Art et féminisme 2019 : Femmes en rouge #wikipédia #femmesenrouge #womeninred

Rendez-vous le 12 mars, 2018 de 11h45-13h à l’EBSI, Université de Montréal, 3150, rue Jean-Brillant, Pavillon Lionel-Groulx, salle C-2027 de 11h45 à 13h00 pour un éditathon express dans le cadre de la campagne Art et féminisme 2019. Consultez la page projet pour plus d’informations.

Je profite de l’occasion pour partager l’intégralité de cet texte de Simon Villeneuve (merci !) qui partage son point de vue sur la question du biais de genre sur Wikipédia – et d’autres projets connexes :

8 mars 2019 Dans le cadre de la journée internationale des femmes, j’aborde le sujet du biais de genre sur Wikipédia. Je fais un compte-rendu de la problématique, donne accès à de nouvelles statistiques sur le sujet et suggère des pistes de solution pour réduire le fossé des genres (gender gap).

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Je m’intéresse sérieusement au fossé des genres sur les wikis hébergés par la Wikimedia Foundation (WMF) depuis 2013, année où j’ai pleinement réalisé que faire partie d’une minorité sur Wikipédia en français est une réalité difficile à vivrenote 1.  J’ai fait quelques comptes-rendus sur le sujet dans les Regards sur l’actualité de la Wikimedia (RAW). Ce fossé est plus ou moins facile à quantifier, mais la plupart des intervenant-e-s s’entendent pour dire qu’il est d’environ 10 hommes pour 1 femme sur Wikipédia.

 

J’ai suffisamment exploré la chose pour faire au moins 2 constats :Human gender gap.png

1- Les causes ne semblent pas simples. Il y a évidemment le fait que, encore à notre époque, même dans les pays les plus avancés au niveau des droits des femmes, il y a une inégalité de revenus entre hommes et femmes. Conjuguée à la parentalité et au fait que la plupart des tâches ménagères sont encore principalement réalisées par les femmes, cela fait en sorte que les femmes semblent généralement bénéficier de moins de temps libre que les hommes. Même le temps de travail semble impossible pour près de la moitié des nouvelles mères scientifiques1. Puisque les participant-e-s au mouvement Wikimedia sont en presque totalité bénévoles, la contribution aux projets est généralement directement proportionnelle à la quantité de temps libre.
De plus, il y a une certaine croyance que l’informatique est une « affaire de gars » et n’intéresse pas les filles. Puisque contribuer à un wiki demande une certaine maîtrise informatique de base, cela rebuterait dès le départ une bonne proportion des femmes.
Cependant, ces choses ne suffisent pas à expliquer un fossé aussi grand sur les sites concernés. En effet, il a été constaté, notamment, que les femmes sont très présentes sur certains sites et non d’autres. Malheureusement, les wikis hébergés par la WMF sont du mauvais côté.

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2- C’est une chose de constater un fossé des genres, ça en est une autre d’intervenir à ce sujet.
Tout d’abord, il n’est pas évident pour un homme de poser des actions à ce niveau. Au mieux, cela est perçu par une part importante des femmes comme une ingérence malvenue. Au pire, comme une forme d’appropriation culturelle. Ceci, sans parler de la perception de plusieurs hommes envers les féministes masculins.Scale icon green.svg

Ensuite, puisque la neutralité de point de vue est l’un des cinq piliers fondateurs de Wikipédia, la communauté est généralement allergique à tout mouvement militant dans ses rangs. Vouloir agir pour combler le fossé des genres peut-être perçu comme une volonté d’instrumentaliser le projet, ce qui occasionne généralement des réactions épidermiques. Wikipédia se doit de représenter le monde tel qu’il est et si celui-ci est débalancé a niveau des genres, cela sera également le cas de Wikipédia.

Puisque Wikipédia est rédigée à partir de sources et se doit de représenter le plus fidèlement possible celles-ci, qu’en est-il de ces dernières au niveau du genre ?

Fossé des genres dans les sources

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Grâce à l’association toujours plus grande d’entrées de publications à leur élément équivalent sur la base de données libres Wikidata, il est devenu aisé de réaliser toutes sortes de statistiques sur le contenu de ces publications. Ainsi, le mois dernier, nous avons réalisé une évaluation du contenu genré de 55 dictionnaires et encyclopédies classiques. Le résultat est sans appel : le même fossé des genres est observé dans ces publications que sur Wikipédia. On y retrouve ainsi en moyenne près de 10 hommes pour une femme.

Il semblerait donc que nous soyons pris dans une sorte de cercle vicieux. Peu de contenu féminin dans les sources, peu d’identification des femmes au contenu, peu de femmes qui interviennent sur le contenu, peu de contenu féminin dans les sources, etc..

