Le Noël des futur.e.s bibliothécaires : des albums qui scintillent #àlire

Je vous propose une série de recommandations de lecture jeunesse fiables et passionnées réalisées par des pros en devenir. Ces exercices de médiation littéraire méritaient d’être partagés au-delà du bac à recyclage – où atterrissent, c’est bien connu, même les meilleurs travaux universitaires. J’en ai retenu une quinzaine, parmi quelques 200 productions du cours SCI6339 à l’EBSI, en commençant par cette sélection de trois albums.  Des mangas, des bandes dessinées, des romans et des documentaires suivront dans les prochains jours. Remplissez votre panier, papier ou numérique, c’est #àlire!

Trois albums scintillants

Dubuc, M. (2017). Le chemin de la montagne. Montréal : Comme des géants. Dès la naissance. (Bibliothèque publique)

PictureMadame Blaireau se rend tous les dimanches au sommet de la montagne Pain de sucre par le sentier qui traverse la forêt. Un jour, elle rencontre sur sa route Lulu, un petit chat rouquin, qui aimerait bien lui aussi se rendre au sommet de la montagne et contempler le monde. Lulu pense qu’il est trop petit pour gravir la montagne. Madame Blaireau invite alors Lulu à se joindre à sa promenade. Lulu accompagnera ensuite Madame Blaireau tous les dimanches. Elle lui apprendra à apprécier la nature et les plaisirs simples de la vie. Madame Blaireau partagera ses trouvailles à Lulu allant de la cueillette de champignons aux objets curieux amassés au cours de ses ascensions. Bien qu’une différence d’âge importante les sépare, il naîtra une profonde amitié entre Madame Blaireau et Lulu. Ensemble, ils nous dévoileront les secrets de la forêt.

Source. J’ai repéré l’album de Marianne Dubuc dans la section Les coups de cœur de Lurelu de la revue Lurelu (L’équipe, 2018). La revue Lurelu est une revue québécoise spécialisée dans le domaine de la littérature jeunesse. Cette revue qui paraît trois fois par année s’adresse autant au grand public qu’aux acteurs du milieu de la littérature jeunesse (Lurelu, s. d.). Selon Danièle Courchesne qui a rédigé la critique de l’album, Le chemin de la montagne est un réel « baume au cœur » (L’équipe, 2018). Ce qui ressort de sa critique est la beauté de cette histoire traitant d’une relation intergénérationnelle et du transfert de savoirs qui l’accompagne, à travers laquelle on apprend aux enfants l’importance de valeurs telles que le partage, le respect de l’autre et l’entraide. Selon cette critique, il s’agit d’« une lecture dont on ne se lasse pas » (L’équipe, 2018).

Analyse. Cet ouvrage se classe parmi les albums de la petite enfance s’adressant à un public âgé de 0 à 5 ans puisqu’on y retrouve une prédominance de l’image par rapport au texte. Cet album aborde d’abord le thème de la transmission du savoir d’une génération à l’autre qu’on observe alors que Mme Blaireau prend Lulu sous son aile; le jeune chat apprendra beaucoup de son aînée. L’album exploite également le thème plus philosophique du sens qu’on donne à la vie, des décisions que l’on prend. Ici, le temps est ralenti. Mme Blaireau apprécie la nature et les bonheurs simples. Plusieurs valeurs morales sont transmises dans cet album. On initie les tout-petits au partage, à l’empathie et à l’entraide. D’un point de vue social aussi, cet album transmet aux enfants le respect des aînés et de leur apport non négligeable à la société. Le cheminement de l’histoire est cohérent alors que l’on suit l’évolution de Lulu sur le chemin de la montagne. Quant au texte, il est constitué de quelques phrases courtes utilisant un langage simple et oscille de la narration au dialogue. Le texte est adapté aux tout-petits qui apprendront peut-être au cours de leur lecture quelques nouveaux mots de vocabulaire. Les illustrations sont douces et contiennent une panoplie de détails à découvrir. Dans cet album, la relation texte-image est complémentaire : la narration est construite autant par le texte que par les illustrations qui cohabitent d’ailleurs sur l’espace de la page. Je recommande fortement ce magnifique album pour les tout-petits pour une histoire douce qui allie divertissement et transmission de valeurs positives. Rédigé par Justine Ménard.

