L’employée aux bibliothèques 1:1

« j’ai soif de nouvelles, qu’elles quelles soient ; même si ce sont de fausses nouvelles, elles doivent bien signifier quelque chose. » – La Servante écarlante, Robert Laffont, p. 29.

Lundi le 17 juillet
J’ai parcouru, émue, la thèse de Isabelle Fortier, alias Nelly Arcan, en remerciant plusieurs fois les bibliothèques de l’UQAM de nous avoir redonné, comme on donne à boire, encore un peu (disons 122 pages) de cette voix bouleversante par la magie de la numérisation. Je n’ai pas tout compris des enjeux entourant les Mémoires d’un névropathe de Daniel Paul Schreber qu’elle décrypte, même si l’écriture est cristalline. Frisson garanti.

Mardi 18 juillet
La magie de la numérisation est compromise de l’autre côté de la rue, à BAnQ, provoquant cette manifestation monstre (une centaine de personnes convaincues). Michael David Miller, l’auteur du mot-clic #JeSoutiensBAnQ, était présent. La fortune de ce mot-clic aurait dû suffire à lui garantir une carte de membre à vie de l’UNEQ venue partagée notre indignation bruyante – car ce n’est pas tous les jours, dans cette profession, qu’on lève le ton et qu’on descend dans la rue. C’est ce que rappelle la pancarte au message iconique qui remonte à Occupy Wall Street, ressortie pour l’affaire « Grab my pussy » de Washington – que j’avais bricolée pour l’occasion, en v.o. et en français.

J’en ai profité pour fouiner dans les rayons et emprunter cinq super ouvrages sur le fromage, mais passablement lourds, – et qui s’ajoutent à ceux de la bibliothèque Outremont cueillis  ce weekend. Cette collection servira à la préparation de l’événement Wikifromages qui aura lieu Montréal dans le cadre de Wikimania. Deux poids, deux mesures. (BAnQ, bibliothèque publique)

Mercredi, 19 juillet
J’ai fini de lire Déjà Dead de Kathy Reich (bibliothèque publique)  pour mon club de lecture de course. Ce roman policier ne parle pas de course comme l’exige habituellement le motif de nos rendez-vous. Mais après avoir lu Courir,  méditation physiques par Guillaume Le Blanc (bibliothèque publique), mes compagnes avaient autant envie de courir que de tuer. Kathy Reich est réputée marathonienne, c’est devenu le prétexte et un enjeu de sécurité publique. On concèdera que cette oeuvre relaie son imaginaire à pied levé  : « My battered legs trembled as though I’d just run a marathon » ou encore « From the moment I’d opened my eyes I feld charged, like a runner on a marathon day. »

Jeudi 20 juillet

Jean-François Cusson a annoncé sur mon mur que La servante écarlate était maintenant disponible sur Prêt numérique. Je l’ai emprunté avant de partager la nouvelle 😉 Après avoir vu la série télévisée, j’ai eu envie de le relire (comment expliquer que j’ai quatre fois Lady Oracle dans ma bibliothèque dont un exemplaire signé par l’auteure, mais aucune Servante ???). Le peuple des fans de Defred, dont je suis, s’est retrouvé la capuche basse dans un épisode de dystopie littéraire : Impossible de trouver cette oeuvre nulle part ces derniers temps – voir l’article du Devoir.

Un esprit un peu parano aurait pu se demander si ce n’était pas une conspiration en lien avec #JeSoutiensBAnQ visant à empêcher un retour en popularité de Margaret Atwood connue pour jeter des malédictions de toutes sortes sur ceux et celles qui font des coupures dans les bibliothèques.

Vendredi 21 juillet

J’ai une semaine pour lire Une histoire de Montréal par Paul Andrée Linteau (bibliothèque publique) car je prévois céder à la fièvre du 375e anniversaire en famille vendredi prochain. J’ai hâte de découvrir la Promenade Fleuve-Montagne surtout dans la partie Fleuve où nous avons rendez-vous pour débuter notre parcours. Il paraît que ça requiert quand même une bonne dose d’imagination…

Samedi 22 juillet

Festival Juste pour rire : J’aime Hydro. MAJ. : J’aime J’aime Hydro.

