Quora pour Libraries and Librarianship

Question: qu’est-ce que Quora? Réponse : c’est une collection de questions et de réponses créées, éditées et organisées par ses utilisateurs (« a continually improving collection of questions and answers created, edited, and organized by everyone who uses it »).  En y pénétrant, on pourrait croire que l’on est en train d’accéder à la quintessence du rêve d’un bibliothécaire de référence virtuelle, à la mère de toutes les FAQ.  Mais, comme Wikipédia qui est une ressource élaborée sur la base d’une collaboration ouverte à tous, il ne s’agit pas d’un service où l’exercice est professionnel : Quora est fondée sur un ordre et une participation démocratique.
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10 blogues jeunesse + 2: la kidosphère littéraire avec attitude

Naguère, la recommandation de lecture passait essentiellement par les prix littéraire et les critiques professionnelles des grandes publications. Désormais la rumeur de la blogosphère contribue elle aussi à alimenter le bouche-à-oreille mais par les moyens qui sont les siens : en créant des relations sur la base d’une communauté d’intérêt avec des lecteurs.

Sur Kidlitosphere Central qui répertorie ces médias, on recense 280 blogues de littérature jeunesse. Dans un numéro récent du School Library Journal (Elizabeth Bird, novembre 2009), 10 blogues qui « prennent la littérature jeunesse au sérieux (mais pas trop) » sont mis à l’affiche. Cette sélection présentée ici est anglophone. Pour les amateurs de bonnes pratiques ou pour susciter des vocations de blogueurs dans d’autres langues pour ce créneau où ils/elles se font trop rares :

  • Bookshleves of doom : La biblioblogueuse Leila Roy se distingue par la sagacité de ces critiques mais aussi pour son humour. Matériel pour jeunes adultes.
  • The Brown Bookshelf : Cet espace engagé est consacré à la promotion de la littérature afro-américaine dans un registre très large, de l’album jusqu’au roman pour adolescents. Pour le Mois de l’histoire des Noirs, c’est un must.
  • Chasing Ray : Personnalité connue de l’univers de la recommandation de lecture (Booklist), Colleen Mondor met son talent au service de la littérature pour les adolescents.
  • Collecting Children’s Books : Le bibliothécaire Peter Sieruta anime ce qu’on présente comme « the best-written children’s literary blog of all time ». Pour les vieux livres, comme les nouveaux, un esprit indépendant des contraintes du marché.
  • Editorial Anomymous : EA publie des anecdotes impertinentes mais vraies à ce qu’on dit sur le monde de l’édition : « Names of authors, illustrators, editors, agents, publishers, manuscripts, and a few random nouns have been changed to protect her ass. » Savoureux.
  • Educating Alice : Monica Edinger est enseignante dans une école de NY et partage ses expériences littéraires en classe.
  • 100 Scope Notes : Une approche originale qui fait du blogging, un art. Ses critiques sont parfois présentées sous le mode de comics.
  • Read Roger : Roger Sutton est en fait l’éditeur en chef d’un magazine de critique littéraire jeunesse de Boston et c’est lui qui tient le fort de ce blogue avisé, « a hub for the best debates on various hot topics in the field ».
  • Reading Rants : Jennifer Hubert Swann a la réputation d’être une des meilleurs références pour la littérature ados et jeunes adultes.
  • Seven Impossible Things Before Breakfast : Le visuel de ce blogue est très agréable. Eisha Prather et Jules Danielson qui le produisent offrent aussi un contenu de qualité avec des entrevues d’auteurs et d’illustrateurs.

Du côté francophone, on ne saurait se passer des suivants :

  • Les blogs des librairies sorcières : Probablement ce qui se fait de mieux en ce moment pour cette niche spécialisée : une publication dynamique, des critiques éclairantes, des informations sur l’actualité littéraire, des entrevues. Par contre, le contenu n’est pas organisé par catégories, ce qui serait apprécié pour naviguer à travers différents types de sélections ou de sujets.
  • Le blogue Délivré de la librairie Monet : On propose des articles soignés, intelligents, fouillés qui déclassent aisément la recommandation-minute…et qui classe ses articles par catégories : voir « Littérature jeunesse » et « Bande dessinée ». Coup de coeur.