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« Notre postulat est que le taux de participation féminine sur Wikipédia sera directement corrélé au taux de contenus « féminin » de l’encyclopédie2. »

La problématique étant complexe et les actions à poser n’étant pas toutes valables, agir pour augmenter le contenu « féminin » du site semble être un geste qui ne peut qu’être positif. Peut-être ainsi pourrons-nous transformer le cercle vicieux en cercle vertueux tout simplement en changeant le sens de rotation de ce dernier. Ainsi, en augmentant le contenu « féminin », peut-être que plus de femmes s’intéresseront à la modification du site et créeront du contenu qui leur ressemble, contenu qui risque d’attirer d’autres femmes qui créeront elles aussi du contenu qui leur ressemble, etc.

Respect des sources ?

De prime abord, on pourrait croire que le débalancement des genres au niveau des sources encyclopédiques engendre inévitablement un débalancement des genres sur Wikipédia puisque cette dernière se doit d’être le reflet des sources. Cependant, cette croyance doit être fortement nuancée pour deux raisons. Tout d’abord, de nouvelles sources sont produites à chaque jour et le débalancement des genres s’y réduit dans bien des domaines. On peut anticiper, si la tendance se maintient, une réduction significative et généralisée du fossé des genres avec le temps dans ces dernières.

Mais surtout, Wikipédia est loin d’être un projet achevé ayant intégré l’ensemble des connaissances des publications classiques. Seulement pour Wikipédia en français, il existe au moins 10 000 femmes ayant un élément Wikidata associé à l’une des 55 publications recensées et qui n’ont pas d’article sur frwiki3. Ainsi, même s’il y a grosso modo une femme pour 10 hommes dans ces publications, il manque tellement de contenu que n’importe qui peut créer, sans relâche pendant des années, seulement des articles sur des femmes, sans épuiser le sujet, car les sources sont incontestables et donc parfaitement admissibles sur Wikipédia. Elles représentent donc la frontière basse du projet.

Voici une liste de 100 articles à créer possédant le plus de liens vers d’autres versions linguistiques de Wikipédia. Cette liste est mise à jour au fur et à mesure que les articles sont créés. Si vous créez un ou plusieurs d’entre-eux, nous vous invitons à ajouter le mot-clic #womeninred ou #femmesenrouge dans le résumé de modification.

À la suite de ces constats, j’ai décidé de lancer un #moisdesfemmes sur Twitter et sur Facebook en proposant à chaque jour la création d’un article différent sur une femme en rouge. J’ai également proposé d’utiliser les mots-clics #femmesenrouge et #womeninred afin de mieux tracer les contributions faites expressément par volonté d’augmenter le contenu féminin de Wikipédia.

Autrement, il existe aussi plusieurs projets du mouvement Wikimedia visant à créer du contenu sur des femmes.

 

 

                 Bienvenue à tout.e.s !

Source de l’image : Lëa-Kim Châteauneuf, commons, licence cc-by-sa, merci pour l’affiche et la complicité.

2019, l’année de la co-création selon le School Library Journal

Lectrice du School Library Journal, une revue professionnelle que je tiens en haute estime, je suis tombée sur cet article de l’éditrice Rebecca T. Miller qui annonçait en janvier que 2019 serait l’année de co-création. Le discours prospectif de Miller est fort intriguant car la co-création ou le co-design qui s’installe progressivement dans le monde des bibliothèques et des services publics semble désormais se tourner vers des publics spécifiques, ici les jeunes, pour lesquels les méthodes devront forcément être adaptées.

J’ai présenté à l’Association pour la promotion des services documentaires scolaires (APSDS) en décembre dernier une conférence qui s’intitulait Dessine-moi une bibliothèque : Du design centré sur l’humain ou design du care et qui répondait, je crois, à la curiosité du milieu des bibliothèques scolaires québécoises à l’égard de ces nouvelles pratiques. Dans la foulée de cette intervention, mais aussi en guise de matériel de réflexion pour préparer la journée professionnelle organisé par les Services des Milieux documentaires (BAnQ) portant sur l’expérience-usager (L’usage de la bibliothèque : une expérience globale) – et où Nicolas Beudon est un des conférenciers invités – j’ai pensé que la traduction de cet éditorial pouvait être à propos et en souligner la pertinence :

Qu’est-ce qui est possible dans un environnement véritablement collaboratif où chaque personne, qu’il soit organisateur ou participant, est responsable de «co-créer» avec les autres ?

Le terme de co-création décrit bien ce qu’il en est : différentes parties prenantes se réunissent pour explorer et réaliser quelque chose de nouveau via un processus de collaboration profonde. C’est un mécanisme d’autonomisation collective par l’appropriation individuelle des contributions nécessaires pour tracer la voie à suivre. Les bibliothécaires deviennent toujours meilleurs en matière d’engagement – lorsqu’il s’agit de chercher et d’utiliser des commentaires, réunir des groupes consultatifs, participer à des comités, etc. La co-création est une étape supplémentaire dans le continuum de l’engagement. Les meilleurs comités co-créent de temps en temps, mais cela amène le travail des comités à un niveau supérieur. Les co-créateurs ne contribuent pas simplement à un processus: ils maîtrisent le problème et la solution potentielle dès le début.

