Le lancement du Calendrier de l’Avent du domaine public 2018 !

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Tout au long du mois de décembre, ce calendrier de l’Avent vous invite à découvrir à chaque jour un créateur ou une créatrice dont l’oeuvre s’élèvera dans le domaine public en 2018.

Dès aujourd’hui, et chaque matin, une fenêtre s’ouvrira sur des auteur.e.s, des scientifiques, des artistes dont les oeuvres entreront dans le domaine public à partir du 1er janvier 2018. Des amoureux du domaine public se retrouvent depuis trois ans pour les signaler, les célébrer et les rendre aux publics à qui ils appartiennent désormais.

Le domaine public rassemble l’ensemble des œuvres de l’esprit pour lesquelles les droits d’auteur sont expirés. Au Canada, cette expiration des droits se produit 50 ans après la mort de l’auteur.e. En vertu de ce statut, les oeuvres sont désormais librement accessibles. On peut les partager, les copier, les remixer sans demander d’autorisation ou payer des droits. Ces sont des biens communs, des trésors patrimoniaux.

La liste des entrants a été réalisée avec l’aide avisée des bibliothécaires de Bibliothèque et archives nationales du Québec (BAnQ). Il est prévu que les oeuvres des auteur.e.s québécois qui accèdent cette année au domaine public seront numérisées. Est-ce que les coupures subies récemment par BAnQ compromettront ce projet de mémoire ?

L’an dernier, le domaine public québécois et canadien avait accueilli des figures telles que Pierre Mercure, André Breton, Anna Langfus, Dantès L. Bellegarde, Suzanne Césaire, Alberto Giacometti. Cette année, la célébration débute avec une femme qui a défoncé des portes bien avant que s’ouvre pour elle, celle du calendrier de l’Avent : Geneviève Acloque.

Voici ce que Christian Aubry, qui a écrit la notule qui lui est consacrée, nous dévoile sur elle :

Née à Lyon (France) le 5 mai 1884, Geneviève Léopoldine Marcelle Aclocque, future vicomtesse de Croÿ, est la première fille de Gratien Fernand Aclocque, un ingénieur militaire et chef d’escadron d’artillerie qui décédera en 1897. Sa mère, Blanche Duchanoy, est elle-même fille d’un ingénieur en chef des Mines. Geneviève a également une sœur, Suzanne, sa cadette de deux ans.

En 1906, elle se présente au concours d’entrée à l’École nationale des chartes, une grande école française spécialisée dans la formation aux sciences auxiliaires de l’histoire. Elle se classe quatrième sur les vingt candidats reçus. Quatre ans plus tard, est la première femme française diplômée de l’École des chartes à titre d’archiviste paléographe, ce qui lui confère une certaine renommée. Elle devient en effet un symbole des nouvelles possibilités offertes aux femmes et c’est ainsi qu’on peut lire, dans le journal Le Radical du 12 novembre 1906, ceci:

« Le public qui constate qu’en dépit des difficultés accumulées devant elles les femmes… en la personne de Mlle Acloque [sic], arrivée quatrième à l’École des Chartes, sur vingt élèves admis; le public ne peut plus croire à l’infériorité du sexe féminin. Alors ! Qu’attend-on pour faire, des équivalentes des hommes, leurs égales devant la loi?»

On peut lire la suite sur le calendrier de l’Avent 2018. Les révélations se succéderont dans les prochains jours.

| Par Dessendier (Archives privées) [Public domain], via Wikimedia Commons |

100 ans de bibliothèques publiques à Montréal, regards croisés entre le passé et l’avenir : un colloque contributif

Avec des ami.e.s libristes, nous avons débuté une cartopartie en se donnant rendez-vous le 4 mai 2017 devant l’édifice Gaston-Miron, 100 ans jour pour jour, presque heure pour heure, après l’inauguration de la première bibliothèque centrale de Montréal en 1917. Nous avons lu un extrait du tout nouveau livre de François Séguin – superbe monographie qui raconte l’histoire de la bibliothèque publique au Québec. À lire absolument (en bibliothèque).

Pendant que l’on parlait du 375e en 2017, je m’intéressais beaucoup, en effet, au 100e et je n’ai pas manqué de le faire savoir lors de mes derniers jours à la Direction des bibliothèques. Merci à Luc Jodoin et Ivan Filion pour l’écoute (et la patience) et, enfin, pour leur démarche auprès de leurs vis-à-vis à la Grande bibliothèques/BAnQ pour que soit commémoré à travers un événement digne de son importance, ce moment historique de la  naissance de la bibliothèque centrale de Montréal.