Enfin, j’ai annoncé deux blogues de plus mais en voici un troisième qui émerge lentement :

  • Le blogue de Marie B. : On sait que Marie a un potentiel de médiatrice remarquable, on espère que cette publication, sous la chapelle de Gallimard, essaime plus souvent.

On observe peu de bibliothécaires jeunesses francophones qui ont choisi ce type de positionnement. Il semble y avoir un déficit et, du coup, une opportunité dans le segment de la recommandation de la lecture publiée du côté de ces intervenants.

Vous en connaissez d’autres ?

Les questions qui flottent dans l’air en ce moment en lien avec ce sujet  : Est-ce que les blogueurs ont un impact au-delà de leur communauté…de blogueurs ? On sait que de plus en plus d’éditeurs et de libraires se servent des blogues comme de véhicules promotionnels, mais est-ce que la rumeur du web social influence les décisions éditoriales ou encore les stratégies d’acquisitions des librairies? Peut-on évaluer l’impact des blogueurs sur la vente de livres ? Est-ce que les blogues constituent des sources fiables, des autorités cognitives en matière de littérature jeunesse ?

Qu’en pensez-vous ?

* L’image provient du blogue Le Délivré de la Librairie Monet et est tirée de l’album Missuk et les oies des neiges, Anne Renaud, ill. de Geneviève Côté, Dominique et compagnie, 2009, 36 p.

Comment les bibliothèques américaines utilisent-elles le web social?

L’enquête menée par la South Carolina State Library auprès de 768 répondants, dont la majorité provenait des bibliothèques publiques, entre le 12 et le 25 novembre 2009, visait à répondre à la question suivante : How are American libraries using Web 2.0 ans social networking tools to promote their library programs and services ?

Les résultats de l’enquête nous apprennent que  :

  • Ce sont, dans une large mesure, les réseaux sociaux puis les blogues qui sont utilisés pour faire la promotion et le marketing des services de bibliothèques. Viennent ensuite les sites de partage de photos et les vidéos en ligne.
  • Sur une échelle de 1 à 5, ce sont les réseaux sociaux qui sont perçus comme étant les plus efficaces, suivis par les vidéos en ligne.
  • À la question : Pensez-vous que les outils Web 2.0 sont importants pour faire le marketing et la promotion des services de la bibliothèque ? 92,7 % ont répondu par l’affirmative.
  • Parmi les répondants qui avaient déjà implémenté des outils web 2.0,  77, 7 % des répondants ont affirmé que ces derniers étaient principalement utilisés pour faire la promotion des services généraux de la bibliothèque. 60 % s’en servaient aussi, de façon prédominante,  pour faire le marketing de certains programmes spécifiques destinés aux adultes ou aux enfants, 58,8% pour fournir des informations rapides aux utilisateurs, 48,7 % pour aller chercher de nouveaux usagers. D’autres usages divers ont été mentionnés (ça peut donner des idées) :
  1. partage de photos historiques
  2. formation du personnel, collaboration, liens avec les bénévoles
  3. blogue de lecture
  4. diffusion des photos de construction de bibliothèques
  5. communication avec d’autres professionnels
  6. apport d’information au sujet de d’autres bibliothèques, d’autres organismes sans but lucratif, d’autres institutions éducatives dans la même région
  7. référence, aide concernant des questions usuelles
  8. diffusion du curriculum de la bibliothèque et des nouvelles concernant les activités
  9. sollicitation d’avis, de commentaires auprès des usagers
  10. campagne de sensibilisation, informations sur les ressources, les événements
  11. promotion des nouveautés
  12. défense (advocacy) de la bibliothèque
  13. recrutement du personnel ou des bénévoles en accroissant sa visibilité en tant qu’employeur de choix au plan local et national.
  • La perception de la clientèle que l’on estime rejoindre par les technologies sociales en bibliothèques, en terme d’âge ou de genre,  reflète les résultats des études qui ont eu un fort impact comme celle de Pew Internet & American Life Project. Les femmes et les groupes d’âge entre 18-25 ans, puis entre 26-35, et en bas de 18, sont conçus comme des cibles privilégiées.
  • Plus spécifiquement, les outils les plus utilisés en bibliothèque, par ordre décroissant d’importance, sont : Facebook, différents blogues, Twitter, Flickr, YouTube, Wikis, Meebo, del.icio.us, Myspace, Library Thing.

