#nanoveille 2015.05.01 La littérature québécoise mobile, le mois de la bd, la bibliothèque entre Darnton, Chevalier Morales architectes et Benoît Melançon

La nanoveille est une petite collection de liens choisis en butinant les actualités dans le monde des réseaux, du livre, de l’information et des bibliothèques sur le fil Twitter. 

Le rapport des bibliothèques américaines 2015: Où en sont les bibliothèques publiques?

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Le rapport des bibliothèques américaines est une publication à ne pas manquer. Du côté des bibliothèques publiques en 2015, on constate un changement dans la perception que les citoyens et les communautés entretiennent à l’égard des nouveaux rôles des bibliothèques. Ces derniers conçoivent désormais les bibliothèques comme des lieux d’ancrage social.

L’examen de la situation des bibliothèques publiques américaines en 2015 révèle l’importance des enjeux et des services suivants :

1) L’inclusion numérique par le développement des compétences numériques. « They have responded to the growth in computer technology by providing both access and training, from coding classes to 3D printing. » 98% des bibliothèques offrent des formations liées à la littéracie numérique. Cette donnée provient du Digital Inclusion Survey. Les collaborations avec le programme STEM se multiplient.

2) L’essor des espaces de créativité et des activités de fabrication. « New forms of programming today, from makerspaces to drop-in craft activities reflect our changing world. »

3) Le souci pour une plus grande diversité culturelle dans les collections, notamment pour les jeunes. « Over the past 12 months the library community has fostered conversations and fueled a groundswell toward activism to address the lack of diversity reflected in children’s literature—both in content and among writers and illustrators. »

4) Une conception des bibliothécaires comme agents de transformation sociale qui proposent des lieux et des processus de codesign citoyen. « Libraries also address unique community needs, offering a neutral space for patrons, residents, faculty, and students to discuss and resolve critical issues. »

Voici la liste annuelle des 10 livres qui ont suscité le plus grand nombre de demandes de retrait des rayonnages (censure):

  • The Absolutely True Diary of a Part-Time Indian, par Sherman Alexie
  • Persepolis, par Marjane Satrapi
  • And Tango Makes Three, par Justin Richardson and Peter Parnell
  • The Bluest Eye, par Toni Morrison
  • It’s Perfectly Normal, par Robie Harris
  • Saga, par Brian K. Vaughan and Fiona Staples
  • The Kite Runner, par Khaled Hosseini
  • The Perks of Being a Wallflower, par Stephen Chbosky
  • A Stolen Life: A Memoir, par Jaycee Dugard
  • Drama, par Raina Telgemeier

Bonne lecture!

Des droits d’auteur sur le domaine public : Tous ces livres sont à qui?

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Pas le droit de faire ce qu’on veut avec le domaine public? Au cours d’un atelier sur l’iconographie à BAnQ où l’on présentait des documents dont la pauvre carcasse de papier remontait parfois au 17e siècle, on m’a interdit de publier les photos que j’avais prises des trésors exposés. N’est-ce pas un parti pris fort discutable que celui qui consiste à revendiquer des droits d’auteur sur les oeuvres du domaine public? A fortiori lorsqu’il s’agit d’une institution patrimoniale comme la bibliothèque nationale? Et pourtant, c’est cette approche que BAnQ semble adopter à l’égard du domaine public québécois et de l’usage qu’elle prescrit aux citoyens.

En congé ce jour-là et bibliophile à mes heures, j’étais inscrite à un atelier d’iconographie documentaire permettant de se familiariser avec les imprimés anciens à partir des exemplaires originaux de livres, de gravures, de feuilles volantes, etc. C’était aussi l’occasion d’apprendre le vocabulaire descriptif propre au domaine puis d’aborder les questions de conservation liées à ces précieux items. Les exemplaires choisis et tirés de la réserve pour les participants étaient fascinants. La compétence et la passion communicative de la bibliothécaire qui animait cette activité l’étaient tout autant.