 

La neutralité du réseau, une affaire de politique locale ?

J’ai reçu via l’infolettre de l’American Libraries Association cette invitation à souligner la « Day of Action to Save Net Neutrality« , et je me suis demandé si cette initiative entourant la journée du 12 juillet ne concernait que les États-Unis. Supposant que ce soit le cas, on peut toujours manifester, par pure solidarité, notre soutien à l’engagement des bibliothécaires américains pour qui la cause se fait de plus en plus urgente dans le contexte politique actuelle. Mais, ce souci à l’égard de nos collègues ne devrait-on pas l’étendre à nous-mêmes et partager leurs préoccupations comme si c’était un enjeu commun?

Selon l’ALA, la remise en question des règles en faveur de la neutralité du réseau est une source d’inquiétude considérable :

la Commission fédérale des communications (FCC) a ouvert une procédure publique visant à renverser les protections de neutralité du réseau instituées en 2015 et ensuite confirmées par des décisions judiciaires. La neutralité du réseau est le principe selon lequel les fournisseurs de services Internet (FAI) doivent permettre l’accès à tous les contenus et toutes les applications indépendamment de la source et sans favoriser ou bloquer des services ou des sites Web spécifiques. Des règles de neutralité de réseau solides et exécutoires sont essentielles au fonctionnement des bibliothèques modernes parce que nous comptons sur Internet pour collecter, créer et diffuser des informations essentielles au public. En outre, l’Internet ouvert est également une plate-forme vitale pour la liberté d’expression et l’expression intellectuelle – une valeur fondamentale. (Ma traduction avec Google Traduction)

Mais revenons à la situation canadienne. Est-ce qu’une telle journée de bataille pour le Net pourrait aussi faire sens ici, et serait-elle susceptible de justifier un appui plus motivé ?

Il semble qu’au Canada, en ce moment, les conditions pour la neutralité du réseau soient favorables.

Le Conseil de radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a récemment affirmé son appui en faveur de la neutralité du Net à l’aide d’un cadre « pour consolider son engagement. » Ce qui a fait réagir certains de nos voisins du Sud dans l’entourage de l’administration Trump (“Sorry Canada, now you’re in the class with backward India”, cité par Huffington Post) en suggérant que cette position était destinée à compromettre l’innovation, une affirmation que contredit le CRTC, et plusieurs autres observateurs :

Un Internet libre et ouvert donne à tous une chance équitable d’innover tout en offrant aux consommateurs un large éventail de contenu à découvrir. Un Internet libre et ouvert permet aussi aux citoyens de s’informer et de participer à des dossiers d’intérêt public sans ingérence indue ou inappropriée de la part de ceux qui exploitent ces réseaux. Plutôt que d’offrir à leurs abonnés des contenus précis à des tarifs variables pour l’utilisation des données, les fournisseurs de services Internet devraient plutôt offrir davantage de données à des tarifs réduits. Ainsi, les abonnés pourraient choisir par eux-mêmes le contenu qu’ils souhaitent consommer.  – Jean-Pierre Blais, président et premier dirigeant, CRTC

Michael Geist, l’ un des gardiens de ces questions au Canada, est aussi d’humeur optimiste. Alors que naguère les politiques canadiennes étaient notoirement vaseuses, le pays est en train d’assumer un leadership que l’on n’espérait plus (« Canada has emerged as a world leader in supporting Net neutrality »). Le Canada revendique désormais une approche, tout en contraste avec celle des États-Unis, qui veut privilégier les consommateurs et les créateurs dans les décisions entourant l’utilisation d’internet.

