PUBLISHING SPHERE : DU ZINE AUX ZOMBIES (JOUR 2)

La maquette du zine sur le domaine public

L’immersion s’est poursuivie dans Ville-Marie à partir de la Cinémathèque québécoise qui est notre base et qui nous a placé.e.s un peu off-site. Au cours de cette journée de prototypage, la récolte de notre parcours d’hier nous a servi à générer :

  1. Une cartographie des communs du domaine public dans Ville-Marie (ici en plein écran). Cet outil constitue une initiative de visualisation d’un réseau des acteurs et des actrices des communs du domaine public. Les données ont été recueilles en parcourant le territoire autour de la Cinémathèque québécoise, de la Grande bibliothèque (BAnQ) jusqu’à la bibliothèque Père-Ambroise où nous avons tenté d’identifier les places du domaine public et de les documenter principalement cette fois par le biais des institutions culturelles qui en prennent soin.
  2. Au cours des entretiens, nous avons interrogé nos interlocutrices au sujet de ce que devrait contenir une trousse de survie du domaine public. Elles ont toutes évoqué l’importance d’une pédagogie conviviale. La production d’un zine se voulait une réponse à ce souci.
  3. La réflexion sur le contenu du zine nous a aussi amené à relire le Public Domain Manifesto et à le ré-écrire pour produire un nouveau manifeste pour le domaine public. Initialement publié par Communia et traduit par Philippe Aigrain nous l’avons ré-interprété à la lumière des critiques énoncées par Richard Stallman pour justifier son refus d’y adhérer et de le signer (« Pourquoi je ne signerai pas le manifeste pour le domaine public » ). La nouvelle version du texte du manifeste pour le domaine public adopte aussi une rédaction inclusive avec la parité linguistique des termes auteur et autrice – sauf pour le terme « droit d’auteur ».
  4. En phase avec la thématique de Publishing Sphere, nous avons élaboré un dispositif d’édition publique. Un mode d’emploi pour publier des textes du domaine public en Epub a été produit sous la forme d’un inséré dans le zine.
  5. Enfin, une autre des questions liées à notre quête dans le cadre de PS était la suivante : oui mais comment pourrait-on encore sortir d’un territoire donné pour aller vers un autre territoire, comment créer des liens à une autre échelle, comment créer des données ouvertes et liées en matérialisant des relations humaines, avec empathie, qui soient suscitées par le domaine public à la faveur d’un processus de retour vers la situation des véritables actants humains ? Notre démarche hors-les-murs par rapport à Publishing Sphere s’est décalée une nouvelle fois par un hors-les-murs de la Cinémathèque québécoise nous conduisant à rejoindre la bibliothèque de la Maison communautaire et culturelle de Montréal-Nord (MCC). La présentation du film The Night of the Living Dead pendant la soirée des jeunes est devenu un dispositif de valorisation des communs du cinéma, d’exploration des possibles sur la création de type remix et d’autres occasions de liens sud-nord de Montréal entre la Cinémathèque québécoise et la MCC. La métaphore des zombies pour parler des entrant.e.s dans le domaine public est devenue une voie de conversation possible pour ce film, l’interculturel en serait un autre.
La présentation du film The Night of the Living Dead à la MCC

Nous serons chez Artexte aujourd’hui à compter de 13h30 pour la visite des lieux et, à partir de 14h, il y aura la présentation publique des projets. Nous présenterons notre démarche ainsi que les artefacts que nous avons réalisés lors de ces deux journées d’immersion, de réflexion et de création.

Ces différents artefacts et les récits des entretiens seront aussi partagés sur différentes plate-formes.

Publishing Sphere : Design de poétique publique

Parcourir le district Saint-Jacques et Sainte-Marie à la recherche des communs du domaine public

Après Berlin, c’est la deuxième édition de Publishing Sphere à Montréal. Alliant réflexion, création, commentaire social, le projet convoque une diversité d’acteurs et d’actrices (éditrices/éditeurs, écrivain.e.s, artistes, designers, commoners, archivistes, etc.) explorant la sphère publique comme sphère de publication (et vice versa) à l’aide de « dispositifs, des appareils, des textes, des supports, des protocoles, des architectures et des actions, visant à renouveler l’idée même de la publication, jusqu’à en redéfinir le sens et la portée politique. »

Dans ce contexte, et par l’entremise d’une initiative de design d’une poétique publique, nous avons souhaité poser la question de la relation des institutions culturelles avec le domaine public, notamment comme projet territorial à l’échelle d’un quartier. L’intention était de mettre à l’épreuve les politiques publiques culturelles par le biais de concepts et de scénarios pour matérialiser et activer un réseau d’actants autour des communs du domaine public.

Cette initiative consiste, dans un premier temps, à mener une enquête sur la proximité territoriale et la communauté du domaine public en utilisant des techniques de développement communautaire (Working Together, Singh, 2007).