10 résolutions pour les médiateurs sociaux en 2010

L’année dernière à cette date-ci à peu près, l’infatigable Ellyssa Kroski avait proposé 10 Social Media Resolutions for 2009. On dit que tout va très vite dans le monde des médias sociaux mais ses propositions tiennent encore solidement la route : On peut les actualiser un peu, mais à peine, et retenter sa chance si on n’a pas été au bout de ses promesses en 2009. Traduction et reformulation libre (où l’on constatera que le fossé entre les médias sociaux et le vie est à près nul tant les résolutions dans les deux mondes se ressemblent) :

1. Perdre du poids. Procurer une cure d’amincissement à votre agrégateur en vous désabonnant de tous ces blogues qui sont sans intérêt et qui vivotent juste assez pour donner la chance à leurs auteurs de s’excuser de ne pas être plus actifs. Alléger votre compte Twitter en éliminant tous ces followers qui ne sont là que pour des motifs mercantiles, pour s’adonner à l’autopromotion, ou pour vous tomber sur les nerfs. Gérez vos amis sur Facebook. Certains font des interventions inappropriées, débarrassez-vous en discrètement ! Composez avec art et doigté vos listes d’amis. Ne donnez pas accès à tout, réservez à quelques uns vos contenus plus personnels : L’auditoire silencieux n’est pas nécessairement bienveillant. Par ailleurs, n’en mettez pas trop sur vos profils. On peut être tenté de souligner la dégustation du dernier grand cru qu’on a ouvert – je le fais, c’est plus fort que moi – mais si vous vous lancez dans le gras récit des huîtres Raspberry Point avec foie gras au torchon et champagne millésimé dégusté en brillante compagnie sur les Champs Élysées, vous risquez vous-mêmes, c’est ce que d’être trop show off vous aura coûté, de passer à l’amincisseur de vos ex-amis.

2. Se mettre en forme. Faites une mise à jour de votre profil pour la nouvelle année. Sur Facebook, LinkedIn, révisez vos statuts professionnels ou faites état de vos accomplissements récents. Avez-vous pensé à une nouvelle photo, un nouveau Gravatar pour vous représenter au cours de l’année qui vient ? Ce peut-être un avatar anime ou un shoot réalisé à partir de Photo Booth sur votre nouveau Mac et par le biais duquel vous donnerez libre cours à votre imagination en le retravaillant avec Gimp.

3. Se faire des nouveaux amis. Entreprenez l’année avec en tête les mots « réseautage » et « communauté » puis passez à l’action  en partant à la recherche de nouvelles connections, de relations imprévues. Qui sait où cela vous mènera ? Sur Facebook, vous n’avez qu’à explorer les suggestions qui vous sont offertes. Vous pouvez « pousser » ces recommandations lorsque ce sont toujours les mêmes qui vous sont proposées et qu’elles ne vous intéressent pas, cliquez sur la croix pour les faire disparaître et laissez la place à de nouveaux visages. Sur Twitter, identifiez certaines autorités cognitives et puisez dans les listes de recommendations. Triez vous-même ces personnes choisies sur le volet dans vos listes ou vos groupes pour préparer le terrains pour la conversation à venir. Et que ce soit sur Twitter comme sur Facebook, il est possible de mener une recherche  par champs d’intérêts, « livre », « littérature », « bibliothèque », « bibliothécaire ».