Pourtant, sachant que l’histoire de la neutralité du réseau se balance, depuis la naissance du concept, entre la pluie et le beau temps. La vigilance institutionnelle aussi bien que citoyenne s’imposent pour repérer les violations ainsi que les dérives politiques. Cette attitude suppose également que l’on continue à faire pression pour un projet d’inclusion numérique et de protection de la vie privée, qui aille au-delà des espoirs qui seraient essentiellement liées à « des répercussions positives sur les prix de détail et les limites d’utilisation des données pour les téléphones cellulaires et services Internet fixes. » (CRTC) Parce que, comme le dit FACIL, « Un Internet pas cher c’est bien, un Internet qui respecte nos libertés et nos droits, c’est mieux ! »

Si l’on revient maintenant à la question posée dans le titre de cet article : Est-ce que la neutralité du réseau est une affaire locale ?, les observateurs ne semblent pas tous du même avis lorsqu’il s’agit de déterminer si les actions américaines en matière de neutralité du réseau auront un impact direct sur la vie numérique des Canadien.ne.s. En revanche, il y a un certain consensus pour dire que les politiques des uns influencent forcément celles des autres. Dans quel sens, l’influence politique se fera-t-elle sentir ici?…

Ce n’est peut-être pas seulement en vertu d’un souci de bienveillance solidaire à l’égard de l’American Libraries Association qu’il faudrait manifester notre appui en faveur de la neutralité du réseau. C’est même sans doute une affaire de prudence minimale dans les circonstances, en dépit de l’optimisme canadien et européen ambiant qui règne.

Qu’en dit Wikipédia ?

On se souviendra que Wikipédia constitue, d’une façon générale, la première source d’information et de documentation. Or, il existe un article sur le sujet de la Net neutrality du net in Canada avec des références passablement datées et qui ne fait pas état des décisions récentes du CRTC. Un bon exemple d’article à améliorer. Du côté de Wikipédia français, on n’a pas ce problème puisqu’il n’existe tout simplement pas… Au boulot! MAJ.: L’article est créé, et des références ont été ajoutées dans la version anglaise. À bonifier!

Pour aller plus loin :

 

 

 

#ALAAC17 Project Outcome : des outils pour mesurer notre véritable impact sur les gens que nous servons

J’ai eu la chance de m’inscrire tôt au printemps dernier pour participer à cet atelier gratuit présentant le nouveau Project Outcome supporté par la Public Library Association (PLA). Très rapidement, cette journée de pré-conférence  de l’ALA 2017 a affiché complet, et pour cause. Je ne savais pas trop au moment de m’inscrire comment j’allais financer ce voyage à Chicago, mais je savais que c’était important d’y aller après avoir commencé à me pencher sur ces travaux. Et je n’ai pas été déçue. Le Project Oucome propose « des outils simples pour mesurer notre véritable impact sur les gens que nous servons. »

Mesurer les retombées et l’impact de nos actions, autrement que par des données qui décrivent essentiellement la performance dans une perspective transactionelle, est un des grands défis des bibliothèques d’aujourd’hui. « Les temps ont changé », « les intuitions et les perceptions que l’on entretient à l’égard des services que l’on offre ne suffisent pas », les bibliothèques ont « besoin de dépasser l’anecdote avec des évidences et des données. » Ce sont les prémisses de ce projet.

Cet atelier permettait de mieux comprendre la nature des retombées (outcomes) et comment les distinguer de d’autres types de mesures (output). De plus, les informations sur le projet fournissaient des repères pour utiliser ces données afin d’améliorer les services et les intégrer dans un processus de planification stratégique. Plus techniquement, la formation visait aussi à découvrir et à apprivoiser cette ressource à travers le site qui la diffuse et qui donne gratuitement accès à des instruments d’enquêtes, des processus, qui se veulent légers, et servant à mesurer puis analyser les retombées des actions. Le but de Project Outcome s’énonce en ces termes :

L’objectif de Project Outcome est d’aider les bibliothèques publiques à comprendre et à partager l’impact des programmes et des services essentiels de la bibliothèque. En tant que bibliothécaires, nous constatons chaque jour que les services de bibliothèque soutiennent les gens sur la voie de l’alphabétisation, du savoir-faire technologique ou d’un meilleur travail; ce qui nous manque souvent, ce sont les données à l’appui. Le résultat du projet fournit des outils simples et un processus facile à utiliser pour mesurer les résultats et trouver des idées répondre aux besoins de nos communautés de manière plus appropriée. Cette compréhension peut améliorer la façon dont les bibliothèques font leur travail – de l’attribution plus efficaces des ressources existantes  à la promotion (advocacy) de nouvelles ressources.

