100 ans de bibliothèques publiques à Montréal, regards croisés entre le passé et l’avenir : un colloque contributif

Avec des ami.e.s libristes, nous avons débuté une cartopartie en se donnant rendez-vous le 4 mai 2017 devant l’édifice Gaston-Miron, 100 ans jour pour jour, presque heure pour heure, après l’inauguration de la première bibliothèque centrale de Montréal en 1917. Nous avons lu un extrait du tout nouveau livre de François Séguin – superbe monographie qui raconte l’histoire de la bibliothèque publique au Québec. À lire absolument (en bibliothèque).

Pendant que l’on parlait du 375e en 2017, je m’intéressais beaucoup, en effet, au 100e et je n’ai pas manqué de le faire savoir lors de mes derniers jours à la Direction des bibliothèques. Merci à Luc Jodoin et Ivan Filion pour l’écoute (et la patience) et, enfin, pour leur démarche auprès de leurs vis-à-vis à la Grande bibliothèques/BAnQ pour que soit commémoré à travers un événement digne de son importance, ce moment historique de la  naissance de la bibliothèque centrale de Montréal.

Par ailleurs, au cours de l’été, pendant la fête Wikimania, l’événement « Wiki aime les bibliothèques » qui avait rassemblé plus de 37 professionnel.les des milieux documentaires, avait confirmé les attentes et les besoins de formation. C’est alors que l’idée de réunir l’événement commémoratif et l’atelier formatif et contributif s’est naturellement imposée. Cette formule de colloque contributif est-elle une première mondiale ? Sous nos contrées, je dirais que c’est le cas. C’est une proposition qui promet de renouveler l’approche des colloques à l’enseigne des communs numériques. Et souhaitons que cette première ne soit pas la dernière car une célébration pendant le Salon du livre qui voudrait se pencher sur la lecture publique et son histoire pourrait représenter un rendez-vous nécessaire pour les nouveaux et les anciens bibliothécaires soucieux et soucieuses de la bibliothèque à venir.

Éric Leroux, professeur à l’EBSI (Université de Montréal) a proposé un programme pour ce colloque réunissant un aréopage d’experts qui nous permet de dresser un portrait global du développement des bibliothèques publiques au Québec. La trame éditoriale permet de remonter le temps à partir du milieu du 19e siècle, ce qui offre, selon les termes de l’historien du livre, une meilleure contextualisation de l’histoire des bibliothèques publiques québécoises en jetant l’éclairage requis sur l’avènement de la « centrale ». Voici le programme du colloque contributif  « 100 ans de bibliothèques publiques à Montréal, regards croisés entre le passé et l’avenir » :

  • Michèle Lefebvre : L’Institut canadien de Montréal : une histoire mouvementée
  • Éric Leroux : L’implantation des bibliothèques Carnegie en Amérique du Nord (1886-1919)
  • Philippe Legault : De la Bibliothèque Saint-Sulpice à Bibliothèque et Archives nationales du Québec : survol historique
  • Marcel Lajeunesse : La saga de la création de la Bibliothèque municipale de Montréal et le lent développement de cette institution

Une formation Wikipédia (présentée par BAnQ et Wikimédia Canada) sera donnée, après ces exposés, afin de permettre aux participant.e.s de maîtriser les rudiments de l’édition dans l’encyclopédie collaborative.

Un atelier contributif suivra au cours duquel les participant.e.s seront invités à créer des articles choisis, ou à améliorer des pages existantes, « en lien avec les bibliothèques publiques de Montréal d’hier et d’aujourd’hui. » Ce sera aussi l’occasion de retrouvailles et d’échanges avec les ancien.ne.s employé.e.s de la bibliothèque centrale qui seront présent.e.s. #mémoire

Ce colloque contributif est gratuit et se tiendra  à BanQ Vieux-Montréal, 535, avenue Viger Est, Montréal, jeudi 16 novembre 2017, 13 h 00 à 17 h 00. 

| François Séguin, D’obscurantisme et de lumières : La bibliothèque publique au Québec des origines au 21e siècle, Montréal, Hurtubise, 2016. |

Le tiers lieu d’un point de vue nord-américain expliqué aux enfants

Pour prolonger l’article précédent portant sur le concept de tiers lieu tel qu’il a été développé à l’origine, je vais maintenant prendre le point de vue des bibliothèques. Je vais tenter, en particulier, de préciser comment le modèle du tiers lieu s’inscrit dans la conception nord-américaine de la bibliothéconomie.

