Compte-rendu : Communs du savoir et bibliothèques sous la direction de Lionel Dujol

Compte-rendu de Communs du savoir et bibliothèques, sous la direction de Lionel Dujol, Paris, Éditions du Cercle de la librairie, « collection Bibliothèques », 2017. Publié dans l’infolettre de l’ASTED pour ses membres le 3 octobre dernier sous la licence cc-by-sa.

L’ouvrage Communs du savoir et bibliothèques est un collectif sous la direction de Lionel Dujol publié aux Éditions du Cercle de la librairie (2017). Cette synthèse sur le thème des communs du savoir à l’intention des professionnel.le.s était attendue puisqu’elle est au coeur des enjeux fondamentaux touchant le renouvellement du modèle des bibliothèques au 21e siècle : la transition numérique, la communauté et le partage au sein d’une démocratie inclusive. “Nous parlons de communs de la connaissance dès lors qu’il y a une activité collective et horizontale pour créer, maintenir et offrir des savoirs en partage. L’émergence du numérique a facilité et encouragé ses usages de création et de diffusion au point d’offrir une opportunité extraordinaire pour construire une société du savoir ouvert et partagé à l’échelle du monde” (p.11)

Le texte de Valérie Peugeot en ouverture donne la portée de cette réflexion ancrée dans la conviction que le savoir s’accroît par accumulation, que les crises globales requièrent une créativité démocratique pour laquelle la mise en commun des connaissances s’avère nécessaire et urgente en vue d’”inventer les savoir-vivre ensemble de demain”. (p.19) Une exploration du champ des communs de la connaissance (cc) permet d’articuler différentes pratiques sociales, dont les déclinaisons peuvent varier à l’infini, à partir des critères établis à partir de la ressource partagée, de la gouvernementalité (les règles), de la communauté.

En contrepartie, Hervé Le Crosnier discute des conditions susceptibles de nuire à cette inventivité démocratique et que l’on désigne sous le nom d’enclosures. Ces méthodes dites d’enclosures, qu’elles soient d’ordre juridique, économique ou technique, consistent à restreindre l’accès au commun, et son usage, au moyen de procédés et de règles. (p. 29-30) Les risques de ce “vol silencieux”, qui concernent, par exemple, les espaces publics des villes, la diffusion des articles scientifiques, le domaine public, doivent faire l’objet d’une compréhension sociale élargie et d’une résistance permanente. Les bibliothèques, enchaîne Lionel Dujol, incarnent à ce titre des lieux privilégiés, c’est-à-dire des tiers-lieux, et en tant que telles, ce sont les “maisons des communs” lorsqu’elles contribuent à imaginer et à construire “l’espace politique des communs et en deviennent les gardiens vigilants.” (p. 38)

La suite de cet ouvrage collectif élabore une approche des communs en bibliothèque autour de trois grands champs d’actions disponibles : i. la préservation et la valorisation des biens communs du savoir; ii. la contribution aux cc et enfin, iii. le soutien à l’émergence d’une cogestion des cc par la présentation d’initiatives concrètes qui traduisent ce chantier.

Le premier volet explore les opportunités liées aux ressources numériques alternatives libres auxquelles s’ajoutent les dispositifs de valorisation et de communication destinés à permettre aux usagers d’y accéder. C’est aussi le sujet du patrimoine numérisé et du copyfraud, comme espèce particulière d’enclosure, consistant à revendiquer des droits de propriété injustifiés limitant la circulation d’une oeuvre. (p.63) Cette pratique des institutions culturelles françaises que décrit Pierre Carl Langlais, et qui révèle une tension sinon une contradiction dans leur mission, est une dérive qui est aussi répandue au Canada, faut-il le reconnaître.

Prolongeant la discussion autour de cette problématique, Lionel Maurel examine la question délicate de la réutilisation des produits de la numérisation patrimoniale par ces institutions culturelles à travers différents modèles économiques. Au terme de cet exercice critique, l’importance de garantir des financements publics élevés demeure indispensable, selon lui, en soulignant, comme il se doit, le caractère exemplaire de la stratégie du Rijksmuseum .(p.82)

Le second volet étudie les circonstances entourant la co-production des cc en bibliothèque à travers deux pistes principales liées à l’open data et l’open access. L’enrichissement des savoirs par le crowdsourcing dans le contexte du patrimoine numérisé et des projets de la Fondation Wikimedia complètent cet inventaire.

