Un référentiel de compétences à destination des bibliothécaires pour les adolescent.e.s #YALSA

Pour clôturer cette Semaine des bibliothèques publiques, je partage un référentiel de compétences produit par YALSA (Association des services de bibliothèque pour les adolescent.e.s/jeunes adultes, 2017) et que les étudiant.e.s de l’EBSI (SCI6339) ont traduit en français. Cette traduction a même bénéficié du savoir-faire d’un réviseur dans le groupe, René-Pierre Custeau, que je remercie pour le soin final qu’il a apporté au texte. Ce référentiel de compétences est aussi recommandé à l’échelle canadienne via Librarianship.ca.

YALSA est une sous-division de l’American Library Association et compte plusieurs milliers de membres travaillant dans des bibliothèques américaines. Un tel référentiel de compétences vise « à aider le personnel des bibliothèques à atténuer les défis auxquels font face les adolescent.e.s (surtout ceux et celles qui ont les plus grands besoins) et les accompagner sur la voie de vies réussies et épanouissantes » (ma traduction).

Un des enjeux de la bibliothéconomie jeunesse au Québec – et partant un des enjeux de la littératie au Québec – est le suivant : En dehors de l’Île de Montréal, il n’y aurait à peu près pas de bibliothécaire pour la jeunesse dans les bibliothèques publiques. La rareté des bibliothécaires dans les bibliothèques québécoises, comparativement à ce qui est observé dans les bibliothèques canadiennes et américaines,  a été soulignée de façon fort à propos au cours de la Semaine des bibliothèques publiques :

Ainsi, 65 % des municipalités comptent à leur bibliothèque moins de quatre employés à temps complet, indiquent les données 2017 de Statbib. « Comment peuvent-ils faire pour fonctionner ? », se demande M. Chouinard, qui a la chance, à la bibliothèque de Mont-Royal, de faire partie d’une équipe de 28. Car sa bibliothèque, depuis des décennies, est exceptionnellement choyée par le conseil municipal (voir encadré). « Si on veut que même les toutes petites biblios jouent leur rôle, il faut un minimum de personnel pour les animer, et pour gérer les collections. » Actuellement, 49 % des municipalités n’emploient aucun bibliothécaire. Près de 17 % des bibliothèques n’ont pas d’employés spécialisés — ni bibliothécaire, ni technicien en documentation. Le Québec compte 0,64 bibliothécaire diplômé par tranche de 10 000 habitants, selon les statistiques de 2015. Comparativement, l’Ontario en a 1,04, la Colombie-Britannique 1,07, et les États-Unis, en moyenne 1,01. (Catherine Lalonde. (22 octobre 2018). La bibliothèque publique, une richesse sous-exploitée, Le Devoir.)

Ève Lagacé, directrice de l’Association des bibliothèques publiques du Québec (ABPQ) l’a également fait valoir en ces termes :

Dans les bibliothèques performantes, les citoyens sont accueillis par du personnel qualifié et en quantité suffisante, selon des plages horaires étendues (plus de 80 heures par semaine). Le personnel dirige les usagers vers les ressources dont ils ont besoin, les techniciens de la documentation et les bibliothécaires assument pleinement le fonctionnement de la bibliothèque et développent une offre de services à l’intention de tous les citoyens.

Malheureusement, ce ne sont pas tous les Québécois qui ont accès à une telle qualité de service, pourtant si habituelle pas plus loin que chez nos voisins ontariens. (Ève Lagacé. (22 octobre 2018). Permettons aux bibliothèques publiques de jouer leur rôle, La Presse +)

Malheureusement, il faut préciser que la situation décrite implique aussi que la plupart des jeunes québécois.e.s et leurs parents ne sont pas actuellement accueillie.e.s et accompagné.e.s par des professionnel.le.s qualifié.e.s pour servir les jeunes et les familles en bibliothèque publique. Les uns après les autres, les gouvernements au Québec ont démissionné de leurs responsabilités en matière de lecture publique et, d’une façon générale, les municipalités ne les ont pas assumées davantage – en dehors des constructions lorsque c’est le cas. En matière de services pour les jeunes, on devrait parler de négligence grave.