Il s’agit, en fait, d’une autre forme de retour aux sources, cette fois vers les fondements de la bibliothéconomie nord-américaine, non seulement en vue de situer le concept de tiers lieu dans l’horizon de service des bibliothèques, mais aussi dans le but d’en apprécier l’importance relative. Pour ce faire, j’aurai recours au texte de référence classique de Kathleen de le Pena McCook, Introduction to Public Librarianship, surtout les chapitres 8, 9 et 12.

Dans ce livre, McCook remonte le courant de l’histoire des bibliothèques américaines, elle explicite notamment la contribution des femmes, souvent gommée, dans cette traversée. Mais, le projet principal de l’auteure consiste à formaliser l’engagement de la bibliothèque publique aujourd’hui à l’aide d’une série de principes et d’axes stratégiques concernant les services.

Pour commencer, je propose de faire une halte sur l’histoire des bibliothèques publiques telle que McCook la présente dans le chapitre 8 et qui servira à mieux contextualiser le propos que je tiendrai par la suite.

Brève histoire des bibliothèques américaines

Depuis leur apparition dans les années 1850, les bibliothèques publiques ont peu à peu étendu leurs services : aux collections de lecture sérieuse, ce sont ajoutées des documents associés à la lecture récréative. Puis, au cours du siècle dernier, des services plus actifs ont été développés : la référence, l’information, l’éducation aux adultes, la recommandation de lecture, les programmes communautaires, l’aide à l’emploi, la généalogie et l’histoire locale.

Les fondements de la théorie des services en bibliothèque ont commencé à se clarifier et à se définir dans les années 20 avec l’ouvrage, The American Public library and The Diffusion of Knowledge, par William S. Learned (1924).

Au cours des années 40, la place de l’éducation au sein des services devient un enjeu majeur. Dans The Public Library – A People’s University, l’auteur, Alvin Johnson, développe un argument sur le rôle unique de la bibliothèque comme source de connaissances. L’éducation est alors conçue comme un pivot de la fondation de la bibliothèque. La caractérisation proposée par Johnson est encore fréquemment utilisée de nos jours, souligne McCook. À cette époque, l’expression « services aux adultes », par exemple, signifiait simplement «éducation des adultes».

Après le travail de fondation, les efforts dans les années 50 ont été concentrés sur l’organisation du système de la bibliothèque publique. C’est à ce moment que les cinq pôles des services ont été identifiés : la valorisation indirecte (étalage, liste de lecture), la recommandation de lecture, les services aux organisations et aux groupes (expositions, clubs de lecture), les programmes de bibliothèques (films, discussions de groupe, radio, télévision), les services à la communauté.

Les années 60 et 70 se sont distinguées par un engagement vigoureux ayant pour finalité d’assurer une équité de services à tous : « each adult should have the right to a Library service that seek to understand both his needs and his wants ant that uses every means to satisfy them ». Le outreach et la problématique de le littéracie deviennent les moteurs des actions.

Dans les années 80, l’emphase a été placée sur les «rôles», plutôt que sur les «services», des bibliothèques publiques, en les interprétant dans une perspective communautaire. Les référents dans le discours sur les bibliothèques publiques sont alors les termes suivants : « community activities center, community information center, formal education support center, independant learning center, popular materials library, reference library and research center ».

Dans les années 90, le discours se déplace, et on parle moins de «rôles» que de «services aux répondants» (service responses). De nos jours, cette conception du service peut être entendue de manière à refléter une vision plus large de l’importance de la bibliothèque publique pour les communautés, plutôt que d’être centrée sur les individus, et c’est ce que McCook tentent de caractériser – et que je résume dans le petit traité de bibliothéconomie qui suit.

Petit traité de bibliothéconomie

Aujourd’hui, selon McCook (chapitre 8 et 9), les quatre piliers du service en bibliothèque sont :

• La sphère publique
• L’héritage culturel
• L’éducation
• L’information

Je vais décrire rapidement ces piliers en m’attardant surtout au premier qui est appelé à revenir dans la discussion plus avant.

