Compte-rendu : Communs du savoir et bibliothèques sous la direction de Lionel Dujol

Compte-rendu de Communs du savoir et bibliothèques, sous la direction de Lionel Dujol, Paris, Éditions du Cercle de la librairie, « collection Bibliothèques », 2017. Publié dans l’infolettre de l’ASTED pour ses membres le 3 octobre dernier sous la licence cc-by-sa.

L’ouvrage Communs du savoir et bibliothèques est un collectif sous la direction de Lionel Dujol publié aux Éditions du Cercle de la librairie (2017). Cette synthèse sur le thème des communs du savoir à l’intention des professionnel.le.s était attendue puisqu’elle est au coeur des enjeux fondamentaux touchant le renouvellement du modèle des bibliothèques au 21e siècle : la transition numérique, la communauté et le partage au sein d’une démocratie inclusive. “Nous parlons de communs de la connaissance dès lors qu’il y a une activité collective et horizontale pour créer, maintenir et offrir des savoirs en partage. L’émergence du numérique a facilité et encouragé ses usages de création et de diffusion au point d’offrir une opportunité extraordinaire pour construire une société du savoir ouvert et partagé à l’échelle du monde” (p.11)

Le texte de Valérie Peugeot en ouverture donne la portée de cette réflexion ancrée dans la conviction que le savoir s’accroît par accumulation, que les crises globales requièrent une créativité démocratique pour laquelle la mise en commun des connaissances s’avère nécessaire et urgente en vue d’”inventer les savoir-vivre ensemble de demain”. (p.19) Une exploration du champ des communs de la connaissance (cc) permet d’articuler différentes pratiques sociales, dont les déclinaisons peuvent varier à l’infini, à partir des critères établis à partir de la ressource partagée, de la gouvernementalité (les règles), de la communauté.

En contrepartie, Hervé Le Crosnier discute des conditions susceptibles de nuire à cette inventivité démocratique et que l’on désigne sous le nom d’enclosures. Ces méthodes dites d’enclosures, qu’elles soient d’ordre juridique, économique ou technique, consistent à restreindre l’accès au commun, et son usage, au moyen de procédés et de règles. (p. 29-30) Les risques de ce “vol silencieux”, qui concernent, par exemple, les espaces publics des villes, la diffusion des articles scientifiques, le domaine public, doivent faire l’objet d’une compréhension sociale élargie et d’une résistance permanente. Les bibliothèques, enchaîne Lionel Dujol, incarnent à ce titre des lieux privilégiés, c’est-à-dire des tiers-lieux, et en tant que telles, ce sont les “maisons des communs” lorsqu’elles contribuent à imaginer et à construire “l’espace politique des communs et en deviennent les gardiens vigilants.” (p. 38)

La suite de cet ouvrage collectif élabore une approche des communs en bibliothèque autour de trois grands champs d’actions disponibles : i. la préservation et la valorisation des biens communs du savoir; ii. la contribution aux cc et enfin, iii. le soutien à l’émergence d’une cogestion des cc par la présentation d’initiatives concrètes qui traduisent ce chantier.

Le premier volet explore les opportunités liées aux ressources numériques alternatives libres auxquelles s’ajoutent les dispositifs de valorisation et de communication destinés à permettre aux usagers d’y accéder. C’est aussi le sujet du patrimoine numérisé et du copyfraud, comme espèce particulière d’enclosure, consistant à revendiquer des droits de propriété injustifiés limitant la circulation d’une oeuvre. (p.63) Cette pratique des institutions culturelles françaises que décrit Pierre Carl Langlais, et qui révèle une tension sinon une contradiction dans leur mission, est une dérive qui est aussi répandue au Canada, faut-il le reconnaître.

Prolongeant la discussion autour de cette problématique, Lionel Maurel examine la question délicate de la réutilisation des produits de la numérisation patrimoniale par ces institutions culturelles à travers différents modèles économiques. Au terme de cet exercice critique, l’importance de garantir des financements publics élevés demeure indispensable, selon lui, en soulignant, comme il se doit, le caractère exemplaire de la stratégie du Rijksmuseum .(p.82)

Le second volet étudie les circonstances entourant la co-production des cc en bibliothèque à travers deux pistes principales liées à l’open data et l’open access. L’enrichissement des savoirs par le crowdsourcing dans le contexte du patrimoine numérisé et des projets de la Fondation Wikimedia complètent cet inventaire.