C’est une hypothèse qu’il faudra vérifier pour avoir des données précises (et au passage, on peut se demander : qui se préoccupe de ces données au Québec?); mais quelques coups de sonde dressent le profil d’une offre pour la jeunesse (des touts-petits aux plus grands) dans les bibliothèques publiques du Québec qui n’est pas à la hauteur des défis actuels en matière de littératie et de littératie numérique.

La présence de bibliothécaires professionnel.le.s qualifié.e.s en jeunesse serait, à l’échelle du bibliothèques publiques québécoises, un privilège urbain, et peut-être même essentiellement montréalais.

Il y a quelques semaines, un étudiant m’a demandé s’il pouvait espérer être bibliothécaire jeunesse en dehors de Montréal. J’ai soupiré et j’ai envoyé quelques courriels à des collègues pour que l’on réfléchisse ensemble à une réponse. Pour le moment, la réponse la plus honnête est simplement la suivante : Non, pas vraiment. « Il n’y a déjà presque pas de bibliothécaires, comment veux-tu qu’on engage des bibliothécaires jeunesse ??? »

En attendant que l’horizon, et l’avenir de cet étudiant, comme celui de ses collègues, s’éclaircissent, voici les compétences des bibliothécaires spécialisé.e.s en jeunesse (pour les adolescent.e.s), en d’autres termes, les capacités qu’ils et elles sont appelé.e.s à exercer afin de prendre soin des publics adolescents et jeunes adultes.

Les compétences pour servir les adolescent.e.s en bibliothèque 

Compétence 1 : Croissance et développement des adolescent.e.s

Connaître les différents stades du développement de l’adolescent.e afin de planifier, d’offrir et d’évaluer les ressources, les programmes et les services en bibliothèque qui sauront combler leurs multiples besoins.

Compétence 2 : Interactions avec les adolescents

Reconnaître l’importance des relations interpersonnelles et de la communication dans l’élaboration de services de qualité pour adolescent.e.s en bibliothèque et mettre en œuvre des techniques et des stratégies personnalisées pour accompagner chacun d’eux.

Compétence 3 : Environnement d’apprentissage

Cultiver d’excellents environnements d’apprentissage flexibles et adaptés au développement des adolescent.e.s afin de les soutenir individuellement ou en groupe lors d’activités d’apprentissage formelles et informelles.

Compétence 4 : Expériences d’apprentissage

Travailler entre autres avec les adolescent.e.s, les bénévoles et les partenaires communautaires afin de planifier, mettre en œuvre et évaluer des activités d’apprentissages formelles et informelles de grande qualité, adaptées au développement des adolescent.e.s et qui soutiennent leurs intérêts personnels et académiques.

Compétence 5 : Leadership et engagement des jeunes

Répondre aux intérêts et besoins de tou.t.e.s les adolescent.e.s et collaborer avec ceux-ci pour créer et mettre en œuvre des activités qui leur plairont et qui favoriseront leur leadership.

Compétence 6 : Engagement familial et communautaire

Bâtir des relations respectueuses et réciproques avec les organismes communautaires et les familles afin de favoriser un développement maximal des capacités des adolescent.e.s et d’enrichir la qualité des services en bibliothèque.

Compétence 7 : Compétence et sensibilité culturelle

Promouvoir activement le respect de la diversité culturelle en créant une atmosphère en bibliothèque qui soit inclusive, accueillante, respectueuse et qui englobe la diversité.

Compétence 8 : Équité d’accès

Garantir l’accès à une grande variété d’activités à faire avec les adolescent.e.s ainsi qu’à des ressources et services pour tou.te.s les adolescent.e.s, en en particulier ceux qui éprouvent des difficultés d’accès.

Compétence 9 : Évaluation et résultats

Mesurer l’impact des programmes en bibliothèque qui sont destinés aux adolescent.e.s et qui les impliquent, et se servir de ces informations pour le développement, la mise en œuvre et l’amélioration continue des services.