Note : Depuis la rédaction de cette recommandation, Le chemin de la montagne a remporté les prix littéraires suivants : Prix TD de littérature pour l’enfance et la jeunesse 2018, Prix Harry Black de l’album jeunesse 2018, Prix du Gouverneur général : littérature jeunesse de langue française – illustration 2018, Prix du livre jeunesse des Bibliothèques de Montréal 2018. 

Boulerice, S. et Côté-Lacroix, D. (2016). Florence et Léon. Montréal : Québec Amérique. À partir de 8 ans. (Bibliothèque publique, prêt numérique)

Simon Boulerice, auteur pour la jeunesse très productif, qui a écrit notamment Un ami lumineux et La gardienne du musée, propose ici un album abordant le thème de la différence. Florence, professeure de natation, est un peu différente des autres : elle a un petit problème aux poumons. Léon, vendeur d’assurance, est aussi différent parce qu’il a un problème aux yeux qui l’empêche de voir de la même façon que les autres. Les deux personnages pourront-ils devenir amis malgré leur différence ?

Source. Livres ouverts est une ressource en ligne offerte par le Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur du Québec. Elle propose des suggestions de lectures, sélectionnées selon des critères précis, pour les jeunes du préscolaire au secondaire (Gouvernement du Québec, s. d.-b). Chaque notice comporte un commentaire descriptif, une échelle ciblant le niveau scolaire approprié, des indices de difficulté de lecture et des pistes d’exploration pédagogique.

À propos de Florence et Léon, Livres ouverts souligne la thématique de la différence proposée par l’album. La ressource met aussi en relief l’influence que la bande dessinée a eue sur l’œuvre : certains dialogues sont transmis par des phylactères intégrés à l’image. Elle met aussi en évidence les couleurs douces de l’album, principalement dans des tons de gris avec des touches de couleurs autour des personnages. Selon Livres ouverts, le livre s’adresse aux jeunes de la 4e année du primaire à la première année du secondaire. L’indice de difficulté donné est de 4 sur 11, le commentaire descriptif soulignant le « vocabulaire riche » de l’album. (Gouvernement du Québec, s. d.-a).

Analyse. L’album a pour thème la différence. Celle-ci est présentée par le biais des deux personnages qui ont tous les deux un handicap : Florence a des problèmes aux poumons qui l’empêchent de reprendre son souffle facilement après l’effort ; c’est comme si elle respirait à travers une paille. Léon, lui, a des problèmes de vision ; c’est comme s’il voyait à travers une paille. La différence de chacun est présentée à l’aide de l’exemple concret de la paille qui rapproche les deux protagonistes et fait clairement comprendre au jeune lecteur les limitations physiques de chacun. De par le thème qu’il aborde, l’album transmet des valeurs comme l’ouverture à l’autre, l’acceptation de la différence et l’empathie.

Le texte de l’album est plutôt narratif. Lorsque le narrateur omniscient raconte l’histoire, la calligraphie utilisée est standard. Lorsque les personnages parlent, la calligraphie des dialogues change et devient plus ludique. Cela permet aux lecteurs qui lisent le texte eux-mêmes de bien voir la coupure entre les différentes voix narratives. L’utilisation occasionnelle de phylactères, notamment lors du premier dialogue entre les personnages, aide aussi le lecteur à voir la différence.

Par ailleurs, les illustrations sont douces et sont principalement dans des teintes de gris pâle. Les personnages sont cependant en couleur et quelques objets importants le sont aussi comme le jus de mangue et melon qui revient à deux reprises ou les pailles qui sont un élément-clé de l’œuvre. Les phrases sont assez simples et disent clairement les choses. On y retrouve un peu la même douceur que dans les images. Les deux créent une atmosphère douce et calme.

