Les bibliothèques publiques et la réussite éducative : + de planification nationale pour + d’impact #JPS2019

La Hutte de l’Espace Jeunes à la Grande bibliothèque (Montréal)

Les Journées de la persévérance scolaire (JPS) se déroulent du 11 au 15 février sur le thème « Nos gestes, un + pour la réussite scolaire ». Dans un cahier spécial sur l’éducation, Le Devoir introduit le sujet en ces termes :

Réduire le nombre d’enfants qui commencent leur scolarité avec un facteur de vulnérabilité, diminuer le décrochage scolaire, augmenter la proportion d’élèves qui obtiennent un diplôme avant 20 ans… Tous ces objectifs s’inscrivent dans la Politique de la réussite éducative du Québec. Les objectifs à atteindre sont grands et le réseau des CPE, garderies en milieu familial, privées ou subventionnées, la maternelle 4 ans, l’état des écoles, des services aux élèves ou encore les conditions de travail des enseignants sont au coeur de bien des débats. États des lieux et coup d’oeil sur différentes initiatives et divers projets qui peuvent être déterminants dans le cheminement des enfants, de la garderie à la cour d’école, en passant par le camp d’été. (Cahier spécial C, Éducation, Le Devoir,samedi et dimanche 10 février 2019, )

Je voudrais contribuer à la réflexion sur cet « état des lieux » en élargissant les termes du débat aux acteurs communautaires, qui ne sont pas mentionnés ici, et en abordant le rôle des bibliothèques publiques québécoises dans ce vaste chantier.

S’il fallait s’en tenir au principal document en cause, soit la Politique de la réussite éducative lancée le 21 juin 2017 sous le précédent gouvernement, cet exercice serait assez bref puisqu’une recherche par occurrence dans le texte ne donne aucun résultat associé au mot « bibliothèque ». Et ce même si la Politique porte un discours favorable à une approche communautaire de la littératie. Le mot « communauté » revient d’ailleurs 59 fois dans cette Politique qui compte 84 pages.

La Politique propose une vision visant à i. Agir tôt et tout au long de la vie et ii. Mobiliser la communauté éducative. À ce titre, cette vision prend en considération l’importance d’agir avant et au-delà du parcours scolaire dans un cadre de responsabilité qui n’est plus défini sur une base individuelle dans un contexte d’éducation formelle, mais qui est partagé par les acteurs de la communauté éducative.

À l’école des New Literacy Studies, les études soulignent en effet le caractère déficient des approches qui abordent l’alphabétisation et les littératies comme des enjeux essentiellement individuels et scolaires. Ces études mettent l’emphase sur une approche systémique où alphabétisation et littératies sont conçues en tant que pratiques sociales et culturelles reliant la famille, l’école (incluant afortiori les bibliothèques scolaires) et la communauté – dont les bibliothèques publiques et les autres acteurs communautaires font partie.

La Stratégie 0-8 ans qui a suivi la Politique a pris soin de désigner plus explicitement les acteurs communautaires afin qu’ils et elles se reconnaissent comme parties prenantes dans ce chantier et dans le partage des responsabilités qu’il implique :

Les huit premières années de la vie sont déterminantes dans toutes les sphères du développement global des enfants. C’est également au cours de cette période qu’ils réalisent les apprentissages les plus déterminants pour leur réussite éducative : la lecture, surtout, de même que l’écriture et la mathématique. S’ils ne possèdent pas les acquis attendus au terme du premier cycle du primaire, les enfants rencontreront plus de difficultés dans la poursuite de leur parcours scolaire. La capacité de lecture à cet âge, rappelons-le, est une compétence transversale liée à la réussite scolaire ultérieure : les enfants apprennent à lire pour pouvoir, par la suite, lire pour apprendre. Ces apprentissages se réalisent progressivement, d’abord par des activités d’éveil et de stimulation au sein de la famille, dans les bibliothèques publiques ou encore par l’intermédiaire des organismes communautaires qui offrent également ce type d’activités, et plus tard dans les services de garde éducatifs à l’enfance. (MCC, Stratégie 0-8 ans, p. 41)

Auparavant à l’automne 2016, le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) a interpelé les instances régionales de concertation sur la persévérance scolaire et la réussite éducative (IRC) en leur confiant le déploiement d’une nouvelle mesure visant à valoriser et à promouvoir la lecture auprès des 0-20 ans et des parents. Cette mesure contient plusieurs propositions orientées sur la « création et consolidation d’une synergie entre les bibliothèques, le réseau scolaire et les différents partenaires ». Cette mesure visait le développement de projets et d’activités complétés à terme sous la forme d’un rapport devant être déposé le 31 décembre 2017. (Mesure sur la lecture, p.3)