Compétence 10 : Apprentissage continu

Agir de manière éthique, s’investir dans l’apprentissage continu et préconiser des pratiques et des politiques exemplaires en bibliothèque dans les services aux adolescent.e.s.

Cette traduction correspondant à la version « en un clin d’oeil ». On peut aussi avoir accès sur le site de YALSA au référentiel dans sa version complète.

Pour en savoir plus sur YALSAhttp://www.ala.org/yalsa ou suivez @yalsa sur Twitter.

D’autres référentiels, qui mériteraient aussi d’être traduits, existent pour les services aux enfants en bibliothèque publique :  Competencies for Librarians Serving Children in Public Libraries (Association for Library Service to Children, 2015).

Salade mixte No.1 #bibliothèques #actualités

Médiathèque Nelly-Arcan à Lac-Mégantic (Québec).

En complément du Bouillon avec des saveurs un brin plus locales, cette veille porte une attention particulière aux bibliothèques comme « infrastructures sociales » – comme le présente si bien Eric Klinenberg dans l’extrait de l’article partagé plus bas – ainsi qu’aux services pour les jeunes en vue d’alimenter la réflexion dans le cadre du cours SCI6339.

Bibliothèques publiques

  1.  Les données 2017 sur les bibliothèques publiques québécoises.disponibles dans StatBib (BAnQ)
  2. Neil Gaiman and Chris Riddell on why we need libraries – an essay in pictures (The Guardian)
  3. ***Nouveau plan stratégique de la Public Library Assocation (PLA)
  4. ***To Restore Civil Society, Start With the Library (NYT) :

Libraries are an example of what I call “social infrastructure”: the physical spaces and organizations that shape the way people interact. Libraries don’t just provide free access to books and other cultural materials, they also offer things like companionship for older adults, de facto child care for busy parents, language instruction for immigrants and welcoming public spaces for the poor, the homeless and young people.

I recently spent a year doing ethnographic research in libraries in New York City. Again and again, I was reminded how essential libraries are, not only for a neighborhood’s vitality but also for helping to address all manner of personal problems. – Eric Klinenberg

Services d’information pour les jeunes

  1. Concours Booktube Livre-toi (ANEL)
  2. 5 finalistes au Prix TD (Radio-Canada)
  3. À quoi ressemble une journée type sur Internet pour les jeunes de 12 à 25 ans? (Cefrio)
  4. ‘Nothing short of remarkable’: Study finds parents’ chats with their toddlers pay off 10 years later (CBC)
  5. ***Skim reading is the new normal. The effect on society is profound (The Guardian)
  6. The American Opioid Crisis in YA Literature (School Library Journal)
  7. How Game Apps That Captivate Kids Have Been Collecting Their Data (NYT)
  8. ***New report highlights social impact of library-based early literacy programs (Digital Media Research Center)

The report demonstrates that public libraries are highly appropriate vehicles through which to support, facilitate, and lead early literacy development programs. While primarily built around promoting and improving early literacy, the First 5 Forever initiative is also a community facilitator and connector, supporting families and children through a culture of participation and lifelong learning. The report also highlights that the opportunities and challenges posed by digital media technologies for young children and families will be central to the future development of such initiatives.

Bonne lecture !

 

Design social : YOUmedia, un laboratoire numérique pour les jeunes de Chicago

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Le YOUmedia est-il l’avenir de la bibliothèque? Mon collègue, Patrick Lozeau a visité cet espace récemment et a bien voulu partager ses images ainsi qu’un commentaire sur le lieu. C’est l’occasion de poursuivre l’exploration des laboratoires en bibliothèques. Le projet du YOUmedia a reposé sur une approche de design social et participatif impliquant la présence des adolescents dans le processus de la conception. La documentation sur le YOUmedia est abondante, on peut même y trouver le programme et un schéma d’aménagement. En guise d’introduction, je reprends ici les principaux éléments de cette démarche.

Le YOUmedia se définit comme un espace d’apprentissage des nouveaux médias conçu pour les adolescents qui a été inauguré en 2009 au sein de le Chicago Harold Washington Library Center.

