[Notes de lectures] Après Anna Karénine, Aminata par Lawrence Hill

Aminata

C'est la dernière semaine de février. Je m'invite dans ce mois de célébration pour
 partager quelques lectures qui m'ont enchantée entre 2014 et 2015.

Aminata par Lawrence Hill, traduit de l’anglais par Carole Noël, Éditions de la Pleine Lune, 2011.

Paru sous le titre original de The Book of Negroes, ce passionnant roman historique s’appuie sur un corpus de recherches considérable. Aminata est le double narratif, dans sa version féminine, de l’esclave Olaudah Equiano qui a rédigé au 18ième siècle une autobiographie devenu un classique de la littérature sur l’esclavage. Cette oeuvre est un nouveau classique et le personnage d’Aminata campe une héroïne plus grande que nature aussi mythique qu’Anna Karénine. Le périple de l’esclave Aminata, née libre en Afrique, l’amène en Caroline du Sud (Charleston), en passant par New York où elle côtoie la révolution américaine, puis en Nouvelle-Écosse (Canada) avant de retourner sur le continent africain en Sierra Leone. C’est à Londres qu’elle achève sa longue marche après d’être s’engagée auprès des partisans de la cause abolitionniste leur procurant une caution morale.

Le récit révèle un pan méconnu de l’histoire des loyalistes noirs qui s’étaient installés en Nouvelle-Écosse avec la promesse d’une vie meilleure jamais réalisée. Las d’attendre, des milliers d’entre eux choisirent de quitter ces conditions de misère pour participer à la fondation du Sierre Leone. Dans ce combat pour la liberté, la parole et la maîtrise des compétences liés à l’écriture et la lecture sont les armes d’Aminata. À travers cette narration au «je», Aminata revendique aussi l’ultime liberté qui est celle d’écrire sa vision du monde et son histoire dans les termes qui sont les siens.

Prix Canada Reads 2009 et Commonwealth Writer’s Prize.

Sur Librarything

Nanoveille du 15 octobre : Big Data, lecture numérique, ludothèque, microbibliothèque et prix littéraires

La nanoveille est une petite collection de liens choisis en butinant les actualités dans le monde du livre et des bibliothèques sur le fil Twitter. 

Lawrence Hill reçoit le prix Freedom to Read 2012


L’auteur canadien Lawrence Hill a reçu le prix Freedom to Read 2012, qui vise à sensibiliser les citoyens au sujet de la censure, pour The Book of
Negroes. L’été dernier, la couverture de ce livre avait été brûlée par un groupe hollandais en raison du mot « negro » dans le titre. Ce chef d’oeuvre a été traduit au Québec par les éditions de la Pleine Lune en 2011 sous le titre d’Aminata.

Lors de l’annonce le 22 février dernier, le président de l’Union des écrivains du Canada (Writers’ Union of Canada) a fait valoir que l’élégance de la réponse de Hill face à ce geste justifiait largement cet honneur :

Burning books is designed to intimidate people. It underestimates the intelligence of readers, stifles dialogue and insults those who cherish the freedom to read and write. The leaders of the Spanish Inquisition burned books. Nazis burned books.

[…]

Rather than flinching from a document that addresses the history of African people, Mr. Groenberg should put down their matches, respect freedom of speech, and enter into a civil conversation about slavery, freedom and contemporary language.

Pour la traduction :

Brûler les livres est conçu pour intimider les gens. Ce geste sous-estime l’intelligence des lecteurs, étouffe le dialogue et insulte ceux qui chérissent la liberté de lire et d’écrire. Les chefs de l’Inquisition espagnole ont brûlé des livres. Les Nazis ont brûlé des livres.

[…]

Plutôt que de s’agiter autour d’un document qui aborde l’histoire des peuples africains, Monsieur Groenberg devrait déposer ses allumettes, respecter la liberté d’expression, et s’engager dans une conversation civile sur l’esclavage, la liberté et le langage contemporain.

