Ce que participer veut dire

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Nous avons vu jusqu’ici comment, au 21ième siècle, la bibliothèque est appelée à soutenir la sphère publique en contribuant aux droits humains et aux conditions d’une vie plus digne par le développement des capabilités.

Nous avons suggéré que cette réflexion engageait une transformation dans la matrice disciplinaire des sciences de la bibliothèque et de l’information.

Nous avons soulevé la question à savoir si nos propres instruments, politiques, textes stratégiques, etc. dans le monde des bibliothèques québécoises, ou ailleurs, supportaient cette vision. Ce travail archéologique reste à faire.

On peut aussi se demander maintenant si les modèles de bibliothèques dont nous nous revendiquons sont en phase avec ce programme.

Dans quelle mesure, en effet, la bibliothèque supporte-t-elle l’émergence de la sphère publique en favorisant l’accès à l’information non-numérique et numérique, en défendant la liberté d’expression, le droit de participer à la culture, la diversité, l’inclusion, les échanges ?

Cette question est aussi vaste et difficile. Si, comme à l’habitude, on consulte les données statistiques, le succès se révèle assez  relatif. Les citoyens ne sont pas encore majoritairement abonnés aux bibliothèques publiques du Québec, les taux varient entre 20 et 30 %. Le vaisseau amiral de la Grande bibliothèque tire les données globales pour les abonnements et la fréquentation vers le haut à Montréal. La fréquentation physique qui apparaît en hausse suggère une transformation dans les usages. La fréquentation numérique est à inventer. Comme pour le reste, collections, superficies, la performances des bibliothèques canadiennes est nettement supérieure, pendant que le taux de décrocheurs au Québec est le plus élevé au Canada. Or, l’existence d’une corrélation positive entre la persistance scolaire et la fréquentation des bibliothèques publiques est bien démontrée.

Pourtant, même au Canada, dans une perspective plus qualitative, on remet en question le modèle actuel de la bibliothèque publique en considérant qu’elle constitue une instance entretenant des obstacles systémiques qui perpétue l’exclusion sociale. Les bibliothèques canadiennes se disent qu’elles pourraient faire mieux.

Dans ce contexte, il s’agirait alors d’une contre-finalité assez fâcheuse s’il s’avérait, en effet, qu’un des dispositifs conçus par la société civile pour favoriser l’inclusion/éducation/participation des citoyens à la sphère publique représentait elle-même un facteur d’exclusion.

Dans les travaux canadiens regroupés sous le projet « Working Together », les blocages qui freinent l’utilisation des ressources et des services, de même que la fréquentation des bibliothèques auprès de certains groupes marginalisés ont été examinés.

On a fait valoir que, quoiqu’on en dise, notre culture, nos politiques, le design de nos établissements ne favorisaient pas l’inclusion et la participation des personnes :

Quand nous nous sommes penchés sur l’exclusion sociale, nous avons appris de membres de la communauté comment l’exclusion influe leur vie et définit leurs besoins. Nous avons découvert que les services de bibliothèque, que nous pensions être inclusifs, n’étaient pas en mesure de répondre à de nombreux besoins de la communauté et, dans certains cas, pouvaient même aliéner certains de ses membres. Nous avons appris la situation de diverses personnes, comme celle d’un adolescent qui craignait venir à la bibliothèque car il était certain que les dispositifs de sécurité alerteraient le personnel qu’il avait des amendes. Cet adolescent pensait que le personnel de la bibliothèque confisquerait sa planche à roulette puisqu’il n’avait pas l’argent pour payer ses amendes. Nous avons appris qu’un groupe de mères qui étaient venues assister à une heure du conte n’y sont jamais revenues. Elles étaient gênées car elles avaient parlé pendant que la bibliothécaire chantait et on leur avait demandé de se taire. Dans une communauté, les personnes handicapées, les parents avec des poussettes et les personnes âgées ne pouvaient pas grimper le sentier irrégulier à forte pente qui était le seul chemin entre l’arrêt d’autobus et la bibliothèque.

Sur le plan conceptuel, les bibliothèques peuvent sembler être des institutions inclusives, mais il faut continuellement se demander si les réalités de la priorisation des services, la manière dont les services sont dispensés et la culture institutionnelle en tiennent compte.