Au fil des ans, j’ai participé à de nombreuses nouvelles initiatives, comités et conseils d’administration, mais je me suis engagé seulement dans la co-création délibérée dans le cadre de ma participation à la New York Library Association (NYLA) Sustainability Initiative. Je suis intéressée par la co-création depuis ce moment. Cette approche intentionnelle de la pensée collaborative nécessite que tout le monde soit investi pour réussir. La responsabilité est réelle, ce qui incite à investir davantage dans les solutions potentielles.

Rebekkah Smith Aldrich et Matthew Bollerman, coprésidents de NYLA SI, travaillaient ensemble sur les questions de développement durable depuis un certain temps, mais ils avaient adopté une approche de co-création pour la formation de la Sustainability Initiative, parce que, comme le disait Aldrich, ils savaient qu’ils n’avaient pas tous les réponses ou ce à quoi ça ressemblerait et nous voulions inviter les autres à réfléchir avec nous. » Bollerman avait découvert le concept de co-création lorsqu’il travaillait sur un projet avec John Boecker, membre fondateur du cabinet de design écologique 7group, et ils ont appliqué l’approche.

Le développement durable est «un problème complexe. Personne ne peut s’en sortir tout seul, tout comme une bibliothèque ne peut pas résoudre seule les problèmes de sa communauté », déclare Aldrich. « Un modèle de leadership distribué pour un impact collectif est la clé de notre succès. »

Fait important, dans un environnement de co-création, le leadership émerge de l’ensemble du groupe plutôt que de haut en bas, et cela va et vient. Permettre à cette dynamique particulière de prendre un peu de discipline peut prendre un peu de discipline de la part de toutes les personnes impliquées – les dirigeants connus pourraient être obligés de prendre du recul, et les modérateurs de veiller à créer un espace pour que chacun puisse exprimer ses idées et apporter sa contribution. La modélisation d’un état ouvert d’apprentissage actif aide. Cela peut aussi transformer la relation d’une institution avec les personnes qu’elle sert, contribuer au développement des compétences et favoriser la communauté.

La co-création peut s’appliquer à des problèmes, grands ou petits, mais la stratégie est particulièrement utile, me semble-t-il, lorsqu’un problème est complexe ou lorsqu’on se dirige vers un territoire inconnu. À SLJ, nous sommes intéressés à explorer davantage cette question. C’est une des raisons pour lesquelles nous nous concentrons sur les bibliothèques impliquées dans la co-création du programme de notre groupe de réflexion sur les bibliothèques publiques, qui se tiendra du 7 au 8 mars à Miami, et intitulé Public Library Think Tank : The Future is Theirs : Community Co-Creation with Kids ans Teens.

Nous aborderons la co-création comme une approche stratégique; nous verrons aussi la manière dont les différentes approches de co-création peuvent approfondir les collections, améliorer la conception des espaces, restructurer la programmation de fond en comble, informer, sensibiliser, permettre les initiatives technologiques, etc. Si vous co-créez des services de bibliothèque avec des enfants et des adolescents, nous aimerions beaucoup avoir de vos nouvelles.

Bonne année de co-création !

La Semaine de la liberté d’expression du 24 février au 2 mars, le plus beau temps de l’année … et de nos démocraties #Libertédexpression #FTRWeek

Freedom to Read Week 2019

Comme l’ont fait remarqué avec beaucoup d’à propos les bibliothèques d’Ottawa, la Semaine de la liberté d’expression est le « deuxième plus beau temps de l’année, après le Mois des bibliothèques (octobre) ».

Le Colibri (Comité sur la liberté intellectuelle de l’EBSI) a élaboré une programmation à la hauteur de ce sujet qui incarne une des valeurs cardinales dans le monde des bibliothèques et des archives.

La première activité est d’importance. Nous avons la chance exceptionnelle d’accueillir Pierre Trudel, professeur à la Faculté de droit et contributeur régulier du journal Le Devoir, qui a participé à l’ouvrage collectif récemment publié intitulé Liberté surveillée : Quelques essais sur la parole à l’intérieur et à l’extérieur du cadre académique (Leméac, 2019).

Le chapitre qu’il consacre à la liberté d’expression fournit les clés nécessaires à la compréhension de ce sujet à la fois compliqué et complexe. Ce texte essentiel nous permet de de distinguer les différents registres par le biais duquel ce principe se décline – notamment dans les sociétés démocratiques qui reconnaissent la « faculté de critiquer » – entre, d’un côté, ce qui relève de la règle de droit définie par le contexte juridique et ce qui, de l’autre, concerne l’idée de la liberté d’expression, qui est généralement admise, mais dont la signification épousera une diversité de valeurs, de conceptions éthiques et philosophiques, en opérant presque inévitablement à partir d’une « normativité implicite ». Il discute également de la protection de la liberté d’expression au Canada et de certains enjeux qui en découlent incluant « les demandes d’ « épurer » les bibliothèques » auxquels il réserve une section. Dans le cadre de la conférence qui se tiendra demain, Pierre Trudel présentera certains de ces enjeux qui touchent de manière critique la liberté des activités expressives aujourd’hui. Cette conférence, suivie d’une discussion, aura lieu mardi le 26 février, de 11h45 à 12h45 à l’Université de Montréal, au Pavillon Jean-Brillant, salle B-3240. Elle est ouverte à tou.te.s.