Le troisième volet retrace les signaux faibles qui peuvent être interprétés comme des marqueurs transformationnels du modèle de la bibliothèque. Cette lecture prospective s’ouvre sur la bibliothèque hors-les-murs et concerne la gestion des ressources via la trame et l’organisation sociale des microbibliothèques ainsi que celles impliquées dans les grainothèques. À cette occasion, Silvère Mercier développe en surplomb des éléments d’analyse portant sur une anthropologie de la participation des agent.e.s; cette avenue qui observe l’émergence d’une culture des communs est extrêmement pertinente et mériterait d’être approfondie. (pp.157-159) Enfin, la dernière partie consacrée à la bibliothèque des communs campe par l’entremise de scénarios d’usages une vision substantielle du tiers lieu comme espace de co-apprentissage et comme programme territorial.

Si les enjeux abordés dans cet ouvrage sont globaux, cette investigation sur les cc reste très française, même si elle chemine en pointant quelques exemples puisés dans un registre international. Une perspective francophone reste à documenter et à écrire avec des correspondances pour la nourrir. Les échanges et la complicité entre les collectifs Savoircom1 et le Café des savoir libres au Québec par le biais de certaines activités, comme le Calendrier de l’avent du domaine public, incarnent les prémices d’un tel dialogue interculturel.

Plus généralement, au Québec la question des communs s’est posée à travers différents événements qui approchaient de manière frontale le défi de la transformation sociétale : création d’un réseau de fab labs en bibliothèque, la conférence Wikimania 2017, la consultation sur la Stratégie numérique québécoise. Dans la foulée de cette dernière, une Déclaration des communs numériques a émergé au sein de laquelle les bibliothèques étaient directement interpellées dans le codesign d’une alternative en termes de sens et de survie numérique. Cet ouvrage phare vient conforter ces discours et ces efforts.

Et si l’intention de l’ouvrage était d’expliciter la place des bibliothèques comme place des communs au sein de ce mouvement tout en promouvant l’adhésion des parties prenantes, celle-ci est pleinement réussie. A fortiori, cette contribution légitime une conception de l’action publique et une démarche de mobilisation sociale que le monde des bibliothèques hésite à rejoindre, pour des motifs épistémologiques et politiques, sinon par habitude d’hésiter, et pourtant. Pourtant, il suffirait aux bibliothécaires de regarder autour d’eux et de se connecter avec ce qui se passe sous leurs yeux, avec les gens qui s’organisent dans les communautés qu’ils et elles sont sensé.e.s accompagner – et afin de mieux les desservir en dehors de l’appareil figé de la prestation de services – pour trouver des réponses et des raisons qui les engagent là déjà à participer à la réalité et au projet des communs.

Licence : CC-BY-SA

#wikimania Le modèle d’une pratique professionnelle alternative à bâtir avec les GLAMs

Wikimania, le congrès annuel réunissant la planète wikimédienne s’est déroulé du 9 au 13 août dernier. La tenue de Wikimania a eu son effet dans la communauté des bibliothèques et des archives au Québec. Pas seulement chez nos collègues QC, bien sûr, puisqu’un aréopage de plusieurs dizaines d’entre eux/elles a convergé vers Montréal, en provenance du monde entier avec le loisir de se constituer un programme professionnel sur mesure. Comme une collègue l’a souligné : « Wikimania, c’est vraiment un bon congrès de bibliothécaires ». Et un congrès ne serait pas bon s’il ne nous donnait pas rendez-vous avec quelques questions de fond sur le thème principal, mais aussi sur le sens de la profession, et parfois même au-delà.