La participation des citoyens y est envisagée comme un moyen pour agir contre les obstacles systémiques en bibliothèque :

Les bibliothécaires qui ont participé au Projet ont rencontré beaucoup de personnes qui ne se sentaient pas à l’aise d’utiliser la bibliothèque. Certains ont dit que la bibliothèque est comme un club dont ils ne sont pas membres. D’autres ont dit qu’ils ne comprenaient pas comment s’y prendre pour trouver ce qu’ils cherchaient et craignaient d’avoir l’air stupide s’ils demandaient de l’aide. Encore d’autres ont dit qu’ils étaient trop gênés de demander de l’aide. Pour quelques membres de la communauté, les bibliothèques peuvent être opprimantes. Leurs règles et codes peuvent être aliénants et le personnel peut sembler inabordable ou intimidant. Les bibliothèques demandent une vérification de l’identité et de l’adresse pour devenir membre, imposent des amendes pour les retours tardifs et ont des politiques régissant le comportement, comme par exemple concernant les « usagers malodorants » ou les adolescents trop bruyants lorsqu’ils jouent des jeux à l’ordinateur. Les bibliothèques mettent en œuvre des politiques et ont une configuration de l’espace qui distancent le personnel des usagers, en plus d’utiliser un jargon complexe pour parler des services. Beaucoup de personnes socialement exclues ne se sentent pas bienvenues à la bibliothèque et il est vrai que souvent elles ne sont pas bienvenues.

Le personnel ne peut pas éliminer les obstacles systémiques en discutant des politiques et en faisant des recommandations. Le personnel ne peut pas apprécier les obstacles aux services de bibliothèque auxquels font face les personnes socialement exclues car ses membres ne sont pas eux-mêmes socialement exclus. Afin de recenser, reconnaître et supprimer les obstacles systémiques, nous devons engager la participation des membres de la communauté qui perçoivent ces obstacles.

Pour avoir une meilleure compréhension de ce que « participer » veut dire, Working Together propose un continuum de la participation susceptible d’aider les institutions à évaluer stratégiquement leur planification et l’approche participative appropriée pour les services en bibliothèque qui seront programmés en se situant sur cette échelle.

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Cet outil de visualisation nous permet aussi de faire l’hypothèse que la programmation actuelle des bibliothèque se concentre encore aujourd’hui, d’une façon générale, à l’extrémité la plus faible sur l’échelle des niveaux de participation.

Ce continuum rappelle certains schémas en théorie de la participation citoyenne qui sont repris pour appuyer la démarche des approches de type laboratoire vivant.  Les processus d’innovation ouverte et de co-design que supposent ces approches ont été mis à profit dans le cadre du projet de la médiathèque de Lezoux en Auvergne (France). Il y a certainement un parallèle à faire entre ces méthodes orientées à partir de l’usager, mais qui mettent l’emphase dans un cas, sur l’inclusion sociale et dans l’autre, l’innovation ouverte.

Avec les études et le travail de terrain qui ont été menés dans le cadre du projet Working Together, une trousse d’outils a aussi été développé afin d’aider les bibliothèque à mettre en place une approche de la « planification en collaboration avec la communauté » qui ne vise pas seulement une réorganisation des services, mais une transformation plus radicale et plus durable. Car « [r]econnaître que les modèles actuels de bibliothèque ne servent pas les personnes socialement exclues c’est nécessairement reconnaître qu’un changement plus fondamental s’impose. »

Or, l’accès à l’information, le droit de participer à la culture, l’ouverture à la diversité commencent par cet engagement en faveur d’une planification en collaboration à la communauté. C’est ce que participer à la  bibliothèque ou faire du design participatif devrait d’abord vouloir dire en réalité.

Ce n’est pas ce genre de projet qui se dit participatif, dans cette version réductrice et consumériste, façon me-too marketing, qui consiste à mettre du mobilier mobile ou modulaire en s’excitant devant un catalogue IKEA.

Les techniques et les méthodes qui sont proposées dans Working Together visent à « recenser et éliminer les obstacles aux services d’une part et, d’autre part, élaborer et mettre à l’essai un modèle de service dans lequel les personnes socialement exclues peuvent participer activement, en tant qu’égales, à la prise de décision et à la planification de la bibliothèque. » Je reviendrai plus loin (dans un article ultérieur) sur cette méthode.

Pendant quatre ans, Ressources humaines et Développement social Canada (RHDSC) (devenu Ressources humaines et Développement des compétences Canada) a soutenu ce projet qui visait à « étudi[er] l’adoption des techniques du développement communautaire pour planifier des services de bibliothèque publique plus inclusifs. »

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New Central Public Library of Halifax, Canada. Ouverture 2014.

Ce travail a été réalisé  sous la direction de la Vancouver Public Library avec les bibliothèques partenaires − Halifax Public Libraries, Toronto Public Library et Regina Public Library  et a constitué

une importante reconnaissance de la part de quatre des plus grands systèmes urbains de bibliothèques publiques du Canada du fait que les bibliothèques publiques doivent trouver de nouveaux moyens de comprendre et de servir les membres des communautés socialement exclues si nos établissements doivent remplir les importants rôles sociaux et économiques que nous cherchons à assumer. 

Working Together représente un instrument de planification et de co-design social très puissant pour la bibliothèque du 21ième siècle, dite participative, qui vise à soutenir les droits humains par le développement des capacités humaines.