Le troisième volet retrace les signaux faibles qui peuvent être interprétés comme des marqueurs transformationnels du modèle de la bibliothèque. Cette lecture prospective s’ouvre sur la bibliothèque hors-les-murs et concerne la gestion des ressources via la trame et l’organisation sociale des microbibliothèques ainsi que celles impliquées dans les grainothèques. À cette occasion, Silvère Mercier développe en surplomb des éléments d’analyse portant sur une anthropologie de la participation des agent.e.s; cette avenue qui observe l’émergence d’une culture des communs est extrêmement pertinente et mériterait d’être approfondie. (pp.157-159) Enfin, la dernière partie consacrée à la bibliothèque des communs campe par l’entremise de scénarios d’usages une vision substantielle du tiers lieu comme espace de co-apprentissage et comme programme territorial.

Si les enjeux abordés dans cet ouvrage sont globaux, cette investigation sur les cc reste très française, même si elle chemine en pointant quelques exemples puisés dans un registre international. Une perspective francophone reste à documenter et à écrire avec des correspondances pour la nourrir. Les échanges et la complicité entre les collectifs Savoircom1 et le Café des savoir libres au Québec par le biais de certaines activités, comme le Calendrier de l’avent du domaine public, incarnent les prémices d’un tel dialogue interculturel.

Plus généralement, au Québec la question des communs s’est posée à travers différents événements qui approchaient de manière frontale le défi de la transformation sociétale : création d’un réseau de fab labs en bibliothèque, la conférence Wikimania 2017, la consultation sur la Stratégie numérique québécoise. Dans la foulée de cette dernière, une Déclaration des communs numériques a émergé au sein de laquelle les bibliothèques étaient directement interpellées dans le codesign d’une alternative en termes de sens et de survie numérique. Cet ouvrage phare vient conforter ces discours et ces efforts.

Et si l’intention de l’ouvrage était d’expliciter la place des bibliothèques comme place des communs au sein de ce mouvement tout en promouvant l’adhésion des parties prenantes, celle-ci est pleinement réussie. A fortiori, cette contribution légitime une conception de l’action publique et une démarche de mobilisation sociale que le monde des bibliothèques hésite à rejoindre, pour des motifs épistémologiques et politiques, sinon par habitude d’hésiter, et pourtant. Pourtant, il suffirait aux bibliothécaires de regarder autour d’eux et de se connecter avec ce qui se passe sous leurs yeux, avec les gens qui s’organisent dans les communautés qu’ils et elles sont sensé.e.s accompagner – et afin de mieux les desservir en dehors de l’appareil figé de la prestation de services – pour trouver des réponses et des raisons qui les engagent là déjà à participer à la réalité et au projet des communs.

Licence : CC-BY-SA

Survivre à la gestion ? Êtes-vous vraiment sérieuse et sérieux ? Vraiment. #CPI2017


« Survivre à la gestion » telle est la problématique que le comité du Congrès des professionnel.les. de l’information 2017 met sur la table. Boum. On m’a offert la présidence de ce congrès dont la thématique se conjugue avec les plus grandes détresses et les plus grands enjeux professionnels et humains.  J’ai accepté tout de suite : comment aurais-je pu refuser damn ?