Par ailleurs, au cours de l’été, pendant la fête Wikimania, l’événement « Wiki aime les bibliothèques » qui avait rassemblé plus de 37 professionnel.les des milieux documentaires, avait confirmé les attentes et les besoins de formation. C’est alors que l’idée de réunir l’événement commémoratif et l’atelier formatif et contributif s’est naturellement imposée. Cette formule de colloque contributif est-elle une première mondiale ? Sous nos contrées, je dirais que c’est le cas. C’est une proposition qui promet de renouveler l’approche des colloques à l’enseigne des communs numériques. Et souhaitons que cette première ne soit pas la dernière car une célébration pendant le Salon du livre qui voudrait se pencher sur la lecture publique et son histoire pourrait représenter un rendez-vous nécessaire pour les nouveaux et les anciens bibliothécaires soucieux et soucieuses de la bibliothèque à venir.

Éric Leroux, professeur à l’EBSI (Université de Montréal) a proposé un programme pour ce colloque réunissant un aréopage d’experts qui nous permet de dresser un portrait global du développement des bibliothèques publiques au Québec. La trame éditoriale permet de remonter le temps à partir du milieu du 19e siècle, ce qui offre, selon les termes de l’historien du livre, une meilleure contextualisation de l’histoire des bibliothèques publiques québécoises en jetant l’éclairage requis sur l’avènement de la « centrale ». Voici le programme du colloque contributif  « 100 ans de bibliothèques publiques à Montréal, regards croisés entre le passé et l’avenir » :

  • Michèle Lefebvre : L’Institut canadien de Montréal : une histoire mouvementée
  • Éric Leroux : L’implantation des bibliothèques Carnegie en Amérique du Nord (1886-1919)
  • Philippe Legault : De la Bibliothèque Saint-Sulpice à Bibliothèque et Archives nationales du Québec : survol historique
  • Marcel Lajeunesse : La saga de la création de la Bibliothèque municipale de Montréal et le lent développement de cette institution

Une formation Wikipédia (présentée par BAnQ et Wikimédia Canada) sera donnée, après ces exposés, afin de permettre aux participant.e.s de maîtriser les rudiments de l’édition dans l’encyclopédie collaborative.

Un atelier contributif suivra au cours duquel les participant.e.s seront invités à créer des articles choisis, ou à améliorer des pages existantes, « en lien avec les bibliothèques publiques de Montréal d’hier et d’aujourd’hui. » Ce sera aussi l’occasion de retrouvailles et d’échanges avec les ancien.ne.s employé.e.s de la bibliothèque centrale qui seront présent.e.s. #mémoire

Ce colloque contributif est gratuit et se tiendra  à BanQ Vieux-Montréal, 535, avenue Viger Est, Montréal, jeudi 16 novembre 2017, 13 h 00 à 17 h 00. 

| François Séguin, D’obscurantisme et de lumières : La bibliothèque publique au Québec des origines au 21e siècle, Montréal, Hurtubise, 2016. |

« Explorer la décolonisation, en route vers la réconciliation » par la relation, l’écoute, le dialogue, l’action

Bibliothèque et archives Canada (BAC) s’attendait à accueillir 40 personnes, nous a dit Guy Berthiaume en clôturant la journée, et nous étions près de 150 participant.e.s au forum « Explorer la décolonisation, en route vers la réconciliation. » L’intention de cette rencontre était d’offrir « l’opportunité [aux] partenaires universitaires de BAC de se rencontrer en personne afin de partager et discuter de projets et d’initiatives novateurs liés à la réconciliation. » #ForumUniv

D’entrée de jeu, cette démarche visant à favoriser l’avancement « de la réflexion et des actions de réconciliation » a été ramenée à un engagement qui « doit partir du cœur », dans la sincérité et l’écoute. L’intervention de Normand Charbonneau (BAC) l’a scellé en ces termes en soulignant la nécessité de questionner la posture décalée de la prestation de services. Nous professionnel.le.s, fonctionnaires, sommes programmé.e.s comme des « machines à livrables » (delivery machines), a-t-il avancé, mais dans le cas qui nous occupe, la dernière chose que nous voulons, c’est de se présenter à la façon de « serviteurs publics travaillant avec des communautés indigènes. » Si nous souhaitons la réconciliation, nous devons adopter une attitude de respect, d’écoute, de dialogue. Bâtir nos capacités. Bâtir des relations qui aient du sens.

