Le lancement du Calendrier de l’Avent du domaine public 2018 !

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Tout au long du mois de décembre, ce calendrier de l’Avent vous invite à découvrir à chaque jour un créateur ou une créatrice dont l’oeuvre s’élèvera dans le domaine public en 2018.

Dès aujourd’hui, et chaque matin, une fenêtre s’ouvrira sur des auteur.e.s, des scientifiques, des artistes dont les oeuvres entreront dans le domaine public à partir du 1er janvier 2018. Des amoureux du domaine public se retrouvent depuis trois ans pour les signaler, les célébrer et les rendre aux publics à qui ils appartiennent désormais.

Le domaine public rassemble l’ensemble des œuvres de l’esprit pour lesquelles les droits d’auteur sont expirés. Au Canada, cette expiration des droits se produit 50 ans après la mort de l’auteur.e. En vertu de ce statut, les oeuvres sont désormais librement accessibles. On peut les partager, les copier, les remixer sans demander d’autorisation ou payer des droits. Ces sont des biens communs, des trésors patrimoniaux.

La liste des entrants a été réalisée avec l’aide avisée des bibliothécaires de Bibliothèque et archives nationales du Québec (BAnQ). Il est prévu que les oeuvres des auteur.e.s québécois qui accèdent cette année au domaine public seront numérisées. Est-ce que les coupures subies récemment par BAnQ compromettront ce projet de mémoire ?

L’an dernier, le domaine public québécois et canadien avait accueilli des figures telles que Pierre Mercure, André Breton, Anna Langfus, Dantès L. Bellegarde, Suzanne Césaire, Alberto Giacometti. Cette année, la célébration débute avec une femme qui a défoncé des portes bien avant que s’ouvre pour elle, celle du calendrier de l’Avent : Geneviève Acloque.

Voici ce que Christian Aubry, qui a écrit la notule qui lui est consacrée, nous dévoile sur elle :

Née à Lyon (France) le 5 mai 1884, Geneviève Léopoldine Marcelle Aclocque, future vicomtesse de Croÿ, est la première fille de Gratien Fernand Aclocque, un ingénieur militaire et chef d’escadron d’artillerie qui décédera en 1897. Sa mère, Blanche Duchanoy, est elle-même fille d’un ingénieur en chef des Mines. Geneviève a également une sœur, Suzanne, sa cadette de deux ans.

En 1906, elle se présente au concours d’entrée à l’École nationale des chartes, une grande école française spécialisée dans la formation aux sciences auxiliaires de l’histoire. Elle se classe quatrième sur les vingt candidats reçus. Quatre ans plus tard, est la première femme française diplômée de l’École des chartes à titre d’archiviste paléographe, ce qui lui confère une certaine renommée. Elle devient en effet un symbole des nouvelles possibilités offertes aux femmes et c’est ainsi qu’on peut lire, dans le journal Le Radical du 12 novembre 1906, ceci:

« Le public qui constate qu’en dépit des difficultés accumulées devant elles les femmes… en la personne de Mlle Acloque [sic], arrivée quatrième à l’École des Chartes, sur vingt élèves admis; le public ne peut plus croire à l’infériorité du sexe féminin. Alors ! Qu’attend-on pour faire, des équivalentes des hommes, leurs égales devant la loi?»

On peut lire la suite sur le calendrier de l’Avent 2018. Les révélations se succéderont dans les prochains jours.

| Par Dessendier (Archives privées) [Public domain], via Wikimedia Commons |

La fabrique du domaine public

Dans la foulée de l’article précédent, je partage le contenu d’une présentation qui a servi lors d’un atelier de préparation pour la dernière édition du calendrier de l’avent du domaine public.