C’est évidemment l’envers d’un congrès sur l’art d’optimiser les services et les processus au temps où il faut faire plus avec moins sans tellement se demander si le paradoxe de Zénon va arrêter de s’appliquer à un moment donné et combien de fois on va continuer à diviser le divisible des ressources y compris quand ce sont des personnes; ou sur l’art de pratiquer des rationalisations souriantes, des méthodes agiles et des efforts collectifs pour atteindre l’équilibre budgétaire sans que ça fasse mal à quiconque puisque tout le monde est coupé égal, avec une grande équité, une vraie justice dans l’approche, chacun doit faire sa juste part, que voulez-vous répondre à ça ? Ou sur l’art d’éviter les questions qui tuent et se convaincre tou.te.s et chacun.e que ça pourrait être pire, que de toute manière les choses se font quand même, même si votre patron.ne a autant de priorités que de mémoire, que sa véritable compétence se révèle quand il ou elle continue de commenter, avec une pirouette merveilleusement différente à tous les matins, ce que vous portez et même si vous l’avez menacé.e d’une plainte pour harcèlement; qu’il ou elle avance et recule, avance et recule, recule et avance, et que vous faites de même en vous étourdissant avec, et parce que, à moins d’un séisme ou d’un ouragan, nécessairement quelque chose finit par se faire, ne serait-ce que parce qu’il ou elle s’est trompé.e deux jours de suite dans la séquence avance et recule, ou parce que vous avez agi dans son dos, et que, à la fin, de toute manière on va tou.te.s faire comme si de rien n’était et intégrer le récit que c’est super et que c’est ça qui était prévu justement dans le mandat qui n’est pas écrit nulle part. Qui ne voudrait pas passer à autre chose et souhaiter que ça finisse bien ? Donc tout va très très bien, et surtout votre hiérarchie est contente, c’est votre bonus à vous.

Et supposons que « tout va très très bien » mais que ça pourrait tout de même avoir l’air d’aller croche pour un regard extérieur, candide, je ne sais pas moi, pour quelqu’un doté du gros bon sens, ou les journalistes, et bien, pas de souci, les Communications Suprêmes, qui contrôlent mais absolument touttouttoutvousnousvotrebosslorganisationladémocratie, de toute façon vont venir à la rescousse et vous caner une ligne de comm parfaite, mieux que vous l’auriez faites vous-mêmes, et vont la prononcer pour vous exactement de la façon et avec le ton qu’il faut la prononcer pour hypnotiser la bonne personne : tout va vrrrrrraiment eeeeeextra biennnnnn. On vous dira même, avec une musique pas même subtilement infantilisante, qu’on fait ça pour vous protéger. La même trame sonore que pour la mise en place des mesures d’évaluation de la performance (c’est bien de la vôtre dont il est question). Mais sinon, ce n’est peut-être pas si grave que ça si on parle à votre place, ce qui pourrait vous déranger davantage c’est que vous avez l’impression, ou la certitude, que l’on décide à votre place et sans vous consulter dans des domaines sur lesquels, en principe, vous êtes considérez comme un.e expert.e, et ça ça vous rend malade. Et bien, pas de problème, vous pouvez toujours tomber malade, vous avez la chance d’avoir un plan payé pour vous faire jouer dans la tête et revenir plus adapté.e. Adapté.e. Ce qui est tout de même avantageux à plusieurs égards car comprenez au moins, si vous pouvez encore comprendre quelque chose, qu’il n’y a personne d’irremplaçable. Au suivant.

Ce genre de gouffre managérial, on y perd sa vie à l’année longue à la sueur de son front, de ses mains, de ses tripes, et c’est parce que l’on est confronté depuis trop longtemps à ces stratégies éreintantes, de l’existence jusqu’à l’essence, que l’on est rendu à intituler un congrès : « Survivre à la gestion? »

Avec Jean-Michel Lapointe, qui est le vice-président, et le comité, nous avons tenté de concevoir une plate-forme publique où l’on puisse exprimer l’insoutenable, nommer l’inacceptable, interroger les discours des organisations, des politiques qui nous épuisent; concevoir un forum où l’on puisse aussi explorer le degré zéro de la profession, les alternatives, parfois radicales, pour résister, pour dire non! pour passer à travers sans s’y perdre; explorer aussi les raisons les plus fondamentales pour continuer à exister dans le métier avec et pour les gens avec lesquels nous travaillons, collaborons, apprenons, vivons.

Non, ce ne sera pas un congrès pour les jovialistes à lunettes roses et les yaouh! de l’innovation, mais ce ne sera pas triste, loin de là : approches humanisantes de la gestion, modèles et gestion du changement et de la transformation, exploration des relations nouvelles avec le personnel et les gens, conception des services à partir des usages,  gouvernance réinventée à travers les communs, nouveaux espaces qui supportent le développement de capacités et les défis qu’ils représentent pour les organisations et la culture professionnelle, agents de changement face au paradigme managérial de l’austérité, etc. … Oui, il y a encore de l’espoir!