Camille Callison, de la nation Tahltan, Université du Manitoba, (« Respecter notre engagement à l’égard de la réconciliation : répondre aux besoins d’information des peuples autochtones et établir des relations avec eux »), a exposé les travaux entamés par la Fédération canadienne des associations de bibliothèques (CFLA FCAB)  qui ont mené au rapport du Comité Vérité et réconciliation :

Le Comité sur la vérité et réconciliation existe pour travailler avec les populations autochtones (Premières Nations, Métis et Inuits) afin d’aborder les problèmes liés aux bibliothèques, aux archives et aux institutions de la mémoire culturelle et promouvoir des initiatives dans tous les types de bibliothèques en avançant et en mettant en œuvre une réconciliation significative tel que traité par le rapport de la Commission de vérité et réconciliation et dans les appels à l’action (anglais) (français).

L’organisation de ce comité a reposé « sur une adaptation du cadre de la roue médicinale » en « cherch[ant] à comprendre la vision du monde autochtone. »

Le Comité se divise en quatre équipes chargées des responsabilités suivantes. L’équipe Noir du Comité de vérité et réconciliation a compilé les pratiques exemplaires déjà en place concernant les peuples autochtones du Canada. L’équipe Blanc a fourni une analyse des lacunes concernant les appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation (CVR) et a recommandé un examen annuel destiné à évaluer les progrès réalisés. L’équipe Jaune a examiné les relations existantes et a créé une base de données de personnes-ressources. Enfin, l’équipe Rouge a envisagé l’avenir en examinant l’ensemble des connaissances relatives à la décolonisation de l’espace, à l’accès et à la classification, à la protection des connaissances autochtones, à la sensibilisation et au service. (p.5)

De ces travaux sont issues dix recommandations que l’on peut lire dans ce même rapport. La contribution du plan d’action  Indigenous Matters de l’IFLA à cette réflexion est également souligné.

Les enjeux éthiques, la critique et le discours sur la discrimination jouent aussi un rôle essentiel. Nous devons être proactifs dans la sauvegarde des archives autochtones sinon nous ne pourrons écrire l’histoire de la colonisation de ce pays affirme Brenda Macdougall, Université d’Ottawa (« Traces ancestrales dans le dossier : Retracer les populations autochtones au moyen de sources coloniales). La signification même du terme « réconciliation » devient l’objet d’une remise en question radicale. (Andrea Bear Nicholas, Université Saint-Thomas, « Considérations pratiques et éthiques concernant le dépôt de documents autochtones des gouvernements fédéral et provinciaux »).

Selon Melissa Adams, Union of British Colombia Indian chief’s, (« Décoloniser et non recoloniser »), cet engagement requiert que l’on se centre sur les intérêts et les préoccupations des populations autochtones en les impliquant : « Decolonizing is not a metaphor. » L’approche des 4 « R » fournit des repères éthiques :

  • Respect : for the indigenous cultural integrity
  • Relevance : to indigenous perspectives and experiences
  • Reciprocity in relationship
  • Responsability though participation

Les alliés, ajoute Melissa Adams, doivent marcher à côté, non pas devant, ni derrière. Il n’y aura pas de « tips box », mais plutôt, dans une visée à long terme, un travail de tous les jours : « Reconciliation is relationship, relationship, relationship… »

La journée a été placée à l’enseigne de l’humilité du côté des allié.e.s : « The more I learn, the more I realize that I know nothing, and that I have to listen ».