Cet article vise essentiellement à communiquer l’existence de ce nouvel outil, dont le potentiel est considérable, et à le faire connaître dans d’autres réseaux, notamment au Québec. Project Outcome a été traduit en espagnol – j’ai demandé à ce qu’il le soit aussi en français. Certaines bibliothèques canadiennes participent déjà à cette initiative. Pour le moment, il semble que cette trousse d’outils ne soit disponible que pour les bibliothèques publiques et les bibliothèques d’état aux États-Unis et au Canada. Ce projet est financé par la Fondation Bill et Melinda Gates.

Plus précisément, es bibliothèques participantes peuvent avoir recours à des différents modèles d’enquêtes développés par des professionnel.le.s expérimenté.es, à des ressources pour les administrer et en tirer parti que ce soit à des fins de promotion (advocacy) ou pour la prise de décision. Trois types d’outils sont principalement proposés: des enquêtes immédiates (Immediate Surveys) , des enquêtes de suivi (Follow-Up Surveys) et des directives pour des évaluations à long terme (Outcome Measurement Guidelines).

Qu’est-ce qui distingues les retombées (Outcome) des données quantifiant la performance des bibliothèques (Output) ? Traditionnellement,  les bibliothèques publiques mesurent et évaluent les services en termes de «combien nous faisons» en quantifiant le volume des produits, les collections, le nombre d’activités, les transactions de prêt, la fréquentation, le nombre de services offerts, etc. En revanche, le Project Outcome s’intéresse  aux retombées ou aux bénéfices (Outcome) des services de bibliothèque en fonction de «ce que nous faisons»  au plan i. des apprentissages ou des connaissances, ii. de la confiance, iii. des transformations comportementales et de iv. la sensibilisation des usagers de la bibliothèque.

Sept secteurs de services sont susceptibles d’êtres couverts et mesurés dans le cadre de cette démarche, et dans l’état actuel du développement de cette trousse : l’engagement civique et communautaire, la littéracie numérique, la littéracie émergente (pré-scolaire), le développement économique, l’éducation et l’apprentissage tout au long de la vie, les aptitudes liées à l’employabilité, les activités estivales de lecture.

Quelles sont les raisons pour lesquelles la mesure de l’impact est importante ? Selon les porteurs de ce projet, les données sur l’impact des services de bibliothèque permettent de :

1) démontrer la valeur de ces services, 2) élaborer des plans pour les améliorer et 3) décider de la façon d’allouer des ressources limitées. Les mêmes données peuvent informer la planification à long terme des services offerts par votre bibliothèque dans le futur. Les données sur les retombées peuvent également jouer un rôle crucial en renforçant le plaidoyer en faveur des bibliothèques, en fournissant aux leaders des bibliothèques un argument convaincant pour l’augmentation du financement des bibliothèques et des politiques de soutien.

 

IMG_1344 (1)Les expériences et les bonnes pratiques de certaines bibliothèques participantes ont été partagées (Skokie Public Library, Gail Borden Public Library District, etc.) au cours de cette intense journée. Dans ces deux cas, le Project Outcome a été utilisé avec succès pour évaluer et améliorer des programmes portant sur l’engagement civique et communautaire. J’étais en équipe avec les bibliothécaires de l’une de ces bibliothèques-modèles. En s’exerçant sur quelques cas, nous avons discuté des possibilités d’appliquer ce cadre méthodologique à l’évaluation de la « bibliothèque tiers lieu » par exemple, tout en cherchant à circonscrire les critères et les questions nous permettant de conduire un tel exercice. Cette réflexion a permis de faire ressortir des limites actuels de l’instrument lorsqu’il s’agit de mesurer la qualité de certaines expériences vécues ou des activités qui ne sont pas principalement orientées vers des retombées en termes d’apprentissage, par exemple, un concert de musique. Mais le processus est itératif et la trousse est en développement.