Une table ronde se tiendra ensuite jeudi midi portant sur la place des contenus et des voix LGBTQ+ dans l’espace public. Marie-Christine Saint-Pierre, dont le mémoire de maîtrise portait sur cette question, viendra parler de la présence de la fiction LGBTQ+ dans les collections jeunesse des bibliothèques publiques québécoises. Michael David Miller interrogera à son tour la présence et l’inclusion de la communauté LGBTQ+ au sein du projet Wikipédia à partir du contenu et du système (acteurs, communauté, organisation) qui soutiennent ses activités sur le territoire wikimédien québécois. La table ronde se déroulera jeudi le 28 février, de 11h45 à 12h45 à l’Université de Montréal, au Pavillon Jean-Brillant, salle B-3265. Elle est ouverte à tou.te.s.

Jeudi soir, le film, Le prix des mots, du cinéaste Julien Fréchette (ONF) sera présenté à Temps Libre. Ce thriller documentaire raconte l’incroyable saga juridique et les procès qui ont opposé les compagnies minières canadiennes Barrick Gold et Banro à l’auteur Alain Deneault et aux Éditions Écosociété, suite à la publication du livre Noir Canada en 2008. Apportez votre exemplaire de Noir Canada si vous en avez un (j’ai le mien). Le visionnement du film sera suivi d’un échange avec Anne-Marie Voisard, auteure de l’essai Le droit du plus fort. Cette activité aura lieu à Temps libre jeudi 28 février de 17h à 19h. 5605, avenue de Gaspé, Espace 106, Montréal.

Vendredi, un atelier visant à étendre la liberté de lire dans le monde des réseaux clôturera ce quasi festival. Cette activité s’inscrit à la fois dans le contexte de la Semaine de la liberté d’expression et de l’exposition Conrad Poirier : Valoriser les communs du domaine public. Intitulé Semaine de la liberté d’expression : atelier remix et domaine public, l’atelier vise à explorer une voie permettant d’élargir l’accès au domaine public et sa diffusion, et partant d’étendre la liberté de lire, en créant et en publiant un livre numérique libre.

Dans le cadre de cette activité avec Pierre Choffet (Café des savoirs libres) nous allons :
1. explorer le sujet des licences de type Creative commons et domaine public;

2. créer, étape par étape, un epub à partir du pdf d’une oeuvre emblématique qui est entrée dans le domaine public canadien en 2019 – en même temps que Conrad Poirier : Le Survenant de Germaine Guèvremont )

3. présenter aussi des exemples de sites où il est possible de déposer/diffuser ces contenus – et d’en trouver d’autres, bien sûr.

Les étudiant.e..s et les participant.e.s peuvent apporter d’autres oeuvres littéraires sous licence libre qu’ils et elles pourront transformer en epub (pour autant que ce soit un pdf dont le texte est sélectionnable). L’activité se déroulera à l’Université de Montréal, Pavillon Jean-Brillant, au laboratoire de l’EBSi (local C-2027) de 11h45 à 13h.

Cette activité s’inscrit dans le prolongement de ce souci exprimé à plusieurs reprises, notamment ici et ici, concernant la prolongation du droit d’auteur dans le contexte de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) à l’automne dernier. En effet, cette décision récente est appelée compromettre le domaine public canadien, en entraînant aussi sa fermeture pour 20 ans, en passant d’une régulation posant que les droits d’auteur expirent 50 ans après la mort de l’auteur, comme c’est le cas actuellement de la plupart des pays dans le monde, à 70 ans après la mort de l’auteur. Cette décision implique nécessairement un recul de nos libertés.

Par ailleurs, cette activité prolonge également une réflexion que j’avais élaborée l’an dernier dans le contexte du congrès annuel de la Fédération canadienne des associations de bibliothèques (FCAB/CFLA) qui portait sur la liberté intellectuelle. Dans ce texte, je tentais de faire valoir, d’une part, que le rôle des bibliothèques, comme gardiennes de la liberté intellectuelle, se transformait dans le contexte de la transition numérique. Défendre le droit de lire les définissent toujours, mais cet engagement à défendre la liberté intellectuelle et la sphère publique aux côtés des citoyens et des citoyennes, exige aussi aujourd’hui que nous prenions position concernant divers enjeux liés aux libertés numériques telles que :