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Un fab lab, c’est pour imprimer des qualités humaines en 3D dans la bibliothèque

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Dans un article publié sur Espace B, Gaëlle Bergougnoux, qui complète une maîtrise en sciences de l’information à l’Université de Montréal, se penche sur la question des fab labs en bibliothèque. Elle met l’emphase sur les qualités humaines des fab labs avant leurs capacités technologiques et l’imprimante 3D auxquelles on les identifie. En voici un extrait :

Avant tout, il importe de se demander sous quelle forme nous voulons implanter ces nouveaux espaces et toutes leurs nouvelles fonctions dans la bibliothèque publique (un webinaire d’OCLC et du Library Journal indique un budget de 10 000 à 50 000$ pour monter un fab lab et un espace nécessaire d’environ 75 m2).

L’expression même de fab lab correspond à l’espace inventé par Neil Gershenfeld et reconnu par le MIT. Les bibliothèques publiques, bien que s’inspirant fortement de sa philosophie et de ses principes, ne sont cependant pas obligées de se conformer à tous les points de la charte. Sans doute, vont-elles devoir se pencher et réfléchir à quelle sorte de makerspace elles veulent pour leur communauté et leurs citoyens. On peut même imaginer que les bibliothèques publiques développeront leur propre homologation, répondant ainsi à leurs réels besoins.

Les fab labs possèdent des qualités « humaines » que les bibliothèques publiques vont sans doute pouvoir utiliser. On peut ainsi penser à un partenariat avec des écoles ou certains programmes particuliers, pour revaloriser le travail manuel, ce « faire » qui disparaît des écoles. Les enfants aiment naturellement bricoler (il n’est qu’à voir le succès des petits bricolages qui sont souvent proposés après l’heure du conte), ils sont certainement un public déjà acquis aux fab labs. Les adolescents, et ce n’est pas pour rien que plusieurs bibliothèques américaines ont développé des labs spécifiquement pour eux, sont aussi des usagers à privilégier dans cette entreprise, eux qui délaissent la bibliothèque publique à cet âge particulier de la vie… Plus globalement, le fab lab, un terrain neutre qui propose une littératie nouvelle, où tout le monde se retrouve un peu sur le même pied d’égalité et où chacun est encouragé à partager ses connaissances, pourrait être un lieu de mixité, de réconciliation sociale.

En venant à la bibliothèque pour fabriquer (comme on y vient pour lire), c’est un véritable moyen de s’approprier le lieu qui est proposé ici. En permettant aux usagers de créer, en favorisant l’émergence de projet individuel et communautaire, le fab lab leur offre par là-même la possibilité de s’épanouir personnellement et de faire rayonner la bibliothèque dans sa communauté.

On peut lire l’article complet sur Espace B.

| Image : Marc-Olivier Ducharme, source : échoFab, licence : CC BY-NC-SA 2.5 CA |

Le living lab dans la bibliothèque

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Les bibliothèques, surtout les nouvelles bibliothèques, représentent de grands équipements aspirationnels : elles incarnent une vision, la manière dont une communauté se définit par rapport au savoir, à la culture et sa mémoire. Les bibliothèques constituent aussi des instruments d’empowerment et de croissance communautaire. Elles sont plus qu’une somme ou une collection de livres ou de DVDs, elles sont des projets sociaux. Est-ce que l’on veut mettre de l’innovation dans ces projets sociaux ? Pas toujours…Bâtir les bibliothèques comme des living labs serait-elle la solution ?

En Scandinavie, c’est bien connu, les bibliothèques sont des occasions de combiner les aspirations, le projet social et l’innovation. Le projet du Urban Media Space au Danemark est un bel exemple de proposition qui s’affirme en tant que marqueur de la ville d’Aarhus, « a future-oriented city of innovation ».

Une des manières d’innover consiste à aborder les projets dans une perspective de design intégré. C’est vrai pour les sites web comme pour les lieux (sans qu’on les limite à être des sites web ou des lieux, ils doivent consister en un projet plus large dont le site web et le lieu ne sont qu’une des modalités). Et dans le contexte technologique qui caractérise les bibliothèques actuellement, le modèle des labs pour la conception et le design des projets seraient particulièrement opportun.

Qu’est-ce qu’un living lab ?