Après plusieurs années de fréquentation, cet événement a été l’occasion de faire le point sur la relation entre les bibliothèques QC et les projets de la Fondation Wikimédia. Les conférences de Maureen Clapperton et d’Hélène Laverdure avec Frédéric Giulano ont bien montré l’étendue et la pertinence de ce partenariat entre Bibliothèque et archives nationales du Québec et Wikimedia Canada. Dans une autre perspective, la conférence de Ivan Filion, directeur des bibliothèques de Montréal, présentait le bilan de quelques années d’exploration de la wikiway en bibliothèque publique en s’appuyant sur le bagage d’une vingtaine d’ateliers contributifs – ce qui est considérable pour la même institution. À la lumière de ces constats, une seconde phase est envisagée pour ce réseau à travers : 1. une nouvelle série d’ateliers contributifs ; 2. une journée de coapprentissage « bibliothèques et Wikipédia » pour les membres du personnel intéressé.e.s ; 3. des initiatives événementielles qui soutiendraient, de façon inédite, la création de communs ; et un rôle particulièrement attentif visant à renforcer 4. la présence de la culture littéraire montréalaise, québécoise ainsi celle de l’histoire locale sur Wikipédia.

Mon collègue François Charbonnier et moi avons pris le relais pour présenter la généalogie de nos expériences en matière de design des communautés numériques et l’évolution de la configuration sociale de nos ateliers impliquant à la fois Wikipédia et OpenStreetMap. Jean-Michel Lapointe (bibliothèque centrale de l’UQAM) a clôturé la session des intervenants locaux par une réflexion sur les  cultures éditoriales : savantes, étudiantes et wikipédiennes, à partir de ses observations sur elles, en exposant le potentiel d’enrichissement mutuel découlant de leur, souvent improbable, cohabitation.

On peut visionner en différé plusieurs des présentations et avoir accès aux diapositives. L’ensemble des produits des conférences est rassemblé sur le site de Wikimania.

Dans la foulée de ces communications, un atelier Wikipédia aime les bibliothèques  (WAB) avait lieu à guichet fermé inspiré des initiatives Wikipedia loves Libraries lesquelles visent à accélérer la convergence de ces deux partenaires depuis 2013. Organisée en collaboration avec l’EBSI, les bibliothèques de Montréal et le Café des savoirs libres, trente-sept participant.e.s prenaient part à cette activité qui voulait à rassembler le personnel des bibliothèques et des archives dans le but i. d’échanger au sujet de la relation entre ces institutions et les projets de la Fondation Wikimedia en partageant les expériences qui sont menées au Québec, et ailleurs ; et ii. d’explorer de nouvelles pistes d’action pour favoriser la collaboration entre les bibliothèques, les archives et la communauté wikimédienne en soutenant leur engagement dans le mouvement de la culture ouverte et des savoirs libres.

Parmi les éléments qui sont ressortis de cette rencontre, on note que la résistance épistémique n’est plus une raison de blocage, que la mobilisation des participante.s est bien tangible et que l’on était rendu plus loin, et même dans un souci plus large, celui d’inclure les autres bibliothèques du Québec, par exemple. Et comme on le constate dans le discours des milieux documentaires à l’échelle internationale, l’enjeu concerne moins, désormais, la motivation à adhérer que la question : comment le faire? Comment faire le design des activités d’apprentissage, comment accompagner le développement des compétences wikimédiennes des professionnel.e.s? Ne devrait-on pas pouvoir interpeler les associations professionnelles, les écoles de sciences de l’information, les pairs? Comment pourrait-on se doter d’une plate-forme de soutien et de partage des expériences professionnelles? Comment pourrait-on créer une vitrine commune sur Wikipédia, par exemple une page réunissant les projets ayant cours en bibliothèques au Québec afin d’informer les citoyens.ne.s et les porteurs de projets quant aux différentes thématiques abordées, et tout en créant une émulation?

La journée s’est terminée sur la  promesse de prolonger cet intérêt à l’automne 2017 autour d’une journée contributive visant à la fois à mener un blitz d’initiation – qui était le troisième objectif de la rencontre mais qui n’a pas pu avoir lieu lors du WAB puisque les échanges et les retours d’expériences ont été plus nombreux et soutenus que prévus – tout en précisant l’articulation de dispositifs possibles et de projets réalisables en réponse aux questions soulevées. Cet événement à venir permettra de poser les bases d’un réseau de bibliothécaires wikipédien.ne.s QC toujours informel, mais plus organisé.