4. Se simplifier la vie. Les clients comme Seesmic et Ping.fm constituent certainement un bonne façon de se rendre la vie plus facile, surtout si vous gérer de front plusieurs comptes. Des abonnements de ce type vous permettent notamment de sauver du temps en postant un message à un endroit et en le publiant simultanément à plusieurs enseignes. La même mise à jour de votre statut ou de vos tweets peut apparaître à la fois sur plusieurs comptes Twitter, sur vos comptes Facebook et vos pages de fan Facebook. Un abonnement à BigTweet s’avère aussi un excellent outil de partage de vos découvertes sur le web surtout dans le contexte d’une gestion multicompte de Twitter. Google Wave a suscité récemment beaucoup d’attentes en ce sens mais cette option n’est pas encore universellement accessible.  Et, j’avoue candidement que, même si je dispose d’une invitation, je n’ai pas encore pris le temps de me simplifier la vie à l’aide de cette nouvelle technologie sociale.

5. Prendre des bonnes habitudes. Il est tellement juste de dire que les médias sociaux sont aussi faciles à utiliser qu’ils sont éprouvants à maîtriser. Il faut accepter de s’engager dans l’apprentissage d’un nouveau langage et cultiver avec patience et  constance le savoir-faire et le savoir-être qu’ils exigent. Il faut se fixer des buts et des objectifs, déterminer et réserver le temps que vous êtes prêts à investir en l’inscrivant à l’agenda dans une routine hebdomadaire. Avez-vous une demi-heure le vendredi après-midi pour alimenter votre communauté sur Facebook,  le wiki de votre organisation ou découvrir Twitter ? Avez-vous 20 minutes le matin après le café, ou le midi pendant le café, pour consulter vos blogues favoris ? Avez-vous 2 heures de suite par mois pour écrire un billet sur un blogue collectif, rédiger des commentaires sur les blogues des autres, mettre vos photos sur Flickr ?

6. S’organiser. Dans les nuages du web, c’est la pagaille. La dispersion de vos trois comptes de courriels, quatre wikis, 25 blogues favoris,  n réseaux sociaux  et tous ces sites que vous fréquentez sur une base régulière est une épreuve pour une démarche cohérente et efficace sur le web.  L’intégration des médias sociaux constitue un des grands défis en ce moment. Avoir une page où l’essentiel de nos destinations web sont intégrées et organisées par le biais de Netvibes,  iGoogle, Google Wave peut vous éviter une visite chez le psy.

7. Soigner sa nouvelle identité numérique. Après l’image, votre identité numérique dépend aussi crucialement de la manière dont vous allez vous décrire. Presque tous les sites de médias sociaux offre un espace pour partager des éléments biographiques. Ces quelques lignes de description visent à vous promouvoir, qui êtes-vous, que faites-vous, quelles sont vos forces et votre expertise ? Ce n’est pas évident à rédiger, et on peut être tenté d’oublier de remplir ces champs ou d’oublier qu’on les a rempli dans le temps où on était au cégep…Mais, on a qu’à penser à la frustration de ne rien trouver sur les auteurs lorsqu’on veut savoir d’où ils sortent pour réaliser que cela vaut peut-être la peine de consacrer un moment pour se remémorer qui on est et ce que l’on fait afin de le faire connaître à la face du monde dans une présentation engageante. C’est quelque chose que je dois définitivement revoir…

8. Prendre une chance. Le début de l’année est un momentum, une opportunité historique pour oser quelque chose de nouveau. Vous pouvez ouvrir votre compte Twitter, débuter un nouveau blogue, vous inscrire dans un site de catalogage social comme LibraryThing ou Babel. Vous vous sentez ambitieux ? Lancez-vous dans la publication d’un webzine de littérature en accès libre. Une démarche plus modeste mais tout aussi significative serait de mettre de côté votre suite bureautique Office et de lui substituer OpenOffice dont il existe même une version pour enfant. Vos habitudes de lecture sont-elles prêtes pour de nouvelles conventions, furetez du côté de la littérature numérique contemporaine ? C’est le temps de faire le saut, yes you can.