On retrouve des informations sur le domaine public et sur les activités du Café des savoirs libres, mais aussi:

Des sources pour repérer des entrants

Il faut savoir qu’au moment de faire cette présentation à la bibliothèque Mordecai-Richler en octobre dernier, nous n’avions pas envisagé de recourir à la base de données Wikidata, « une base de données libre, collaborative et multilingue, qui collecte des données structurées » pour effectuer le repérage des entrants 2017. C’est Benoit Rochon, président de Wikimédia Canada, qui participait à l’atelier, qui nous amenés à considérer l’exploration de cette piste. Il nous a aussi gracieusement fourni les requêtes pour la recherche.

Cette démarche s’est avérée très fructueuse. Elle nous a permis de compléter, de manière autrement plus performante, une liste que nous avions commencé à élaborer avec l’aide de BAnQ (que nous remercions !) et des sources mentionnées plus bas.

Le recours à Wikidata aura été, par ailleurs, l’occasion de constater ouch ! combien le Québec\Canada étaient désavantagés par rapport à des pays comme la France ou les États-Unis. La recherche des personnes décédées en France ou aux États-Unis sur Wikidata permet de faire remonter des personnalités de toutes les sphères de la société : architectes, penseurs, sculpteurs, écrivains, scientifiques d’une grande diversité de domaines, etc. Du côté du Québec/Canada, la situation est fort différente.

En examinant les résultats des requêtes au début, j’ai cru qu’il y avait eu une hécatombe dans le monde du sport Qc en 1966, une épidémie qui avait décimé quelques équipes de hockey et la moitié de la classe politique canadienne. J’ai fini par comprendre que ces données reflétaient l’état de la base de données et surtout les intérêts – pour le sport et la politique – des contributeurs masculins actuels qui alimentent le volet canadien. On espère que nos grandes institutions documentaires se feront bientôt un devoir d’équilibrer ces biais.

Voici donc, outre Wikidata, diverses sources pour repérer les entrants dans le domaine public :

•  BAnQ > Iris

•  BAnQ > Dalfan

•  BAC > Amicus

•  Encyclopédie Canadienne

•  Data.bnf.fr •  Gallica

•  The Public Domain  Review

•  Biography.com

•  NNDB

•  On this day

•  Wikipédia via différentes catégories : Décès en 1966 / 1966 au Québec / Liste des auteurs par ordre chronologique / List of Canadian Writers, etc.

Des sources pour trouver des oeuvres

Les sources pour trouver les oeuvres sont légion, en voici quelques unes.

WikiHow – How to Find Public Domain Materials

Wikisource

Wikimedia Commons

Internet Archives

Project Gutenberg

Europeanna

Library of Congress

New York Public Library

Flickr : The commons

Digital Public Library of America

OpenGlam

The Public Domain  Review

Les collections numériques de nombreuses universités, etc…

Attention, attention !

Le Public Domain Review a présenté au début de l’année sa classe de 2017 et mentionne quelques entrants que nous n’avons pas sélectionnés dans notre édition de cette année. Pour ne pas les passer sous silence, ajoutons à notre célébration du domaine public canadien les oeuvres de :

Pour les intéressé.e.s, les activités de Communia, un organisme de défense du domaine public mérite également notre attention :

Sur Facebook : https://www.facebook.com/pg/communia/

 

 

Au café du domaine public : licences libres, surréalisme et Martini du Mile End

La jouissance des oeuvres de l’art et de la culture est un cocktail, compliqué par la chance et la nécessité, qui nous saoule et nous apprend la vie, moins souvent avec ce qu’on choisit qu’avec ce qui nous tombe sous la main, comme par hasard.

Les foules sentimentales que je fréquente s’essoufflent à l’année longue en tentant de suivre les gourous du curationnisme qui recommandent ceci ou cela à lire, à voir, à écouter, à débourser. L’écart entre ce que l’on a pu absorber/consommer/apprécier et laisser de côté est toujours assez tragique à la ligne d’arrivée. Ma bibliothèque des non-lus, pour ne mentionner que celle-là, ressemble plus à un monstre qu’à un meuble. Mais dans l’ombre de la bête, une fois par année, en décembre, j’allume quelques allumettes, j’ouvre les portes d’une drôle d’armoire flanquée d’un calendrier, et je suis éblouie par des rencontres improbables provenant d’un monde qui fonctionne comme une exception dans le système marchand de la culture : le domaine public.