Et ailleurs en bibliothèque

Comme je l’ai mentionné au passage, la nature des discussions au sein de l’atelier WAB sont en phase avec les constats qui sont faits dans une perspective internationale. Depuis quelques années, les initiatives des bibliothèques se multiplient sur une base individuelle comme le soulignait dans un atelier, Alex Stinson qui est stratège GLAM-Wiki (GLAM pour Galleries, Libraries, Archives, Museums) à la Wikimedia Foundation (WMF). Sa présentation est disponible.

J’ajouterais à ce constat que des signes de structuration, ou des attentes à cet égard, sur le plan des organisations, se manifestent également. S’appuyant sur son autorité, l’IFLA a publié son livre blanc en février 2017 faisant office de guide et documentant les collaborations entre les Wikipédia et bibliothèques avec des éléments d’orientation prometteurs. L’IFLA a dans le même élan fait la promotion de la campagne #1lib1ref 2017 qui encourageait les bibliothécaires à ajouter des sources dans Wikipédia.

Dans cet esprit, l’ambitieux programme Wikipedia + Libraries : Better together porté par OCLC, qui dispense déjà des webinaires depuis deux ans sur le sujet, s’apprête à intensifier sa démarche avec une formation en ligne de 10 séances visant à former 500 bibliothécaires aux États-Unis à l’automne prochain dans le cadre d’une étude subventionnée par la Knight Foundation,

Alex Stinson faisait cependant remarquer que, jusqu’à ce jour, les initiatives en bibliothèque relevaient principalement d’un « modèle qui met l’accent sur l’extraction d’un savoir unique, plutôt que sur la mise en place d’une pratique professionnelle » (« Most models focus on extracting unique knowledge from institutions, not building a professional practice »). Ce qui est intéressant dans cette observation, c’est qu’elle nous renvoit à une conception résolument traditionnelle des bibliothèques orientée sur les collections que l’on dépose dans un contenant. Avec ces dépôts de fonds d’archives, de collections numériques, de données dans l’appareil wikimédien, les bibliothèques entretiennent, paradoxalement, une vision qu’elles cherchent à mettre à distance dans le discours qu’elles véhiculent au 21e siècle.

Aussi, lorsque Stinson pose la question : « Où va-t-on  maintenant ? » ou plutôt « Comment la relation aux bibliothèques pourrait-elle passer à l’échelle? »(« How to scale our relationship with libraries? »), est-ce que cette approche extractive devrait encore servir de référentiel?

Et si poser la question c’est y répondre : est-ce que la question alternative ne devrait pas plutôt se traduire ainsi : « Comment notre relation aux bibliothécaires pourrait-elle passer à l’échelle? » Et la réponse  possible trouve, selon moi, sa source dans la perplexité même que Stinson manifestait face au modèle actuel, centré sur les collections, et consisterait à chercher les moyens de bâtir une pratique professionnelle wikipédienne au lieu de mettre l’emphase sur des bibliothèques wikipédiennes afin d’avoir un impact plus sensible et vraisemblablement plus durable.

Où va-t-on  maintenant ? Des collections aux communs

En effet, le pari le plus durable ne reposerait plus sur des efforts visant exclusivement l’addition des collections numériques et des données, sans l’exclure pour autant (surtout dans le contexte de développement actuel entourant Wikidata), mais sur l’exploration d’un autre modèle que celui de l’extraction.

Le défi de cet autre modèle, en revanche, c’est qu’il est à faire – comme on devient wikimédien.ne dans le temps et à l’usage. Il ne repose pas seulement sur des processus, mais aussi sur une approche ou un état d’esprit (mindset).  Il nous renvoie à une transition globale, qui dépasse la situation des projets wikimédiens dont ils sont toutefois le laboratoire, et qui amène la pratique professionnelle à repenser la relation entretenue avec la communauté territoriale et globale, et à repenser une gouvernance partagée fondée sur l’approche des communs.

Car Wikipédia n’est ni un agrégat de connaissances collaboratives, ni un simple portail communautaire, mais avant tout un modèle innovant de gouvernance.

(Dominique Cardon, dans Wikipédia, objet scientifique non identifié, édité par Barbe Lionel, Louise Merzeau, Valérie Schafer, Open Edition, 2015)

Cette gouvernance porte évidemment en elle la question du pouvoir et du contrôle des savoirs en vertu d’autres règles que celles héritées des institutions, mais que celles-ci apprivoisent et expérimentent déjà du côté des microbibliothèques, des fab labs, des grainothèques, etc. Elle pose une matrice collaborative entre la bibliothèque et la communauté qui les engagent à travers un projet dont ils sont également parties prenantes et cocréateurs.