En revanche, j’ai été très étonnée qu’on me prévienne à la fin de l’exercice de ne pas publier les photos que j’avais prises (sans flash bien sûr) de ces imprimés tombés depuis des lustres dans le domaine public. Comme j’ai argumenté que cette mesure était totalement déplacée dans le contexte où il s’agissait d’oeuvres du domaine public, on m’a répondu qu’on allait acheminer ma demande et vérifier si celle-ci était recevable.

J’ai reçu quelques jours plus tard un avis favorable disant que « [a]près vérification, il n’y a pas de problème pour diffuser sur votre blogue à des fins éducatives, les photographies de livres anciens que vous avez prises lors de votre dernière visite… » On me demandait du même coup de bien vouloir indiquer que « ces ouvrages sont tirés des collections de Bibliothèque et Archives nationales du Québec. » Merci pour la réponse, mais il me semble que, de fait, il y ait un problème. Cette autorisation comporte des ingrédients qui sont susceptibles de faire croître encore d’un cran la perplexité des usagers au lieu de l’apaiser.

Comment à des fins éducatives? De quel droit peut-on limiter l’usage du domaine public à des fins éducatives sinon en considérant que les documents en question sont soumis aux prérogatives du droit d’auteur auxquelles, dans ce cas-ci, une exception éducative est consentie par les ayants-droits?

Laissons faire les gants blancs que l’on porte habituellement pour manipuler ces imprimés fragiles: Je vois mal pourquoi je ne pourrais pas utiliser l’image de la page de titre de l’Astronomia Instaurata de Copernic – qui date de 1617 et dont c’est incidemment le 400e anniversaire en 2017 – pour en faire des tee-shirts ou des condoms décoratifs, si je le voulais, indépendamment de toutes visées éducatives?

Les citoyens pourraient avoir du mal à suivre ces limitations, c’est mon cas, il faudrait expliquer le rationnel des privilèges exclusifs dont cette institution semblent disposer sur le domaine public.

On a déjà questionné le fait que certaines institutions patrimoniales, à la manière d’une entreprise privée, puissent numériser les oeuvres pour négocier ensuite l’accès du public en revendiquant un droit d’auteur/droit d’usage sur les copies numériques qu’elles créent à partir du domaine public et en introduisant une barrière tarifée. On peut argumenter qu’il faut bien payer pour la numérisation mais, pour le moment, ces raisons ne pourraient pas être invoquées pour justifier le contrôle que l’on exerce. « Tous ces livres » sont à toi disait naguère BAnQ, on pourrait espérer que la jolie phrase trouve une signification un peu plus littérale en ce qui concerne le domaine public.

Nombreuses sont les institutions dédiées à l’héritage culturel qui ont franchi le 21e siècle avec leurs usagers et qui ont compris que leurs collections et leurs trésors bénéficiaient largement en termes de visibilité et de narratif en tirant parti des médias sociaux. Grâce aux efforts promotionnels gratuits des adeptes, des fans et des passionnés qui composent leur public enthousiaste, les oeuvres sortent des voûtes, de l’obscurité et tout cet appareil si peu démocratique. Le Musée des Beaux-Arts de Montréal est un exemple vivant de cette ouverture et de cette manière nouvelle d’accueillir et d’engager les publics en leur permettant de photographier les oeuvres du domaine public.

L’exemple le plus frappant de cette démocratisation et de cette célébration très actuelle du domaine public est sans doute celui Rijks Museum. Ce musée diffuse, depuis 2012, en haute définition une collection de ses œuvres du domaine public qui sont numérisées (plus de 150 000) pour un usage libre : « for anyone to view, download, copy, remix, print and use for any purpose they can think of ». Cette ouverture sans restriction est même encouragée à l’aide d’un concours qui récompense les initiatives les plus créatives à partir du domaine public. Le blogue d’Europeana a publié assez récemment (2014) une étude de cas qui s’intitule Democratising The Rijks Museum sur le sujet où l’on peut lire :

The museum has been really satisfied with the results of this move. They believe that their core business is to get people familiar with the collection and the museum. By making the images available without copyright restrictions, their reach has extended exponentially and far beyond their own website. The material is now for example being shared and used widely in all kinds of online platforms such as Wikipedia or educational websites. – See more at: http://pro.europeana.eu/blogpost/how-the-rijksmuseum-opened-up-its-collection-a-case-study#sthash.Vh6hyPmf.dpuf

C’est une lecture qui fait réfléchir et que je recommande sans hésiter.