Je serais à l’aise de présenter ce livre à des enfants, car il aborde les thèmes de la différence et du handicap tout en douceur et intelligemment. Je crois qu’il donnerait lieu à des discussions très intéressantes avec les enfants. Rédigé par Élise Gauvreau-Gervais.

Poulin, A. et Girard, F. (2018). Ce n’est pas comme ça qu’on joue au hockey. Montréal : Québec Amérique. À partir de 4 ans. (Bibliothèque publique, prêt numérique)

Hey toi! Tu as envie d’en apprendre plus sur Jacques Plante? Tu sais, celui qui a gardé le filet du Canadien de Montréal pendant 10 ans entre les années 50 et 60. Son histoire est intéressante, car on dit de lui qu’il est non seulement l’un des 100 meilleurs joueurs de hockey de toute l’histoire, mais aussi qu’il est le plus innovateur. Son style offensif aventureux a complètement révolutionné la manière de jouer des gardiens de but. Savais-tu qu’il est même l’inventeur d’un outil fort utile qui a probablement sauvé des vies? En effet! Mais pour en connaître plus sur le sujet, tu devras lire ce super livre d’Andrée Poulin. Tu la connais sûrement, car elle est aussi l’auteure de plusieurs autres ouvrages à succès dont La plus grosse poutine du monde (2013) de même que Pablo trouve un trésor (finaliste au Prix du livre jeunesse des Bibliothèques de Montréal 2015).

Source. Le site web Les libraires est la version en ligne de la revue papier du même nom. On a accès à différentes rubriques fort pertinentes dont « Nouveautés », « Choix des libraires », « Palmarès » ou encore « Thématiques ». La fiche du document ne commente pas l’ouvrage en tant que tel, sauf pour quelques informations utiles comme le résumé du livre, des suggestions du même auteur de même que d’autres livres portant sur le même sujet. Notons qu’il est possible de feuilleter le document et d’en télécharger un extrait. Un lien est mis à notre disposition pour faire l’achat en ligne du format papier en plus de deux liens pour l’achat de la version numérique, à savoir les formats pdf. et epub. Enfin, la page nous informe au sujet de l’auteur,  de la date de parution du livre et de la maison d’édition. En cliquant le nom de l’auteur, on accède à la liste de tous ses ouvrages.

Analyse. L’ouvrage met en scène un personnage principal nommé Jacques. Tout jeune, il voulait jouer au hockey. Malheureusement, il n’avait pas de bâton ni rondelle. Alors il a décidé de faire à sa tête et jouer avec une branche d’arbre et une balle de tennis. Il souhaite être gardien de but, mais n’a pas de jambière. Son père lui en fabrique donc. C’est par le procédé de la répétition que l’histoire arrive peu à peu à se construire. Par exemple, le motif suivant revient à quelques reprises : « Non ce n’est pas comme ça que l’on joue au hockey ». Le récit arrive à capter l’intérêt du lecteur en ce sens que l’on comprend vite que peu importe les embûches, Jacques est persévérant. On veut le voir réussir. On veut le voir gagner. Il n’y a pas de dialogue; on se contente de raconter des faits à la manière d’une tranche de vie, d’une mini-biographie. La morale qui en ressort pourrait se résumer ainsi : c’est en travaillant fort que l’on arrive à nos fins. L’ouvrage est en somme une leçon de courage et s’adresse à tous les enfants, que ce soit un garçon ou une fille. Rédigé par Jean-François Barabé.

 

 

 

 

 

Les femmes dans les bibliothèques du Québec : du pouvoir de lire à celui d’écrire son histoire

Nous y sommes presque. Vendredi se tiendra la seconde édition d’un colloque sur l’histoire des bibliothèques  québécoises. Le thème de cette édition 2018 est consacrée à l’histoire des femmes bibliothécaires au Québec, une société un peu secrète, peuplée par des militantes du monde de l’éducation et de la culture, pourtant moins portée vers la discrétion, à laquelle on les identifie trop souvent, que vers des projets d’émancipation sociale réclamée bruyamment lorsqu’il le fallait bien.