Vous êtes toutes et tous cordialement invité.e.s à venir vous regénérer, à participer aux questionnements et à chercher les possibles d’une vie après qui soit plus près de la vie elle-même. Pour s’inscrire, c’est par ici.

Nous vous attendons en grand nombre !

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Culture ouverte et savoir libre à l’EBSI #SQIL2017 #COPIBECpasenmonNOM


C’est la rentrée, c’est la Semaine de l’Informatique libre (SQIL), quoi de mieux qu’une session éclair (traduction de Ignite Session) pour déclencher, ou ranimer, les étincelles de l’engagement personnel, professionnel et académique ?  Ce midi à l’EBSI en l’espace d’une heure ont défilé des actrices et des acteurs parmi les plus investi.e.s  dans les mouvements du libre et des communs numériques à Montréal. L’invitation était formulée comme suit par mon collègue, Guillaume Boutard, responsable du cocomi :

Les conférences midi en partenariat avec la Semaine québécoise de l’informatique libre (SQIL) accueillent une session éclair sur la thématique de la culture ouverte et des savoirs libres. C’est donc des communs numériques, de l’accès général à la ressource numérique et de ses modalités d’accès et de mise en place dont il sera question. On pourra y croiser les thèmes des contenus culturels et éducatifs libres, de l’éducation au numérique, de la participation au débat publique, de l’accès aux publications, aux données ouvertes et liées.
À l’heure, notamment, du lancement de la Stratégie numérique du Québec et de l’ouverture du fonds Stratégie numérique du Conseil des arts du Canada, la question des savoirs libres est au cœur de l’actualité. Ne manquez pas ce premier rendez-vous de la saison où plusieurs conférencières.ciers viendront présenter en session éclair des projets autour de la SQIL.

Les étudiant.e.s ont répondu en grand nombre, et j’ai reçu des courriels me demandant de partager les contenus et les projets présentés.

Voici, en ordre de présentation, quelques notes et des liens qui ont servi de support lors des interventions.

 Le Café des savoirs libres

François Charbonnier et Lëa-Kim Châteauneuf, tous les deux bibliothécaires, ont présenté le Café des savoirs libres et le sens de l’engagement de ceux et celles qui le font vivre à travers une diversité d’actions portant sur les communs numériques. Les projets et les activités du collectif se déroulent presque toujours en partenariat avec les bibliothèques publiques, notamment les bibliothèques de Montréal, et d’autres organismes dont les missions sont convergentes : Wikimedia Canada, OpenStreetMap, FACIL, SavoirsCom1, etc. Le Calendrier de l’Avent du domaine public a fait l’objet d’une attention particulière : il fait beau, mais pour nous, Noël s’en vient, et nous avons besoin de mains pour écrire les notules destinées à célébrer l’aréopage 2018 des entrants dans le domaine public.

Bibliothèque et Archives nationales du Québec, BAnQ (volet bibliothèque)

Anne-Marie Boisvert, bibliothécaire à BAnQ, a décrit trois activités en collaboration avec Wikimedia Canada et OpenStreetMap qui offrent aux participant.e.s la possibilité de contribuer à la diffusion du patrimoine documentaire québécois sur Internet : Mardi, c’est wiki, Wikicommons, Mercredi cartographie.

Bibliothèque et Archives nationales du Québec, BAnQ (volet archives)

Frédéric Giuliano de BAnQ, archiviste et coordonnateur, a fait le récit de la collaboration croissante entre les archives nationales et Wikimedia Canada. Comme Anne-Marie Boisvert, il a insisté sur les motifs de cette transformation de la culture professionnelle et organisationnelle qui nous pressent à s’engager dans cette voie.

J’ajoute la captation vidéo de la conférence livrée à Wikimania 2017 par Hélène Laverdure, conservatrice et directrice générale des Archives nationales de BAnQ, et Frédéric Giuliano, ainsi que les articles produits sur les activités réalisées au cours de ce congrès par Radio-Canada :

OpenStreet Map Montréal

Responsable du chapitre montréalais d’OpenStreet Map, Pierre Choffet a présenté les fondamentaux de la cartographie libre en soulignant l’intérêt de travailler avec les bibliothèques publiques au sein d’activités qui rejoignent les citoyen.nes dans les quartiers, véritables expert.e.s de leur territoire. Outre, les Mercredi cartographie à BAnQ, les Café des savoirs libres dans les bibliothèques publiques, des cartoparties sont aussi organisées au fil des saisons.