Par ailleurs, en référence aux politiques publiques des bibliothèques (IFLA, ALA, etc.) nous sommes liés à un discours sur le droit à la liberté intellectuelle qui se traduit également par un discours sur la possibilité d’exercer ses libertés expressives dans une perspective de justice sociale. Ce point de vue nous amène à penser la liberté d’expression comme une forme de capabilité visant à faire en sorte que tou.t.e.s aient, concrètement et de manière équitable, les mêmes possibilités, les mêmes opportunités. Considérant les défis numériques actuels – même si ce ne sont pas les seuls défis auxquels les gens des bibliothèques et des archives sont confrontés, mais ils sont significatifs , il apparaît nécessaire de faire un pont entre la défense de la liberté d’expression/liberté intellectuelle et la littératie numérique; et aussi un pont entre la défense de la liberté d’expression/liberté intellectuelle et la promotion des communs numériques qui offrent les conditions les plus favorables en termes de réduction des barrières à l’accès.

J’en profite pour souligner le rôle exemplaire de ces bibliothèques publiques qui ont ouvert leurs portes pour accueillir les cafés citoyen sur l’intelligence artificielle dans le cadre de la démarche de co-construction entourant la Déclaration de Montréal sur le développement responsable de l’intelligence artificielle en 2018. Voilà un exemple concret de geste qui est susceptible de contribuer à une justice numérique. Je rappellerai enfin que les principes de cette Déclaration qui s’est écrite via l’espace public de ces bibliothèques

reposent sur l’idée commune que les êtres humains cherchent à s’épanouir comme êtres sociaux doués de sensations, d’émotions et de pensées, et qu’ils s’efforcent de réaliser leurs potentialités en exerçant librement leurs capacités affectives, morales et intellectuelles.

Cette Semaine est aussi l’occasion de promouvoir cette Déclaration sur le développement responsable de l’intelligence artificielle. Une grosse semaine en perpsective 🙂

Je saisis aussi l’occasion pour vous inviter à partager et signer cette lettre rédigée par la Fédération canadienne des associations de bibliothèques (FCAB-CFLA) en appui aux bibliothèques de Vancouver qui ont été interrogées et remises en questions à propos de l’usage communautaire de leurs espaces publics par une organisation féministe. Cette lettre d’appui porte un discours qui montre bien où logent ces institutions et la valeur qu’elles accordent à la liberté d’expression et la liberté intellectuelle aujourd’hui.

Bienvenues à tou.te.s !

Pour aller plus loin :

Les bibliothèques publiques et la réussite éducative : + de planification nationale pour + d’impact #JPS2019

La Hutte de l’Espace Jeunes à la Grande bibliothèque (Montréal)

Les Journées de la persévérance scolaire (JPS) se déroulent du 11 au 15 février sur le thème « Nos gestes, un + pour la réussite scolaire ». Dans un cahier spécial sur l’éducation, Le Devoir introduit le sujet en ces termes :

Réduire le nombre d’enfants qui commencent leur scolarité avec un facteur de vulnérabilité, diminuer le décrochage scolaire, augmenter la proportion d’élèves qui obtiennent un diplôme avant 20 ans… Tous ces objectifs s’inscrivent dans la Politique de la réussite éducative du Québec. Les objectifs à atteindre sont grands et le réseau des CPE, garderies en milieu familial, privées ou subventionnées, la maternelle 4 ans, l’état des écoles, des services aux élèves ou encore les conditions de travail des enseignants sont au coeur de bien des débats. États des lieux et coup d’oeil sur différentes initiatives et divers projets qui peuvent être déterminants dans le cheminement des enfants, de la garderie à la cour d’école, en passant par le camp d’été. (Cahier spécial C, Éducation, Le Devoir,samedi et dimanche 10 février 2019, )

Je voudrais contribuer à la réflexion sur cet « état des lieux » en élargissant les termes du débat aux acteurs communautaires, qui ne sont pas mentionnés ici, et en abordant le rôle des bibliothèques publiques québécoises dans ce vaste chantier.

S’il fallait s’en tenir au principal document en cause, soit la Politique de la réussite éducative lancée le 21 juin 2017 sous le précédent gouvernement, cet exercice serait assez bref puisqu’une recherche par occurrence dans le texte ne donne aucun résultat associé au mot « bibliothèque ». Et ce même si la Politique porte un discours favorable à une approche communautaire de la littératie. Le mot « communauté » revient d’ailleurs 59 fois dans cette Politique qui compte 84 pages.

La Politique propose une vision visant à i. Agir tôt et tout au long de la vie et ii. Mobiliser la communauté éducative. À ce titre, cette vision prend en considération l’importance d’agir avant et au-delà du parcours scolaire dans un cadre de responsabilité qui n’est plus défini sur une base individuelle dans un contexte d’éducation formelle, mais qui est partagé par les acteurs de la communauté éducative.

À l’école des New Literacy Studies, les études soulignent en effet le caractère déficient des approches qui abordent l’alphabétisation et les littératies comme des enjeux essentiellement individuels et scolaires. Ces études mettent l’emphase sur une approche systémique où alphabétisation et littératies sont conçues en tant que pratiques sociales et culturelles reliant la famille, l’école (incluant afortiori les bibliothèques scolaires) et la communauté – dont les bibliothèques publiques et les autres acteurs communautaires font partie.