Comment les appels à l’action en faveur de la réconciliation et de la décolonisation (« décoloniser l’espace, le savoir, la recherche, la/les langues, la propriété, la représentation des ressources, les collections »…) seront-ils entendus à leur tour à travers l’ensemble des milieux documentaires québécois ? Quelle réflexion collective, quels dialogues interculturels et quels engagements susciteront-ils ?

| L’image est tirée du rapport du comité CFLA-FCAB Vérité et réconciliation |

 

L’employée aux bibliothèques 1:2


Lundi 30 octobre.
Hommage à l’hommage au lauréat. Michel Tremblay a reçu le Prix Gilles-Corbeil 2017 pour l’ensemble de son oeuvre.  Benoit Melançon a signé pour l’occasion un éloge qui a fait vibrer le peuple des lecteurs et des lectrices de Tremblay – et qui l’en remercie  :

Michel Tremblay, c’est Montréal, évidemment, mais ce n’est pas que Montréal; ce sont d’autres territoires imaginaires, l’Amérique, comme le font voir les neuf volumes de La diaspora des Desrosiers, et l’Europe. Si l’Europe ne paraît pas avoir le même statut que les États-Unis, c’est qu’elle est peut-être moins un lieu à explorer qu’un univers culturel à s’approprier, à intérioriser. La France, notamment, est omniprésente, chez Michel Tremblay, par le cinéma, par la chanson, par la littérature. Son œuvre s’inscrit clairement dans une tradition littéraire française, en particulier par son rapport constant avec les grandes chroniques romanesques depuis Balzac.

Michel Tremblay, dit-on souvent, a donné voix aux marginaux sur la scène, à l’écran, dans ses textes. Cela est incontestable, mais il ne faudrait pas oublier qu’il a également donné voix aux femmes (qui ne sont pas des marginales), et d’une façon qui a peu d’égale dans la littérature québécoise. On lui doit encore des réflexions sur ce que le Canada doit aux Premières nations. La palette des personnages de Michel Tremblay — leur humanité diverse, parfois métissée, souvent difficile à revendiquer — est bien plus étendue qu’on semble le croire. La différence est constitutive chez lui.

Mardi 31 octobre.
Le livre est meilleur. Pourquoi ce roman s’est-il intitulé  tour à tour Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? (Do Androids Dream of Electric Sheep?), Blade Runner, ou même, à une certaine époque, Robot Blues ? Pour mettre à l’épreuve la résistance au stress des catalogueurs et des catalogueuses ? Ou pour égarer l’oeuvre littéraire infiniment plus dense et philosophiquement féconde que le cortège des films qu’elle aura engendrée (et engendrera encore à n’en pas douter) et qui leur fait certainement ombrage ?  Où sont passés nos amis les animaux et les poignées à empathie du prophète Mercer qui disent le monde sensible et crédule des humains ? On peut les retrouver dans n’importe lequel des nombreux exemplaires disponibles en version numérique – moins rare que les imprimés (en bibliothèque) :« Il n’y a pas de salut », c’est Rick, qui le dit. Merci à Antoine Tanguay pour la référence archéologique.

Mercredi 01 novembre
Allo, allo ? Jacques Goldstyn, deux fois récipiendaires du Prix du livre jeunesse des bibliothèques de Montréal, vient de remporter le Prix du Gouverneur général 2017 – catégorie Littérature jeunesse– livres illustrés . Il n’avait pas sa page Wikipédia – il fallait y remédier. Ami.e.s bibliothécaires, prenez soin de votre médiation numérique. Cette semaine,  c’est le rendez-vous Mardi, c’est wiki à 18 h 30 à la Grande bibliothèque. Le centième anniversaire de la première bibliothèque centrale de Montréal, jeudi le 16 novembre, sera aussi l’occasion de s’initier aux rudiments de la contribution.

Jeudi 02 novembre
#FREERAIF. Lu la bande dessinée  Raif Badawi : rêver de liberté. Dessins lisses et sages pour une bande dessinée coup de poing. Rêve maintenant d’inviter Ensaf Badawi à l’EBSI et à la Grande bibliothèque pour la Semaine canadienne Freedom to Read.

À noter que le site Freedom to Read, qui se présente exclusivement en anglais, a déjà connu une version dans la langue de Tremblay qui a disparu. Il reste de cette époque, dans un coin discret, une bibliographie en français qui manque passablement de fraîcheur. La dénonciation de la censure francophone est en quelque sorte censurée.

Vendredi 03 novembre
La bibliothèque de Lola Lafon. C’est dans l’excellent roman Mercy, Mary, Patty, Actes Sud, 2017 (en bibliothèque) :

Dans la bibliothèque, les livres sont rangés par ordre alphabétique, des biographies historiques pour la plupart. Une lecture encouragée car tant qu’à rester sur ses fesses autant que ça serve à apprendre quelque chose, martèle son père. (p.43)

Samedi 04 novembre
Montant et les miennes. Est-ce que ma mère a aimé son cadeau de fête ? Nous l’avons emmené ma soeur et moi voir et entendre Lambert chante Montand. Elle a répondu oui pour nous faire plaisir. Et est-ce que nous avons aimé ma soeur et moi ? Nous avons répondu oui pour faire plaisir à Lambert Wilson.