Cet engagement réciproque passe par une médiation sociale des savoirs contenus dans la communauté. Il permet de décaler l’expertise jusqu’à favoriser la co-naissance en ce qui concerne, plus particulièrement, ceux/celles qui appartiennent aux groupes moins visibles socialement – mais pas les moins experts.

Elle implique un décalage par rapport à une logique de prestation de services, principalement imposée et rarement coproduite (prêter des collections numériques/prêter des espaces pour tenir des activités) pour une vision de la bibliothèque apte à supporter les capacités créatives des citoyen.ne.es dans une place qui se dote d’attributs sociaux en tant que forum et tiers lieu.

Si les politiques publiques supportent stratégiquement cette vision, des ressources seront priorisées pour promouvoir la culture ouverte, les savoirs libres, les communs de la connaissance – peut-être même à partir de la situation des groupes socialement exclus.

Voilà certains éléments susceptibles de contribuer au modèle alternatif d’une pratique professionnelle wikipédienne/wikimédienne, ou d’une pratique des communs, qui est en bâtir en bibliothèque.

Et par rapport aux autres institutions documentaires : archives, musées, etc.

Où en est-on plus généralement du côté des GLAMS ? Dans un autre atelier sur les GLAMs cette fois, Alex Stinson reconnaissait qu’une problématique d’un autre ordre se dessine pour les Galleries, Archives, Museums (GAMs) si l’on compare avec la situation des bibliothèques.  À l’heure actuelle, il semble que la communauté wiki soit confrontée à l’enjeu de susciter l’adhésion des institutions de mémoire autre que les bibliothèques.  En d’autres termes, si le défi des bibliothèques, qui sont bien engagées, est de passer à l’échelle, le défi des GAMs est encore de s’engager.

Dans ce contexte, on pourrait suggérer que le succès des bibliothèques a été lié, entre autres, au fait que la WMF a conçu une approche de niche avec celles-ci à travers des initiatives telles que Wiki loves libraries. On pourrait tenter, par analogie, d’élaborer une approche ciblée du même type Wiki loves museums et Wiki loves archives en vue d’initier et de catalyser l’engagement de ces institutions hésitantes.

C’est une voix que l’on explore déjà en ce moment dans le contexte québécois, et dans la foulée de l’événement Wiki aime les bibliothèques, puisque quelques organisations dotées de fonds d’archives importants se sont manifestées pour discuter de l’intérêt des GLAMS et de la pertinence d’une initiative Wiki loves archives / Wiki aime les archives en vue de faire un saut groupé.

 Par ailleurs, si les « L »,  les bibliothèques, réussissent à relever le défi du design d’une pratique wikimédienne, peut-être que cette expérience facilitera aussi  la voie des autres participants, les galeries, les archives, les musées en entraînant un passage à l’échelle pour une politique globale des communs de la connaissance.

Tout à l’honneur des archives, deux journées contributives méritent d’être soulignées et qui ont été organisée par Wikimédia Canada en partenariat avec Bibliothèque et Archives Nationales du Québec, le Conseil de la Nation Atikamekw, le Conseil des Atikamekw de Manawan, l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), Rising Voices avec la collaboration des Bibliothèques de Montréal. D’abord, le Scan-a- thon où cinq fonds d’archives, en danger, comprenant près de neuf cents négatifs illustrant la vie des Premières nations de l’Abitibi et de la Mauricie entre 1936 et 1952, ainsi que d’autres types de documents, ont été proposés pour la numérisation et le téléversement dans Commons et Wikisource. Cet atelier a été suivi d’une Journée d’édition visant à accompagner les membres des Premières Nations et leurs alliés dans l’amélioration des contenus touchant ces derniers dans Wikipédia.

La question des wikimédien.ne.s en résidence rôdait autour des sujets abordés ici, et elle aurait certainement mérité un article à elle seule. À suivre.