Le colloque vise les objectifs suivants : d’abord celui de diffuser les connaissances concernant l’histoire des femmes bibliothécaires au Québec et leur apport au monde des bibliothèques; celui d’accroître ensuite notre compréhension du développement de la littératie, de la lecture publique et des bibliothèques québécoises. Cet événement d’une journée se déroulera dans l’amphithéâtre de  la Grande bibliothèque. 230 personnes sont inscrites à ce jour; ce qui, pour une activité que l’on pourrait qualifiée de « pointue », est inespéré. Il reste encore quelques places, on peut s’inscrire à cette adresse.

Le contenu des conférences sera préservé au moyen d’un dispositif à préciser : livre, numéro spécial dans une revue, archives ouvertes. Un atelier contributif animé par des bibliothécaires et Wikimédia Canada devrait faire suite à l’événement, dans le cadre d’un Mardi, c’est wiki à la Grande bibliothèque et/ou au cours d’une activité Art et Féminisme, avec l’intention d’améliorer la présence de ces femmes dans les projets wikimédiens. Un des problèmes, en effet, qui a motivé la tenue de ce colloque, outre l’urgence de produire des savoirs sur cette profession et cet aréopage de figures remarquables, n’est pas étranger à la rareté, sinon l’absence, d’une littérature secondaire. Ces lacunes ne permettaient pas de réunir les conditions, voire les sources, pour établir leur notoriété et créer, dans tous les cas, des entrées de qualité soulignant leur contribution au développement de la société québécoise dans l’encyclopédie la plus célèbre, et surtout, la plus consultée du monde. Cet exercice agit à la façon d’un test. Et l’enjeu de l’invisibilité du travail historique des femmes tient aussi à notre capacité de produire ce type de documentation et de données aujourd’hui.

À travers le travail des historiennes et des historiens qui se sont investi.e.s dans ce projet, un autre pan de l’histoire a pris forme en filigrane. L’engagement de plusieurs de ces pionnières, a-t-on appris, est étroitement lié à des revendications visant à mettre en place des services élargies et plus équitables pour les enfants et les adolescents.e.s. Au cours de la journée, c’est l’histoire de la bibliothéconomie jeunesse et des batailles pour l’amélioration de l’accès à la lecture des familles québécoises, souvent les moins nanties, qui émergera.

La journée se clôturera par un entretien très attendu avec Lise Bissonnette, écrivaine, journaliste, présidente et directrice générale de BAnQ à l’ouverture de cette institution qui aura peut-être marquée, l’histoire nous le dira, un moment de rupture dans la relation contrariée entretenue entre les Québécois.e.s et leurs bibliothèques – comparativement aux dévotions réputées des publics anglophones pour leurs libraries. C’est M. Jean-Louis Roy, actuel président et directeur général de BAnQ, qui conduira l’entretien.

PROGRAMME
9 h 30 – 10 h : Accueil
10 h – 10 h 10 : Mot d’introduction de Jean-Louis Royprésident et directeur général de Bibliothèque et Archives nationales du Québec
10 h 10 – 10 h 20 : Remerciements des partenaires
10 h 20 – 10 h 40 : Éva Circé-Côté par Andrée Lévesque, professeure, Département d’histoire, Université McGill
10 h 50 – 11 h 10 : Mary Sollace Saxe par Marcel Lajeunesse, professeur associé, EBSI, Université de Montréal
11 h 10 : Pause
11 h 30 – 11 h 50 : Marie-Claire Daveluy par Johanne Biron, chercheuse indépendante
12 h – 12 h 20 : Hélène Grenier par Éric Leroux, professeur agrégé, EBSI, Université de Montréal
DÎNER LIBRE
14 h – 14 h 10 : Mot d’accueil pour le retour
14 h 10 – 14 h 30 : Céline Robitaille-Cartier par Claude Bonnelly, Université Laval
14 h 40 – 15 h : Paule Rolland-Thomas par Michèle Hudon, professeure associée, EBSI, Université de Montréal
15 h : Pause
15 h 20 – 15 h 50 : Pour une histoire orale nationale des femmes bibliothécaires : Hélène Charbonneau et Louise Guillemette-Labory par Marie D. Martel, professeure adjointe, EBSI, Université de Montréal, et Lëa-Kim Châteauneuf, bibliothécaire, Bibliothèques de Montréal
*** 16 h – 16 h 30 : Entretien avec Lise Bissonnette, écrivaine, journaliste, ancienne présidente et directrice générale de BAnQ, conduit par M. Jean-Louis Roy, président et directeur général de BAnQ