Scénarios d’usages pour les tablettes en bibliothèque publique (+ une liste de ressources)

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Après l’examen du profil de la génération tablette et un survol des services mobiles, les participants du laboratoire vivant des Bibliothèques de Montréal ont entrepris d’explorer et de co-créer des avenues de développement possibles, pertinentes, innovatrices, durables pour la tablothèque. Ce troisième et dernier article sur le thème des tablettes en bibliothèque publique résume les résultats de cette démarche.

Le mur de projets

Quatre types de services ont été identifiés comme des solutions à développer dans un avenir rapproché:

  1. L’utilisation d’une tablette pour créer des parcours de découvertes. On veut recourir à la tablette pour offrir une expérience interactive, dynamique, ludique à l’aide d’applications ou de capteurs permettant de découvrir son quartier, la bibliothèque, les ressources numériques ou locales, les oeuvres des auteur(e)s ou des créateurs via des circuits, des jeux de pistes, des rallyes, etc.  La tablette se fait participative et l’emphase est placée sur la découverte et la médiation culturelle au service de l’écosystème local. On estime qu’une approche événementielle de type fabricathon (exemple Bibliomix version bibliothèque de Muséomix) pourrait être l’occasion de concevoir et prototyper ces services.
  2. Le prêt interne et externe de tablettes. Les deux types de services, prêt interne et externe, suscitent également un intérêt significatif et visent à offrir un accès à internet plus étendu et adapté aux usages actuels en accord avec les finalités de la Ville intelligente. Dans le cas du prêt interne, le libre-service avec la carte d’abonné s’impose. L’hypothèse de créer un consortium-réseau pour aborder les fournisseurs de tablettes qui proposent des dispositifs de libre-service est fortement recommandée. La possibilité d’offrir une diversité de plate-forme – pour ne pas privilégier iOs ou Androïde – apparaît comme une voie cohérente avec la position de neutralité, voire même l’approche techno-critique en matière de citoyenneté numérique que les bibliothèques revendiquent généralement.
  3. L’intégration de la tablette dans l’aménagement et le mobilier de la bibliothèque. Les bars à tablettes dans les espaces actualités ou les cafés, les tablettes pour la valorisation des ressources en ligne ou le furetage des nouveautés au bout des rayonnages,  les tablettes avec des câbles anti-vol ou montés sur support pour présenter des contenus exclusifs deviennent des stratégies d’intégration du numérique dans l’espace physique qui sont recherchées pour améliorer l’expérience en bibliothèque.
  4. L’animation interactive auprès des publics jeunes et ados. Les sélections de lecture sur des appareils mobiles et des animations projetées sur écran permettent de ré-inventer les services jeunesse comme l’heure du conte.

On a également insisté sur l’importance des services suivants: le développement de collections d’applications, notamment pour les jeux, les ateliers d’initiation en communautés numériques et en 1:1, les services en ligne tels que Zinio et hoopla, la référence nomade, la combinaison du prêt de tablette avec le prêt de routeur, etc.

Le design de services empathique : les publics

Reprenant les questions des usages, des objectifs, des règles de prêt, des contenus, des attentes à l’égard du personnel, des services de qualité tout en étant innovants, les participants ont proposé des scénarios empathiques pour des publics cibles. Une question test était suggérée et pouvait servir de déclencheur, sans être limitative: Comment offrir les journaux, les revues, les livres par le biais des tablettes – considérant que la version papier de ces documents pourrait être appelée à disparaître à court ou à moyen terme?

