n’y a pas six milliards d’hommes, il n’y en a qu’un

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La nouvelle bibliothèque Raymond-Lévesque, située dans l’arrondissement Saint-Hubert, à Longueuil, a été inaugurée en janvier 2011. Son nom immortalise l’un des premiers chansonniers du Québec. Les plans de Manon Asselin (avec Jodoin, Lamarre, Pratte, et associés, architectes) ont mérité le Excellence Award 2009 du magazine Canadian Architect: 

Le jury apprécie le parcours suggéré par l’organisation du projet et il est sensible à la qualité et à la variété des espaces proposés. Il estime que la qualité des liens visuels entre les espaces de la bibliothèque enrichira l’expérience des visiteurs ; les espaces proposés pour la lecture lui semblent étudiés avec un souci du bien-être des lecteurs. Il est sensible aux efforts de mise en oeuvre d’un contrôle de l’environnement audacieux, basé sur une analyse convaincante des conditions climatiques locales mais aussi sur une technique de mise en oeuvre délicate.

-commentaires du jury, concours d’architecture

  • Taille : 4000 m.c.
  • Coût : 16,6 millions $
  • Collections : 92 000 documents
  • Postes informatiques : 35
  • Bibliothécaires : ?

Quelques éléments notés au passage sur les aspects les plus et les moins réussis :

Les forces :

  1. le geste architectural, la richesse du vocabulaire, les volumes, la transparence, l’ouverture signent un hymne à l’accès;
  2. La lisibilité de l’espace et la navigation supportée par un parcours étudié, facilité par des signaux visuels;
  3. une destination appuyée par un design contemporain et audacieux, du mobilier de qualité;
  4. le zoning avec des espaces pour différents types d’usagers, de lecteurs, d’apprenants;
  5. un véritable espace pour les adolescents;
  6. des espaces pour la collaboration (salles pour le travail en équipe, salle de conférence);
  7. des espaces pour la communauté (salle multifonctionnelle, salle pour la généalogie et l’histoire locale, salle de formation);
  8. une vision haute de l’usager; un souci pour le confort et l’expérience du lecteur;
  9. des connexions vers l’extérieur avec une terrasse;
  10. des interventions durables, éco-énergitiques et accessibles;
  11. un pluralisme documentaire assumé avec un espace multimédia généreux
  12. le facteur wow!
  13. l’intégration dans le milieu naturel : le vert du sol se prolonge via les baies vitrées jusque dans les bois environnants, créant une continuité entre la culture et la nature.
  14. des éclairages sophistiqués, des appels lumineux qui développent des ambiances.

Les faiblesses :

  1. l’approche du libre-service a peu de chance de réussir : les stations d’auto-prêt sont cachées et situées derrière le comptoir de prêt incitant les usagers à continuer à utiliser le service assisté par le personnel;
  2. le comptoir de prêt au lieu d’un comptoir de service ou d’un guichet d’accueil est un modèle révolu;
  3. le coin café à l’entrée qui communique avec l’espace-presse (salle pour périodiques avec sièges) où l’on peut apporter son breuvage et accéder à la terrasse témoigne d’une intention inachevée de faire une « bonne place ». Le café ne fonctionne pas à la manière d’un troisième lieu en tant qu’espace informel d’interaction et de socialisation ouverte, faute de tables, ou d’autres dispositifs qui relient les gens, qui les incitent aux conversations, aux expériences partagées; pas de second chez-soi;
  4. une signature technologique qui est relativement atténuée : un espace Internet, des équipements pour les jeux vidéos pour les ados, des postes (en quantité suffisante?) mais pas de prolongement numérique, de la mobilité, pas de présence sur les médias sociaux qui s’affichent et qui manifestent les interrelations entre les territoires physiques et virtuels, pas de zone pour explorer les nouvelles technologies du livre;
  5. le marketing des collections ne suggère pas un effet « librairie » invitant à la déambulation, au bouquinage et à la consommation : la mise en valeur du matériel nouveau, populaire, thématique est concentré autour des postes d’aide aux lecteurs où l’on pourrait être gêné de s’attarder;
  6. peu de variété dans la déclinaison du mobilier de type « siège ».

Ces aspects moins avantageux ne compromettent pas cette oeuvre brillante, raffnée, sensible, qui propulse le Québec à l’avant-scène des créateurs de bibliothèques.

« Il n’y a pas six milliards d’homme, il n’y en a qu’un » est tiré d’un poème de Raymond Lévesque pour orner les murs vitrés d’une salle. On entend l’appel pour l’égalité et la justice sociale, des thématiques politiques chères au chansonnier, et qui résonnent bien dans ce lieu à l’écoute de la situation de chacun. Il aurait pu s’avérer intéressant d’envisager, dans un horizon rassembleur, un projet ancré dans le concept de la polis  ou de la parole engagée ou citoyenne pour définir l’image de marque de cette bibliothèque. Un agora parmi les espaces? Une collection dédiée aux écrivains engagés, aux littératures orales? Des partenariats logés au service de la communauté? Quoiqu’il en soit l’harmonie et la force du concept architectural installent ici, un authentique projet de cohésion sociale, de l’espace pour penser.

| Source : Flickr, galerie de bibliomancienne cc-by-sa – d’autres images sont disponibles |

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