De la jouissance au temps des réjouissances

Depuis l’an dernier, le collectif du Café des savoirs libres célèbre tout au long du mois décembre une sélection de nouveaux créateurs dont les oeuvres accèdent au domaine public le 1er janvier. Chaque jour du mois le plus sombre, une porte s’ouvre à cette adresse : http://aventdudomainepublic.ca/ en révélant le profil d’un.e créat.eur.trice dont l’oeuvre est appelée à entrer dans le domaine public canadien et à devenir un trésor du patrimoine commun que l’on peut partager, ré-utiliser, remixer librement.

Ce projet de calendrier de l’avent qui sert de dispositif de célébration du domaine public a été développé par le collectif français SavoirCom1 d’après une idée de Julien Dorra. À cette occasion, nous faisons, conjointement et pédagogiquement, résonner les différences de droit en vigueur au Canada et en France.

Si l’on considère sa législation, le Canada appartient à la catégorie des pays dits «vie+50», qui concernent la plupart des citoyens du monde, où les droits expirent 50 ans après la mort de l’auteur. Depuis le 1er janvier 2017, les œuvres des auteur(e)s/créateurs/trices de ces pays qui sont morts en 1966, sont entrées dans le domaine public – sauf exception.

La France appartient à la catégorie des pays «vie+70», nos homologues ont plutôt cherché des entrants morts en 1947. Cela donne lieu à des situations curieuses. Par exemple, on retrouve désormais André Breton ou Anna Langfus libéré.e.s chez nous, mais qui attendront leur tour, pour vingt ans encore (au moins) en France. On peut consulter sur Wikipédia, la liste des durées du droit d’auteur par pays.

Les motivations qui supportent nos efforts et notre engagement dans la valorisation du domaine public sont exprimées et expliquées dans cette Joie de la Parisienne libérée, une joie dont la contagion est globale.

De ce côté de l’Atlantique, le cortège des 31 auteur.e.s/créateur.rice.s qui ont été révélé.e.s ont été choisi.e.s à partir d’un jeu de contraintes : rechercher d’abord des candidats québécois et canadiens, équilibrer les hommes et les femmes, les personnes de couleur, considérer la portée significative de l’oeuvre, la francophonie, le continent américain.

Extraite dans un ensemble plus grand, la sélection reflète nos intérêts, mais surtout notre capacité à trouver les entrants, une capacité qui intègre aussi le souci d’atténuer les mécanismes préférentiels favorables aux cultures dominantes et aux privilégiés. Ce n’est pas une tâche facile, malgré toutes nos bonnes intentions, et si je peux consacrer un autre article aux misères de la recherche, de la sélection, de la foire aux questions légalistes, je reviendrai sur certains aspects troublants de ce projet moins simple à conduire que ses dehors souriants et ludiques ne veulent bien le laisser paraître.

Voici la liste complète des entrants dans le domaine public canadien en 2017 (que nous avons sélectionnés) : Alberto Giacometti (sculpteur), Kathleen Thompson Norris (écrivaine), Margaret Sanger (essayiste), Pierre Mercure (compositeur), Cluny MacPherson (inventeur), R.T.M Scott (écrivain), Robert F. Hill (cinéaste), Anna Langfus (écrivaine), Suzanne Césaire (écrivaine), Cécile Biéler (Butticaz) (ingénieure), Jean Hans Arp (peintre, sculpteur, poète), Geneviève Massignon (linguiste), Dantès Louis Bellegarde (politicien, historien, essayiste), Julie Rouart (Manet) (peintre), Bud Powell (musicien), Charles Thorson (illustrateur), Blodwen Davies (écrivaine), Jean-Yves Bigras (cinéaste), Frank O’Hara (poète et critique), Elizabeth Wyn Wood (sculptrice), Richmond P. Hobson (écrivain), André Breton (écrivain), Oswald Michaud (inventeur), Georges Duhamel (médecin, poète, écrivain), Colette Bonheur (chanteuse), Buster Keaton (cinéaste), Luitzen Egbertus Jan Brouwer (logicien), Joseph-Papin Archambault (écrivain), Ernest W, Burgess (sociologue), Octave Georges-Maris Bilodeau (écrivain), Anna Akhmatova (poétesse).