1. La sphère publique. La bibliothèque est une composante centrale de la sphère publique : c’est sa fonction la plus large en lien avec la société civile. Par ce biais, les bibliothécaires supportent les relations que la communauté entretient à l’égard du discours et de la réalité au quotidien. Par sa contribution à la sphère publique, la bibliothèque publique participe à la création, la construction de la communauté et elle favorise un dialogue authentique entre les citoyens. Les services qui sont le plus étroitement associés au développement de la sphère publique sont les suivants : les « Commons », « Community Referral », « Current Topics and Titles ».

Les Commons répondent au besoin des citoyens de se rencontrer et d’interagir avec les autres, de participer au discours public. Les Commons prennent la forme de programmes communautaires et d’expositions qui permettent à une diversité d’idées et de points de vue de se croiser, de se confronter et de stimuler l’engagement civil. Il suppose des ressources appropriées de même que des lieux de rencontre, des forums, des salles au service de la communauté, des agoras, des lieux et des plates-formes d’échanges physiques et numériques.

L’axe Community Referral/ référence communautaire concerne l’offre, l’affichage et la diffusion d’information rattachés aux services offerts par la communauté. Current topics and titles englobe l’ensemble des services pour la lecture et pour les lecteurs.

2. L’héritage culturel. Ce carrefour culturel rassemble les services concernant i. l’apprentissage tout au long de la vie (lifelong learning), la croissance personnelle et le développement social; ii. L’éveil culturel (programmes d’auteurs, groupes de musique et de théâtre, ateliers d’écriture créative, ressources pour les communautés culturelles, éveil aux langues et aux arts, programmes autour de l’histoire et de l’identité, des droits humains, de la tolérance, critiques littéraires, blogues littéraires, ressources en ligne; iii. L’histoire locale et la généalogie (services et ressources pour une meilleure compréhension de notre héritage culturel, méthodes, histoires orales, archives, photographies, collection d’artefacts).

3. L’éducation. Cet axe vise à soutenir les besoins de citoyens en matière d’éducation et de formation à travers trois types d’offres : i. les services de littéracie de base (alphabétisation, premières lectures, ressources pour l’apprentissage de la lecture, tutorat, etc.); ii. la littéracie de l’information (développement des compétences pour faire des recherches et des travaux, alphabétisation technologique, utilisation des ressources de référence et leur évaluation, etc.); iii. Le support pour l’apprentissage formel (programme de littéracie émergente, visite dans les écoles, programme après l’école, collections pour supporter le curriculum des écoles).

4. L’information. Ce volet regroupe les domaines de i. l’information générale (travail, vie, loisirs); ii. l’information pour le consommateur; iii. l’information gouvernementale (au sujet des agences et services gouvernementaux, les renseignements qui permettent aux gens de participer au processus démocratique, l’éducation à la citoyenneté, les publications gouvernementales, l’accès aux informations concernant les lois, les règles, la santé, la communauté, le transport. Surtout quand on sait que les gouvernements sont des producteurs de publications qui surpassent tous les autres, dépliants, formulaires, etc…); iv. l’information pour la carrière et l’emploi (subventions à l’emploi, foires, CV, programmes d’études).

[Commentaire. Bien sûr, ce portrait de la bibliothéconomie contemporaine aurait déjà besoin d’un rafraîchissement qui soulignerait l’impact de la culture numérique et des transformations technologiques sur les principes, les méthodes, les normes d’évaluation et les buts de ce domaine. Mais, puisque, selon moi, on n’en est pas encore à parler d’un changement de paradigme, j’estime que cette compréhension de la bibliothéconomie proposée par McCook est encore, pro forma, adéquate. Ainsi, considérant les développements historiques, il serait temps de souligner le passage d’une approche centrée vers la circulation de documents à une approche orienté vers la participation, la médiation globale, la création de contenu tant par les bibliothécaires que par les citoyens.]


Les tendances de la bibliothèque du 21e siècle (c’est le titre du chapitre 12)

La présentation trop longue de ce petit traité ci-haut visait à mieux comprendre la structure du système des services de la bibliothèque publique américaine. Dans ce qui suit, je vais tenter de formuler un commentaire dans le but de montrer comment le tiers lieu s’insère dans ce système.