Pour aller plus loin 

Du côté des bibliothèques :

Avec les GLAMS :

| Le kiosque du Café des savoirs à Wikimania : de gauche à droite, Gaëlle Bergougnoux, François Charbonnier, Lëa-Kim Châteauneuf, Benoit Rochon, président de Wikimedia Canada, et Pascale Félizat-Chartier | Cette image est accessible dans Wikicommons |

Une Déclaration des communs numériques portée par l’alliance de dix-neuf organismes de l’écosystème numérique québécois

Dix-neuf associations, collectifs, entreprises et organismes sans but lucratif, qui jouent un rôle actif dans l’écosystème numérique québécois, s’unissent pour signer une Déclaration des communs numériques dans le cadre du processus de consultation de la Stratégie numérique du Québec. Ce document, rédigé collaborativement par ces différents  act.eurs réitère  l’importance d’inscrire cette démarche de consultation en se préoccupant globalement des transformations de notre société dans la transition numérique plutôt que d’orienter celle-ci sur les impératifs économiques du changement technologique.  La Déclaration affirme l’urgence de remettre le numérique au service de l’humain, de ses capacités fondamentales et des biens communs afin d’améliorer la vie des gens et de soutenir une démocratie plus inclusive.

Puis, lors d’une première rencontre d’idéation, le 12 novembre 2016, à la bibliothèque Mordecai-Richler, les organismes signataires accompagnés de citoyen.ne.s ont entamé le patient et périlleux processus qui consiste à s’entendre sur des principes et une vision partagée du numérique. L’orientation fondamentale du travail autour de la Déclaration n’est certainement pas étrangère au contenu de la conférence de Valérie Peugeot pendant la Semaine québécoise de l’informatique libre (SQIL) et qui portait sur les biens communs numériques.

Le texte final de la Déclaration souligne le rôle des bibliothèques dans un contexte favorable à la création, la défense et la promotion des communs numériques :

Les contenus culturels et éducatifs libres ainsi que le domaine public doivent être protégés et promus par les politiques publiques. Les organisations du secteur culturel doivent collaborer et partager les métadonnées. En outre, les institutions de mémoire doivent rendre les œuvres du domaine public librement accessibles et jouer un rôle actif dans l’identification, la préservation, la curation de ces dernières.

La Déclaration rappelle leur fonction essentielle de tiers lieu, mais aussi leur apport en matière d’inclusion numérique :

L’éducation au numérique doit viser le développement de compétences structurantes : la collaboration, l’esprit critique, la citoyenneté active, la littératie numérique et médiatique, la sensibilisation aux enjeux du numérique. Ces compétences doivent précéder les apprentissages liés aux usages technologiques dans les établissements scolaires, les bibliothèques et les organismes dédiés. Elle doit supporter la formation continue et la formation tout au long de la vie, en intégrant les différents acteurs du milieu éducatif, formel et informel, et culturel afin de profiter des opportunités éducatives, économiques et sociales offertes par ces technologies dans une perspective d’inclusion numérique.

On peut lire la Déclaration sur la plate-forme « Objectif numérique », et jusqu’à demain on peut y apposer un «J’aime»  ainsi que des commentaires. Les personnes, les groupes, les organismes, etc. qui souhaiteront appuyer la Déclaration formellement pourront le faire en l’indiquant clairement dans un commentaire.

Les signataires pourront naturellement reproduire la Déclaration (qui porte la Marque du Domaine Public 1.0) sur leurs sites ou leur blogues respectifs ou encore faire un lien vers la copie déposée dans «Objectif numérique». Le partage peut également se pratiquer à l’enseigne du mot-clic #stratnumQc

Des informations concernant le contexte de création de la Déclaration, et son esprit, sont présentées dans cet article du Café des savoirs libres – qui fait partie des signataires de la Déclaration.

 

 

La fabrique du domaine public

Dans la foulée de l’article précédent, je partage le contenu d’une présentation qui a servi lors d’un atelier de préparation pour la dernière édition du calendrier de l’avent du domaine public.

On retrouve des informations sur le domaine public et sur les activités du Café des savoirs libres, mais aussi:

Des sources pour repérer des entrants

Il faut savoir qu’au moment de faire cette présentation à la bibliothèque Mordecai-Richler en octobre dernier, nous n’avions pas envisagé de recourir à la base de données Wikidata, « une base de données libre, collaborative et multilingue, qui collecte des données structurées » pour effectuer le repérage des entrants 2017. C’est Benoit Rochon, président de Wikimédia Canada, qui participait à l’atelier, qui nous amenés à considérer l’exploration de cette piste. Il nous a aussi gracieusement fourni les requêtes pour la recherche.