Patrice Dubé a présenté le projet du living lab SAT / CHU Sainte-Justine lors d’un forum tenu en juin suivi par une visite des installations.  Cette initiative vise à favoriser la guérison chez les enfants en utilisant des dispositifs technologiques comprenant des scénographies immersives, des expériences virtuelles, de la vidéo d’animation interactive, etc. En tant qu’écosystème d’innovation, le living lab présente les caractéristiques suivantes (tel que je l’ai retenu) :

  • Il constitue une méthodologie et non un lieu.
  • L’exploration des usages, l’expérimentation et la co-création en sont les actions structurantes.
  • L’utilisateur est au coeur et participe activement, comme source de création, au processus d’innovation du début à la fin. En d’autres termes,  le laboratoire est mis en place par les usagers et ce sont eux, qui, avec le temps, vont construire du sens, dans, et à travers, ce qui aura été créé.
  • Le living lab inscrit l’expérimentation technologique dans un contexte territorial ou dans une situation réelle (par opposition à théorique).
  • Il intègre divers partenaires, des chercheurs, des créateurs et des utilisateurs dans un cadre ouvert de façon à mobiliser l’intelligence collective.
Wikipedia propose cette définition qui rejoint l’esprit de la communication :

A living lab is a research concept. A living lab is a user-centred, open-innovation ecosystem, often operating in a territorial context (e.g. city, agglomeration, region), integrating concurrent research and innovation processes within a public-private-people partnership. The concept is based on a systematic user co-creation approach integrating research and innovation processes. These are integrated through the co-creation, exploration, experimentation and evaluation of innovative ideas, scenarios, concepts and related technological artefacts in real life use cases. Such use cases involve user communities, not only as observed subjects but also as a source of creation. This approach allows all involved stakeholders to concurrently consider both the global performance of a product or service and its potential adoption by users. This consideration may be made at the earlier stage of research and development and through all elements of the product life-cycle, from design up to recycling.

Patrice Dubé a ajouté une nuance appréciable qu’on ne retrouve pas dans cette définition à savoir qu’il s’agit moins d’un modèle centré sur l’utilisateur (user centric model) que d’un modèle dirigé par l’utilisateur (user driven model).

Le living lab dans la bibliothèque

Les bibliothèques veulent développer des relations nouvelles avec les citoyens/citoyennes; elles revendiquent une approche orientée vers l’utilisateur, elles veulent offrir une meilleure expérience et en même temps expérimenter et innover, favoriser la guérison, la connaissance, le développement social et culturel, la littéracie à travers la technologie ( livres numériques, tablettes, RFID, surfaces interactives, dispositifs mobiles, réseaux). Toutes ces intentions les qualifient pour un projet de living lab.

L’idée n’est pas inédite, certaines réflexions sur l’avenir de la bibliothèque propose cette voie :

What will the future library be like in, say, 2017? Can it even be called a “library” anymore? Conference participants reflected over the changing identity of the library. Many speakers used the term “living lab”, where the library is seen as a living space – a lab – in the middle of urban surroundings. The library’s main role was seen as being a meeting place for people. However, defining just what kind of a meeting place this would be stimulated a lot of discussion. The future library should be a virtual, social as well as a physical place for city residents who want to meet each other and also spend personal time with literature, information technology and hobbies – individual activities together with others.(Future library – a fascinating mystery)

On parle beaucoup de la bibliothèque tiers lieu.  Il s’agirait alors d’étendre ce concept de tiers lieu et de l’aborder comme un processus vivant qui se crée à travers les usages bien en amont du lieu bâti. Le tiers lieu commence dès l’idéation et le visioning en mettant en place un système ouvert, intégrant des acteurs de divers horizons et des usagers, puis tout au long de la programmation, du design jusqu’à son opération et quelque soit sa durée de vie.  On ne construit pas seulement un bâtiment, on construit du sens.

Et pour faire suite au billet précédent, on pourrait suggérer que le modèle de la bibliothèque devrait être celui d’un tiers lieu combinant une approche Working together et Living lab. Working together in a living lab…Travailler ensemble dans un laboratoire vivant, c’est une vision pour la bibliothèque du 21ième siècle. Et comme, celle-ci se situe dans un monde de création et d’information, on pourrait aussi annoncer l’intention d’oeuvrer ensemble dans un laboratoire d’information vivant.

| Photos : Visite de la SAT, de la satosphère et et des installations du living lab SAT / CHU Sainte-Justine en développement, juin 212 |

Le tiers lieu d’un point de vue nord-américain expliqué aux enfants

Pour prolonger l’article précédent portant sur le concept de tiers lieu tel qu’il a été développé à l’origine, je vais maintenant prendre le point de vue des bibliothèques. Je vais tenter, en particulier, de préciser comment le modèle du tiers lieu s’inscrit dans la conception nord-américaine de la bibliothéconomie.

Il s’agit, en fait, d’une autre forme de retour aux sources, cette fois vers les fondements de la bibliothéconomie nord-américaine, non seulement en vue de situer le concept de tiers lieu dans l’horizon de service des bibliothèques, mais aussi dans le but d’en apprécier l’importance relative. Pour ce faire, j’aurai recours au texte de référence classique de Kathleen de le Pena McCook, Introduction to Public Librarianship, surtout les chapitres 8, 9 et 12.