Suivant le parti pris philosophique du YOUmedia, il s’agit de permettre aux jeunes d’apprendre à être des créateurs de contenus éclairés plutôt que de simples consommateurs.

On assume que la littéracie des nouveaux médias doit être développée très tôt chez les jeunes par le biais de différentes expériences formelles et informelles, mais qui seront intrinsèquement motivantes parce qu’elles impliquent l’utilisation des nouveaux médias.

Et comme aujourd’hui les compétences relatives aux nouveaux médias sont transversales, dans la mesure où elles croisent à peu près toutes les dimensions de la culture, on s’inscrit dans une démarche large de translittéracie.

Il s’agit aussi d’une approche de type « learning by doing » c’est-à-dire que l’apprentissage est réalisé par le biais d’activités de fabrication, de manipulation en réalisant des projets, fondés sur les intérêts, et qui favorisent la pensée critique, la créativité et le renforcement des compétences. On constate à travers dans les images plus récentes du YOUmedia que celui-ci a intégré un volet de laboratoire de fabrication dans l’esprit des fab labs.

Selon les programmateurs, le YOUmedia relève deux défis considérables auxquels font face les bibliothèques publiques d’aujourd’hui:

• Le manque d’espaces engageants et appropriés, numériques et physiques, pour les adolescents dans les bibliothèques publiques;
• Le manque d’opportunités pour les adolescents leur permettant de développer des compétences numériques adéquates pour fonctionner dans la société contemporaine;

La réponse à ces défis au YOUmedia a consisté à offrir des espaces appropriés aux adolescents susceptible de leur permettre de réaliser des projets qui font sens pour eux en ayant la possibilité d’accéder à un registre varié de ressources : des livres, une centaine d’ordinateurs portables et de bureau, des outils de création médias, des logiciels pour la photo, la vidéo, le dessin, la musique. Le YOUmedia propose également un studio d’enregistrement maison avec des claviers, de tables tournantes, et une table de mixage.

Plus précisément, la réponse à ces défis a été globale avec une proposition comportant 5 ingrédients essentiels :

1) L’espace. Dans un YOUmedia, il doit avoir un espace physique où les jeunes peuvent se rassembler de même qu’un espace en ligne pour le réseautage social, la diffusion de leurs œuvres et le partage d’idées.

La conception de l’espace YOUmedia a découlé des travaux du professeur Mizuko Ito, Living and Learning with Digital Media (2008), qui a produit une étude ethnographique auprès de 700 jeunes montrant que les jeunes participent aux médias numériques selon trois modalités :
• Le Hanging Out lorsqu’ils «traînent» et conversent avec des amis dans les espaces sociaux comme Facebook.
• Le Messing Around lorsqu’ils bricolent avec les médias numériques, font des vidéos simples, jouent à des jeux en ligne, publier des photos dans Flickr, etc.
• Le Geeking Out lorsqu’ils approfondissent l’exploration de leurs principaux intérêts et de leurs passions : musique rap, création de fan fiction, de robots, etc., souvent à travers des collaborations et en bénéficiant de l’apprentissage par les pairs.

Ito et als. ont observé que ces activités en ligne contribuent à l’apprentissage des jeunes de manière significative au-delà des expériences dans les programmes scolaires ou de la communauté. Le YOUmedia est organisé et aménagé avec trois zones distinctes qui correspondent à ce schéma des usages :

  • Une zone de Hanging Out pour échanger et converser. C’est un espace social avec une ambiance détendue où les adolescents peuvent lire, parler avec des amis, sur place ou via les réseaux sociaux. L’environnement, dit-on, est conçu pour offrir «une introduction sans pression à la technologie».
  • Une zone de Messing Around pour explorer et expérimenter. Cet espace vise à favoriser l’exploration des supports numériques pour ceux qui ne sont pas nécessairement prêts à s’engager dans des ateliers plus structurés.
  • Une zone de Geeking Out pour creuser, approfondir, pour aller plus loin, souvent avec l’aide d’un mentor ou d’un bibliothécaire, par l’intermédiaire d’ateliers et de projets. Dans ce cas, le YOUmedia propose un espace de formation et d’apprentissage collaboratif.