Les nouveautés

Cette année a été l’occasion d’introduire quelques nouveautés dans nos pratiques en atelier. Même si nous avons fait appel à Bibliothèque et Archives Canada (BAC) et, surtout, à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) pour nous aider à repérer des entrants, c’est d’abord grâce à l’apport de Wikidata, la base de données libre regroupant les données des projets de la fondation Wikimédia, que nous avons pu constituer la liste des élu.e.s. Ce recours à Wikidata constitue un exemple patent d’utilisation des données ouvertes sur le web au service de la culture, des connaissances et de la mémoire.

Ensuite, plusieurs des notules ont été produites en liaison avec la plate-forme de Wikipédia. Cela signifie que nous avons créé de toute pièce des articles dans Wikipédia lorsqu’ils n’existaient pas (Blodwen Davies, Octave George-Marie Bilodeau, Oswald Michaud, etc.) ; dans d’autres cas, nous avons traduits des articles (Kathleen Norris Thompson), ou encore nous les avons bonifiés. L’objectif était contribuer aux articles de Wikipédia pour que le fruit de notre travail bénéficie au plus grand nombre et fasse croître le domaine des biens communs. Cette collaboration a culminé par la promotion sur la page Facebook de Wikimédia Canada des notules publiées tout au long du mois.

De plus, lorsqu’il n’était pas possible de trouver une photo libre de droit pour illustrer un entrant, notre collègue François Charbonnier a créé une illustration les représentant à partir des images à notre disposition. C’était aussi une manière d’attirer l’attention sur la fragilité de notre mémoire et de ranimer quelques oeuvres en même temps que quelques visages.

Nous avons réussi à recruter quelques spécialistes disciplinaires. Enfin, nous avons été plus rigoureux dans l’utilisation des logiciels libres pour la gestion interne du calendrier.

Nous aurions voulu ajouter les journaux de l’année (qui tombent aussi dans le domaine public) en fouillant les hauts-faits de l’année 1966 mais le temps nous a manqué.

Un grand absent de notre récolte (et un regret collectif) : Walt Disney. L’oeuvre de ce créateur est cadenassée dans un tel labyrinthe juridique qu’il nous semblait impossible d’avoir une prise quelconque sur son legs dans le contexte qui nous intéressait. Il est à cet égard assez ironique de constater que Charles Thorson, un Manitobain d’origine et qui figure dans la cuvée du calendrier de cette année, a dessiné pour les studios d’animation de Disney, de même que M.G.M. et Warner Brothers, puis Fleischer Studios. Il a prêté son talent pour illustrer des figures aussi légendaires que Bugs Bunny, Popeye, Elmer Fudd, Raggedy Ann et Andy… Que reste-t-il de son héritage en termes de biens communs… ?

On ne tombe pas dans le domaine public, on s’élève, mais on tombe en amour quand même

Tous ceux et celles qui contribuent à la rédaction des notules du calendrier tombent en amour avec l’entrant qu’ils/elles adoptent et vous diront sans hésiter que leur protégé est le sujet le plus intéressant ever. Comme j’ai écrit quelques notules, j’affirme pour ma part que l’année 2017 est celle de Pierre Mercure et d’Anna Langfus.