La participation des bibliothèques publiques québécoises et canadiennes au Project Outcome est certainement à considérer. Comme c’est le cas chez nos voisin.es, les évidences pour rendre compte du travail immense accompli dans nos bibliothèques publiques a longtemps fait défaut. Project Outcome constitue une piste qui permettrait de démontrer l’impact des bibliothèques dans la vie des gens en l’appuyant à l’aide de données. C’est d’autant plus pertinent et urgent, qu’il faut pouvoir répondre aux gouvernements provinciaux ou locaux qui réduisent les budgets des bibliothèques à un moment critique de leur développement, voir #JeSoutiensBAnQ, et de leur impact dans les communautés.

Est-ce que ceci ne pourrait pas donner lieu à des stages intéressants pour les étudiant.es. de l’EBSI ? À suivre!

|L’image provient du site de Project Outcome |

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

#ALAAC17 La diversité et l’inclusion pour transformer les bibliothèques

Le grand Congrès 2017 de l’American Library Association (ALA) fait d’un projet de transformation, son thème, Transforming Our Libraries, Ourselves. Jour 1 : Une pré-conférence sur les fondements de l’inclusion et de la diversité dans une perspective de justice sociale. #ALAAC2017

Je débarquais hier à Chicago pour cet atelier intensif après avoir passé le début de la semaine sur les bancs de l’école d’été : Pratiques et politiques en contexte interculturel  (avec Bob W. White, Lomomba Emongo, Danielle Gratton au programme). L’un des apprentissages clé de ce cours consiste à développer une meilleure compréhension de la pensée pluraliste et des trois types de discours sur la diversité, la discrimination et le dialogue qui la fondent. Cela m’a permis de reconnaître, assez vite, que les préoccupations de mes collègues américain.e.s étaient fondamentalement orientées sur les questions de discrimination avec un regard oblique sur la diversité – mais alors on l’invoque surtout lorsqu’il faut se donner un peu de répit dans la lutte contre les inégalités, ou pour ne pas heurter ceux ou celles qui ne veulent simplement pas, ou ne veulent plus, aborder ces enjeux de front.

L’atelier était organisé par le ALA Office for Diversity, Literacy, and Outreach Services (ODLOS). Selon son énoncé de mission, ce  bureau :

appuie les bibliothèques et les chercheurs en sciences de l’information en créant des espaces responsables et inclusifs qui servent et représentent l’ensemble de la communauté. Pour ce faire, nous décentrons le pouvoir et les privilèges en facilitant les conversations autour de l’accès et de l’identité qui ont une incidence sur la profession et ceux que nous servons. Nous utilisons un cadre de justice sociale pour informer [et soutenir] le développement des ressources des bibliothèques et des sciences de l’information. Nous nous efforçons de créer une culture d’association où ces préoccupations sont intégrées au travail quotidien de tous.

Il faut savoir que l’ALA accorde, depuis cette année, une importance nouvelle à l’Équité, la Diversité et l‘Inclusion qui forment ensemble l’une des quatre orientations stratégiques de l’Association, ainsi que le rappelle Julie B. Todaro dans son mot d’introduction aux participant.e.s de #ALAAC2017.

La justice sociale, comme cadre de référence, est certainement un des courants majeurs de l’approche des bibliothécaires américain.e.s et de la manière dont ils.elles traduisent leurs valeurs et la signification de leur travail au 21e siècle. David Lankes (2016) ou De La Pena McCook (2007, 2011) y référent en ces termes dans leurs ouvrages d’introduction en bibliothéconomie, des webinaires , des initiatives, des conférences sont aussi conçues pour soutenir ces idées.