Un référentiel de compétences à destination des bibliothécaires pour les adolescent.e.s #YALSA

Pour clôturer cette Semaine des bibliothèques publiques, je partage un référentiel de compétences produit par YALSA (Association des services de bibliothèque pour les adolescent.e.s/jeunes adultes, 2017) et que les étudiant.e.s de l’EBSI (SCI6339) ont traduit en français. Cette traduction a même bénéficié du savoir-faire d’un réviseur dans le groupe, René-Pierre Custeau, que je remercie pour le soin final qu’il a apporté au texte. Ce référentiel de compétences est aussi recommandé à l’échelle canadienne via Librarianship.ca.

YALSA est une sous-division de l’American Library Association et compte plusieurs milliers de membres travaillant dans des bibliothèques américaines. Un tel référentiel de compétences vise « à aider le personnel des bibliothèques à atténuer les défis auxquels font face les adolescent.e.s (surtout ceux et celles qui ont les plus grands besoins) et les accompagner sur la voie de vies réussies et épanouissantes » (ma traduction).

Un des enjeux de la bibliothéconomie jeunesse au Québec – et partant un des enjeux de la littératie au Québec – est le suivant : En dehors de l’Île de Montréal, il n’y aurait à peu près pas de bibliothécaire pour la jeunesse dans les bibliothèques publiques. La rareté des bibliothécaires dans les bibliothèques québécoises, comparativement à ce qui est observé dans les bibliothèques canadiennes et américaines,  a été soulignée de façon fort à propos au cours de la Semaine des bibliothèques publiques :

Ainsi, 65 % des municipalités comptent à leur bibliothèque moins de quatre employés à temps complet, indiquent les données 2017 de Statbib. « Comment peuvent-ils faire pour fonctionner ? », se demande M. Chouinard, qui a la chance, à la bibliothèque de Mont-Royal, de faire partie d’une équipe de 28. Car sa bibliothèque, depuis des décennies, est exceptionnellement choyée par le conseil municipal (voir encadré). « Si on veut que même les toutes petites biblios jouent leur rôle, il faut un minimum de personnel pour les animer, et pour gérer les collections. » Actuellement, 49 % des municipalités n’emploient aucun bibliothécaire. Près de 17 % des bibliothèques n’ont pas d’employés spécialisés — ni bibliothécaire, ni technicien en documentation. Le Québec compte 0,64 bibliothécaire diplômé par tranche de 10 000 habitants, selon les statistiques de 2015. Comparativement, l’Ontario en a 1,04, la Colombie-Britannique 1,07, et les États-Unis, en moyenne 1,01. (Catherine Lalonde. (22 octobre 2018). La bibliothèque publique, une richesse sous-exploitée, Le Devoir.)

Ève Lagacé, directrice de l’Association des bibliothèques publiques du Québec (ABPQ) l’a également fait valoir en ces termes :

Dans les bibliothèques performantes, les citoyens sont accueillis par du personnel qualifié et en quantité suffisante, selon des plages horaires étendues (plus de 80 heures par semaine). Le personnel dirige les usagers vers les ressources dont ils ont besoin, les techniciens de la documentation et les bibliothécaires assument pleinement le fonctionnement de la bibliothèque et développent une offre de services à l’intention de tous les citoyens.