Dans ce livre, McCook remonte le courant de l’histoire des bibliothèques américaines, elle explicite notamment la contribution des femmes, souvent gommée, dans cette traversée. Mais, le projet principal de l’auteure consiste à formaliser l’engagement de la bibliothèque publique aujourd’hui à l’aide d’une série de principes et d’axes stratégiques concernant les services.

Pour commencer, je propose de faire une halte sur l’histoire des bibliothèques publiques telle que McCook la présente dans le chapitre 8 et qui servira à mieux contextualiser le propos que je tiendrai par la suite.

Brève histoire des bibliothèques américaines

Depuis leur apparition dans les années 1850, les bibliothèques publiques ont peu à peu étendu leurs services : aux collections de lecture sérieuse, ce sont ajoutées des documents associés à la lecture récréative. Puis, au cours du siècle dernier, des services plus actifs ont été développés : la référence, l’information, l’éducation aux adultes, la recommandation de lecture, les programmes communautaires, l’aide à l’emploi, la généalogie et l’histoire locale.

Les fondements de la théorie des services en bibliothèque ont commencé à se clarifier et à se définir dans les années 20 avec l’ouvrage, The American Public library and The Diffusion of Knowledge, par William S. Learned (1924).

Au cours des années 40, la place de l’éducation au sein des services devient un enjeu majeur. Dans The Public Library – A People’s University, l’auteur, Alvin Johnson, développe un argument sur le rôle unique de la bibliothèque comme source de connaissances. L’éducation est alors conçue comme un pivot de la fondation de la bibliothèque. La caractérisation proposée par Johnson est encore fréquemment utilisée de nos jours, souligne McCook. À cette époque, l’expression « services aux adultes », par exemple, signifiait simplement «éducation des adultes».

Après le travail de fondation, les efforts dans les années 50 ont été concentrés sur l’organisation du système de la bibliothèque publique. C’est à ce moment que les cinq pôles des services ont été identifiés : la valorisation indirecte (étalage, liste de lecture), la recommandation de lecture, les services aux organisations et aux groupes (expositions, clubs de lecture), les programmes de bibliothèques (films, discussions de groupe, radio, télévision), les services à la communauté.

Les années 60 et 70 se sont distinguées par un engagement vigoureux ayant pour finalité d’assurer une équité de services à tous : « each adult should have the right to a Library service that seek to understand both his needs and his wants ant that uses every means to satisfy them ». Le outreach et la problématique de le littéracie deviennent les moteurs des actions.

Dans les années 80, l’emphase a été placée sur les «rôles», plutôt que sur les «services», des bibliothèques publiques, en les interprétant dans une perspective communautaire. Les référents dans le discours sur les bibliothèques publiques sont alors les termes suivants : « community activities center, community information center, formal education support center, independant learning center, popular materials library, reference library and research center ».

Dans les années 90, le discours se déplace, et on parle moins de «rôles» que de «services aux répondants» (service responses). De nos jours, cette conception du service peut être entendue de manière à refléter une vision plus large de l’importance de la bibliothèque publique pour les communautés, plutôt que d’être centrée sur les individus, et c’est ce que McCook tentent de caractériser – et que je résume dans le petit traité de bibliothéconomie qui suit.

Petit traité de bibliothéconomie

Aujourd’hui, selon McCook (chapitre 8 et 9), les quatre piliers du service en bibliothèque sont :

• La sphère publique
• L’héritage culturel
• L’éducation
• L’information

Je vais décrire rapidement ces piliers en m’attardant surtout au premier qui est appelé à revenir dans la discussion plus avant.

1. La sphère publique. La bibliothèque est une composante centrale de la sphère publique : c’est sa fonction la plus large en lien avec la société civile. Par ce biais, les bibliothécaires supportent les relations que la communauté entretient à l’égard du discours et de la réalité au quotidien. Par sa contribution à la sphère publique, la bibliothèque publique participe à la création, la construction de la communauté et elle favorise un dialogue authentique entre les citoyens. Les services qui sont le plus étroitement associés au développement de la sphère publique sont les suivants : les « Commons », « Community Referral », « Current Topics and Titles ».

Les Commons répondent au besoin des citoyens de se rencontrer et d’interagir avec les autres, de participer au discours public. Les Commons prennent la forme de programmes communautaires et d’expositions qui permettent à une diversité d’idées et de points de vue de se croiser, de se confronter et de stimuler l’engagement civil. Il suppose des ressources appropriées de même que des lieux de rencontre, des forums, des salles au service de la communauté, des agoras, des lieux et des plates-formes d’échanges physiques et numériques.

L’axe Community Referral/ référence communautaire concerne l’offre, l’affichage et la diffusion d’information rattachés aux services offerts par la communauté. Current topics and titles englobe l’ensemble des services pour la lecture et pour les lecteurs.