 La tablette d’or. Pour les aînés,  l’accompagnement par le biais d’ateliers d’initiation est conçu comme une priorité. L’exemple récent de la bibliothèque d’Outremont qui a reçu 62 inscriptions pour une formation de 10 cours sur l’utilisation du iPad confirme cet intérêt. Le développement de collection d’applications adaptées aux aînés est aussi recommandé.

Les services hors-les-murs dans les résidences pour aînés constituent une autre piste prometteuse, soit dans le but de prêter des tablettes (ou ces liseuses qui ne servent à peu près plus) ou pour capter des récits de vie, offrir des ateliers, faire découvrir les services en ligne. Au sujet de la lecture, la possibilité de pouvoir grossir les caractères (et désormais le poids plus avantageux des appareils mobiles – si on les compare aux pavés en gros caractères) suscite un enthousiasme considérable.

La tablette pour adultes. Du côté des adultes, les priorités vont du côté de la médiation numérique et de l’expérience. Pour ces réguliers qui viennent lire les journaux papier à la bibliothèque, il faut envisager une transition vers le prêt de tablettes qui proposeraient les quotidiens et les revues. Les versions gratuites des quotidiens et des revues seraient offertes. Cette offre pourrait être adaptée en tenant compte des besoins des personnes issues de l’immigration ou de ceux des femmes.

Mais, le défi à relever est toujours le même que ce soit pour un poste internet, un portable ou une tablette, et que l’on soit à la bibliothèque ou à la maison: Comment amener les usagers vers la bibliothèque numérique qui donne accès aux abonnements payants de ces périodiques en version complète? Médiation ou marketing numériques, atelier ou référence nomade, signalisation ou application dédiée pour la bibliothèque numérique, ou alors toutes ces réponses?

Le souci d’aménager un café, un espace de convivialité ou de créativité avec un bar à tablettes ou des appareils mobiles en prêt font partie des scénarios visant à favoriser une expérience positive, différents niveaux d’engagement, un sentiment d’appartenance.

La tablette y et z.  Les trois principaux services explorés pour les jeunes concernent l’animation et la lecture interactive (comme on l’a vu plus tôt), la découverte de produits éducatifs (flashcards, quiz, atlas, tutoriels, etc.) et les jeux. Dans tous les cas, le défi du développement de collections apparaît comme un chantier magnifique: Applithécaires jeunesse recherchés. Et d’une façon générale, le modèle du Youmedia (HOMAGO) demeure la référence pour la conception d’espace physiquenumériquecréatif.

Un autre défi de nature pédagogique consiste à concevoir des ateliers pour une utilisation éclairée et créative des tablettes (littéracie et citoyenneté numérique) comportant un volet d’apprentissage par les pairs – ainsi que pour les pères et mères qui ne voudraient pas faire face au décrochage scolaire avant leurs enfants pour cause d’analphabétisme technologique.

L’importance des conditions transversales suivantes a été soulignée à maints égards :

  • planifier/programmer ces services en collaboration avec les citoyens et les communautés locales;
  • développer les compétences numériques du personnel et celles des citoyens via les communautés numériques (l’essentiel chantier sur la fracture/littéracie numérique).
  • repenser la tablette sociale pour contribuer à l’animation de la bibliothèque tiers lieu et favoriser différents niveaux d’engagement;
  • mettre à profit l’effet et le potentiel collaboratif du réseau;
  • évaluer l’offre de service à l’aune de l’impact environnemental et du développement durable;
  • travailler en partenariat avec des organismes intéressés par l’expérimentation technologique, l’innovation ouverte, la mobilité, la littéracie numérique;

La liste

Voici enfin une liste de ressources sélectionnées pour accompagner la réflexion sur les tablettes en bibliothèques.