La Cinémathèque québécoise

Marina Gallet, responsable de la Médiathèque Guy-L.-Coté,  a présenté le projet de la Cinémathèque québécoise autour des communs via les projets Wikimédia. Trois types d’activités sont prévus dès cet automne :

  • Une séance photo de cinéastes invités au dévoilement des activités et du graphisme des prochains Sommets du cinéma d’animation, qui s’est déroulée le mercredi le 13 septembre et dont les images ont été versées dans Commons.
  • Un atelier contributif tous les 3èmes mercredis de chaque mois, de 18h à 21h, du 20 septembre au 20 juin. Chaque atelier est dédié à un.e cinéaste d’animation québécoise. Un premier edit-a-thon consacré à Janet Perlman a eu lieu cette semaine ; les photos de l’activité sont visibles sur Commons.
  • Une présentation de wikipédia/wikidata/wikimediaCommons, visant principalement les professionnels du cinéma, qui aura lieu lors du festival des Sommets du Cinéma d’animation.
  • La page GLAM de la Cinémathèque québécoise 

Marina Gallet a rappelé les raisons qui ont amené la Cinémathèque québécoise à s’engager dans cette collaboration avec Wikimedia Canada et le Café des savoirs libres. En tant que référence mondiale en cinéma d’animation, conservant et documentant un important patrimoine en la matière, la Cinémathèque a estimé qu’elle avait une responsabilité à l’égard de la qualité des données et des ressources offertes au public sur cette plate-forme qui est une des plus visitées dans le monde ; ensuite, cette visibilité contribue à la promotion du cinéma d’animation QC et, du même coup, à préserver le positionnement de cette institution comme une autorité dans le domaine.

Il était aussi important de réaliser, selon elle, qu’il est dommage de garder ce travail de documentation et de préservation pour soi en interne ou sur le site Web (sur le Web et non dans le Web), alors qu’il peut servir à tellement d’autres personnes lorsqu’on le rend accessible librement.

FACIL et la SQIL

Président de FACIL et responsable de la coordination de la SQIL, Mathieu Gauthier-Pilote a présenté les Services FACIL, un projet complémentaire aux Chatons de FRAMASOFT, qui visent à contribuer à la dégooglisation de l’internet. C’était aussi l’occasion d’aborder, la question de l’inclusion numérique en considérant, à rebours des interventions des invité.e.s précédent.e.s qui célébrait l’ouverture et le partage, la configuration de ce territoire numérique dont on voudrait s’exclure et des informations que l’on souhaiterait ne pas partager.

Le recours collectif de Copibec c. l’Université Laval

Invité surprise, et qui a bien voulu accepter de se joindre à nous malgré une invitation tardive : Emmanuel Château-Dutier, professeur à l’Université de Montréal, est venu exposer le sujet très chaud du recours collectif de Copibec c. l’Université Laval. Il a parlé des conséquences néfastes que ce procès pourrait entraîner si le principe de l’utilisation équitable des oeuvres dans le contexte de l’éducation et de la recherche au Canada était remis en question par le biais d’un jugement défavorable à cette exception. Les auteur.e.s d’ici, et d’ailleurs, soumis au régime de COPIBEC, et qui sont sensibles à la question du droit collectif dans un tel contexte, sont invité.e.s à se retirer avant le 15 octobre de ce recours collectif.  [Je propose le mot-clic  #COPIBECpasenmonNOM ]

Emmanuel Château-Dutier a accepté de fournir également des contenus au sujet de l’affaire Copibec sous forme de revue de presse :

La Déclaration des communs

Pour clôturer la séance, des copies de la Déclaration des communs, qui résument les principes et les partis pris de ces engagements à l’endroit de la culture ouverte et des savoirs libres, ont été remises à l’audience. Rappelons que nous attendons toujours que la ministre Anglade nous disent ce qu’elle en pense, et où elle loge en regard de ces propositions soumises dans le contexte de la consultation citoyenne pour la Stratégie numérique – et qui se fait attendre.