Hill a aussi fait valoir que le contexte du titre doit être pris en compte. Au-delà du titre, The Book of Negroe réfère à un document historique qui appartient aux archives anglaises et dans lequel ont été consigné les déplacements de milliers d’esclaves africains entre l’Angleterre, les États-Unis, le Canada et l’Afrique.

Le récit de l’esclave Aminata cumule de nombreuses critiques élogieuses ainsi que plusieurs prix.

À lire et à célébrer. La Semaine de la liberté d’expression se déroule du 26 février au 3 mars 2012.

¡ Source de l’image : PBS |

Les Chroniques de Jérusalem et la bibliothèque de Guy Delisle

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Guy Delisle a remporté le Fauve d’or d’Angoulême avec les Chroniques de Jérusalem. C’est Art Spiegelmam, président du jury, qui lui a remis le prix du meilleur album de bande dessinée 2011. Delisle rejoint le panthéon des grands bédéistes de la guerre comme Joe Sacco, Marjane Satrapi, Joe Kubert, Keiji Nakazawa, Emmmanuel Guibert et Didier Lefèvre. Joe Sacco figure d’ailleurs en bonne place dans la bibliothèque de Guy Delisle : on peut accéder sur son blogue aux lectures qui l’ont accompagné pendant la création des Chroniques de Jérusalem.

Ce n’est pas la voix du journaliste et la trame de l’enquête, à la manière d’un Sacco, que l’on côtoie mais l’étonnement du voyageur qui ouvre son carnet et son regard, jauge ses croyances, ses différences:

Je préfère être dans une voie médiane : le reportage soft que je mélange à mon petit quotidien. Avec les moyens de la BD et de la chronique, c’est fait d’une façon peut-être un peu plus littéraire. Mon dessin reste simple parce que le texte l’est aussi. Je veux qu’ils soient au même niveau de lecture pour que l’ensemble soit fluide. Dans Shenzhen, je me permets des phrases un peu plus littéraires, mais, avec l’âge, j’ai compris que ça ne me correspondait pas.  (Source: Rue 89)

On ne verra pas de caricatures de Mahomet, ni d’aucun autre de ses collègues. Mais, derrière la candeur du visiteur d’une année en Terre Sainte, on entend bien le commentaire perplexe de l’athée sur les excès tragiques des conflits religieux.

L’ambiance graphique et sa palette dans les neutres appuient le naturel et la densité de sa chronologie intimiste  :

“Je voulais que ça ait un peu une ambiance de carnet de croquis. Je n’imaginais pas un truc avec beaucoup de couleurs. Et à Jérusalem-Est, c’est de la pierre : c’est sec, il y a le désert un peu plus bas. Je voulais qu’on ressente un peu ce climat. ” (Source : Rue 89)

Et ne sommes-nous pas, sur ces terres, face à un horizon incolore, dans un désert de sens hanté par des dieux toujours trop vivants ?

On peut prolonger la découverte de cette oeuvre en allant découvrir les nombreux croquis sur son blogue.

Voici la liste des bandes dessinées de la bibliothèque de Guy Delisle qui font partie du contexte de production des Chroniques de Jérusalem :

  1. Gaza 1956, Joe Sacco, Ed : Futuropolis
  2. Palestine,Joe Sacco, Ed : Rackham
  3. Faire le mur, Maximilien Leroy, Ed : Casterman
  4. Les Amandes vertes, Anaële & Delphine Hermans, Ed : Warum
  5. Comment comprendre Israël en 60 jours (ou moins), Sarah Glidden, Ed : Steinkis
  6. Jobnik, Miriam Libicki, Ed : Real gone girl
  7. Exit Wounds, Rutu Modan, Ed : Actes Sud

Les oeuvres de Guy Delisle, et presque tous les titres suggérés ici, sont accessibles dans une bibliothèque publique près de chez vous.

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