J’ai eu le privilège de rencontrer Lyse Richer, musicologue, spécialiste de l’oeuvre de Pierre Mercure, pour la rédaction de la notule consacrée à ce pilier de la musique actuelle. Elle a généreusement accepté de répondre à mes tonnes de questions et m’a même accueilli chez elle en ouvrant ses boîtes d’archives. Quel musicien fascinant ! Nos collègues français ont aussi célébré sur leur calendrier l’arrivée de l’oeuvre de Pierre Mercure dans le domaine public, puisqu’elle le devient pour tous, si c’est le cas dans le pays d’origine du créateur.

Par ailleurs, depuis ma lecture du roman Les bagages de sable de Anna Langfus (Goncourt 1962), j’ai passé les fêtes, et ça ne s’est pas tellement tempéré depuis, à tenter de convaincre les convives des différents soupers auxquels j’ai participé que « c’est énorme », que cette écrivaine de la Shoah incarne « la clé pour entrer dans la littérature existentialiste et sortir du Nouveau Roman par la même porte tout en allant quelque part… », que « c’est dans la même veine que la seconde Marguerite Duras mais en mieux et même avant elle-même… ». Je vous invite naturellement à considérer l’ajout de ce titre, Les bagages de sable, à votre liste des résolutions de lecture 🙂 Voilà un nouveau type de recommandation qui est issu du off-system – lequel opère en marge de celui que j’évoquais plus tôt. C’est du gratuit. Mais il faut encore trouver les oeuvres…Car ce n’est pas tout d’identifier les entrants, il faut encore que leurs oeuvres soient disponibles et accessibles. Un autre défi d’envergure dans l’ordre de la diffusion du patrimoine commun.

Cela dit, 2017 est aussi la cuvée du surréalisme ! Le mot et l’interjection « surreal » sont en vogue, tant mieux puisque les oeuvres d’André Breton, Suzanne Césaire, Jean Arp, Giacometti, etc., s’offrent à nous en se croisant.

Et le Martini du Mile End ? À l’enseigne d’ateliers cocktail dans le monde merveilleux de la (re) mixologie, nous cherchons maintenant des manières de faire durer et de partager ce plaisir toute l’année avec de nouvelles éditions, des créations qui remontent le temps et entrelacent ces contenus qui figurent désormais sous licences libres. C’est moins un ingrédient qui fait le secret du Martini du Mile End que l’attitude : Osez !  

Pour s’inspirer, le Manifeste du remix.

À l’an prochain ! Ou même avant…

Source de l’image : Calendrier de l’avent du domaine public 2016, http://aventdudomainepublic.ca/2016/12/23/oswald-michaud/, illustration d’Oswald Michaud par François Charbonnier, licence : cc-by-sa.

Un Calendrier de l’avent pour découvrir chaque jour un nouveau trésor du domaine public

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Ce calendrier étonnant célèbre l’arrivée en 2016 dans le domaine public d’un cortège de créateurs admirables. Chaque jour de décembre, une fenêtre s’ouvre sur une nouvelle figure, un auteur, un politicien, un intellectuel, un créateur dont les oeuvres viennent enrichir le domaine public et, par lui, ou par elle, les mondes possibles de la culture, les biens communs de la connaissance, nos vies.

Qu’est-ce que le domaine public ?

Le domaine public réunit l’ensemble des œuvres de l’esprit pour lesquelles les droits d’auteur sont parvenus à expiration. En vertu de ce statut, les oeuvres sont désormais librement accessibles à tous. Chaque année amène un aréopage de nouveaux entrants, parfois des revenants (pour peu que nous les ayons oubliés sinon négligés), que réveille, révèle et célèbre le calendrier de l’avent qui leur est destiné. Le calendrier nous conduit aussi à cette journée de festivité mondiale qui est la Journée du domaine public et qui a lieu, entre la dinde et les atocas, le premier janvier.