C’était court, dense et intense…Un immense merci à tou.tes. les intevenant.e.s et  les participant.es. Si vous avez des questions sur ces initiatives, il me fera plaisir d’y répondre ou de vous re-diriger vers les porteurs et les porteuses de projets.

Note : Cette année, l’EBSI est partenaire d’activités de la SQIL.

#wikimania The model of an alternative professional practice to be built with GLAMs

| The idea is to publish a translation of some of my articles in order to offer a window on what is going on in the french-speaking side of libraries and information. I got this idea when I read a retweet from Silvère Mercier sharing an IFLA’s presentation that was pining the importance for french librarians to get involved in international relations. This suggestion could mean many things, but I interpret it here as an invitation to communicate our works and ideas in other languages while caring about diversity. So let’s try and see. My english with the capacity of Google translate are far from being perfect, thanks for your forgiveness. |

Wikimania, the annual congress bringing together the Wikipedia planet took place from August 9th to 13th. This Wikimania event has had its effects in the community of libraries and archives in Quebec. Not only among our QC colleagues, of course, since close to a hundred of them converged on Montreal, from around the world with the leisure of building a tailor-made professional program. As one colleague pointed out: “Wikimania is really a good congress of librarians.” And a congress would not be good if it did not give us the occasion to reflect on some substantive questions on the main theme, but also on the meaning of the profession, and sometimes even beyond.

After several years of wiki experimentations, this event provided an opportunity to take stock of the relationship between QC libraries and Wikimedia Foundation projects. The conferences of Maureen Clapperton and Hélène Laverdure with Frédéric Giulano have clearly demonstrated the extent and relevance of this partnership between Bibliothèque et Archives nationales du Québec and Wikimedia Canada. In a different perspective, the conference by Ivan Filion, director of Montreal Libraries, presented the results of a few years of exploration of the wikiway in public libraries, drawing on the expertise of some twenty contributing workshops/editathon—which is considerable for the same institution. In light of these findings, a second phase is envisaged for this network through: 1. a new series of contributive workshops; 2. a day of co-learning “libraries and Wikipedia” for the staff members concerned; 3. event initiatives that would support, in a new fashion, the creation of commons; and a particularly attentive role to strengthen 4. the presence of literary culture in Montreal, Quebec and local history on Wikipedia.

My colleague François Charbonnier and I took over to present the genealogy of our experiences in the design of digital communities and the evolution of the social configuration of our workshops involving both Wikipedia and OpenStreetMap. Jean-Michel Lapointe (UQAM Central Library) closed this session involving local speakers with a reflection about editorial cultures: scholars, students and wikipedians, based on his observations on them, exposing the mutual enrichment potential of their, often unlikely, cohabitation.

You can view several of the presentations and have access to the slides. All the products of the conferences are gathered on the site of Wikimania.

In the wake of these talks, a Wikipedia Aime les Bibliothèques (WAB) workshop was held in a, sold-out event, inspired by the Wikipedia Loves Libraries (WLL) initiatives, which aim to accelerate the convergence of these two partners since 2013. Organized in collaboration with the EBSI, Montreal Libraries, and the Café des savoirs libres (CSL), thirty-seven participants took part in this activity, which sought to bring library and archive staff together for the purpose of 1) discussing the relationship between these institutions and the Wikimedia Foundation projects by sharing experiences in Quebec and elsewhere; and 2) exploring new avenues of action to promote collaboration between libraries, archives and the Wikipedia community by supporting their involvement in the movement of open culture and free knowledge.

Among the elements that emerged from this meeting, we note that the epistemic resistance is no longer a reason not to Wikipedia, that the mobilization of the participants is very tangible and that they were ready to go further and even to include the other libraries in Quebec in the move, for example. And as we could hear in the institutional discourse on an international scale, the issue is less concerned now with the motivation to adhere than the question: how to do it? How to design the learning activities, how to accompany the development of the Wikipedia skills of professionals. Should we not be able to rely on professional associations, Library and Information Science Schools, our peers? How can we build a platform for support and sharing of our professional experiences? How could we create a common display on Wikipedia, for example a page bringing together all of our projects in libraries in Quebec in order to inform citizens and project promoters about the different activities, and to bring some emulation among them?