Usages

Services et programmation

Outils

Pour d’autres articles sur Delicious au sujet des tablettes.

La tablette comme technologie de rupture en bibliothèque

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Et si on refaisait le point sur la tablette en bibliothèque? C'est l'objectif de 
l'article du Library Journal, Meet the Tabletarians, paru au début de l'année 2015. La tablothèque a déjà une histoire : La tablette a été perçue, dès 2010, comme une 
solution pour révolutionner le service de la référence en libérant les 
bibliothécaires des chaînes qui les retenaient prisonniers à leur bureau. Mais le 
poids, la connexion approximative/la lenteur ont rapidement terni ces espoirs. Les 
tablettes sont retournées de l'autre côté du comptoir- et les bibliothécaires aussi.Incidemment, la présence de ces appareils mobiles au sein du personnel est devenue 
l'occasion d'expérimenter : Les tablettes ont opéré à la façon d'une technologie de rupture qui aura permis de concevoir d'autres possibilités en termes d'usages et de services. Qu'est-ce que l'on a imaginé depuis autour des tablettes? Quels sont les 
nouveaux services supportés par les tablothécaires? Plusieurs bibliothèques au 
Québec et à travers le monde ont intégré cette technologie dans leur programmation 
notamment comme une stratégie pour favoriser l'effet de tiers lieu. Puis, la 
technologie s'améliorant peu à peu, on assisterait aujourd'hui au retour en force dela référence nomade. 

Ce survol des pratiques et des services en bibliothèque impliquant la tablette  
a été discuté au sein d'un laboratoire vivant qui se tient dans les 
bibliothèques de Montréal. D'autres éléments d'informations sur le profil des 
tablonautes ont été partagés dans un article précédent.

La tablette, un perturbateur technologique

La référence nomade qui s’appuyait sur la tablette n’avait pas convaincue. La lourdeur, le peu d’ergonomie, le manque de connectivité avaient fini par en faire une sorte de tremplin, un prétexte pour raccompagner l’usager vers le bureau de référence plutôt qu’un service mobile autonome. Mais si les tablettes n’ont pas connu le succès escompté dans les allées, elles ont servi, en revenant du côté du personnel, à remettre en question la référence, ainsi que les autres services, et à explorer de nouvelles avenues, comme l’heure du conte avec des applications interactives ou les services hors-les-murs réinventés par exemple. La tablette a servi de technologie de rupture :

Et tandis que les iPads n’ont pas été très utiles dans les rayonnages, le programme a provoqué toute une série de conversations fondamentales sur le service de la référence sans le bureau de référence …«Le personnel a développé une conscience accrue de l’importance de rejoindre et d’aider les clients là où ceux-ci se trouvent (plutôt que d’obliger les clients à revenir à la réception)», explique Lewis. «À tout le moins, les iPads ont connu un très grand succès comme technologie de rupture qui a suscité de nombreuses discussions sur la prestation de services. »

Après les tâtonnements et les expérimentations, on assiste désormais à une intégration plus stratégique des tablettes qui permet d’améliorer l’efficacité et l’expérience en bibliothèque – en soulignant que cette expérience client doit pouvoir se mesurer à celle des commerces de détail que ce soit une librairie ou un Applestore.

L’essor des tablettes en bibliothèque se décline maintenant à travers un registre assez large de services : accès aux technologies numériques, prêt de tablettes sur place ou en prêt externe, libre-service, utilisation dans les activités et la formation, applications de bibliothèque pour la découverte de contenus exclusifs, applications éducatives (littéracie numérique, emplois, etc.), sélections de livres et de jeux, lecture de livres interactifs à voix haute pour les jeunes, valorisation thématique des ressources, stations de travail, kiosques de iPads pour les actualités, bars à informations à l’aide de tablettes, etc.