9. Demander de l’aide. C’est aussi une manière d’oser. On a pris un temps fou à développer un réseau social solide, avec des connections vraies, authentiques, et on ne pense pas à puiser parmi ces ressources d’une grande valeur lorsque l’on a besoin d’un coup de main. Cette année, on ose demander de l’aide lorsque les médias sociaux, les cms, ou whatever, ne se comportent pas exactement comme prévu, lorsque l’on souhaite avoir plus de collaboration sur un blogue collectif ou un page de fan que l’on entretient à plusieurs ou lorsque l’on voudrait avoir des recommandations pour un emploi.

10. Se faire plaisir. Récompensez-vous pour le travail et les efforts que vous investissez. Accordez-vous du temps pour être créatif côté jardin (pas besoin d’être toujours branché) et côté web. Vous avez pris une demi-journée pour écrire un billet, amusez-vous à produire un diaporama avec vos photos de famille de l’année. Faites comme les enfants qui ont le don de mettre la main (entre autres) sur des perles d’humour sur YouTube et butinez dans le mondes des images.

N’hésitez pas à vous féliciter aussi. Laissez faire ceux qui disent que vous abandonner votre famille pour vous consacrer aux médias sociaux. Ceux et celles, dans l’ignorance la plus crasse de ce que sont les médias sociaux, qui pourraient perfidement vous adresser cette question passent probablement pas mal de temps loin de leurs familles dans les centres commerciaux ou devant la bonne vieille télé à l’agonie de son contenu et pas seulement pour écouter « Les Parents ».  Rappelez-vous aussi cette étude de Pew Internet qui suggère que les médiateurs sociaux sur le web sont aussi des personnes qui sont actives dans d’autres formes de réseaux sociaux dans le monde réel…

Danah Boyd : Grandir à l’âge des médias sociaux

Si on s’intéresse aux jeunes, il faut connaître Danah Boyd. Elle étudie les pratiques des jeunes dans le contexte de la culture numérique et elle le fait comme nul autre. Elle le fait à la manière d’une ethnologue qui arrive à traduire et à comprendre le langage et les attitudes d’une tribu mieux que la tribu n’y arrive elle-même. Boyd  est une chercheuse/spécialiste des médias sociaux chez Microsoft Research et Fellow à l’Université de Harvard.

C’est elle qui a ouvert, le 20 octobre dernier, le Colloque international sur la Génération C (la génération qui clique, collabore et crée) organisée par le CEFRIO avec une conférence intitulée : « Youth Generated Culture : Growing up in an Era of Social Media ». Boyd a partagé ses observations sur la culture des jeunes en relation avec les médias sociaux et, c’est ce qui devrait nous intéresser tout particulièrement, leurs implications pour le monde de l’éducation.

Que font les jeunes avec les médias sociaux ?

C’est, d’abord et avant tout, pour interagir avec d’autres jeunes qu’ils connaissent, et qui sont de vrais amis, qu’ils se servent des médias sociaux. Pour cette raison, mais aussi parfois pour des questions de sécurité, ils fourniront des informations inexactes, ils mentiront vont dire certains, sur leur profil. Lorsqu’une ado écrit qu’elle a 95 ans, c’est qu’elle n’a pas besoin de fournir une information juste puisqu’elle s’adresse à un cercle d’amis qui connaît très bien son âge.

Les médias sociaux répondent à un besoin de socialiser, particulièrement prégnant à cet âge, de retrouver la gang à défaut de pouvoir le faire physiquement.  Les médias sociaux tiennent lieu d’agora, comme ces centres d’achats où l’on flânait naguère, où l’on placotait, riait, se mélangeait, flirtait… Et la sollicitation commerciale y est tout aussi présente, même si le décor lui n’est plus tout à fait pareil.

Mais tous les amis sur Facebook ne sont pas des amis équivalents, l’articulation publique des amis traduit un système complexe qui est un véritable défi pour la compréhension des médias sociaux. Pour les adolescents comme pour les autres.