La production de ce calendrier n’est pas une mince affaire et, en dépit de son aspect ludique, le chemin pour y arriver est pavé de défis, d’obstacles et de questions qui soulèvent plusieurs enjeux techniques, sociaux et politiques.

Lorsqu’une oeuvre littéraire ou artistique accède au domaine public et qu’elle devient un trésor commun, ceci signifie qu’elle devient disponible pour être utilisée à des fins créatives, pédagogiques, commerciales, etc.

Or, si l’on considère sa législation, le Canada appartient à la catégorie des pays dits «life+50», qui concerne la plupart des citoyens du monde, où les droits expirent 50 ans après la mort de l’auteur. En 2016, les oeuvres des auteur(e)s/créateurs/trices de ces pays, comme le Canada, et qui sont morts en 1965 feront désormais partie du domaine public – sauf exception. Et, un des défis consiste précisément à repérer les exceptions à cette règle qui détermine la durée des droits patrimoniaux.

Le premier des défis techniques constitue toutefois la recherche et le repérage des entrants de l’année qui vient, soit 2016. Cette étape a exigé certaines prouesses en matière de stratégie de recherche documentaire. Identifier les créateurs locaux, canadiens, étrangers qui sont morts en 1965 suppose l’exploration de multiples sources, un travail assez laborieux en somme, que l’on a achevé en souriant tout de même, mais qui suggère que notre appareil culturel n’est pas conçu pour favoriser un accès facile et démocratique à nos trésors culturels les plus précieux en les préservant de l’oubli. Cette recherche pourrait être largement simplifiée si on pouvait recourir à un processus automatisé, comme nos collègues européens qui ont développé des calculateurs de domaine public peuvent en jouir. La bibliothèque nationale de France propose un tel calculateur de domaine public qui fait l’envie.

Cela dit, la stratégie consistant à faire appel aux « services aux usagers » de la BAnQ s’est avérée très payante pour repérer les entrants québécois. Merci aux bibliothécaires de BAnQ qui ont fait preuve d’une efficacité redoutable!

Par ailleurs, le calendrier appelle aussi une réflexion politique sur la durée des droits patrimoniaux. Des pressions s’exercent sur le Canada, à travers les négociations liées à diverses conventions et traités internationaux, dans le but d’allonger la durée de ces droits. Ces tractations, on pense au Trans-Pacific Partnership, risquent de compromettre la portée des acquis actuels pour favoriser les ayants-droits, souvent des multinationales comme Disney en est l’exemple emblématique, au dépend des intérêts de  la collectivité.

La comparaison avec le calendrier de l’avent de nos amis en France, d’où vient incidemment l’idée de ce dispositif, est explicitement recherché afin de souligner de manière pédagogique les disparités qui s’appliquent. La France appartient à la catégorie des pays «life+70», nos entrants et leurs entrants ne sont pas les mêmes. Chez nous, Albert Camus est dans le domaine public, comme Audiberti que nous accueillons cette année, mais ils ne le sont pas en France, même s’ils sont d’origine française.

Et, si nous appartenions à la même famille législative que nos cousins, l’oeuvre du musicien Claude Champagne n’accéderait au domaine public qu’en 2036 alors que les Canadiens peuvent déjà, cette année, en 2016, se ré-approprier et réinjecter dans la culture toute la richesse de son oeuvre. D’où l’importance de ce calendrier qui contribue, modestement soit mais avec attitude, aux efforts de sensibilisation concernant la relativité du droit et l’importance d’un engagement visant à protéger, ou revendiquer, des dispositions législatives entourant le domaine public qui soient les plus favorables au plus grand nombre. Le Canada ne pourrait-il pas devenir, en l’absence d’une telle vigie citoyenne, un pays «life+70» ou même «life+100»?