Qu’en est-il de cette mesure, de ses résultats, et maintenant de cette orientation explicite en matière de littératie communautaire dans le contexte du changement de gouvernement? Pour le moment, les engagements du gouvernement actuel semblent prioriser des moyens pour « agir tôt » qui visent à combler les nombreuses lacunes des milieux de l’éducation formelle, c’est-à-dire, scolaires.

Des initiatives locales

Des initiatives mises en place dans la foulée de cette mesure notamment à l’enseigne du Réseau Réussite Montréal subsistent. Le cahier Éducation du Devoir présente quelques « gestes concrets » tel que le projet « Délire », qui vise « à accroître et maintenir l’intérêt pour la lecture chez les jeunes de 16 à 20 ans », le plaisir de lire surtout, que le contexte informel des bibliothèques, ici les Bibliothèques de Montréal, favorisent. Des projets se dessinent également à plus long terme, par l’entremise de l’Association des bibliothèques publiques du Québec (ABPQ), grâce à un financement du MEES, qui suggèrent le début historique d’une reconnaissance de leur mission éducative, pourtant séculaire, et qui visent à développer des outils et des formations auprès du personnel des bibliothèques sur la littératie familiale.

D’autres exemples d’initiatives locales donnent un aperçu de la diversité des actions, mais surtout de leur caractère intentionnel en matière de soutien à la littéracie familiale et de persévérance scolaire. Certains de ces exemples m’ont été fournis par la Bibliothèque de Sainte-Julie (que je remercie) : heures du conte; club de lecture d’été; le coin des Apprentis Sage! : Un coin jeu favorisant la stimulation du langage dédié aux tout-petits et leurs parents avec des jeux de stimulation du langage pour les 0 à 5 ans; des jeux éducatifs sont mis à la disposition des parents et les intervenants en petite enfance qui veulent les emprunter; la Rimbambelle; l’escouade du livre en été dans les parcs de la ville avec deux animatrices entourées de livres passionnants proposent aux jeunes des lectures amusantes ainsi que des activités stimulantes pour les 5 à 14 ans; club de lecture de la livromanie pour les 8 à 11 ans (de Communication-Jeunesse).

Outre le projet « Délire », les bibliothèques de Montréal dispose aussi d’une offre locale à laquelle s’ajoutent des actions coordonnées par la Direction pour l’ensemble du réseau et dont on peut apprécier l’étendue et la profondeur dans ce document.

Les exemples d’activités et de collaborations en lien avec les littératies et la réussite éducative impliquant les bibliothèques apparaissent assez nombreuses et répandues. En revanche, personne, aucun ministère, aucun service des milieux documentaires ou autre association, n’est en mesure de produire un portrait fidèle de la situation, c’est-à-dire, de ce que font les bibliothèques publiques québécoises sur ce plan – en dehors d’opinions, d’anecdotes, de retours d’expérience. Ce qui revient à admettre que l’on ne peut pas, en ce moment, produire de véritable « état des lieux » qui nous permettent de décrire de façon rigoureuse leur contribution pour une meilleure planification de leur action et de leur impact à l’échelle locale et nationale.

Des conditions de réussite pour la réussite scolaire et +

Je souhaiterais attirer l’attention sur le fait que, au-delà des initiatives locales, les bibliothèques publiques constituent une opportunité pour agir de façon structurée puisqu’elles réunissent une ensemble de conditions susceptibles d’augmenter l’impact d’une stratégie pour la littératie et la réussite scolaire qui soit susceptible d’avoir une portée nationale :

  • Ancrées dans les communautés, elles sont réparties sur l’ensemble du territoire : 96 % de la population québécoise est desservie par une bibliothèque publique (Institut de la Statistique, Statistiques générales des bibliothèques publiques, 2015);
  • Davantage de personnes sont abonnées aux bibliothèques publiques qu’il y en a d’inscrites dans les écoles;
  • Ce sont des équipements publics, financés par les contribuables, via le Ministère de la culture et des communications ainsi que par les municipalités; et donc des relais publics de proximité pour la réussite qui sont directement mobilisables;
  • Elles sont organisées en réseaux et opèrent en un système de collaboration local, national et international;
  • Les littératies sont au coeur de leur mission, tout comme l’apprentissage tout au long de la vie; et au sujet de la littératie communautaire, il faut savoir que les bibliothécaires sont formé.e.s aujourd’hui au développement communautaire stratégique autant qu’au développement de collections;
  • De plus en plus, elles adoptent une perspective de care/justice sociale et se préoccupent des populations vulnérables ou socialement exclues et des obstacles systémiques qui freinent le développement des capacités associées aux littératies.