Les autres conditions du concept de YOUmedia :

2) Les mentors. Dans un YOUmedia, il doit avoir des mentors pour accompagner les jeunes dans leurs projets.

3) Les intérêts. Dans un YOUmedia, on favorise l’apprentissage des jeunes en tenant compte de leurs intérêts.

4) La recherche. Dans un YOUmedia, la programmation et l’offre de services sont continuellement ajustées en fonction des collectes de données et des informations recueillies sur les besoins des jeunes par des chercheurs. L’Université de Chicago, notamment le département de sociologie et l’Institut d’éducation urbaine, a été étroitement impliquée dans les cueillettes de données, les études, les processus et les évaluations ayant servi de cadre au YOUmedia.

5) Les partenaires. Le YOUedia est le résultat d’une collaboration entre divers partenaires qui contribuent à offrir différentes opportunités et des ressources aux jeunes.

Patrick Lozeau a visité l’espace YOUmedia avec le regard avisé qu’on lui connaît au sein de la profession, et il a généreusement accepté de partager son point de vue en commentant le lieu :

Avant de répondre à tes questions, j’aimerais préciser que j’ai eu l’occasion de visiter le YOUMedia à deux reprises. Ma première visite remonte à septembre 2009. À ce moment, j’ai visité l’espace un samedi en fin d’après-midi quand l’endroit était plein d’adolescents. J’y suis retourné un matin de semaine pour prendre les photos sans les jeunes. Cette année, j’ai visité l’endroit un mercredi après-midi quand plusieurs jeunes s’y trouvaient.

Quels sont les aspects que tu as jugés les plus intéressants dans cet espace ?

Je suis quelqu’un de très visuel, je dois retourner à mes photos pour m’aider à répondre à tes questions. Cependant, l’élément qui m’a le plus marqué sans regarder mes photos, c’est l’esprit de l’endroit. YOUmedia se situe dans la bibliothèque centrale de Chicago, la Harold Washington Library, mais la minute que tu entres dans l’espace, tu n’as pas l’impression de rentrer dans une bibliothèque. Il règne plutôt un esprit de maison des jeunes. Les livres sont toujours présents, mais les bibliothèques disposées sur les murs changent la perception de l’endroit. Pour moi, c’est très positif si l’objectif est d’attirer une nouvelle clientèle qui aurait une image négative d’une bibliothèque.

Qu’est-ce que tu améliorerais dans le YOUmedia ?

Difficile d’émettre une critique sur un endroit qu’on connaît seulement comme «touriste». Pendant mes visites, je n’avais pas l’impression que le personnel s’impliquait dans les activités du YOUmedia. J’avais l’impression que les jeunes interagissaient plus souvent avec le gardien de sécurité qui est présent en permanence. Je sais qu’ils ont des activités, mais quand une personne entre dans l’espace, il est difficile de le repérer et c’est un élément qu’ils devraient améliorer.

Est-ce que tu penses que le modèle du YOUmedia est un modèle – en termes de concept, design, services, mentorat – dont on pourrait s’inspirer pour développer des espaces pour les ados ou les jeunes adultes à Montréal ?

Je pense que oui. Pour moi, YOUmedia représente l’évolution de la bibliothèque contemporaine : l’espace de ressources et de création sous toutes ces formes. Ça m’est aussi apparu comme un endroit de socialisation pour les jeunes. Une sorte de point de rencontre où on peut se donner rendez-vous pour passer du temps. Le local est grand avec peu ou pas d’ameublement fixe. Ceci permettrait de changer, déplacer, reconfigurer l’endroit à n’importe quel moment dans le futur. C’est un gros avantage. Le mobilier (surtout les divans) m’a semblé usé après quatre ans, mais l’équipement informatique et électronique semblaient toujours en place et fonctionnel.