On dit parfois de ce calendrier du domaine public qu’il est un calendrier pour les nerds (merci pour le compliment!). On peut convenir que le sujet présuppose certaines notions, notamment d’ordre légal qu’il faut assimiler pour apprécier la valeur de la démarche, mais l’enjeu de l’exercice de la citoyenneté et de la démocratie culturelle est à ce prix. Et s’il est vrai que ces questions requièrent de la médiation, on se demande où sont les bibliothèques et les bibliothécaires pendant ce temps pour relever ce défi?

Et lorsque les entrants sont repérés, identifiés, désignés, vérifiés, accueillis, qu’est-ce qu’on peut encore faire? On se tourne vers leurs oeuvres et on recommence : Il s’agit alors de les repérer, de les valider, de les numériser, de les valoriser, d’en faire la médiation, de les rééditer, de les lire ou relire, de les réintégrer dans la fabrique des idées et de la création, dans l’intertexte de la grande bibliothèque du monde. La vigilance demeure de rigueur puisqu’il faut encore veiller à ce que les « enclosures » ne viennent pas réintroduire des droits sur le domaine public qui en restreindraient l’accès comme le font certaines institutions publiques avec leurs produits numérisés : l’oeuvre est dans le domaine public, mais sa copie numérique ne l’est pas, et on nous retire d’une main, ce que collectivement on avait mis bien du temps à gagner de l’autre.

Les autres défis sont à la mesure de nos convictions et de nos ambitions : Comment poursuivre cette découverte, cette célébration des biens communs de la culture et de la connaissance à travers différentes activités d’appropriation par l’usage, le remixage, etc. Comment les bibliothèques pourraient-elles s’investir davantage dans ce territoire qui est celui de la mémoire et de la culture durable par la numérisation, la médiation, la diffusion (bibliobox, docubox, microbibliothèque) et autres actions? Comment mobiliser en réseau les alliés naturels dans le monde du libre pour les intéresser à ces questions? Pour le moment, la possibilité d’un nouveau rendez-vous, une autre initiative conjointe avec la France, est exploré du côté d’un Festival du domaine public. À suivre!

Les entrants 2016

Parmi les entrants 2016 qui ont été révélés depuis le 1er décembre sur le calendrier :

Découvrez tous ces autres créateurs qui se succèderont jusqu’au 31 décembre parmi lesquels plusieurs figures québécoises et canadiennes seront présentées.

Qui sont les artisans du calendrier?

Le Calendrier de l’avent du domaine public est le résultat de l’engagement de certains membres du collectif Bookcamp, Remix Biens Communs, Facil, Wikimedia ainsi que d’autres citoyen(ne)s engagées dans la diffusion des ressources libres. Comme il a été mentionné ci-haut, le projet s’inscrit dans la continuité et le prolongement du Calendrier de l’avent qui est réalisé par les membres du collectif SavoirsCom1 d’après une idée de Julien Dorra.

Ces contenus sont proposés sous licence CC0 (Creative Commons Zero), en d’autres termes, les auteurs ont accepté, par anticipation, de verser leurs contenus dans le domaine public. Le public est donc invité à les faire sien et à les partager. Servez-vous, c’est presque Noël!

Source de l’image : Library of Congress. New York World-Telegram & Sun Collection. http://hdl.loc.gov/loc.pnp/cph.3c15058

Du jardin partagé à l’imprimante 3D : Le Festival francophone des communs

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Les communs, c’est simple, c’est ce qu’on peut mettre en commun, et voici venu Le temps des communs : Un festival de 15 jours dédié aux (biens) communs qui se déroule à travers la francophonie.  Du 5 au 18 octobre 2015,  les initiatives se multiplieront « pour faire connaître, et grandir les communs. Pour imaginer ensemble un monde dans lequel le partage des ressources serait au cœur du projet collectif. Et le faire vivre dès aujourd’hui. »

Très actif en France, avec le réseau des communs et Villes en biens communs, le Festival prend encore de l’ampleur avec des propositions engageantes qui explorent la diversité de tout ce que l’on peut mutualiser : Du jardin partagé à l’internet, les savoirs partagés autour des technologies numériques comme l’imprimante 3D, les ressources éducatives libres, le domaine public, les espaces de travail, les collections de semences (grainothèques), les cartographies collaboratives, etc. Plusieurs bibliothèques publiques accueilleront ces activités et participeront aux réflexions en se questionnant sur leur rôle dans ce mouvement.