La perspective d’une stratégie nationale qui serait à même de saisir cette opportunité et de mieux utiliser ces services publics – en tant que financés par des fonds publics – est un défi. On pourrait parler du défi des trois « P » : le défi du pilote, le défi des politiques publiques et le défi du personnel.

Pas de pilote, de politique et personnel

Le défi du pilote s’entend plutôt comme le défi de ne pas avoir de pilote dans l’avion. Ballotées entre le MCC (qui met l’emphase sur la fonction culturelle, et surtout leur capacité à supporter l’industrie du livre, sans prendre en considération leur mandat éducatif et sans intervenir sur les vues souvent décalées des villes) et le MEES (duquel elles ne relèvent pas même si ce sont des institutions d’éducation assumées à travers tous les énoncés de mission internationaux qui les concernent), les bibliothèques publiques du Québec sont plutôt orphelines, adoptées par des maires qui ne savent pas trop quoi en faire, soucieux surtout qu’elles ne leurs coûtent pas cher.

Elles sont aussi « sans papier », c’est-à-dire qu’elles ne sont pas en mesure de se développer à l’aide de politiques publiques appropriées et suffisamment concrètes au plan national. Dans ces conditions, les bibliothèques publiques font figure de service public mal utilisé/géré par les gouvernements locaux et nationaux. Une planification globale, une stratégie nationale pourrait définir des orientations et des dispositifs incitant les villes à offrir des services de qualité en matière de littératie sur l’ensemble du territoire québécois afin d’avoir plus d’impact.

Faudrait-il que le « geste » soit une loi? La Suède s’est récemment dotée d’une loi pour ses bibliothèques dont une des priorités est la littératie.

Le défi du personnel est un des autres grands enjeux des bibliothèques publiques québécoises. À l’heure actuelle, il y a près de deux fois moins de bibliothécaires ETC (employés à temps complet) par 10 000 habitants dans les bibliothèques publiques du Québec que dans celles des différentes provinces canadiennes ou encore dans celles de quelques villes québécoises qui desservent des populations plus largement anglophones supportées par des administrations municipales qui, traditionnellement, en ont reconnu, la valeur.

Je reprends les propos des Denis Chouinard, Président de l’ABPQ, à l’automne dernier :

Ainsi, 65 % des municipalités comptent à leur bibliothèque moins de quatre employés à temps complet, indiquent les données 2017 de Statbib. « Comment peuvent-ils faire pour fonctionner ? », se demande M. Chouinard, qui a la chance, à la bibliothèque de Mont-Royal, de faire partie d’une équipe de 28. Car sa bibliothèque, depuis des décennies, est exceptionnellement choyée par le conseil municipal (voir encadré). « Si on veut que même les toutes petites biblios jouent leur rôle, il faut un minimum de personnel pour les animer, et pour gérer les collections. » Actuellement, 49 % des municipalités n’emploient aucun bibliothécaire. Près de 17 % des bibliothèques n’ont pas d’employés spécialisés — ni bibliothécaire, ni technicien en documentation. Le Québec compte 0,64 bibliothécaire diplômé par tranche de 10 000 habitants, selon les statistiques de 2015. Comparativement, l’Ontario en a 1,04, la Colombie-Britannique 1,07, et les États-Unis, en moyenne 1,01. (Catherine Lalonde, La bibliothèque publique, une richesse sous-exploitée, Le Devoir, 22 octobre 2018)

Sous la forme d’un tableau dans un des derniers rapports publiés par l’Observatoire de la culture et des communications du Québec en 2015, cela ressemble à ceci :

Ce qui suggère que l’on n’a pas encore compris et agi en phase avec la transformation des besoins des usagers et des bibliothèques du 21e siècle, avec la transition des collections vers les connexions; que l’on entretient encore la vision de la bibliothèques comme dépôt de livres au dépens d’un modèle de service orienté sur le développement communautaire, facilitant les littératies familiale, scolaire, communautaire – et ce même si on se targue de faire des « bibliothèques tiers lieux ». Un peu plus d’outils, un peu plus de formation ne nuira jamais, mais le problème de fond réside dans la précarité des équipes professionnelles au sein des bibliothèques publiques.