Considérons d’abord le registre des défis au plan des services auxquels les bibliothèques publiques sont confrontées au 21ième siècle. Selon McCook, 4 tendances affecteront les bibliothèques publiques dans les prochaines décennies :

• Le sens d’une place (Sense of Place (SOP)) dans le contexte du régionalisme
• La convergence des institutions d’héritage culturel
• Une offre de services inclusifs et un engagement pour la justice sociale
• Le soutien à la sphère publique

1) Le sens d’une place (Sense of Place (SOP)) dans le contexte du régionalisme Le sens d’une place ou le sentiment d’appartenance est « la somme de toutes les perceptions, esthétique, émotionnel, historique – qu’un lieu, ainsi que les activités et les réponses émotionnelles associés à ce lieu, suscitent chez les personnes. » Selon McCook, la bibliothèque publique procure le sens d’une place, un sentiment d’appartenance qui transcende les nouveaux développements impersonnels, les lieux commerciaux, etc. et qui aident la communauté à préserver son identité et son caractère distinctif. L’emphase actuelle sur le développement durable et sur la croissance des communautés plus viables « encourage la création d’espaces publiques qui sont de véritables places communautaires. »

Ces véritables places communautaires auxquelles la communauté aspire constituent des tiers lieux :

The Public Library stands as a true « third place » – as Oldenburg (2001) characterize the place – not home and not work- where people gather. While some libraries enhance this rôle more than others, the urban planning design focus on livable communities with emphasis on walkable environnements and accomodating civic spaces capitalizes on those aspects of public libraries that provide an SoP…The public library’s ability to be part of the revitalization of downtowns and neighborhoods makes it an important polestar for the community, in the face of an increase gated developments, urban sprawl, and unplanned growth. (p.295-296)

Et, le défi, ultimement, consiste non seulement à réussir l’émergence d’un troisième lieu mais aussi à le transcender en prenant part à des initiatives qui dépassent les limites de la communauté. En d’autres termes, il s’agit de concilier un projet local dans une perspective globale. Mais ici, la longue tradition des bibliothèques en matière de réseau, de collaboration, de partenariats, permet généralement d’assurer ce passage et cet équilibre.

[Commentaire. En somme, les bibliothèques sont aujourd’hui mobilisées par les services à la communauté. Dans la structure de services actuelle des bibliothèques, l’un des axes principaux concerne la sphère publique. Par sa contribution à la sphère publique, dit-on, la bibliothèque participe à la création, la construction de la communauté et favorise un dialogue authentique. Cette fonction passe notamment par l’achèvement d’un projet de développement de la collectivité territoriale et par la génération d’un sentiment d’appartenance (Sense of Place). Le tiers lieu désigne le concept de ce système social lorsqu’il a réalisé sa fonction consistant à favoriser l’émergence des propriétés comme «être démocratique» ou «être une communauté» et des expériences associées au sentiment d’appartenance qui le caractérise à l’aide de certaines qualités spécifiques définies par Oldenberg.

Aujourd’hui, le recours à cet appareil théorique sert, de manière instrumentale, dans la programmation des nouvelles bibliothèques à imaginer des stratégies au plan de l’offre de services, de l’aménagement et de l’architecture pour faire émerger ce tiers lieu.

On discerne plus clairement désormais, me semble-t-il, la place et le rôle que tient le concept de tiers lieu au sein de ce cadre bibliothéconomique et de sa structure de services. C’est un rôle beaucoup plus circonscrit, plus précis et plus limité, au final, qu’il n’y paraît si on considère le tapage qui l’entoure et l’attention médiatique dont il est l’objet. Mais, il semble que cette fonction joue bel et bien un rôle significatif.

Il faut reconnaître toutefois que l’influence de l’univers marchand et de l’approche marketing dans l’environnement des bibliothèques donne parfois l’impression que la théorie du tiers lieu a été coupée de ses racines sociales et s’est allégée au point de se résumer à quelques directives d’aménagement.

Dans le contexte actuelle, et avec l’importance croissante accordée au développement durable, l’idée de revendiquer un tiers lieu durable est probablement une avenue prometteuse qui permettrait de redonner la dimension de projet social à cette fonction et d’atténuer l’emprise de la marchandisation.]

Les autres défis identifiés par McCook pour la bibliothèque du 21ième siècle, si on veut compléter cette lecture, se présentent ainsi :

2) La convergence des institutions liées à l’héritage culturel. Ce défi apparaît plus urgent que jamais dans le contexte des possibilités technologiques. On vise le développement d’un système holistique qui intègre les ressources des bibliothèques, des musées, des médias, des archives sous la forme de collaboration et de partenariats entre ces différentes institutions culturelles.