Dimanche 05 novembre
Un paradis pour les vivants. C’est le 165e anniversaire de ce joyau du patrimoine de Montréal et de l’au-delà (1852-2107). La cartopartie prévue au cimetière Mont-Royal a été annulée ce matin en raison de la pluie et du manque d’abri disponible sur le lieu qui est, dans des conditions plus favorables, un « paradis pour les vivants » – une expression tirée, de mémoire, de l’ouvrage Une mort très digne de Brian Young (en bibliothèque). Celle-ci sera peut-être reportée un peu plus tard si un redoux se profile à l’horizon de ce qui reste de l’automne. En attendant cette occasion, sinon le printemps, j’attire votre attention sur cette nouvelle publication Parcours historiques au cimetière Mont-Royal (Myriam Cloutier, 2017) disponible au comptoir du cimetière au coût de 10$. Pour le parcours gratuit, c’est un autre type d’arrangement.

 

 

|Source de l’image de la couverture du livre Do Androids Dream of Electric Sheep? :  Fair use, https://en.wikipedia.org/w/index.php?curid=21070569 et source des autres photos : Marie D. Martel, cc-by-nc-sa |

Des questions pour les candidat.e.s aux élections municipales à propos des bibliothèques publiques #MaBiBLio

 

C’est aujourd’hui la dernière journée de la Semaine des bibliothèques publiques. Je profite de cette occasion pour conjuguer cette célébration avec les élections municipales, qui touchent aussi à leur fin,  en proposant une série de questions pour les candidat.e.s de Montréal – et d’ailleurs considérant que la plupart des questions peuvent être reprises dans n’importe laquelle municipalité.

Culture Montréal a déjà élaboré un ensemble de questions sur la culture à l’intention des candidat.e.s. J’ai recensé les réponses concernant les bibliothèques; cet exercice fournit un aperçu de la vision que les aspirant.e.s décideu.r.se.s entretiennent au sujet de cet équipement public qui représente souvent le premier poste budgétaire en culture, celui qui connaît la fréquentation la plus importante, et celui qui constitue à la fois un atout et un marqueur symbolique majeurs sur leurs territoires. Ces informations tirées du questionnaire de Culture Montréal m’ont servi de référentiels pour formuler certaines des questions qui suivent et qui sont adressées aux candidat.e.s.

Question 1 : Le budget des bibliothèques

Pour l’ensemble des aspirant.e.s maires.se.s :

– Est-ce que l’aspirant.e maire.sse a mesuré et peut qualifier l’impact des coupures pratiquées dans le budget de son arrondissement/municipalité sur les services de ses bibliothèques depuis les dernières élections?

Pour Denis Coderre et Valérie Plante, les questions suivantes s’ajoutent :

– Est-ce que l’aspirant.e maire.sse a mesuré et peut qualifier l’impact des coupures pratiquées dans les budgets des arrondissements/municipalités sur les services de bibliothèques à travers Montréal depuis les dernières élections?

– Est-ce que l’aspirant.e maire.sse a mesuré et peut qualifier l’impact des coupures pratiquées à la Direction des bibliothèques de Montréal sur les services offerts aux bibliothèques desservies depuis les dernières élections?

Question 2 : La bibliothèque du 21e siècle

Cette question mérite d’être posée pour que l’on puisse accéder à la perception, à la compréhension, aux priorités des futur.e.s élu.e.s au sujet des bibliothèques d’aujourd’hui :

– Selon-vous, qu’est-ce qu’une bibliothèque du 21e siècle ?

Dans une étude récente menée aux États-Unis, les décideu.r.se.s identifiaient trois rôles que les bibliothèques devaient principalement jouer auprès des citoyens. Les bibliothèques devaient 1) contribuer à la littératie numérique; 2) offrir un forum d’échanges pour les citoyen.ne.s; et 3) soutenir le milieu de l’éducation en collaborant et en agissant en complémentarité avec les écoles (Local Libraries Advancing Community Goals, 2016) Ces réponses suggèrent que les bibliothèques ont un rôle social et éducatif qui dépassent largement le service de prêt de livres auquel les élu.e.s québécois.e.s résument habituellement leur compréhension anachronique de la bibliothèque et à partir duquel ils ou elles évaluent  celle-ci – en décalage avec la réalité.