Actants non-humains, suivant la théorie de l’acteur-réseau (ANT pour Actor-Network Theory, Latour, Callon, etc.), les œuvres du domaine public ont été déplacé dans la catégorie des actants humains. Ce transport catégoriel et ce détournement de l’attention nous ont permis de retrouver le domaine public en prenant en considération les enjeux de la fragilité, l’absence de voix, la dévalorisation, la précarité, l’oubli, la menace de blocage ou d’enclosure qui affectent les oeuvres. Comme l’une des personnes que nous avons rencontrées dans le cadre de notre expédition apprenante l’a souligné : « le domaine public est souvent l’enfant négligé de nos institutions. » De ce point de vue, nous avons considéré les objets du domaine public, les documents, les discours, les productions comme des humains en situation de vulnérabilité et d’exclusion dans leur rapport aux institutions. Et nous avons cherché à mieux comprendre les communautés du domaine public desservies par ces institutions afin de créer des liens, de les faire participer à la prise de décision, de favoriser des collaborations entre elles (les communautés et les institutions) dans une perspective qui se veut capacitaire plutôt que déficitaire.

Marina Gallet, Directrice des collections à la Cinémathèque québécoise

Le premier outil de la trousse Working Together concerne l’entrée dans la communauté. Nous avons utilisé cet outil qui suggère que le « seuil », la distance sociale peuvent être franchis lorsqu’ils sont « facilités par un tiers » incarné dans notre démarche par la Cinémathèque québécoise et Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) et la bibliothèque Père-Ambroise. Nous avons consacré la journée d’hier à marcher dans la partie est de Ville-Marie en allant à la rencontre de quelques institutions qui nous sont plus familières afin de s’interroger avec elles au sujet de la situation, d’échanger à propos de leur public en tant que domaine public, d’explorer les possibilités d’avoir accès à ce public, et réciproquement. Nous avons exploré à travers une série d’entretiens des possibilités de créer un réseau collaboratif local et des moyens par le biais duquel elle pourrait nous mettre en contact avec d’autres acteurs et actrices du territoire.

Comme la démarche se veut ethnologisante, les observations et les entretiens recueillis au cours de cette immersion sont consignés et donneront lieu à des récits de rencontres qui seront partagés sur différentes plate-formes.

Nous avons sollicité un second outil  qui a consisté à produire une cartographie communautaire (cartographie des atouts de la communauté / cartographie sociale) et visant à visualiser ce réseau et les acteurs des communs du domaine public. En parcourir le territoire autour de la Cinémathèque, de BAnQ et jusqu’à la bibliothèque Père-Ambroise, nous avons tenté d’identifier les places du domaine public, de les documenter, de découvrir ses tiers lieux, ses infrastructures sociales – si elles existent -, les formes paradoxales de son occupation.

L’une des questions que nous avons adressées à nos interlocutrices étaient la suivante : Que metteriez-vous dans un kit de survie du domaine public ? Parmi les artefacts constitués au cours de cette démarche au côté de la cartographie, nous avons recueillis des propositions en vue d’élaborer les contours d’un dispositif de « care » pour le domaine public en référant à sa précarité actuelle, aggravée par le prolongement du droit d’auteur décidé dans le cadre de l’Accord commercial Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM).

Le troisième outil vise à « établir la relation ». À cette étape, qui devient le second temps du projet (jour 2), nous aurons désormais recours à des outils qui appartiennent au registre de la conception dans le but de « créer la relation » plutôt que de l’ « établir ». La démarche de développement communautaire sera alors prolongée par une initiative de design d’une poétique publique qui explorera différentes conjectures pour matérialiser et activer un réseau d’actants des communs du domaine public.

Aujourd’hui, nous allons passer à l’étape du prototypage de deux concepts : une trousse d’édition publique et un dispositif de valorisation des communs du cinéma.

Nous allons aussi intégrer nos apprentissages de la journée d’hier au sujet du kit de survie du domaine public à travers la production d’un zine. À suivre !



BAnQ s’engage en faveur de la libre utilisation des documents patrimoniaux du domaine public numérisés #GLAM2019


Rue Sainte-Catherine, vers l’est, 5 octobre 1937. Collections de Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Photo : Conrad Poirier. Domaine public

C’est une grande nouvelle attendue depuis plusieurs années. Dans le cadre du Sommet sur la valeur des bibliothèques, des archives et des musées, Jean-Louis Roy a fait l’annonce aujourd’hui que Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) réduira les barrières pour les usagers et les usagères qui souhaitent réutiliser les documents patrimoniaux du domaine public #GLAM2019:

Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) permet désormais la libre utilisation de plus de 100 000 documents patrimoniaux du domaine public numérisés et diffusés sur son portail BAnQ numérique, sans restriction aucune.


En conséquence de cette décision, chacun verra son travail facilité : le conférencier qui veut illustrer une présentation, le journaliste qui enrichit un article, l’éditeur qui reproduit une affiche dans un livre sur la Première Guerre mondiale, l’artiste qui modifie une image pour l’intégrer dans l’une de ses créations, l’utilisateur de médias sociaux qui partage une carte ancienne et le contributeur qui insère des contenus tirés de BAnQ numérique dans Wikicommons et Wikipedia.