3) Une offre de services inclusifs et un engagement pour la justice sociale. On réfère au droit à l’accès, aux enjeux associés à la littéracie, à la réduction des inégalités, à la préoccupation pour la fracture numérique – dans la perspective du développement durable.

4) Le soutien à la sphère publique. La préoccupation pour la contribution de la bibliothèque à la sphère publique concerne encore les Commons, non pas en termes de SOP, mais plutôt, cette fois, dans la perspective de la disponibilité et de l’accès à l’information : « The rôle of public library collection development so that librarians ensure that materials are available to meet the needs and interests of all segments of their communities continues to be an important way that the public sphere continue to be enhance (Budd and Wyatt, 2002) ».

[Notons que l’engagement des bibliothécaires contre les DRM, contre l’ACTA, SOPA, etc. et pour les droits des usagers s’inscrit, notamment, dans ce quatrième défi]

Ce sont là quelques repères fondamentaux qui sont utiles pour comprendre le cadre théorique de la bibliothèque publique sur le territoire nord-américain aujourd’hui ainsi que les sens des termes et des enjeux qui s’y déploient, notamment en ce qui concerne le tiers lieu.

| Photo Reading Room, New York Public Library, Bryant Park, par Marie D. Martel, licence : cc-by-sa |

I am The Keeper

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Dublin recèle des bibliothèques qui sont des trésors: The Old Library à Trinity College où l’on conserve le Livre de Kells, la bibliothèque Berkeley, un chef d’oeuvre de l’architecture brutaliste, la bibliothèque Chester Beatty et la bibliothèque Marsh.

Dans le Lonely Planet qui me sert de guide à Dublin, on aborde la bibliothèque Marsh en ces termes:

It mightn’t have the immediate appeal of a brewery or a big old church, but this magnificently preserved scholar’s library, virtually unchanged in three centuries, is one of Dublin’s most open secrets, and an absolute highlight of any visit. Few think to scale his ancient stairs to see its beautiful, dark oak bookcases, each topped with elaborately carved and gilded gables, and crammed with books. Here you can savour the atmosphere of three centuries of learning, slow into the synch with the tick-tocking of the 19th-century grandfather clock, listen to the squeaky boards and record the scent of leather and learning. It’s amazing how many people visit St-Patrick’s Cathedral next door and overlook this gem – they’re mad, they don’t deserve a holiday.

J’ai mérité mon séjour à Dublin: j’ai vu les églises, les pubs et les bibliothèques. Mais la bibliothèque Marsh mérite, elle,  une mention toute spéciale. D’abord, il s’agit de la première bibliothèque publique d’Irlande, et l’une des plus anciennes du Royaume-Uni, et partant du monde.

Fondée en 1701 par l’archevêque Narcissus Marsh, cette bibliothèque d’érudit a connu l’époque où les livres étaient parfois attachés par des chaînes et où l’on enfermait les plus précieux d’entre ceux-ci ainsi que leurs lecteurs derrière un grillage fermé à clef.

La bibliothèque Marsh renferme 4 collections de 25 000 livres du 16e, 17e, 18e siècle, en plus de 300 manuscrits accessibles via son catalogue. Parmi ses bestsellers, il faut mentionner des livres imprimés par certains des premiers imprimeurs anglais, des bibles rares, des livres canulars, de nombreux ouvrages de médecine, par Descartes notamment. L’esprit des Jonathan Swift, James Joyce et Bram Stoker – ce dernier y rédigea les premiers brouillons de Dracula raconte-t-on – y flotte encore.

Un réfugié huguenot, Elias Bouhéreau, enfui de France en 1685, en fut le premier bibliothécaire. Aujourd’hui, 300 ans plus tard, Muriel McCarthy, est la première femme à officier en ces lieux sacrés.

Elle s’avance vers nous en disant: « I am The Keeper ».

Frissons garantis. Et aujourd’hui, dans ce monde où les oeuvres sont liées par des codes et des chaînes humaines, défiant l’oubli, qui vient vers nous avec ces mots: je suis Le Gardien?

J’ai noté avec intérêt que cette désignation, The Keeper, contrairement à celle de bibliothécaire, est agnostique du point de vue du support. On peut être le gardien de tout type de document.

| J’ai obtenu l’autorisation exceptionnelle d’y faire des photos, autrement interdites, et celles-ci ne peuvent être utilisées que dans les limites de ce blogue et celle de la revue Argus |