Les réponses des candidat.e.s au sondage de Culture Montréal indiquent des attentes qui correspondent assez peu à cette appréciation (qui ressort de l’enquête américaine mentionnée ci-haut) que j’estime relativement éclairée quant aux missions des bibliothèques d’aujourd’hui. Dans le meilleur des cas, certains des candidat.e.s montréalais évoquent la bibliothèque comme “lieu de vie” ou font, encore plus rarement un lien, plus ou moins convaincant, avec le “numérique”. Bref, vos candidat.e.s connaissent-ils ou elles bien leur dossier “bibliothèque” et ce que fait une bibliothèque au 21e siècle ?

Cette question se prolongera dans une troisième consacrée aux moyens à mettre en oeuvre pour créer une bibliothèque du 21e siècle.

Question 3 : Le personnel des bibliothèques

D’entrée de jeu, il faut donner un crédit certain à la vision du maire Coderre au sujet des bibliothèques. Dans un mot de bienvenue adressé aux participant.e.s du Congrès des professionnel.le.s de l’information récemment, il affirmait avoir « décidé » que les bibliothèques seraient des « ambassadrices auprès des nouveaux arrivants », des « act[rices] du changement », qu’elles devaient « participer pleinement à la Ville intelligente ». Même si les coupures menées sous son règne ont étouffé le développement des bibliothèques publiques à Montréal, à un moment crucial de leur histoire, ce discours du maire suggère qu’il est tout de même conscient que ces dernières pourraient jouer un rôle important en matière d’inclusion sociale et numérique.

Par ailleurs, les défis et les priorités d’actions identifiés par les candidat.e.s (dans le questionnaire de Culture Montréal) portent principalement sur l’augmentation des heures d’ouverture, la rénovation, l’agrandissement ou la construction des bibliothèques.

Or, pour agir en matière d’inclusion sociale et numérique, pour augmenter les heures d’ouverture, pour agrandir une bibliothèque qui vient avec des nouveaux services, cela suppose de se doter de personnel qualifié qui permettront d’atteindre ces objectifs.

Si on compare la situation des bibliothèques de Montréal à celle des autres grands réseaux au Canada, le nombre de bibliothécaires, notamment, par habitant est largement et historiquement sous les normes – des normes dont la direction générale ne veut guère entendre parler au demeurant. On peut dès lors demander:

– Comptez-vous doter adéquatement les bibliothèques pour leur permettre de remplir les défis qui sont ceux de l’inclusion sociale et numérique, de l’augmentation des heures d’ouverture et des nouveaux espaces?

Les espaces contribuent au rôle social des bibliothèques, mais du personnel qualifié en nombre suffisant est nécessaire pour les animer et soutenir l’inclusion sociale et numérique. De plus, mettre à niveau les superficies de bibliothèques, sans mettre à niveau la dotation est une décision irresponsable. Et c’est ainsi que l’on fonctionne à Montréal depuis les dernière élections.

Question 4 : L’inéquité québécoise

Je reviens sur cet article paru dans le Devoir cette semaine qui soulignait à quel point le destin des bibliothèques publiques étaient à la merci de la “vision” des maires : « D’une ville à l’autre, on retrouve des bibliothèques de qualité inégale, parce que tout dépend de l’équipe en place [à l’hôtel de ville], tout dépend de la vision » (Chantal Brodeur, présidente de l’Association des bibliothèques publiques du Québec).

En d’autres termes, on entretient une forme d’inéquité au Québec entre les citoyen.ne.s quant aux services de bibliothèques qui sont confiées à l’arbitraire des élu.e.s qui décident du budget et du projet de celle-ci. Chantal Brodeur ajoute : « Qu’est-ce que ça veut dire l’excellence en bibliothèque ? On n’a pas de normes au Québec pour l’encadrer, aucune loi qui oblige les villes à offrir un service précis, tant de places assises, un minimum de livres… » Et l’article de poursuivre :