« Le temps est à la libre utilisation du plus grand nombre de ressources disponibles. BAnQ choisit d’agir concrètement en ce sens afin que ses usagers du Québec et du monde soient libérés de contraintes inutiles », indique Jean-Louis Roy, président-directeur général de BAnQ.


Il s’agit d’une avancée significative pour les citoyens comme pour le milieu documentaire québécois dans un contexte mondial où de plus en plus d’institutions patrimoniales d’avant-garde décloisonnent leurs collections afin de les diffuser plus largement.

Pour aller plus loin :

Lancement des deux livres libres pour la Journée du livre et du droit d’auteur

Le Survenant de Germaine Guèvremont est dans le domaine public canadien

À l’occasion de la Journée du livre et du droit d’auteur,et pour célébrer la diversité des pratiques d’écriture et de lecture ainsi que des licences qui les encadrent, le Café des savoirs libres lancent deux nouveaux epubs !

Ces livres en format libre ont été écrits par deux autrices emblématiques de la littérature nationale dont les oeuvres se sont élevées dans le domaine public canadien en 2019 : Germaine Guèvremont et Margaret Duley – qui ont été présentées dans le dernier Calendrier de l’Avent du domaine public.

Ce lancement est aussi celui d’un projet éditorial éducatif porté par le Café des savoirs libres visant à publier quelques titres par année à l’enseigne d’une collection consacrée à la création, au partage et à valorisation des communs de la littérature.

  • Télécharger librement Le Survenant de Germaine Guèvremont EPUB
  • Télécharger librement The Caribou Hut de Margaret Duley. EPUB

Bonne lecture de la part des Éditions CSL !

Les bibliothèques à bâbord!

La revue À bâbord !, no. 78, mars 2019

Le numéro 78 (mars 2019) de la revue À bâbord!, Quand l’art se mêle de politique, est à lire de la première à la dernière page. Je souligne en passant l’article : Ma censure bien aimée (Philippe de Grosbois); Le travail invisible : angle mort des luttes sociales ? (Camille Robert), Élargir les frontières de la démocratie (Mouloud Idir).

À noter un article portant sur Marie-Claire Daveluy (1880-1968) : Une historienne féministe par Louise Bienvenue, qui fut aussi bibliothécaire, et dont j’ai apprécié la justesse de la conclusion :

Au vu de telles réalisations, pourquoi une mémoire si oublieuse? Cela tient sans doute à son positionnement idéologique. Ardente nationaliste et fidèle catholique, Daveluy se rattache aisément à une école traditionaliste dont le crédo s’accorde mal aux sensibilités progressistes actuelles. Pour cette raison, elle est moins célébrée que d’autres figures féministes de son époque , comme Idola Saint-Jean (À bâbord!, no 72), Éva Circé-Côté et Léa Roback (À bâbord!, no 68), plus clairement campée à bâbord. Mais n’est-il pas temps d’élargir cette compréhension trop restrictive de l’histoire du féminisme et d’inclure Marie-Claire Daveluy au panthéon des pionnières de la cause de femmes au Québec. p. 24

Dans la foulée, mon intention était également de signaler que le numéro 73 de la revue À bâbord ! avec le dossier Bibliothèques : Enjeux et mutations est désormais accessible en ligne . Le dossier est introduit en ces termes :

Couverture : CC-BY-SA, Marius Gossier, Yannick Delbecque, Anne-Laure jean, 2005, 2008

« Les bibliothécaires et les archivistes, qu’ils ou elles viennent du monde universitaire, municipal ou communautaire, se trouvent souvent à défendre des visions sociales qui entrent en contradiction avec l’idée que cette institution publique doit demeurer neutre. À notre époque, ils et elles doivent souvent subir en silence les conséquences du néo- libéralisme triomphant, qui affectent leur milieu de travail comme le reste de la société.
Aujourd’hui plus que jamais, les bibliothèques sont en pleine mutation. La manière d’accomplir chacune de leurs missions se transforme au contact du numérique et de l’Internet, entre autres. Dans ce dossier, À bâbord! donne la parole à des praticien·ne·s et penseurs·euses de ce milieu afin qu’elles et ils puissent témoigner des nouvelles pratiques et des changements qui s’opèrent présentement dans les bibliothèques »

Voici le sommaire de ce dossier auquel j’ai participé avec plusieurs collègues :

  • Quand la bibliothéconomie devient critique / Jean-Michel Lapointe et Michael David Miller
  • Rien n’est permanent, sauf le changement / Lëa-Kim Châteauneuf
  • Des jeux ? Voyons donc ! / Claude Ayerdi-Martin
  • Archives. Des alternatives à l’exclusion officielle / Anne Klein et Annaëlle Winand
  • Le droit de parole / Gaëlle Bergougnoux
  • La petite séduction ou les enjeux en région / Aline Crédeville
  • De l’éclatement au rassemblement / Sharon Hackett
  • On n’a pas tous les livres, mais on n’en a que des bons / Collectif de la bibliothèque DIRA
  • Pour le libre accès aux publications scientifiques / Émilie Tremblay
  • Diversité et inclusion pour transformer les bibliothèques publiques / Marie D. Martel