2. L’héritage culturel. Ce carrefour culturel rassemble les services concernant i. l’apprentissage tout au long de la vie (lifelong learning), la croissance personnelle et le développement social; ii. L’éveil culturel (programmes d’auteurs, groupes de musique et de théâtre, ateliers d’écriture créative, ressources pour les communautés culturelles, éveil aux langues et aux arts, programmes autour de l’histoire et de l’identité, des droits humains, de la tolérance, critiques littéraires, blogues littéraires, ressources en ligne; iii. L’histoire locale et la généalogie (services et ressources pour une meilleure compréhension de notre héritage culturel, méthodes, histoires orales, archives, photographies, collection d’artefacts).

3. L’éducation. Cet axe vise à soutenir les besoins de citoyens en matière d’éducation et de formation à travers trois types d’offres : i. les services de littéracie de base (alphabétisation, premières lectures, ressources pour l’apprentissage de la lecture, tutorat, etc.); ii. la littéracie de l’information (développement des compétences pour faire des recherches et des travaux, alphabétisation technologique, utilisation des ressources de référence et leur évaluation, etc.); iii. Le support pour l’apprentissage formel (programme de littéracie émergente, visite dans les écoles, programme après l’école, collections pour supporter le curriculum des écoles).

4. L’information. Ce volet regroupe les domaines de i. l’information générale (travail, vie, loisirs); ii. l’information pour le consommateur; iii. l’information gouvernementale (au sujet des agences et services gouvernementaux, les renseignements qui permettent aux gens de participer au processus démocratique, l’éducation à la citoyenneté, les publications gouvernementales, l’accès aux informations concernant les lois, les règles, la santé, la communauté, le transport. Surtout quand on sait que les gouvernements sont des producteurs de publications qui surpassent tous les autres, dépliants, formulaires, etc…); iv. l’information pour la carrière et l’emploi (subventions à l’emploi, foires, CV, programmes d’études).

[Commentaire. Bien sûr, ce portrait de la bibliothéconomie contemporaine aurait déjà besoin d’un rafraîchissement qui soulignerait l’impact de la culture numérique et des transformations technologiques sur les principes, les méthodes, les normes d’évaluation et les buts de ce domaine. Mais, puisque, selon moi, on n’en est pas encore à parler d’un changement de paradigme, j’estime que cette compréhension de la bibliothéconomie proposée par McCook est encore, pro forma, adéquate. Ainsi, considérant les développements historiques, il serait temps de souligner le passage d’une approche centrée vers la circulation de documents à une approche orienté vers la participation, la médiation globale, la création de contenu tant par les bibliothécaires que par les citoyens.]


Les tendances de la bibliothèque du 21e siècle (c’est le titre du chapitre 12)

La présentation trop longue de ce petit traité ci-haut visait à mieux comprendre la structure du système des services de la bibliothèque publique américaine. Dans ce qui suit, je vais tenter de formuler un commentaire dans le but de montrer comment le tiers lieu s’insère dans ce système.

Considérons d’abord le registre des défis au plan des services auxquels les bibliothèques publiques sont confrontées au 21ième siècle. Selon McCook, 4 tendances affecteront les bibliothèques publiques dans les prochaines décennies :

• Le sens d’une place (Sense of Place (SOP)) dans le contexte du régionalisme
• La convergence des institutions d’héritage culturel
• Une offre de services inclusifs et un engagement pour la justice sociale
• Le soutien à la sphère publique

1) Le sens d’une place (Sense of Place (SOP)) dans le contexte du régionalisme Le sens d’une place ou le sentiment d’appartenance est « la somme de toutes les perceptions, esthétique, émotionnel, historique – qu’un lieu, ainsi que les activités et les réponses émotionnelles associés à ce lieu, suscitent chez les personnes. » Selon McCook, la bibliothèque publique procure le sens d’une place, un sentiment d’appartenance qui transcende les nouveaux développements impersonnels, les lieux commerciaux, etc. et qui aident la communauté à préserver son identité et son caractère distinctif. L’emphase actuelle sur le développement durable et sur la croissance des communautés plus viables « encourage la création d’espaces publiques qui sont de véritables places communautaires. »

Ces véritables places communautaires auxquelles la communauté aspire constituent des tiers lieux :

The Public Library stands as a true « third place » – as Oldenburg (2001) characterize the place – not home and not work- where people gather. While some libraries enhance this rôle more than others, the urban planning design focus on livable communities with emphasis on walkable environnements and accomodating civic spaces capitalizes on those aspects of public libraries that provide an SoP…The public library’s ability to be part of the revitalization of downtowns and neighborhoods makes it an important polestar for the community, in the face of an increase gated developments, urban sprawl, and unplanned growth. (p.295-296)

Et, le défi, ultimement, consiste non seulement à réussir l’émergence d’un troisième lieu mais aussi à le transcender en prenant part à des initiatives qui dépassent les limites de la communauté. En d’autres termes, il s’agit de concilier un projet local dans une perspective globale. Mais ici, la longue tradition des bibliothèques en matière de réseau, de collaboration, de partenariats, permet généralement d’assurer ce passage et cet équilibre.