Cette tendance prend diverses formes, note Miller. Pour de nombreuses bibliothèques publiques, l’accès aux nouvelles technologies est une partie importante de leur mission, et même si les propriétaires d’une tablette sont à la hausse, les programmes qui prêtent des tablettes ou permettent à leurs clients d’utiliser celles de la bibliothèque sont devenus de plus en plus communs. Les bibliothèques installent les tablettes sur des étagères ou des supports pour servir de points d’aide à la référence pour les clients. Les instructeurs les intègrent dans les programmes et les cours. Et comme avec [BPL], de nombreuses bibliothèques sont à la recherche de moyens susceptibles de permettre au personnel de passer plus de temps avec les clients, le recours aux tablettes pourrait contribuer à répondre à cette demande.

La tablette, une tierce pratique

La tablette fait aussi parties des repères domestiques et des stratégies pour aménager la bibliothèque tiers lieu conçue comme un second chez-soi : «les bibliothèques sont devenues le « troisième espace » pour leurs communautés offrant un endroit loin de la maison et du bureau avec des sièges confortables, des ordinateurs, le wifi.»

D’un point de vue pratique, lorsqu’un usager est confortablement installé à un ordinateur ou une table, la perspective de quitter ses effets ou ses objets de valeur pour demander de l’aide peut s’avérer problématique, et on appréciera la présence des bibliothécaires nomades dans ce contexte.

Et puis, les tablettes ne sont plus ce qu’elles étaient naguère: Elles sont devenues moins lourdes, plus rapides, de moins en moins coûteuses. Elles peuvent être utilisées pour donner accès aux ressources de la bibliothèques, montrer comment emprunter des livres ou pour faire découvrir des sélections d’applications. Les fournisseurs proposent maintenant des solutions mobiles et développent des outils permettant d’emprunter, abonner, éditer un compte d’usager, accepter des paiements pour des amendes, renouveler un prêt ou réserver un document, utiliser des listes et des inventaires en temps réel pour l’élagage, etc.

Il semble aussi plus cohérent de préférer les tablettes à une autre sorte d’interface quand il s’agit d’aider ou d’accompagner un usager considérant qu’il retournera chez lui pour refaire les démarches apprises ou accéder à ces ressources sur des appareils mobiles. Ces pratiques adaptées à celles des usagers favorisent la continuité et la familiarité de l’expérience de même que l’effet de la bibliothèque comme prolongement de la maison.

Une diversité de modèles de services

Différents projets pilotes explorant différents modèles de services sont mis en place aux États-Unis, en France et au Québec.

San Diego public Library, le prêt de masse.  Cette bibliothèque inaugurée récemment est réputée pour son programme technologique innovateur prévoyant plus de trois cents dispositifs mobiles. L’offre mobile comprend le prêt de iPads, iPads mini, Chromebooks, Kindle, et Sony Readers ainsi que des stations de travail (working stations) qui exposent des collections de documents rares.

Hennepin County Library,  une référence pour les projets pilote de tablettes destinés au personnel. Ce réseau a été reconnu comme Top Innovator 2013 par le Urban Libraries Council pour son projet pilote de tablettes conçu dans le but de développer les compétences du personnel. Ce projet a été étendu aux 41 succursales.

Brooklyn Public Library, un leader pour le prêt externe de tablettes. Depuis 2013 la bibliothèque publique de Brooklyn (Brooklyn Public Library, BPL) s’est doté d’un programme de prêt externe gratuit de tablettes avec 1000 Google Nexus 7 pour les enfants, les adultes et les éducateurs de Brooklyn. Ce projet a été rendu possible grâce à un don de Google, de l’État de New York et du Fonds pour les écoles publiques. Les tablettes offrent les applications de la bibliothèque ainsi qu’une sélection orientée sur l’éducation et l’alphabétisation.  Le programme est disponible en ligne avec les informations concernant les conditions du prêt, la politique, une foire aux questions et un tutoriel.