Les médias sociaux permettent aux jeunes de composer avec des agendas très structurés et de réconcilier les demandes des parents qui veulent que le focus soit mis sur l’école, les soirs de semaine par exemple, et leur besoin de socialiser.

Les conversations qui se tiennent sur Facebook peuvent nous sembler simplistes, vaines, stériles, futiles, un gaspillage de temps. Et pourtant, cette pratique représente une forme de social grooming qui s’observe dans toutes les sphères sociales, celle des jeunes comme les autres. C’est la foncton perlocutoire du discours qui opère et qui importe ici.

Ce sont les conversations sur la pluie et le beau temps que l’on tient entre adultes dans les corridors, les ascenseurs, près de la machine à café et qui contribuent au maintien des liens sociaux, de l’intérêt mutuel et éventuellement, à la créativité dans les organisations. Dans nos bureaux, nous disposons des photos et ils servent de prétexte pour des échanges anodins avec nos collègues qui humanisent nos milieux de travail. Les réseaux sociaux miment dans un contexte virtuel des aménagements et des pratiques correspondant à la réalité du travail telle qu’on l’expérimente au quotidien. Ces dispositifs sont appelés à devenir de plus en plus stratégiques à mesure que les individus vont être appelés à travailler à partir de la maison, dans un contexte d’isolation relative.

Pour les jeunes, ces conversations de surface, via les statuts modifiés et les commentaires ou les appréciations, sont des gestes significatifs qui visent moins à faire connaître narcissiquement les activités auxquelles ils se livrent à un moment donné qu’à partager leur mode de vie ( life pattern), à rester en contact, à participer et à entretenir le sentiment d’une présence à cette communauté qui est la leur.

Il y a aussi une mise en scène de soi qui s’élabore. Les jeunes s’approprient créativement ces sites pour en faire des prolongements d’eux-mêmes. Ils dépassent le neutre de l’adresse IP, figure impersonnelle, pour s’écrire comme un corps numérique en esthétisant leurs espaces. Comme on tapissait nos chambres de d’images, de posters, de photos, ils s’investissent dans leurs sites.

Par ailleurs, si les jeunes n’utilisent pas tout à fait les médias sociaux comme ils étaient prévus et designés pour l’être, ils doivent néanmoins faire avec l’incontournable sphère publique qui en émerge. Ils doivent négocier avec toutes ces contraintes/opportunités que dispensent la dimension publique des technologies sociales, soit :

  • la permanence (persistence) : les expressions qui sont mise en ligne sont immédiatement enregistrées et archivées pour de bon.
  • la démultiplication (replicability) : le pouvoir du numérique réside largement dans sa capacité à dupliquer l’information, à la faire circuler et passer d’un niveau privé (msn) à un niveau publique (facebook), à la démultiplier dans un environnement où les frontières entre ces deux modes sont floues.
  • la capacité de recherche (searchability) : Tout est cherchable.
  • l’ampleur (scalability) : L’effet de réseau donne aux contenus mis en ligne une échelle qui dépasse largement l’ampleur qu’on aurait voulu leur réserver
  • l’audience invisible (audience invisibility) : Tous les publics ne sont pas visibles sur les médias sociaux et jusqu’à un certain point, il faut réfléchir et se questionner sur ce public à qui on s’adresse.
  • la disparition du contexte (collapsed context) : les médias sociaux entraînent une perte des repères spatiaux, sociaux, temporels, privé-publique, véhiculent des contextes hétérogènes qui se présentent sans module de traduction, ce qui expose les utilisateurs à des « erreurs » d’interprétation.

Quelles sont les implications pour l’apprentissage et le monde de l’éducation ?

Les projets éducatifs actuels tendent à être orientés moins vers les contenus que vers les compétences. Or, une des compétences qui est stratégiquement recherchée, c’est la compétence sociale, la compétence à « vivre-ensemble », celle qui consiste notamment à parler aux autres, à les écouter et à être écouté.