[Commentaire. En somme, les bibliothèques sont aujourd’hui mobilisées par les services à la communauté. Dans la structure de services actuelle des bibliothèques, l’un des axes principaux concerne la sphère publique. Par sa contribution à la sphère publique, dit-on, la bibliothèque participe à la création, la construction de la communauté et favorise un dialogue authentique. Cette fonction passe notamment par l’achèvement d’un projet de développement de la collectivité territoriale et par la génération d’un sentiment d’appartenance (Sense of Place). Le tiers lieu désigne le concept de ce système social lorsqu’il a réalisé sa fonction consistant à favoriser l’émergence des propriétés comme «être démocratique» ou «être une communauté» et des expériences associées au sentiment d’appartenance qui le caractérise à l’aide de certaines qualités spécifiques définies par Oldenberg.

Aujourd’hui, le recours à cet appareil théorique sert, de manière instrumentale, dans la programmation des nouvelles bibliothèques à imaginer des stratégies au plan de l’offre de services, de l’aménagement et de l’architecture pour faire émerger ce tiers lieu.

On discerne plus clairement désormais, me semble-t-il, la place et le rôle que tient le concept de tiers lieu au sein de ce cadre bibliothéconomique et de sa structure de services. C’est un rôle beaucoup plus circonscrit, plus précis et plus limité, au final, qu’il n’y paraît si on considère le tapage qui l’entoure et l’attention médiatique dont il est l’objet. Mais, il semble que cette fonction joue bel et bien un rôle significatif.

Il faut reconnaître toutefois que l’influence de l’univers marchand et de l’approche marketing dans l’environnement des bibliothèques donne parfois l’impression que la théorie du tiers lieu a été coupée de ses racines sociales et s’est allégée au point de se résumer à quelques directives d’aménagement.

Dans le contexte actuelle, et avec l’importance croissante accordée au développement durable, l’idée de revendiquer un tiers lieu durable est probablement une avenue prometteuse qui permettrait de redonner la dimension de projet social à cette fonction et d’atténuer l’emprise de la marchandisation.]

Les autres défis identifiés par McCook pour la bibliothèque du 21ième siècle, si on veut compléter cette lecture, se présentent ainsi :

2) La convergence des institutions liées à l’héritage culturel. Ce défi apparaît plus urgent que jamais dans le contexte des possibilités technologiques. On vise le développement d’un système holistique qui intègre les ressources des bibliothèques, des musées, des médias, des archives sous la forme de collaboration et de partenariats entre ces différentes institutions culturelles.

3) Une offre de services inclusifs et un engagement pour la justice sociale. On réfère au droit à l’accès, aux enjeux associés à la littéracie, à la réduction des inégalités, à la préoccupation pour la fracture numérique – dans la perspective du développement durable.

4) Le soutien à la sphère publique. La préoccupation pour la contribution de la bibliothèque à la sphère publique concerne encore les Commons, non pas en termes de SOP, mais plutôt, cette fois, dans la perspective de la disponibilité et de l’accès à l’information : « The rôle of public library collection development so that librarians ensure that materials are available to meet the needs and interests of all segments of their communities continues to be an important way that the public sphere continue to be enhance (Budd and Wyatt, 2002) ».

[Notons que l’engagement des bibliothécaires contre les DRM, contre l’ACTA, SOPA, etc. et pour les droits des usagers s’inscrit, notamment, dans ce quatrième défi]

Ce sont là quelques repères fondamentaux qui sont utiles pour comprendre le cadre théorique de la bibliothèque publique sur le territoire nord-américain aujourd’hui ainsi que les sens des termes et des enjeux qui s’y déploient, notamment en ce qui concerne le tiers lieu.

| Photo Reading Room, New York Public Library, Bryant Park, par Marie D. Martel, licence : cc-by-sa |

Le concept de tiers lieu : retour aux sources

La thèse des tiers lieux, développée par le sociologue Ray Oldenberg, est devenue célèbre pour avoir été utilisée dans la stratégie de marketing des cafés de la marque Starbuck. À la longue, on a fini par la confondre avec la recette Starbuck: faites un sondage, offrez le wifi et le café dans un lieu convivial et le tour est joué, disait-on. Une formule assez aisément exportable dans des lieux comme les librairies, les bibliothèques, les hôtels, et on ne s’en est pas privé.

Mais, au-delà des ingrédients de surface, ce modèle représente un véritable projet de sociétéculturedesign que l’on a généreusement galvaudé et caricaturé depuis, faute d’en connaître les fondements. Pour mémoire, je reviens à la source, c’est-à-dire au texte de Ray Oldenberg lui-même et pas au slogan ramassé sur Google qui confond la thèse des tiers lieux qu’on n’a guère lu avec le spécial « design» d’un magazine de déco qu’on a préféré lire pour critiquer ces systèmes sociaux.