La porte-parole de cette association constituée de 160 membres partout au Québec reconnaît qu’en l’absence d’un « énoncé gouvernemental qui officialise la mission des bibliothèques publiques », il faut se référer aux textes de… l’UNESCO. « Ce n’est pas normal, clame Chantal Brodeur. Il faudrait quelque chose plus près des gens. » La dépendance des bibliothèques à l’administration municipale explique qu’il est difficile de trouver, même chez les établissements mal soutenus, des directions prêtes à témoigner de leur situation. Elles sont prises entre l’arbre et l’écorce, dans un jeu de diplomatie municipale. »

En d’autres termes, même si la situation des bibliothèques est affligeante, que le personnel est au bout du rouleau, personne n’osera parler parce que les employé.e.s et les cadres sont muselé.e.s, contraints au silence que ce soit à la Ville de Montréal ou dans les autres municipalités, sous peine de sanctions qui peuvent aller jusqu’à leur congédiement.

Dans le but de reprendre cet appel pour une loi sur les bibliothèques, ou un cadre normatif, la question suivante s’impose  :

– Entendez-vous (vous les élu.e.s) demander au gouvernement du Québec de prendre ses responsabilités en matière de bibliothèques, de doter celles-ci d’une loi – comme il en existe dans les pays où ces institutions sont les meilleures – et d’un service dédié, compétent et relié aux citoyen.ne.s, qui les supportent dans les nouveaux rôles éducatifs et culturels qui leur sont dévolus, en définissant des normes ou des orientations minimales nécessaires ?

Ce ne sont peut-être pas les réponses des candidat.e.s à ces questions, si nous en obtenons, qui changeront votre intention de vote, mais n’est-ce pas le moment d’engager une conversation avec ceux et celles qui, très bientôt, prendront le pouvoir, le moment d’amorcer un dialogue qui soit susceptible de contribuer à améliorer, sinon les bibliothèques, du moins la qualité et la cohérence de leurs discours à leur sujet? Cette dernière question est pour vous.

Mot du maire Denis Coderre

À ce propos, je reproduis l’intégralité du mot de bienvenue du maire Denis Coderre adressé aux participant.e.s du Congrès des professionnel.le.s de l’information qui s’est tenu du 11 au 13 octobre 2017 qui s’intitulait incidemment « Survivre à la gestion. » Il faut le reconnaître ce discours est porteur d’une vision forte et actuelle des bibliothèques publiques. Est-ce que la réalisation de cette vision est véritablement (et pas seulement en paroles) au programme de son prochain mandat si il est élu?

 

Bienvenue à tous les participants,

Le principal défi des gestionnaires – peu importe le domaine d’activité – est sans aucun doute la gestion du changement. Depuis quelques années, force est de constater que les bibliothèques sont aux premières lignes des changements que vivent nos sociétés. Et si elles veulent demeurer pertinentes et remplir leur mandat, nos bibliothèques se doivent de répondre aux nouveaux besoins en cherchant continuellement à innover. Qu’on pense seulement aux nombreuses opportunités que représentent les nouvelles technologies de l’information, ou encore aux défis engendrés par une clientèle de plus en plus diverse.

À la Ville de Montréal, nous avons décidé que nos bibliothèques municipales ne seraient pas que de simples spectateurs, mais bien des acteurs du changement. Elles participent à part entière à la ville intelligente, en intégrant des Fab Labs, c’est-à-dire des ateliers de fabrication numérique au sein desquels des outils, comme des imprimantes 3D, sont mis à la disposition des citoyens pour leur permettre de développer des projets individuels et collectifs.

 

Elles agissent également comme des ambassadrices auprès des nouveaux arrivants en mettant à leur disposition des milliers de documents en plusieurs langues et sur plusieurs supports. Elles proposent aussi une foule d’informations pratiques sur la vie à Montréal, des outils pour faciliter la recherche d’emploi, des renseignements sur les ressources présentes dans les quartiers, et bien davantage. C’est d’ailleurs pourquoi elles étaient représentées au Salon de l’immigration et de l’intégration du Québec 2017.

Enfin, nos bibliothèques innovent et investissent de nouveaux domaines, comme le prêt d’instruments de musique. Depuis près d’un an, une dizaine de bibliothèques participent à ce nouveau programme.

 

Bref, s’il faut gérer, gérons intelligemment avec un regard sur un monde où le changement est permanent.

 

Bon congrès

| Ces images ont été empruntées à la campagne de l’ABPQ dans le cadre de la Semaine des bibliothèques publiques 2017 |