Malheureusement, ce ne sont pas tous les Québécois qui ont accès à une telle qualité de service, pourtant si habituelle pas plus loin que chez nos voisins ontariens. (Ève Lagacé. (22 octobre 2018). Permettons aux bibliothèques publiques de jouer leur rôle, La Presse +)

La situation décrite impliquerait, par conséquent, que la plupart des jeunes québécois.e.s et leurs parents ne sont pas actuellement accueillie.e.s et accompagné.e.s par des professionnel.le.s qualifié.e.s pour servir les enfants, les adolescent.e.s et les familles en bibliothèque publique. Les uns après les autres, les gouvernements au Québec ont démissionné de leurs responsabilités en matière de lecture publique et, d’une façon générale, les municipalités ne les ont pas assumées davantage – en dehors des constructions (lorsque c’est le cas). En matière de services pour les jeunes, on devrait parler de négligence grave.

C’est une hypothèse qu’il faudra vérifier pour avoir des données précises (et au passage, on peut se demander : Qui se préoccupe de ces données au Québec?); mais quelques coups de sonde dressent le profil d’une offre pour la jeunesse en bibliothèques publiques au Québec (des touts-petits aux plus grands)  qui n’est pas à la hauteur des défis actuels en matière de littératie et de littératie numérique.

La présence de bibliothécaires professionnel.le.s qualifié.e.s en jeunesse serait, à l’échelle du bibliothèques publiques québécoises, un privilège urbain, et peut-être même essentiellement montréalais.

Il y a quelques semaines, un étudiant m’a demandé s’il pouvait espérer être bibliothécaire jeunesse en dehors de Montréal. J’ai soupiré et j’ai envoyé quelques courriels à des collègues pour que l’on réfléchisse ensemble à une réponse. Pour le moment, la réponse la plus honnête est simplement la suivante : Non, pas vraiment. « Il n’y a déjà presque pas de bibliothécaires, comment veux-tu qu’on engage des bibliothécaires jeunesse ??? »

En attendant que l’horizon, et l’avenir de cet étudiant, comme celui de ses collègues, s’éclaircissent, voici les compétences des bibliothécaires spécialisé.e.s en jeunesse (pour les adolescent.e.s), en d’autres termes, les capacités qu’ils et elles sont appelé.e.s à exercer afin de prendre soin des publics adolescents et jeunes adultes.

Les compétences pour servir les adolescent.e.s en bibliothèque 

Compétence 1 : Croissance et développement des adolescent.e.s

Connaître les différents stades du développement de l’adolescent.e afin de planifier, d’offrir et d’évaluer les ressources, les programmes et les services en bibliothèque qui sauront combler leurs multiples besoins.

Compétence 2 : Interactions avec les adolescents

Reconnaître l’importance des relations interpersonnelles et de la communication dans l’élaboration de services de qualité pour adolescent.e.s en bibliothèque et mettre en œuvre des techniques et des stratégies personnalisées pour accompagner chacun d’eux.

Compétence 3 : Environnement d’apprentissage

Cultiver d’excellents environnements d’apprentissage flexibles et adaptés au développement des adolescent.e.s afin de les soutenir individuellement ou en groupe lors d’activités d’apprentissage formelles et informelles.

Compétence 4 : Expériences d’apprentissage

Travailler entre autres avec les adolescent.e.s, les bénévoles et les partenaires communautaires afin de planifier, mettre en œuvre et évaluer des activités d’apprentissages formelles et informelles de grande qualité, adaptées au développement des adolescent.e.s et qui soutiennent leurs intérêts personnels et académiques.

Compétence 5 : Leadership et engagement des jeunes

Répondre aux intérêts et besoins de tou.t.e.s les adolescent.e.s et collaborer avec ceux-ci pour créer et mettre en œuvre des activités qui leur plairont et qui favoriseront leur leadership.

Compétence 6 : Engagement familial et communautaire

Bâtir des relations respectueuses et réciproques avec les organismes communautaires et les familles afin de favoriser un développement maximal des capacités des adolescent.e.s et d’enrichir la qualité des services en bibliothèque.

Compétence 7 : Compétence et sensibilité culturelle

Promouvoir activement le respect de la diversité culturelle en créant une atmosphère en bibliothèque qui soit inclusive, accueillante, respectueuse et qui englobe la diversité.