Chicago Public Library annonce le prêt externe de routeurs et de tablettes. Trois bibliothèques du réseau de Chicago ont annoncé le prêt externe de tablettes ainsi que le prêt de routeurs en février dans le but de contribuer à réduire la fracture numérique. »

Le prêt de tablettes en libre-service dans les bibliothèques de Montréal. À l’instar de certaines bibliothèques américaines, on trouve du prêt de tablettes en libre- service dans les bibliothèques de Montréal. Le prêt de liseuses n’a plus la cote auprès des usagers. Les abonnés peuvent emprunter des iPads par le biais du dispositifs de prêts NetSpot en libre-service aux bibliothèques Du Boisé et Pierrefonds , ou au comptoir de services à la bibliothèque Marc-Favreau. Très populaire, le prêt est destiné à une utilisation sur place. Les nouvelles bibliothèques Saul-Bellow (Lachine), et Benny (Notre-Dame-de-Grâce) qui ouvriront  leurs portes cette année prévoient aussi ce service. Ailleurs au Québec, la bibliothèque de Saint-Lambert est un autre exemple.

Le prêt de tablettes externe se retrouvent essentiellement dans les bibliothèques universitaires québécoises. Note : À l’université de Montréal on peut voir en ligne la disponibilité des tablettes.

Ailleurs au Canada, on semble plutôt orienté vers le prêt de portables que de tablettes. À Edmonton, le prêt de Chromebook est disponible  à l’intérieur de la bibliothèque pour la journée.

En France, une carte présente les établissements qui prêtent des lieuses et des tablettes : https://www.google.com/maps/d/edit?mid=zNsEEEK68_-I.khelhmAlzdNU

À confirmer, il s’agirait essentiellement de prêt sur place. Dans cette veine, les bibliothèques de Paris annonçaient le prêt de 250 iPads en  juin 2014. Des listes de bibliothèques engagées dans ce modèle de services sont recensées sur Bibliopedia (une mise à jour serait requise). Ce Storify documente le contexte des  bibliothèques françaises où les appareils mobiles semblent susciter beaucoup d’enthousiasme.

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Aujourd’hui, les initiations à l’utilisation des tablettes font généralement partie des cours de base des bibliothèques aux États-Unis, au Canada et en Europe. C’est bien connu que les grande villes canadiennes (Toronto, Vancouver, Edmonton) sont très fortes en matière de littéracie numérique : la quantité et la qualité des ateliers y est affolante (insane). Du côté de Halifax, où se trouve la nouvelle bibliothèque dont tout le monde parle, on propose la formation 1:1 en invitant les gens à se présenter pour des séances personnalisées sur les liseuses et les tablettes. Un guide d’introduction à la tablette (Hello iPad en format pdf) est aussi accessible en ligne pour les autodidactes débutants.

Mais, au Québec, même la bibliothèque de Saint-Tite, à travers le réseau Biblio, a ses ateliers sur les tablettes (Android ou iPad, mais c’est payant), pendant que la bibliothèque de Saint-Jean-sur-le-Richelieu vante la qualité de ses propres formations sur le sujet.

La bibliothèque d’Outremont s’apprête à offrir une formation gratuite : iPad pour les aînés d’une durée de10 semaines, les mercredis matins, en partenariat avec le Centre d’éducation des adultes. Les tablettes sont fournies.

Et l’applithécaire ?

Le développement de collections, traditionnellement orienté sur le livre, puis sur les autres types de documents (musique, films, jeu, etc.) se renouvelle encore à travers le développement de collections d’applications. Cette fonction introduisant un nouveau profil, celui de l’applithécaire (hum).

On peut voir un exemple intéressant d’une démarche de sélection d’applications du côté de la bibliothèque du MIT.

Si vous connaissez des projets pilote autour des appareils mobiles au Québec ou ailleurs, dans le milieu des bibliothèques ou de l’éducation, n’hésitez pas à alimenter ce survol.

Dans un troisième article, des scénarios de développement de services en fonction des publics seront présentés, avec une liste de ressources. 

Source : Flickr Sascha Müsse, cc-by-sa