La Stratégie 0-8 ans qui a suivi la Politique a pris soin de désigner plus explicitement les acteurs communautaires afin qu’ils et elles se reconnaissent comme parties prenantes dans ce chantier et dans le partage des responsabilités qu’il implique :

Les huit premières années de la vie sont déterminantes dans toutes les sphères du développement global des enfants. C’est également au cours de cette période qu’ils réalisent les apprentissages les plus déterminants pour leur réussite éducative : la lecture, surtout, de même que l’écriture et la mathématique. S’ils ne possèdent pas les acquis attendus au terme du premier cycle du primaire, les enfants rencontreront plus de difficultés dans la poursuite de leur parcours scolaire. La capacité de lecture à cet âge, rappelons-le, est une compétence transversale liée à la réussite scolaire ultérieure : les enfants apprennent à lire pour pouvoir, par la suite, lire pour apprendre. Ces apprentissages se réalisent progressivement, d’abord par des activités d’éveil et de stimulation au sein de la famille, dans les bibliothèques publiques ou encore par l’intermédiaire des organismes communautaires qui offrent également ce type d’activités, et plus tard dans les services de garde éducatifs à l’enfance. (MCC, Stratégie 0-8 ans, p. 41)

Auparavant à l’automne 2016, le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) a interpelé les instances régionales de concertation sur la persévérance scolaire et la réussite éducative (IRC) en leur confiant le déploiement d’une nouvelle mesure visant à valoriser et à promouvoir la lecture auprès des 0-20 ans et des parents. Cette mesure contient plusieurs propositions orientées sur la « création et consolidation d’une synergie entre les bibliothèques, le réseau scolaire et les différents partenaires ». Cette mesure visait le développement de projets et d’activités complétés à terme sous la forme d’un rapport devant être déposé le 31 décembre 2017. (Mesure sur la lecture, p.3)

Qu’en est-il de cette mesure, de ses résultats, et maintenant de cette orientation explicite en matière de littératie communautaire dans le contexte du changement de gouvernement? Pour le moment, les engagements du gouvernement actuel semblent prioriser des moyens pour « agir tôt » qui visent à combler les nombreuses lacunes des milieux de l’éducation formelle, c’est-à-dire, scolaires.

Des initiatives locales

Des initiatives mises en place dans la foulée de cette mesure notamment à l’enseigne du Réseau Réussite Montréal subsistent. Le cahier Éducation du Devoir présente quelques « gestes concrets » tel que le projet « Délire », qui vise « à accroître et maintenir l’intérêt pour la lecture chez les jeunes de 16 à 20 ans », le plaisir de lire surtout, que le contexte informel des bibliothèques, ici les Bibliothèques de Montréal, favorisent. Des projets se dessinent également à plus long terme, par l’entremise de l’Association des bibliothèques publiques du Québec (ABPQ), grâce à un financement du MEES, qui suggèrent le début historique d’une reconnaissance de leur mission éducative, pourtant séculaire, et qui visent à développer des outils et des formations auprès du personnel des bibliothèques sur la littératie familiale.

D’autres exemples d’initiatives locales donnent un aperçu de la diversité des actions, mais surtout de leur caractère intentionnel en matière de soutien à la littéracie familiale et de persévérance scolaire. Certains de ces exemples m’ont été fournis par la Bibliothèque de Sainte-Julie (que je remercie) : heures du conte; club de lecture d’été; le coin des Apprentis Sage! : Un coin jeu favorisant la stimulation du langage dédié aux tout-petits et leurs parents avec des jeux de stimulation du langage pour les 0 à 5 ans; des jeux éducatifs sont mis à la disposition des parents et les intervenants en petite enfance qui veulent les emprunter; la Rimbambelle; l’escouade du livre en été dans les parcs de la ville avec deux animatrices entourées de livres passionnants proposent aux jeunes des lectures amusantes ainsi que des activités stimulantes pour les 5 à 14 ans; club de lecture de la livromanie pour les 8 à 11 ans (de Communication-Jeunesse).

Outre le projet « Délire », les bibliothèques de Montréal dispose aussi d’une offre locale à laquelle s’ajoutent des actions coordonnées par la Direction pour l’ensemble du réseau et dont on peut apprécier l’étendue et la profondeur dans ce document.

Les exemples d’activités et de collaborations en lien avec les littératies et la réussite éducative impliquant les bibliothèques apparaissent assez nombreuses et répandues. En revanche, personne, aucun ministère, aucun service des milieux documentaires ou autre association, n’est en mesure de produire un portrait fidèle de la situation, c’est-à-dire, de ce que font les bibliothèques publiques québécoises sur ce plan – en dehors d’opinions, d’anecdotes, de retours d’expérience. Ce qui revient à admettre que l’on ne peut pas, en ce moment, produire de véritable « état des lieux » qui nous permettent de décrire de façon rigoureuse leur contribution pour une meilleure planification de leur action et de leur impact à l’échelle locale et nationale.