Compétence 8 : Équité d’accès

Garantir l’accès à une grande variété d’activités à faire avec les adolescent.e.s ainsi qu’à des ressources et services pour tou.te.s les adolescent.e.s, en en particulier ceux qui éprouvent des difficultés d’accès.

Compétence 9 : Évaluation et résultats

Mesurer l’impact des programmes en bibliothèque qui sont destinés aux adolescent.e.s et qui les impliquent, et se servir de ces informations pour le développement, la mise en œuvre et l’amélioration continue des services.

Compétence 10 : Apprentissage continu

Agir de manière éthique, s’investir dans l’apprentissage continu et préconiser des pratiques et des politiques exemplaires en bibliothèque dans les services aux adolescent.e.s.

Cette traduction correspondant à la version « en un clin d’oeil ». On peut aussi avoir accès sur le site de YALSA au référentiel dans sa version complète.

Pour en savoir plus sur YALSAhttp://www.ala.org/yalsa ou suivez @yalsa sur Twitter.

D’autres référentiels, qui mériteraient aussi d’être traduits, existent pour les services aux enfants en bibliothèque publique :  Competencies for Librarians Serving Children in Public Libraries (Association for Library Service to Children, 2015).

Salade mixte No. 4 #bibliothèques #actualités

 

Maxime Beaulieu, spéciaIiste de bandes dessinées et de manga, geekothécaire à la Direction des bibliothèques de Montréal.

En complément du Bouillon avec des saveurs un brin plus locales, cette veille porte une attention particulière aux bibliothèques comme « infrastructures sociales » ainsi qu’aux services pour les jeunes en vue d’alimenter la réflexion dans le cadre du cours SCI6339 à l’EBSI. Notez que certains des meilleurs ingrédients proviennent des étudiant.e.s.

Bibliothèques publiques

  1. Archive with Care : At Escondido Public Library, a participatory archive gives immigrants a voice (American Libraries)
  2. Libraries are filling an affordable fitness void. Librarians are providing yoga and tai chi classes for communities that need them (The Outline)
  3. ***IMLS Public Library Survey: Program Attendance, Collection Size, Digital Materials Up; Visits, Circ Down. (Library Journal) :
  4. In Your State: Priorities for IMLS-Funded Library Services. (Medium) : IMLS’s recent analysis of the 56 plans revealed that most state libraries are focused on providing their communities with access to information, reaching underserved populations, and growing partnerships with other government agencies. »
  5. ***The End of Fines? As more and more libraries are finding, eliminating fees lowers barriers while still bringing books back into circulation. (Library Journal -Premium)
  6. Leadership Development. PLA Leadership Model 2018. (PLA) :

The PLA Leadership Model describes the work, methods, and core values of leadership in a public library context. It describes library leaders’ core areas of responsibility as Learning and Literacy, and Stewardship and Integrity. Under the model, library leaders are also encouraged to practice the paired values of Respect and Civility; Inclusion and Equity; Service and Privacy; and Information and Truth, while embracing a spirit of caring, integrity, and optimism. The model envisions these leaders helping individuals, neighborhoods and communities to thrive by making the library a trusted, helpful resource to all people.

Services d’information pour les jeunes

  1. Les Prix du GG (dont pur le (dont les prix jeunesse)
  2. Rencontre professionnelle : Ouvrir les possibles de la bibliothèque jeunesse (Si Institut suédois)
  3. Social Media, Social Life: Teens Reveal Their Experiences (2018) (common sense media)
  4. 100 Livres pour les enfants de 6 à 9 ans – Tu lis déjà? Tu lis quoi?  (Paris Bibliothèques)
  5. Marché du livre : des achats de livres plus variés ces 10 dernières années (Actualitté)

Première trouvaille de ce rapport, les nombres de livres différents et d’auteurs différents ayant fait l’objet d’une vente dans l’année ont significativement progressé : respectivement, + 50 % et + 36 %. Ce qui signifie, en clair, que les achats reflètent une plus grande variété. Cette dernière est particulièrement sensible pour la bande dessinée, les mangas et comics (+ 90 %), les livres jeunesse (+ 70 %) et les livres pratiques (+ 52 %).