Cette démarche s’est avérée très fructueuse. Elle nous a permis de compléter, de manière autrement plus performante, une liste que nous avions commencé à élaborer avec l’aide de BAnQ (que nous remercions !) et des sources mentionnées plus bas.

Le recours à Wikidata aura été, par ailleurs, l’occasion de constater ouch ! combien le Québec\Canada étaient désavantagés par rapport à des pays comme la France ou les États-Unis. La recherche des personnes décédées en France ou aux États-Unis sur Wikidata permet de faire remonter des personnalités de toutes les sphères de la société : architectes, penseurs, sculpteurs, écrivains, scientifiques d’une grande diversité de domaines, etc. Du côté du Québec/Canada, la situation est fort différente.

En examinant les résultats des requêtes au début, j’ai cru qu’il y avait eu une hécatombe dans le monde du sport Qc en 1966, une épidémie qui avait décimé quelques équipes de hockey et la moitié de la classe politique canadienne. J’ai fini par comprendre que ces données reflétaient l’état de la base de données et surtout les intérêts – pour le sport et la politique – des contributeurs masculins actuels qui alimentent le volet canadien. On espère que nos grandes institutions documentaires se feront bientôt un devoir d’équilibrer ces biais.

Voici donc, outre Wikidata, diverses sources pour repérer les entrants dans le domaine public :

•  BAnQ > Iris

•  BAnQ > Dalfan

•  BAC > Amicus

•  Encyclopédie Canadienne

•  Data.bnf.fr •  Gallica

•  The Public Domain  Review

•  Biography.com

•  NNDB

•  On this day

•  Wikipédia via différentes catégories : Décès en 1966 / 1966 au Québec / Liste des auteurs par ordre chronologique / List of Canadian Writers, etc.

Des sources pour trouver des oeuvres

Les sources pour trouver les oeuvres sont légion, en voici quelques unes.

WikiHow – How to Find Public Domain Materials

Wikisource

Wikimedia Commons

Internet Archives

Project Gutenberg

Europeanna

Library of Congress

New York Public Library

Flickr : The commons

Digital Public Library of America

OpenGlam

The Public Domain  Review

Les collections numériques de nombreuses universités, etc…

Attention, attention !

Le Public Domain Review a présenté au début de l’année sa classe de 2017 et mentionne quelques entrants que nous n’avons pas sélectionnés dans notre édition de cette année. Pour ne pas les passer sous silence, ajoutons à notre célébration du domaine public canadien les oeuvres de :

Pour les intéressé.e.s, les activités de Communia, un organisme de défense du domaine public mérite également notre attention :

Sur Facebook : https://www.facebook.com/pg/communia/

 

 

Petite médiagraphie de la bibliothèque participative : des fab labs aux biens communs

Voici une petite médiagraphie qui a été préparée pour les participants de la journée « Bibliothèques et fablabs : mode d’emploi des communs, une démarche de cocréation pour passer à l’action ensemble! » et pour les étudiants du cours de René Audet sur Les médiations numériques à l’Université Laval. Les références dans chaque rubrique sont organisées du général vers le particulier – ou tout comme. C’est vrai que cette médiagraphie qui se voulait petite ne l’est pas tant que ça, mais j’ai mis en gras les must-read pour les lecteurs pressés. Si, au contraire, vous trouvez qu’elle est encore trop petite, merci de me suggérer ce qui a été omis et qui n’aurait pas dû l’être.

Bonne découverte à tou.tes !