The day ended with a promise to extend this interest in the fall of 2017 around a contributory day aimed at both conducting a training workshop – which was the third objective of the WAB/WLL meeting but which could not have taken place at this time, since exchanges and feedbacks were more numerous and sustained than expected -. Then, we hope to be able to specify the articulation of possible mechanisms and feasible projects in response to the questions raised earlier. This upcoming event will lay the groundwork for a network of wikimedien.ne.s QC + librarians, in a still informal but more organized way.

And elsewhere in the library

As I mentioned earlier, the nature of the discussions at the WAB/WLL workshop is consistent with the findings from an international perspective. In recent years, library initiatives have grown on an individual basis, as Alex Stinson, a GLAM-Wiki (GLAM for Galleries, Libraries, Archives, Museums) strategist at the Wikimedia Foundation (WMF), emphasized in a workshop. His presentation is available.

I would add to this observation that signs of structuring, or expectations in this respect, from an organizational point of view, are also quite evident. Building on its authority, IFLA published its White Paper in February 2017 as a guide, with promising orientations, and a sampling of various existing collaborations between Wikipedia and libraries all over the world. IFLA has similarly promoted campaign # 1lib1ref 2017 which encouraged librarians to add sources to Wikipedia.

With this in mind, OCLC’s ambitious Wikipedia + Libraries: Better Together Program, which has been providing webinars for two years now, is preparing to step up its approach with an online training of 10 sessions to train 500 librarians In the United States this autumn as part of a study funded by the Knight Foundation.

Alex Stinson pointed out, however, that for library initiatives until now, “Most models focus on extracting unique knowledge from institutions, not building a professional practice”). What is interesting in this observation is that it means a resolutely traditional conception of libraries oriented on the collections that are deposited in a container. With these deposits of archives, digital collections, and data in the Wikipedia apparatus, libraries, paradoxically, maintain a vision that they seek to put at a distance in the discourse they convey in the 21st century.

So when Stinson asks, “Where are we going now?” “Or ‘How to scale our relationship with libraries?’, should this extractive approach still serve as a response?

And if the question is to answer it: should the alternative question not be translated as ‘How could our relationship with librarians be scaled up? “And the possible answer is, in my opinion, rooted in the same perplexity that Stinson manifested in the current collection-centred model, and would be to look for ways to build a wikipedian professional practice, instead of emphasizing wiki-libraries, in order to have a more sensitive and probably more sustainable impact.

Where are we going now? From collections to commons

Indeed, the most sustainable bet would no longer be based exclusively on the addition of digital collections and data, but without excluding it! (especially in the context of current development surrounding Wikidata), but on the exploration of another model than the extraction’s one.

The challenge of this alternative model, on the other hand, is that it has to be built—as one becomes wiki median with some time. It does not rely solely on processes, but also on an approach or mindset. It refers us to a global transition that goes beyond the situation of the Wikipedia projects, which they are the laboratory, and which brings the professional practice to rethink the relationship maintained with the territorial and global community and to rethink shared governance based on the approach of the commons.

Wikipedia is neither an aggregate of collaborative knowledge, nor a simple community portal, but above all an innovative model of governance.

(Dominique Cardon, in Wikipedia, unidentified scientific object, edited by Barbe Lionel, Louise Merzeau, Valérie Schafer, Open Edition, 2015)

This governance obviously carries with it the question of the power and control of knowledge by virtue of rules other than those inherited from the institutions. But many of the latest are already experimenting them in their fab labs, seed libraries, etc. It sets up a collaborative matrix between the library and the community, which engages them through a project in which they are also involved as co-creators.

This reciprocal commitment involves a social mediation of the knowledge contained in the community. It makes it possible to shift the expertise up to favour the co-emergence of knowledge with regard, in particular, to those who belong to the less socially visible groups—but not the least experts.

It implies a shift in relation from a service delivery logic, mainly imposed and rarely co-produced (lending digital collections/lending spaces to hold activities) to a vision of the library able to support the creative capacities of citizens in a place that is endowed with social attributes as a forum and third place.

If public policies support this vision strategically, resources will be prioritized to promote open culture, free knowledge, common knowledge—even perhaps from the situation of socially excluded groups.

These are some elements likely to contribute to the alternative model of a wikipedian/wiki median professional practice, or a practice of the commons, which is to build it in a library.

And if we look towards other institutions: archives, museums, etc.