Programme à découvrir 

Blogues indispensables

Formations et événements

 

Le nouvel AEUMC (ALENA) entraînerait l’extension du droit d’auteur au Canada

Négatif d’une photographie de Conrad Poirier dont l’entrée de l’oeuvre dans le domaine public canadien est prévue pour 2019 – suivant la législation ayant cours jusqu’à ce jour.

Le nouvel () entraînerait une extension du  au Canada. Les oeuvres de l’esprit n’entreront plus dans le domaine public 50 ans après le décès de l’auteur.e, comme c’était le cas jusqu’à ce jour, mais 70 ans après la vie de l’auteur.e suivant les dispositions de cet accord commercial. 

Cette information a été relayée par le journal Le Devoir.

Le domaine public rassemble les œuvres de l’esprit pour lesquelles les droits d’auteur.e sont expirés. En vertu de ce statut, les oeuvres sont désormais librement accessibles en tant que communs. Il est possible de les partager, de les copier, de les remixer sans demander d’autorisation ou payer des droits; un contexte qui crée des conditions favorables à l’accès, aux usages éducatifs et culturels, à l’innovation.

Jusqu’à ce jour, et suivant sa législation, le Canada appartenait à la catégorie des pays dits «vie+50» où les droits expirent 50 ans après la mort de l’auteur.e. Il semble que dans la foulée de ce nouvel accord commercial avec les États-Unis, le Canada rejoigne la catégorie des pays «vie+70» – comme c’est le cas de la France également. Cette situation compromet l’équilibre du droit d’auteur au Canada au détriment des usagers.

Pour reprendre les termes de Michael Geist :

Cependant, le principal changement en matière de droit d’auteur pour le Canada est la prolongation de la durée du droit d’auteur au-delà du standard international de la vie de l’auteur plus 50 ans après le décès à plus de 70 ans après le décès. La durée du droit d’auteur ne pouvait pas empêcher un accord commercial majeur et le Canada avait accepté une prolongation dans le PTP initial. Cependant, le coût sera considérable, bloquant les œuvres du domaine public pendant des décennies et augmentant potentiellement les coûts de l’éducation de plusieurs millions de dollars. Du point de vue de la politique intérieure, le changement devrait avoir une incidence sur le réexamen en cours du droit d’auteur, car la prolongation de la durée du contrat est l’une des principales demandes des titulaires de droits et des préoccupations des utilisateurs. La prolongation modifie l’équilibre du droit d’auteur au Canada et devrait être prise en compte dans les réformes futures, y compris concernant les avantages de l’extension de l’utilisation équitable afin de rétablir l’équilibre. (Ma traduction)

[Texte original] Yet the major copyright change for Canada is the extension in the term of copyright beyond the international standard of life of the author plus 50 years to life of the author plus 70 years. The term of copyright was never going to hold up a major trade agreement and Canada did agree to an extension in the original TPP. However, the cost will be significant, locking down works from the public domain for decades and potentially increasing educational costs by millions of dollars. From a domestic policy perspective, the change should impact the current copyright review as term extension has been one of the top requests from rights holders and areas of concern for users. The extension shifts the copyright balance in Canada and should be factored into future reforms, including the benefits of extending fair dealing to restore the balance. (Michael Geist, From Copyright Term to Super Bowl Commercials: Breaking Down the Digital NAFTA Deal)

C’est un jour sombre pour le domaine public canadien, la diffusion et l’utilisation des  et des #oeuvres de l’esprit, les droits des usagers, les #communs, l’éducation.

Le collectif du Café des savoirs libres avait l’habitude de célébrer les entrant.e.s dans le domaine public canadien depuis quelques années par le biais d’un calendrier de l’Avent du domaine public Qc (édition 2017, 2018). Cette initiative était menée en collaboration avec des collègues français et permettait de souligner la comparaison entre les pays  «vie+50» et «vie+70».

D’autres informations :