Selon plusieurs designers aujourd’hui, les concepts des espaces pour les ados définissent les orientations des bibliothèques à venir pour tous les publics. Et, à l’instar de mon collègue Patrick Lozeau, je crois que le YOUmedia s’avère une des illustrations les plus intéressantes d’une intention aboutie visant à intégrer les nouveaux usages associés à la culture numérique et la participation culturelle dans l’espace physique de la bibliothèque. La YOUMedia représente aujourd’hui ui un projet structurant, une référence de base, un modèle à partir duquel on se réfère pour identifier des nouvelles pistes, que ce soit en termes de démarche ou de design social, dans le but d’aller encore plus loin.

Pour aller plus loin :

Kauwboy au FIFEM : le deuil est un oiseau rare et noir

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Au Festival des films pour enfants de Montréal (FIFEM), nous avons vu Kauwboy de Boudewijn Koole (Pays-Bas) ****

Nous avons déjà eu l’occasion d’apprécier tellement de films emballants au cours des années au FIFEM, des films qui font voyager, qui nous placent en décalage, qui nous sortent des courants dominants de l’industrie. Comment oublier ce film coup de poing de l’an dernier :  Les couleurs de la montagne (Colombie)?  Ou les autres cuvées avec  Les trois brigands , U de Solatareff, tous les films de Michel Ocelot et combien d’autres.

(J’aurais aimé avoir accès à partir du site FIFEM, aux programmes des festivals antérieurs, pour aider notre mémoire).

Encore cette fois, Kauwboy est une oeuvre rare qui aborde un thème difficile, avec une facture unique même s’il exploite un motif narratif classique : la relation entre un enfant et un animal.

Jojo souffre du deuil de sa mère et de la négligence de son père. Sa peine est provisoirement apaisée, puis sublimée par son amitié pour un oiseau. Superbement maîtrisé et joué, avec une caméra expressive qui tracent des plans très intimes. Sombre, avec des effets troublants, et une signature, à l’européenne, qui revendique une attitude, mais aussi une sorte de confiance en construisant un espace de réconciliation avec la vie (et avec le monde du cinéma).

Annoncé comme un des films à voir lors de ce festival, il aura largement dépassé les attentes et on ne s’étonne pas des nombreux prix (Berlinale 2012, Prix du cinéma européen 2012, etc.) qui l’ont déjà récompensé.

Pour les 10 et plus et plus et plus…

La participation culturelle des jeunes : Comment les jeunes sont-ils actifs du côté littéraire ?

«Comment les jeunes sont-ils actifs culturellement ? Quelles sont les motivations derrière cet engagement chez les jeunes ? Quels sont les impacts de la culture et comment cette participation à l’ère du numérique?» L’étude inédite La participation culturelle des jeunes à Montréal : des jeunes culturellement actifs réalisée par  Christian Poirier et Culture Montréal s’intéresse à ces questions pour  «ouvrir de nouvelles pistes de réflexion concernant la participation culturelle, le développement des  publics et de la relève artistique».

Une cinquantaine de jeunes de 12 à 34 ans, de l’ensemble de l’Île de Montréal, ont été rencontrés par le biais de 37 entretiens. L’échantillon est très petit et il «ne vise pas l’exhaustivité statistique.» Par ailleurs, ces informations qualitatives ont été analysées et comparées avec les différentes conclusions d’une importante revue de la littérature avec laquelle on diverge sur certains aspects. Les principaux résultats concernant les pratiques culturelles, notamment littéraires, des jeunes montréalais suggèrent que la ville de Montréal et la Grande bibliothèque ont la cote.

D’une façon générale, les pratiques sont riches et diversifiées mais Internet, les jeux vidéos et les réseaux sociaux constituent la langue seconde universelle. Les jeunes sont équipés à la maison et le cellulaire est la prothèse intégrée. Internet est :

  • une source de connaissance et d’informations;
  • le prolongement des diverses pratiques culturelles;
  • une activité en soi par la navigation;
  • une source pour l’écoute de la musique et le téléchargement de contenus culturels;
  • une source de possibilités (découvertes) et un accès aux contenus culturels;
  • un substitut, dans certains cas, aux supports traditionnels;
  • une source de critiques «lorsque vient le temps de participer à une activité culturelle.»
  • une source de sociabilités virtuelles et réelles via les réseaux sociaux (Facebook est considéré comme «un outil de sociabilité essentiel»);
  • une source de premier plan pour le visionnement de vidéos er de films;
  • une source de création multimédia : Plusieurs jeunes utilisent les supports numériques pour réaliser des œuvres ou les retravailler;
  • une source de préoccupation concernant la qualité de l’information et sa fiabilité;
  • une source pour la création littéraire :  «l’écriture est également présente dans la vie quasi quotidienne des jeunes avec les courriels, les blogues, les messages textes…»