Cette situation de sous-dotation professionnelle explique aussi la quasi-absence de bibliothécaires jeunesse dans les bibliothèques publiques québécoises, un luxe qui, dans le meilleur des cas, est réservé à quelques grandes villes (Montréal?). Ces bibliothécaires jeunesse sont définitivement parmi les mieux placée.s pour développer et programmer des services en phase avec les connaissances les plus actuelles et les plus pointues sur les questions de littératie pour les publics jeunesse au sein des communautés. La rareté des bibliothécaires jeunesse est un autre aspect qui caractérise le cadre inéquitable du système québécois des bibliothèques publiques, que ce soit entre les villes du Québec ou from coast to coast; un autre chapitre de la gestion déficiente des bibliothèques publiques québécoises.

Sans doute « l’addition d’une multitude de gestes à la portée de tous, parents, membres de la famille, amis, éducatrices, enseignants, intervenants, élus ou encore décideurs, peuvent avoir une influence concrète sur la persévérance et la réussite des jeunes. » comme on le promeut dans le cadre des JPS. Je souhaitais faire valoir, c’est ma conclusion, qu’une gestion et une planification nationale conséquentes des bibliothèques publiques est un des scénarios parmi les plus prometteurs en vue d’avoir un impact structurant sur la persévérance et la réussite des jeunes. Mais est-ce que l’on y tient vraiment? C’est dit. Bonnes JPS !

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Des exemples d’initiatives en lien avec la littératie et la persévérance scolaire en bibliothèque publique :


Le Noël des futur.e.s bibliothécaires : des albums qui scintillent #àlire

Je vous propose une série de recommandations de lecture jeunesse fiables et passionnées réalisées par des pros en devenir. Ces exercices de médiation littéraire méritaient d’être partagés au-delà du bac à recyclage – où atterrissent, c’est bien connu, même les meilleurs travaux universitaires. J’en ai retenu une quinzaine, parmi quelques 200 productions du cours SCI6339 à l’EBSI, en commençant par cette sélection de trois albums.  Des mangas, des bandes dessinées, des romans et des documentaires suivront dans les prochains jours. Remplissez votre panier, papier ou numérique, c’est #àlire!

Trois albums scintillants

Dubuc, M. (2017). Le chemin de la montagne. Montréal : Comme des géants. Dès la naissance. (Bibliothèque publique)

PictureMadame Blaireau se rend tous les dimanches au sommet de la montagne Pain de sucre par le sentier qui traverse la forêt. Un jour, elle rencontre sur sa route Lulu, un petit chat rouquin, qui aimerait bien lui aussi se rendre au sommet de la montagne et contempler le monde. Lulu pense qu’il est trop petit pour gravir la montagne. Madame Blaireau invite alors Lulu à se joindre à sa promenade. Lulu accompagnera ensuite Madame Blaireau tous les dimanches. Elle lui apprendra à apprécier la nature et les plaisirs simples de la vie. Madame Blaireau partagera ses trouvailles à Lulu allant de la cueillette de champignons aux objets curieux amassés au cours de ses ascensions. Bien qu’une différence d’âge importante les sépare, il naîtra une profonde amitié entre Madame Blaireau et Lulu. Ensemble, ils nous dévoileront les secrets de la forêt.

Source. J’ai repéré l’album de Marianne Dubuc dans la section Les coups de cœur de Lurelu de la revue Lurelu (L’équipe, 2018). La revue Lurelu est une revue québécoise spécialisée dans le domaine de la littérature jeunesse. Cette revue qui paraît trois fois par année s’adresse autant au grand public qu’aux acteurs du milieu de la littérature jeunesse (Lurelu, s. d.). Selon Danièle Courchesne qui a rédigé la critique de l’album, Le chemin de la montagne est un réel « baume au cœur » (L’équipe, 2018). Ce qui ressort de sa critique est la beauté de cette histoire traitant d’une relation intergénérationnelle et du transfert de savoirs qui l’accompagne, à travers laquelle on apprend aux enfants l’importance de valeurs telles que le partage, le respect de l’autre et l’entraide. Selon cette critique, il s’agit d’« une lecture dont on ne se lasse pas » (L’équipe, 2018).