Lors de l’atelier du matin, la responsable, Anne Phibbs, a explicitement abordée la question de la justice sociale en la reliant à celle de nos identités à partir d’une conférence TED (Bryan Stevenson). On ne peut pas, de ce point de vue, s’engager à promouvoir la créativité, la technologie, l’innovation, la culture, comme on s’y adonne, en ce moment, dans les bibliothèques, sans que ce parti pris ne soit assombri par la souffrance, la pauvreté, le racisme, la marginalisation qui nous entourent et qui contribuent à faire ce que nous sommes collectivement. Ces conditions d’oppression menacent notre identité puisqu’elles serviront de repères pour nous juger, comme institutions et comme société; elles diront ce que nous sommes à moins d’y répondre par davantage d’humanité, de compassion, de justice dans nos vies et notre travail. #librariesrespond

Cette séance au-delà de la diversité 101 abordait également les biais (conscients ou inconscients), les préjugés, l’oppression, le pouvoir, les privilèges, les micro-agressions et les micro-équités – avec un débat sur le préfixe micro- et la banalisation qu’il suggère vis-à-vis un processus de stigmatisation des personnes qui s’accumule sur des semaines, des mois, des années, une vie.

Une initiative stratégique appuyant la diversité peut prendre la forme d’une posture d’allié qui « dépasse la honte, la culpabilité, le blâme, et travaille à comprendre la manière dont les privilèges fonctionnent dans sa vie, de même que la manière dont les « autres » marginalisés sont perçus à travers des stéréotypes et des mythes culturels ». (Anne Phibbs)

Un motif récurrent consistera à dire que nous avons en commun une histoire de divisions profondes et qu’il est illusoire de penser qu’il sera possible de se diversifier ou de célébrer la diversité sans une pratique de centration, sans regarder en arrière, sans authentiquement assumer cette connection avec nos sources socio-culturelles et notre passé.

Un atelier sur le design universel a complété l’exercice dans l’après-midi avec des recommandations concrètes en matière de stratégies de communications inclusives.

Si je tente à vif de situer l’approche et la pratique québécoises dans les bibliothèques – mises en relief à l’aide de certaines notions discutées à l’école – en regard des signaux perçus aujourd’hui au #ALAAC2017, je proposerais les éléments suivants :

  • Le discours sur la justice sociale n’a pas encore trouvé d’écho dans le milieu des bibliothèques au Québec. Le Rendez-vous des bibliothèques publiques 2017 s’en approchait à travers les thèmes choisis : diversité, accessibilité, inclusion.
  • Ce discours s’avère, en revanche, un levier solide pour formuler une intention et définir une stratégie cohérente. Il permet d’initier les conversations en renouvelant le discours sur l’accès, les inégalités, les responsabilités et les compétences mises en oeuvres par les professionnel.le.s auprès de divers groupes : groupes racisés, historiquement défavorisés, discriminés en fonction de leur identité sexuelle, de leurs genres et leurs expressions, de l’âge, de la religion,  des handicaps, en fonction de la nationalité ou de la langue, du statut socio-économique, des vulnérabilités, qu’ils/elles soient immigrantes, réfugiés, etc.
  • Comme au Canada, pour nos voisins du sud, le projet est multiculturel, ou il n’est pas.
  • L’approche interculturelle, revendiquée au Québec, qui favorise le dialogue et une compréhension patiente (herméneutique) avec la recherche d’une nouvelle solidarité, n’est pas apparue comme une option qui semblait disponible pour cette assemblée américaine. Comme on le disait plutôt, il est question de discrimination et de diversité, mais l’on n’a guère évoqué l’aménagement de conditions pour l’écoute et le dialogue dans un horizon d’attente. Le sentiment d’urgence qui résulte du contexte politique immédiat conforte possiblement ce choix pour la lutte.
  • Les questions coloniales semblent exercer une fascination au Québec qui n’a pas d’équivalent chez les librarians.
  • L’approche américaine serait-elle individualiste ? Le titre de l’atelier est suggestif à cet égard en interpelant la responsabilité des individus : Everybody’s Everyday Work: Diversity and Inclusion Foundations. Le modèle interculturel québécois se conçoit selon une approche systémiste.
  • Les réflexions sur la gouvernance et le pouvoir de la communauté dans la bibliothèque sont assez timides, ici comme ailleurs, alors qu’elles sont au coeur des analyses et des moyens d’agir sur la situation des villes et du monde aujourd’hui. #designsocial #transform
  • La célébration de la diversité, de par et d’autres, fabrique un quilt de solitudes où les traces d’interculturalités ne semblent pas désignées et, forcément, pas valorisées. La célébration est-elle vraiment célébrée?  Il y a du monde au rendez-vous, mais la fête est à quelle heure ?
  • De part et d’autres, la célébration de la diversité échoue à faire une place qui inclue vraiment les Premières Nations. On disait aujourd’hui que la diversité « was all black and white ».
  • De part et d’autres, on retrouve cette conviction que l’on ne pourra pas avancer sans accepter de faire un retour sur l’héritage culturel commun, avec un projet de narration négocié et partagé, même si ça promet de ne pas être nécessairement joli.