Du côté de la participation littéraire

1. La lecture est une pratique «importante et constante» qui rejoint la plupart des jeunes (et surtout les filles).

La lecture rejoint plusieurs jeunes rencontrés. Ainsi, la quasi-totalité des 12-17 ans et des 18-24 ans lit, avec cependant des degrés variés : lecteurs occasionnels ou assidus, réguliers dans leur pratique ou fonctionnant plutôt par phases, adeptes de séries à la mode, de classiques ou même de livres de motivation personnelle ou de témoignages. Les modalités d’accès aux livres sont également variées : bibliothèques, collection familiale, cadeaux, achats personnels, prêts entre jeunes… Au sein des groupes, ce sont surtout les filles qui disent lire, cette activité étant équilibrée dans le reste de l’échantillon.(p.104)

2. La pratique de la lecture est multi-support : c’est-à-dire que les jeunes lisent encore sur les supports traditionnels (en tout cas davantage que ce que la littérature suggérerait) ainsi que sur, non pas un, mais différents types d’outils numériques.

Si la littérature indique que les jeunes lisent de moins en moins sur les supports traditionnels, la recherche apporte un regard plus nuancé en pointant que de nombreux jeunes lisent encore sur les supports traditionnels, et ce parallèlement à l’utilisation de nouveaux supports numériques. (p.245)

Par ailleurs, Internet constitue un médium de lecture classique et une porte d’entrée vers l’écriture, ou encore la bibliothèque :

Un garçon du groupe G3 et une fille du groupe G4 disent lire beaucoup de mangas sur des sites Internet. Ce sont les seules instances de lecture classique sur ce média ; par contre, une participante du groupe G4 l’utilise pour effectuer des recherches sur les nouveautés en matière de livres, puis les commande à sa bibliothèque. Un des garçons du même groupe lit de courtes histoires et des images humoristiques destinées à être partagées sur les médias sociaux. Il les lit soit directement sur le site, soit sur ceux publiés sur Facebook. Il contribue lui-même à leur diffusion en publiant certaines histoires qu’il apprécie particulièrement. Internet est aussi mentionné comme source d’inspiration : un jeune garçon du groupe G3, qui dessine des graffitis sur papier, dit avoir commencé en regardant comment réaliser cette activité sur le réseau. (p.416)

3. La pratique de la lecture, les librairies et les bibliothèques : on achète un peu, on évite de partager et la bibliothèque ne représente pas un choix qui fait l’unanimité.

Les jeunes filles du groupe G1 achètent certains livres ou les collections qu’elles affectionnent. Deux participantes de ce groupe disent adorer la série Aurélie Laflamme et la posséder au complet. L’une affirme se faire offrir des livres par ceux qui ne les veulent plus, mais la plupart disent ne jamais les partager, de crainte de les perdre. Dans le groupe G4, une fille préfère acheter les livres pour ne pas avoir peur de les abîmer. Une participante
dit ne jamais prêter ses livres, tandis qu’une autre adore les partager et faire des cadeaux. Dans le groupe G2, quelques filles disent lire pour le plaisir, et en particulier des livres «d’adolescents, genre, pas trop touchy. » Quant à la fréquentation des bibliothèques, les avis sont partagés. La plupart condamnent cette pratique, particulièrement en solitaire. Une jeune du groupe G1 affirme que « moi je suis déjà allée toute seule, on a ri de moi parce que j’étais toute seule à la bibliothèque.» Une autre du même groupe dit également y aller seule. Toutefois, la majorité prend son livre et quitte immédiatement. Dans le groupe G2, les avis sont également divisés : l’une dit ne pas aimer du tout les bibliothèques, car elle les trouve trop silencieuses, tandis qu’une autre affirme apprécier leur tranquillité et les fréquenter pour faire ses devoirs et ses travaux d’équipes. Une grande lectrice du groupe G4, quant à elle, est bénévole à la bibliothèque. Elle lit les nouveautés et demande même au responsable de commander certains livres. (p.208)