Analyse. Cet ouvrage se classe parmi les albums de la petite enfance s’adressant à un public âgé de 0 à 5 ans puisqu’on y retrouve une prédominance de l’image par rapport au texte. Cet album aborde d’abord le thème de la transmission du savoir d’une génération à l’autre qu’on observe alors que Mme Blaireau prend Lulu sous son aile; le jeune chat apprendra beaucoup de son aînée. L’album exploite également le thème plus philosophique du sens qu’on donne à la vie, des décisions que l’on prend. Ici, le temps est ralenti. Mme Blaireau apprécie la nature et les bonheurs simples. Plusieurs valeurs morales sont transmises dans cet album. On initie les tout-petits au partage, à l’empathie et à l’entraide. D’un point de vue social aussi, cet album transmet aux enfants le respect des aînés et de leur apport non négligeable à la société. Le cheminement de l’histoire est cohérent alors que l’on suit l’évolution de Lulu sur le chemin de la montagne. Quant au texte, il est constitué de quelques phrases courtes utilisant un langage simple et oscille de la narration au dialogue. Le texte est adapté aux tout-petits qui apprendront peut-être au cours de leur lecture quelques nouveaux mots de vocabulaire. Les illustrations sont douces et contiennent une panoplie de détails à découvrir. Dans cet album, la relation texte-image est complémentaire : la narration est construite autant par le texte que par les illustrations qui cohabitent d’ailleurs sur l’espace de la page. Je recommande fortement ce magnifique album pour les tout-petits pour une histoire douce qui allie divertissement et transmission de valeurs positives. Rédigé par Justine Ménard.

Note : Depuis la rédaction de cette recommandation, Le chemin de la montagne a remporté les prix littéraires suivants : Prix TD de littérature pour l’enfance et la jeunesse 2018, Prix Harry Black de l’album jeunesse 2018, Prix du Gouverneur général : littérature jeunesse de langue française – illustration 2018, Prix du livre jeunesse des Bibliothèques de Montréal 2018. 

Boulerice, S. et Côté-Lacroix, D. (2016). Florence et Léon. Montréal : Québec Amérique. À partir de 8 ans. (Bibliothèque publique, prêt numérique)

Simon Boulerice, auteur pour la jeunesse très productif, qui a écrit notamment Un ami lumineux et La gardienne du musée, propose ici un album abordant le thème de la différence. Florence, professeure de natation, est un peu différente des autres : elle a un petit problème aux poumons. Léon, vendeur d’assurance, est aussi différent parce qu’il a un problème aux yeux qui l’empêche de voir de la même façon que les autres. Les deux personnages pourront-ils devenir amis malgré leur différence ?

Source. Livres ouverts est une ressource en ligne offerte par le Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur du Québec. Elle propose des suggestions de lectures, sélectionnées selon des critères précis, pour les jeunes du préscolaire au secondaire (Gouvernement du Québec, s. d.-b). Chaque notice comporte un commentaire descriptif, une échelle ciblant le niveau scolaire approprié, des indices de difficulté de lecture et des pistes d’exploration pédagogique.

À propos de Florence et Léon, Livres ouverts souligne la thématique de la différence proposée par l’album. La ressource met aussi en relief l’influence que la bande dessinée a eue sur l’œuvre : certains dialogues sont transmis par des phylactères intégrés à l’image. Elle met aussi en évidence les couleurs douces de l’album, principalement dans des tons de gris avec des touches de couleurs autour des personnages. Selon Livres ouverts, le livre s’adresse aux jeunes de la 4e année du primaire à la première année du secondaire. L’indice de difficulté donné est de 4 sur 11, le commentaire descriptif soulignant le « vocabulaire riche » de l’album. (Gouvernement du Québec, s. d.-a).

Analyse. L’album a pour thème la différence. Celle-ci est présentée par le biais des deux personnages qui ont tous les deux un handicap : Florence a des problèmes aux poumons qui l’empêchent de reprendre son souffle facilement après l’effort ; c’est comme si elle respirait à travers une paille. Léon, lui, a des problèmes de vision ; c’est comme s’il voyait à travers une paille. La différence de chacun est présentée à l’aide de l’exemple concret de la paille qui rapproche les deux protagonistes et fait clairement comprendre au jeune lecteur les limitations physiques de chacun. De par le thème qu’il aborde, l’album transmet des valeurs comme l’ouverture à l’autre, l’acceptation de la différence et l’empathie.