Montréal figure au programme avec cinq événements à ne pas manquer ! Deux de ces événements auront lieu dans les bibliothèques publiques de Lachine et du Mile End.

Des membres de Bookcamp, de Remix Biens communs, de Communautique et de la Fondation Wikimedia proposeront un atelier participatif intitulé : À nous le domaine public québécois et canadien! Mais où est-il?!

Lorsqu’une oeuvre littéraire ou artistique accède au domaine public, elle devient un trésor commun, disponible pour être utilisée à des fins créatives, pédagogiques, commerciales, etc.

Si l’on considère sa législation, le Canada appartient à la catégorie des pays dits « life + 50 », qui concernent la plupart des citoyens du monde, où les droits expirent 50 ans après la mort de l’auteur. En 2016, les oeuvres des auteur(e)s/créateurs/trices de ces pays et qui sont morts en 1965, feront désormais partie du domaine public – sauf exception.

Cependant, l’exercice qui consiste à repérer la cuvée 2016 des entrants dans le domaine public au Québec et au Canada n’est pas si simple et requiert un peu d’astuces et de stratégies de recherche ! Le public est invité à découvrir et célébrer ces auteur(e)s/créateurs/trices dans le cadre d’un atelier participatif qui se déroulera à la bibliothèque Mordecai-Richler à Montréal.

Au cours de cet atelier, les enjeux concernant le domaine public, son statut de bien commun, son accès, sa numérisation ainsi que sa curation/valorisation dans le paysage culturel au Québec et ailleurs, seront explorés.

D’autres événements se tiendront à Montréal dans le cadre de ce Festival :

  1.  Lancement du portrait des Fab Labs des Amériques. Une invitation à découvrir un portrait des 110 Fab Labs accrédités et recensés par le MIT répartis à travers les Amériques. Verre de l’amitié pour terminer la semaine entre motivés et curieux des espaces de fabrication numérique. Le 9 octobre à 15h chez échoFab.
  2. Journée autour de l’impression 3D à la bibliothèque Saul Bellow. Une invitation à comprendre l’impression 3D à travers un échange sur les enjeux et les perspectives qui se dessinent; à l’expérimenter en réalisant une « photo 3D » et des créatures imaginaires à l’aide de Meshmixer. Le 10 octobre de 10 h à 16 h avec Techno Culture Club à la bibliothèque Saul-Bellow.
  3. Conversation publique : Pour qu’un coworking devienne un bien commun, qu’est-ce que ça prend? Cette conversation est une opportunité pour trouver plus de clarté sur une question qui nous interpelle : Pour qu’un coworking devienne un bien commun, qu’est-ce que ça prend? C’est ensemble que l’on crée du sens collectif! Il y a deux invités pour démarrer la conversation : Alain Ambrosi et Samantha Slade, deux coworkers engagés dans le mouvement des communs. Le 15 octobre chez ECTO coworking coop.
  4. Invitation aux Journées contributives Wikipédia ASBC-SOHA 2015. Les journées contributives Wikipédia ASBC-SOHA 2015 invitent les participants et participantes à contribuer aux pages de Wikipédia sur l’Afrique et Haïti. Les 23 et 24 octobre à la Maison de l’Afrique à Montréal.

Et pourquoi pas, tandis que nous subissons les affres de cette interminable campagne, nous pourrions aussi profiter de l’occasion pour adapter ces 16 propositions sur les biens communs, l’action collective, l’innovation, la transformation sociale qui ont été formulées pour les candidats aux élections en France. Envie d’un débat sur les communs québécois et canadiens?