4. La bibliothèque serait assez peu fréquentée, sauf pour la majorité des jeunes de 18-24 ans.

La bibliothèque est assez peu visitée par les jeunes de 12 à 17 ans ainsi que ceux des groupes de discussion. Elle est toutefois fréquentée par la majorité des 18-24 ans. Quant à eux, les participants de 25 à 34 ans ont assez peu abordé la question lors des entretiens. Est-ce le signe d’un certain détachement à l’égard de ces institutions ? Cela est assez difficile à confirmer. Chez les plus jeunes, E1 visite de manière régulière la Grande Bibliothèque, tandis que C10 emprunte des livres à la bibliothèque de son quartier. Les autres y vont de temps à autre ou pas du tout. Chez les plus âgés, A2 fréquente aussi la Grande Bibliothèque et B5 amène son fils à la bibliothèque de leur quartier. Les autres n’en font pas mention. Les 18-24 ans se distinguent parmi les tranches d’âge puisqu’ils fréquentent presque tous la bibliothèque. La Grande Bibliothèque et les bibliothèques de quartier sont visitées afin d’emprunter des livres et des CD, étudier ou bouquiner et faire des découvertes. (p.110)

À cet égard, l’étude indique une différence entre la littérature et ce qui a été observé par les chercheurs :

La littérature tend à montrer que les bibliothèques et les librairies constituent les établissements culturels les plus fréquentés. La recherche montre plutôt que les avis sont partagés, voire même polarisés. (p.245)

5. Les jeunes ont une représentation globalement négative de la bibliothèque qui s’améliore avec l’usage.

Les jeunes possèdent globalement une représentation négative des bibliothèques qui deviennent toutefois, au fur et à mesure qu’ils les découvrent, des lieux potentiellement appréciés. L’exception va toutefois à la Grande Bibliothèque, très appréciée par tous les jeunes qui la fréquentent. (p.302)

Ceux qui apprécient les bibliothèques de quartier soulignent les aspects suivants :

B2 … apprécie l’abondance de choix, le fait de simplement pouvoir se promener dans les allées, choisir des livres au hasard et découvrir de nombreux univers. Elle aime aussi le calme de l’endroit … C2 s’y procure la majorité de ses livres : « Mais oui, ça m’arrive d’y aller, très souvent même. En général, je les prends à la bibliothèque. » D4 se rend à la bibliothèque principalement afin d’y emprunter des CD et E3 fréquente les bibliothèques de son quartier (Dollard-des-Ormeaux et Roxboro) et celle de l’école, surtout pour étudier, mais également pour s’y procurer des livres l’été ou après l’étude. Elle considère que la bibliothèque apporte un certain sens de la communauté…Enfin, mentionnons qu’E5, s’il ne nie pas l’importance des bibliothèques publiques, considère celles-ci comme étant essentiellement un « accès » aux livres. (p.271)

6. La bibliothèque, et surtout la Grande bibliothèque, représente un lieu affectif (lorsque les jeunes ont eu l’occasion d’en faire la découverte si l’on en croit, la proposition précédente).

Plus que d’être fréquentée, la bibliothèque fait souvent l’objet d’un attachement important. Par exemple, B2 dit de la Grande Bibliothèque que c’est son « endroit préféré sur terre » tandis qu’E4 affirme qu’elle se sent littéralement chez elle à la bibliothèque de son quartier : « I’d say it’s really peaceful and people are just very calm and they’re just there to read and just work. It’s a nice environment and I feel at home there. » (p.111)

7. Il existerait un argument économique en faveur des activités  en bibliothèque.

Plusieurs jeunes privilégient les sorties gratuites comme les festivals ou les bibliothèques. (p.355)

À réfléchir.