Where are we in GLAMs more generally? In another workshop on GLAMs this time, Alex Stinson acknowledged that a problem of another order is emerging for the Galleries, Archives, Museums (GAMs) if one compares with the situation of the libraries. Actually, it seems that the wiki community is faced with the challenge of bringing in institutions of cultural heritage other than libraries. In other words, if the challenge of libraries, which are well engaged, is to scale up, the challenge of the GAMs is still to engage themselves.

In this context, it could be suggested that the success of libraries has been linked, among other things, to the fact that the WMF has designed a niche approach with these through initiatives such as Wiki loves libraries (WLL). An analogous approach would be to develop a targeted approach of the same type, for example “Wiki loves museums” and “Wiki loves archives” in order to initiate and catalyze the commitment of these hesitant institutions.

It is a voice that is already being explored in the Quebec context, and in the wake of the WAB/WLL event, some organizations with significant archives have come forward to discuss the interest of GLAMs and the relevance of an initiative “Wiki loves archives” in order to joined the movement.

On the other hand, if the “L”, the libraries, succeed in meeting the challenge of designing a Wikipedia practice, perhaps this experience will also facilitate the way for other participants, galleries, archives, museums in order to scaling up for a common global knowledge policy.

To the credit of the archives, two contributory days deserve to be highlighted and organized by Wikimedia Canada in partnership with the Bibliothèque et Archives Nationales du Québec, the Atikamekw Nation Council, the Manawan Atikamekw Council, National Institute of Scientific Research (INRS), Rising Voices with the collaboration of the Libraries of Montreal. First, the Scan-a-thon, where five endangered archives, including nearly nine hundred negatives illustrating the life of the First Nations from Abitibi and Mauricie between 1936 and 1952, as well as others types of documents, have been proposed for digitization and uploading into Commons and Wikisource. This workshop was followed by a edit-a-thon to accompany First Nations members and their allies in improving the content in Wikipedia related to the first.

The issue of Wikimedians-in-residence lurked around the topics discussed here, and it would certainly have deserved an article alone. To be continued.

For more informations 

About Libraries + Libraries :

About GLAMS :

| The stall of Café des savoirs at Wikimania : from left to right, Gaëlle Bergougnoux, François Charbonnier, Lëa-Kim Châteauneuf, Benoit Rochon, president of Wikimedia Canada, and Pascale Félizat-Chartier | This picture is accessible on Wikicommons |

Le 4 septembre 1917, Montréal découvrait sa première Bibliothèque centrale: vrai ou faux ?

Il y a 100 ans aujourd’hui, le 4 septembre 1917, les Montréalaises et les Montréalais découvraient la nouvelle bibliothèque centrale de Montréal. Ce projet, né dans l’adversité, portait les atours d’une véritable institution de lecture publique affranchie du contrôle patriarcal de l’Église catholique. J’en ai déjà parlé ici.

En retournant aux livres d’histoire et jusque dans les microfilms, des bibliothécaires soucieux des faits historiques (No Fakes News!) ont constaté quelques désaccords à propos des dates entourant cette mise au monde, notamment pour ce qui est de la date de livraison du bâtiment et son inauguration. Il n’y a pas de doute, en revanche, concernant la date de l’ouverture au public de ce « palais des livres » : c’est le 4 septembre.

Pour joindre l’utile et le vrai à l’agréable, une journée contributive aura lieu le 17 novembre prochain dont le thème principal sera la bibliothèque centrale de Montréal, avec les sujets connexes : les bibliothèques publiques québécoises, leur histoire, leur localisation, leurs caractéristiques, etc.

Dans la foulée de l’événement « Wikipédia aime les bibliothèques », les participant.e.s ont souhaité la tenue d’une activité d’apprentissage à la contribution wikimédienne. Cette formation aura donc lieu le 17 novembre prochain suivie d’un atelier pratique où l’on pourra tout à la fois contribuer à cette page importante de notre histoire et la commémorer.

Des informations plus précises seront partagées au cours des prochaines semaines, mais l’essentiel est souligné et expliqué dans la vidéo de Lëa-Kim Châteauneuf pour le Café des savoirs libres.

| Photo : Marie D. Martel, microfilms à BAnQ, licence : cc-by-sa