Des conditions de réussite pour la réussite scolaire et +

Je souhaiterais attirer l’attention sur le fait que, au-delà des initiatives locales, les bibliothèques publiques constituent une opportunité pour agir de façon structurée puisqu’elles réunissent une ensemble de conditions susceptibles d’augmenter l’impact d’une stratégie pour la littératie et la réussite scolaire qui soit susceptible d’avoir une portée nationale :

  • Ancrées dans les communautés, elles sont réparties sur l’ensemble du territoire : 96 % de la population québécoise est desservie par une bibliothèque publique (Institut de la Statistique, Statistiques générales des bibliothèques publiques, 2015);
  • Davantage de personnes sont abonnées aux bibliothèques publiques qu’il y en a d’inscrites dans les écoles;
  • Ce sont des équipements publics, financés par les contribuables, via le Ministère de la culture et des communications ainsi que par les municipalités; et donc des relais publics de proximité pour la réussite qui sont directement mobilisables;
  • Elles sont organisées en réseaux et opèrent en un système de collaboration local, national et international;
  • Les littératies sont au coeur de leur mission, tout comme l’apprentissage tout au long de la vie; et au sujet de la littératie communautaire, il faut savoir que les bibliothécaires sont formé.e.s aujourd’hui au développement communautaire stratégique autant qu’au développement de collections;
  • De plus en plus, elles adoptent une perspective de care/justice sociale et se préoccupent des populations vulnérables ou socialement exclues et des obstacles systémiques qui freinent le développement des capacités associées aux littératies.

La perspective d’une stratégie nationale qui serait à même de saisir cette opportunité et de mieux utiliser ces services publics – en tant que financés par des fonds publics – est un défi. On pourrait parler du défi des trois « P » : le défi du pilote, le défi des politiques publiques et le défi du personnel.

Pas de pilote, de politique et personnel

Le défi du pilote s’entend plutôt comme le défi de ne pas avoir de pilote dans l’avion. Ballotées entre le MCC (qui met l’emphase sur la fonction culturelle, et surtout leur capacité à supporter l’industrie du livre, sans prendre en considération leur mandat éducatif et sans intervenir sur les vues souvent décalées des villes) et le MEES (duquel elles ne relèvent pas même si ce sont des institutions d’éducation assumées à travers tous les énoncés de mission internationaux qui les concernent), les bibliothèques publiques du Québec sont plutôt orphelines, adoptées par des maires qui ne savent pas trop quoi en faire, soucieux surtout qu’elles ne leurs coûtent pas cher.

Elles sont aussi « sans papier », c’est-à-dire qu’elles ne sont pas en mesure de se développer à l’aide de politiques publiques appropriées et suffisamment concrètes au plan national. Dans ces conditions, les bibliothèques publiques font figure de service public mal utilisé/géré par les gouvernements locaux et nationaux. Une planification globale, une stratégie nationale pourrait définir des orientations et des dispositifs incitant les villes à offrir des services de qualité en matière de littératie sur l’ensemble du territoire québécois afin d’avoir plus d’impact.

Faudrait-il que le « geste » soit une loi? La Suède s’est récemment dotée d’une loi pour ses bibliothèques dont une des priorités est la littératie.

Le défi du personnel est un des autres grands enjeux des bibliothèques publiques québécoises. À l’heure actuelle, il y a près de deux fois moins de bibliothécaires ETC (employés à temps complet) par 10 000 habitants dans les bibliothèques publiques du Québec que dans celles des différentes provinces canadiennes ou encore dans celles de quelques villes québécoises qui desservent des populations plus largement anglophones supportées par des administrations municipales qui, traditionnellement, en ont reconnu, la valeur.

Je reprends les propos des Denis Chouinard, Président de l’ABPQ, à l’automne dernier :

Ainsi, 65 % des municipalités comptent à leur bibliothèque moins de quatre employés à temps complet, indiquent les données 2017 de Statbib. « Comment peuvent-ils faire pour fonctionner ? », se demande M. Chouinard, qui a la chance, à la bibliothèque de Mont-Royal, de faire partie d’une équipe de 28. Car sa bibliothèque, depuis des décennies, est exceptionnellement choyée par le conseil municipal (voir encadré). « Si on veut que même les toutes petites biblios jouent leur rôle, il faut un minimum de personnel pour les animer, et pour gérer les collections. » Actuellement, 49 % des municipalités n’emploient aucun bibliothécaire. Près de 17 % des bibliothèques n’ont pas d’employés spécialisés — ni bibliothécaire, ni technicien en documentation. Le Québec compte 0,64 bibliothécaire diplômé par tranche de 10 000 habitants, selon les statistiques de 2015. Comparativement, l’Ontario en a 1,04, la Colombie-Britannique 1,07, et les États-Unis, en moyenne 1,01. (Catherine Lalonde, La bibliothèque publique, une richesse sous-exploitée, Le Devoir, 22 octobre 2018)