Retour à la source, notes de lecture

Qu’est-ce qu’un tiers lieu suivant le chapitre 2 de l’essai de Ray Oldenberg, The Great Good Place : cafés, coffee, shops, bookstores, bars, hairs salons and other hangouts at the heart of the community ?

Les tiers lieux partagent des caractéristiques communes et essentielles. Malgré les variations climatiques et sociales, malgré les différences dans les attitudes culturelles, affirme Oldenberg, ils présentent la qualité d’une place qui permet les rassemblements dans un cadre public informel, qui contribue à créer une communauté vivante, qui favorise une communion naturelle et un sentiment d’appartenance plus qu’une association de nature civique. Ils offrent un lieu favorable à la diversité où les gens peuvent être eux-mêmes, acceptés pour ce qu’ils sont ou en phase avec ce à quoi ils aspirent.

Les conditions nécessaires qui caractérisent un tiers lieu:

1. Un terrain neutre (p.22)

In order for the city and its neighborhoods to offer the rich and varied association that is their promise and their potential, there must be neutral ground upon which people may gather. There must be places where individuals may come and go as they please, in which none are required to play host, and in which all feel at home and comfortable.

2. Le tiers lieu nivelle les différences entre les gens (p.23)

A place that is a leveler is, by its nature, an inclusive place. It is accessible to the general public and does set formal criteria of membership and exclusion. There is a tendency for individuals to select their associates, friends, and intimates from among those closer to them in social rank. Third places, however, serve to expand possibilities, whereas formal associations tend to narrow and restrict them. Third places counter the tendency to be restrictive in the enjoyment of others by being open to all and by laying emphasis on qualities not confined to status distinctions current in the society… this unique occasion provides the most democratic experience people can have and allows them to be more fully themselves, for it is salutary in such situations that all shed their social uniforms and insignia and reveal more of what lies beneath or beyond them.

3. La conversation en est la principale activité (p. 26)

Neutral ground provides the place, and leveling sets stage for the cardinal ans sustaining activity of third place everywhere. That activity is conversation. Nothing more clearly indicates a third place than that the talk there is good; that it is lively, scintilllating, colorful, and engaging.

4. Le tiers lieu est accessible et accommodant (p.32)

Access to them must be easy if they are to survive and serve, and the ease with which one may visit a third place is both a matter of time and location.

5. Les réguliers (p.33)

Whatever attracts the regular visitor to a third place is supplied not by management but by fellow customers. The third place is just so much space unless the right people are there to make it come alive, and they are the regulars…It is the regulars, whatever their numbers on any given occasion, who feel at home in a place and set the tone of conviviality and contagious style of interaction and whose acceptance of new faces is crucial.

6. Un profil bas (p.36)

As a physical structure, the third place is typically plain. Third places are unimpressive looking for the most part…In cultures where mass advertising prevails and appearance is valued over substance, the third place is all the more likely not to impress the initiated…the low visual profile typical of third places parallels the low profile they have in minds of those who frequent them, third places are ordinary part of daily routine.

7. L’atmosphère y est ludique (p.37)

The persistent mood of the third place is a playful one…It may an impromptu gathering with no set of activity at which everyone stays longer than intended because they are enjoying themselves and hate to leave. The urge to return, recreate, and recapture the expérience is there.

8. Un home-away-from-home, un second chez-soi (p.39)

Le tiers lieu est « un environnement sympathique » qui prolonge la maison dans la sphère publique et possède les attributs suivants :

  • Il nous enracine en tant que centre physique ou pivot autour duquel nous organisons nos allers et venues;
  • Il procure un sentiment d’appropriation ou d’appartenance;
  • Il favorise la re-génération sociale, le brassage d’idées;
  • Il donne le sentiment d’être libre;
  • Il suggère une certaine chaleur (warmth) dans les rapports entre les gens ;

Dans la préface de la seconde édition, Oldenberg considère également la disposition des tiers lieux à constituer des forums politiques, des forums intellectuels et des bureaux (offices, préface xxiv-xxv).

Je retiens de cette lecture que le tiers lieu est un concept, appartenant à l’appareil théorique de la sociologie urbaine, décrivant et expliquant un système social avec des composantes, des mécanismes, une structure dans un environnement donné d’où émerge des propriétés qui n’existaient pas auparavant, soit des propriétés sociales comme «être démocratique» ou «être une communauté», par exemple. En ces termes, le tiers lieu n’est pas une marque ni un autre catalogue d’Ikea.

Pour d’autres lectures au sujet des tiers lieux, on peut consulter les travaux de Mathilde Servet et cette pile de liens sur Delicious.

| Photo : Marie D. Martel, Café Charles Dickens à Londres, licence : cc-by-sa |