À demain (oups c’est aujourd’hui), au programme du jjour 2 : Project Outcome Workshop: Simple Tools to Measure Our True Impact on the People We Serve, de 9h à 16h.

 

 

 

 

 

 

À nous la Grande Bibliothèque, on s’abonne en masse pour relever le #défiBAnQ #JeSoutiensBAnQ

Comment exprimer concrètement son soutien à BAnQ ? En s’abonnant si vous ne l’êtes pas encore ! À ce jour, 400 000 personnes sur une population de 8 millions au Québec, sont abonné.e.s à cette « institution clé de notre mémoire collective », comme le dit si bien le premier ministre. Nous vous invitons à pratiquer l’abonnement de masse comme geste de soutien et d’appropriation de cette institution publique. C’est par ici (comment s’abonner en ligne). À nous la Grande Bibliothèque !

Après avoir lancé la campagne #JeSoutiensBAnQ, Michael David Miller revient à la charge avec ce #DéfiBAnQ:

Québécoises et Québécois de toute origine, de toute couleur, de toute langue, de toute genre et de toute sexualité, ON SE MET AU DÉFI ! Allez vous abonner à Bibliothèque et Archives nationales du Québec / Grande Bibliothèque. Utilisez les services offerts à toute personne résidant au Québec ! Allez consulter les livres numériques ! Découvrez et exploitez toutes les bases de données mises à votre disposition ! Il y a tant de choses à découvrir ! Montrez votre amour pour #BAnQ en utilisant ses services. N’oubliez pas que c’est gratuit à BAnQ ! Vous pouvez vous abonner au lien contenu dans ce message : http://www.banq.qc.ca/services/abonnement/

BAnQ démocratise l’accès à l’information, au savoir et à la culture ! C’est un établissement dont nous devrions être fiers et fières ! Je, Michael David MILLER, Néo-Québécois d’origine michiganaise, vous mets au #DéfiBAnQ ! Allez procurer vos cartes BAnQ et partager votre amour de BAnQ sur tous les réseaux sociaux !

#MaBibliothèqueJyVais et je l’utilise !

#Bibliothèques #Libraries #Culture #Savoir #Information

Nous visons 8 millions d’abonné.e.s, un million à la fois 🙂 !

Si vous êtes encore en quête de raisons pour soutenir cette campagne, voici certaines de celles que Michael a proposées pour justifier son engagement et manifester son amour 🙂 pour BAnQ/La Grande Bibliothèque :

On peut aussi s’inspirer des motivations des amoureux de BAnQ qui se sont exprimées autour des mots-clics #JeSoutiensBAnQ et #merciBAnQ :

Appropriabonnez-vous! Est-ce que le premier millionième abonné a un cadeau ? 😉