Sous la forme d’un tableau dans un des derniers rapports publiés par l’Observatoire de la culture et des communications du Québec en 2015, cela ressemble à ceci :

Ce qui suggère que l’on n’a pas encore compris et agi en phase avec la transformation des besoins des usagers et des bibliothèques du 21e siècle, avec la transition des collections vers les connexions; que l’on entretient encore la vision de la bibliothèques comme dépôt de livres au dépens d’un modèle de service orienté sur le développement communautaire, facilitant les littératies familiale, scolaire, communautaire – et ce même si on se targue de faire des « bibliothèques tiers lieux ». Un peu plus d’outils, un peu plus de formation ne nuira jamais, mais le problème de fond réside dans la précarité des équipes professionnelles au sein des bibliothèques publiques.

Cette situation de sous-dotation professionnelle explique aussi la quasi-absence de bibliothécaires jeunesse dans les bibliothèques publiques québécoises, un luxe qui, dans le meilleur des cas, est réservé à quelques grandes villes (Montréal?). Ces bibliothécaires jeunesse sont définitivement parmi les mieux placée.s pour développer et programmer des services en phase avec les connaissances les plus actuelles et les plus pointues sur les questions de littératie pour les publics jeunesse au sein des communautés. La rareté des bibliothécaires jeunesse est un autre aspect qui caractérise le cadre inéquitable du système québécois des bibliothèques publiques, que ce soit entre les villes du Québec ou from coast to coast; un autre chapitre de la gestion déficiente des bibliothèques publiques québécoises.

Sans doute « l’addition d’une multitude de gestes à la portée de tous, parents, membres de la famille, amis, éducatrices, enseignants, intervenants, élus ou encore décideurs, peuvent avoir une influence concrète sur la persévérance et la réussite des jeunes. » comme on le promeut dans le cadre des JPS. Je souhaitais faire valoir, c’est ma conclusion, qu’une gestion et une planification nationale conséquentes des bibliothèques publiques est un des scénarios parmi les plus prometteurs en vue d’avoir un impact structurant sur la persévérance et la réussite des jeunes. Mais est-ce que l’on y tient vraiment? C’est dit. Bonnes JPS !

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Des exemples d’initiatives en lien avec la littératie et la persévérance scolaire en bibliothèque publique :


Notes sur Elizabeth Anderson : La philosophe qui veut redéfinir l’égalité

 Anderson is the chair of the University of Michigan’s department of philosophy and a champion of the view that equality and freedom are mutually dependent, enmeshed in changing conditions through time. Working at the intersection of moral and political philosophy, social science, and economics, she has become a leading theorist of democracy and social justice. She has built a case, elaborated across decades, that equality is the basis for a free society. Her work, drawing on real-world problems and information, has helped to redefine the way contemporary philosophy is done, leading what might be called the Michigan school of thought. Because she brings together ideas from both the left and the right to battle increasing inequality, Anderson may be the philosopher best suited to this awkward moment in American life. She builds a democratic frame for a society in which people come from different places and are predisposed to disagree.

In 1999, Anderson published an article in the journal Ethics, titled “What Is the Point of Equality?,” laying out the argument for which she is best known.

In Anderson’s view, the way forward was to shift from distributive equality to what she called relational, or democratic, equality: meeting as equals, regardless of where you were coming from or going to. This was, at heart, an exercise of freedom. The trouble was that many people, picking up on libertarian misconceptions, thought of freedom only in the frame of their own actions. If one person’s supposed freedom results in someone else’s subjugation, that is not actually a free society in action. It’s hierarchy in disguise.

To be truly free, in Anderson’s assessment, members of a society had to be able to function as human beings (requiring food, shelter, medical care), to participate in production (education, fair-value pay, entrepreneurial opportunity), to execute their role as citizens (freedom to speak and to vote), and to move through civil society (parks, restaurants, workplaces, markets, and all the rest). Egalitarians should focus policy attention on areas where that order had broken down. Being homeless was an unfree condition by all counts; thus, it was incumbent on a free society to remedy that problem. A quadriplegic adult was blocked from civil society if buildings weren’t required to have ramps. Anderson’s democratic model shifted the remit of egalitarianism from the idea of equalizing wealth to the idea that people should be equally free, regardless of their differences. A society in which everyone had the same material benefits could still be unequal, in this crucial sense; democratic equality, being predicated on equal respect, wasn’t something you could simply tax into existence. “People, not nature, are responsible for turning the natural diversity of human beings into oppressive hierarchies,” Anderson wrote.

Part of the novelty in Anderson’s approach came from a shift in how she practiced philosophy. Traditionally, the discipline is taught through a-priori thought—you start with basic principles and reason forward. Anderson, by contrast, sought to work empirically, using information gathered from the world, identifying problems to be solved not abstractly but through the experienced problems of real people.

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