D’une part, les médias sociaux mettent en évidence l’importance fondamentale de la compétence sociale. D’autre part technologies sociales supportent précisément ce type d’apprentissage. Comment peuvent-elles le supporter ?

Il y a des éducateurs qui exploitent ces technologies comme des leviers possibles pour générer des interactions entre les élèves autour de projets. Dans ce cas, on n’oublie jamais que l’objectif est le social, le participatif, le collaboratif et que le volet technologique est le moyen au service de cette fin et non une finalité en soi.

Pour survivre dans le monde de l’information, il y a également des compétences informationnelles à acquérir. Ce n’est pas parce que quelqu’un se sert d’un moteur de recherche qu’il sait comment chercher. Ce n’est pas parce que quelqu’un se sert de Wikipédia qu’il saisit les enjeux critiques liés à l’accès, la création de l’information et sa validité. Mais l’exercice consistant à accompagner les jeunes dans la modification d’une page de Wikipédia offre une occasion inestimable d’explorer ces questions. Boyd mentione l’article « American Revolution », qui est sous haute surveillance des diverses chapelles d’idées qui s’y confrontent,  comme un cas d’étude fascinant en laboratoire.

D’autres éducateurs encore vont engager des conversations avec les élèves pour jouer sur un mode publique et non ambiguë leur rôle pédagogique, et ceci en s’ouvrant des comptes distincts de leurs comptes personnels. Dans ce cas, ces enseignants assument la culture numérique de leurs élèves, reconnaissent pleinement l’utilité des médias sociaux pour la conversation et prennent le parti d’intervenir auprès des jeunes alors que ceux-ci recherchent désespérément des interactions avec les adultes en dehors du contexte éducatif formel dans le but de les accompagner, de les aider à faire sens de tout ce à quoi ils sont confrontés dans leur développement et dans leur expérience d’apprenant et de citoyen.

On peut apprendre énormément des usages créatifs que les jeunes font de la technologie. Mais, au-delà du mythe des supposés natifs numériques, il faut admettre que bien des adultes se servent des médias sociaux plus nativement que les jeunes. Les adultes ont aussi une expérience, des connaissances et une capacité à mettre en perspective qui fait défaut aux plus jeunes qui prennent la technologie pour acquise et qui ont tendance à la juger comme non-problématique. Par ailleurs, même si on admet que les jeunes sont plus réceptifs dans un contexte d’apprentissage par les pairs, les adultes qui maîtrisent les technologies sont aptes à intervenir comme des pairs experts. De ce point de vue, les adultes sont bien loin d’être disqualifiés et les jeunes ont grandement besoin qu’on les supporte au travers les conséquences infortunées de leurs usages maladroits de la technologie

Ainsi, il faut être en mesure d’intervenir, même à distance, en étant engagés, comme parents, comme éducateurs, lorsqu’ils subissent  et souffrent des effets pervers de la technologie et qu’ils se retrouvent piégés socialement comme c’est le cas dans des situations de harcèlement ou d’exclusion social. À ce moment-là, sur le terrain même de leur souffrance, ils n’ont peut-être personne vers lequel se tourner qui pourrait comprendre ce qui leur arrive, les aider et les protéger.

Et pour nous, les bibliothécaires ?

Si cette réflexion vous a interpelés, je vous invite à proposer certaines pistes de réflexion et d’action pour le monde des bibliothèques. Quelles sont les implications pour la  bibliothèque jeunesse, comment pouvons-nous intervenir, auprès de cette clientèle, par l’intermédiaire de nos services, de nos aménagements, physiques comme virtuels, et plus généralement de notre vision ?

On peut suivre Danah Boyd sur Twitter (@Zephoria) et voir une vidéo-conférence proposée comme un avant-goût pour le colloque du CEFRIO.

Je vous souligne d’autres compte-rendus qui ont été réalisés sur cette conférence notamment sur le blogue du CEFRIO, Infobourg et sur ErgonomiA.ca