Le texte de l’album est plutôt narratif. Lorsque le narrateur omniscient raconte l’histoire, la calligraphie utilisée est standard. Lorsque les personnages parlent, la calligraphie des dialogues change et devient plus ludique. Cela permet aux lecteurs qui lisent le texte eux-mêmes de bien voir la coupure entre les différentes voix narratives. L’utilisation occasionnelle de phylactères, notamment lors du premier dialogue entre les personnages, aide aussi le lecteur à voir la différence.

Par ailleurs, les illustrations sont douces et sont principalement dans des teintes de gris pâle. Les personnages sont cependant en couleur et quelques objets importants le sont aussi comme le jus de mangue et melon qui revient à deux reprises ou les pailles qui sont un élément-clé de l’œuvre. Les phrases sont assez simples et disent clairement les choses. On y retrouve un peu la même douceur que dans les images. Les deux créent une atmosphère douce et calme.

Je serais à l’aise de présenter ce livre à des enfants, car il aborde les thèmes de la différence et du handicap tout en douceur et intelligemment. Je crois qu’il donnerait lieu à des discussions très intéressantes avec les enfants. Rédigé par Élise Gauvreau-Gervais.

Poulin, A. et Girard, F. (2018). Ce n’est pas comme ça qu’on joue au hockey. Montréal : Québec Amérique. À partir de 4 ans. (Bibliothèque publique, prêt numérique)

Hey toi! Tu as envie d’en apprendre plus sur Jacques Plante? Tu sais, celui qui a gardé le filet du Canadien de Montréal pendant 10 ans entre les années 50 et 60. Son histoire est intéressante, car on dit de lui qu’il est non seulement l’un des 100 meilleurs joueurs de hockey de toute l’histoire, mais aussi qu’il est le plus innovateur. Son style offensif aventureux a complètement révolutionné la manière de jouer des gardiens de but. Savais-tu qu’il est même l’inventeur d’un outil fort utile qui a probablement sauvé des vies? En effet! Mais pour en connaître plus sur le sujet, tu devras lire ce super livre d’Andrée Poulin. Tu la connais sûrement, car elle est aussi l’auteure de plusieurs autres ouvrages à succès dont La plus grosse poutine du monde (2013) de même que Pablo trouve un trésor (finaliste au Prix du livre jeunesse des Bibliothèques de Montréal 2015).

Source. Le site web Les libraires est la version en ligne de la revue papier du même nom. On a accès à différentes rubriques fort pertinentes dont « Nouveautés », « Choix des libraires », « Palmarès » ou encore « Thématiques ». La fiche du document ne commente pas l’ouvrage en tant que tel, sauf pour quelques informations utiles comme le résumé du livre, des suggestions du même auteur de même que d’autres livres portant sur le même sujet. Notons qu’il est possible de feuilleter le document et d’en télécharger un extrait. Un lien est mis à notre disposition pour faire l’achat en ligne du format papier en plus de deux liens pour l’achat de la version numérique, à savoir les formats pdf. et epub. Enfin, la page nous informe au sujet de l’auteur,  de la date de parution du livre et de la maison d’édition. En cliquant le nom de l’auteur, on accède à la liste de tous ses ouvrages.

Analyse. L’ouvrage met en scène un personnage principal nommé Jacques. Tout jeune, il voulait jouer au hockey. Malheureusement, il n’avait pas de bâton ni rondelle. Alors il a décidé de faire à sa tête et jouer avec une branche d’arbre et une balle de tennis. Il souhaite être gardien de but, mais n’a pas de jambière. Son père lui en fabrique donc. C’est par le procédé de la répétition que l’histoire arrive peu à peu à se construire. Par exemple, le motif suivant revient à quelques reprises : « Non ce n’est pas comme ça que l’on joue au hockey ». Le récit arrive à capter l’intérêt du lecteur en ce sens que l’on comprend vite que peu importe les embûches, Jacques est persévérant. On veut le voir réussir. On veut le voir gagner. Il n’y a pas de dialogue; on se contente de raconter des faits à la manière d’une tranche de vie, d’une mini-biographie. La morale qui en ressort pourrait se résumer ainsi : c’est en travaillant fort que l’on arrive à nos fins. L’ouvrage est en somme une leçon de courage et s’adresse à tous les enfants, que ce soit un garçon ou une fille. Rédigé par Jean-François Barabé.