Fab Labs / medialab en bibliothèque

1. T. Willingham, J. De Boer, Makerspaces in Libraries, Rowman & Littlefield, Lanham, Maryland, 2015, 1-10.
2. M. Simon, Fab Lab en bibliothèque : un nouveau pas vers la refondation du rapport à l’usager ?, Bulletin des bibliothèques de France (BBF), 2015 6, 138-151. Disponible en ligne : http://bbf.enssib.fr/matieres-a-penser/fab-lab-en-bibliotheque_66269 ISSN 1292-8399.
3. C. Muller, Fab Labs en bibliothèques – épisode 1, [article de blogue ENSSIB], 2013. Disponible en ligne : http://www.enssib.fr/content/les-fab-labs-en-bibliotheques-episode-1
4. C. Muller, Fab Labs en bibliothèques – épisode 2, [article de blogue ENSSIB], 2013. Disponible en ligne : http://www.enssib.fr/content/les-fab-labs-en-bibliotheques-0
5. C. Muller, Fab Labs en bibliothèques – épisode 3, [article de blogue ENSSIB], 2013. Disponible en ligne : http://www.enssib.fr/content/les-fab-labs-en-bibliotheques-episode-3
6. Espace Temps, Tenue d’un processus de co-création sur la conception d’un médialab à BAnQ, BAnQ, 2014. Disponible en ligne : http://www.banq.qc.ca/documents/services/espace_professionnel/milieux_doc/ressources/medialab/Medialab_Rapport_de_cocreation.pdf
7. Communautique, Documentation des usages et processus d’implantation de Fab Lab, Medialab et makerspace dans les organisations culturelles québécoises, Ministère de la Culture et des Communications, Québec, à paraître.
8. P. Bender Sebring, Teens, Digital Media, and the Chicago Public Library : YOUmedia Report, Chicago University, 2013. Disponible en ligne : http://consortium.uchicago.edu/sites/default/files/publications/YOUmedia%20Report%20-%20Final.pdf
9. G. Bergougnoux, Fab lab et bibliothèque publique – Canada,[Présentation Slideshare], 2016. Disponible en ligne : http://www.slideshare.net/GalleBergougnoux/fab-lab-et-bibliotheque-publique-canada
10. Fab Labs Québec. Disponible en ligne : http://fablabs-quebec.org/
11. C. Bosqué, La fabrication numérique personnelle, pratiques et discours d’un design diffus : enquête au coeur des FabLabs, hackerspaces et makerspaces de 2012 à 2015, [Thèse de doctorat en Esthétique et sciences de l’art. Spécialité design], Université de Rennes, 2016. Disponible en ligne : http://www.theses.fr/2016REN20009

Biens communs et bibliothèques

11. V. Peugeot, Communs numériques et au-delà : quel horizon politique, [Présentation], 2016. Disponible en ligne : http://www.cyberjustice.ca/docs/V.-Peugeot-2016_09_19_FACILMontre%CC%81al_communs_V2SC.pdf
13. H. Le Crosnier, Les communs de la connaissance : De quoi parlons-nous, Bibliothèque(s), Revue de l’Association des bibliothécaires de France, 2014 76, 8-14. Disponible en ligne : http://abf.asso.fr/boutique/bibliotheques/2-bibliotheques76.html

14. H. Le Crosnier et L. Maurel, Biens communs numériques séance #1 (saison 1) [Webinaire] Disponible en ligne: https://www.youtube.com/watch?v=UvvDthsT608
15. B. Pagnot, Mais en quoi les biens communs concernent-ils les bibliothèques ?, Bulletin des bibliothèques de France (BBF), 2015 Disponible en ligne: http://bbf.enssib.fr/tour-d-horizon/mais-en-quoi-les-biens-communs-concernent-ils-les-bibliotheques_65490
16. L. Maurel, T. Fourneux, Biens communs et bibliothèques, [Présentation Slideshare], 2015. Disponible en ligne : http://www.slideshare.net/Biblioveilleur/biens-communs-et-bibliothque
17. SavoirsCom1, Qu’est-ce que les communs (numériques) ? [article de blogue], 2016. Disponible en ligne :
18. Le manifeste de SavoirsCom1. Disponible en ligne : http://www.savoirscom1.info/manifeste-savoirscom1/
19. Silvère Mercier, Ce que change le numérique en communs, réflexions à partir du film Demain, [article de blogue], 2016. Disponible en ligne : http://www.bibliobsession.net/2016/04/18/change-numerique-communs-reflexions-a-partir-film-demain/
20.L. Maurel, S. Mercier, Le domaine public, un bien commun, SavoirsCom1, [vidéo YouTube],2013. Disponible en ligne : https://m.youtube.com/watch?v=YRHnrUWzeu8

Tiers lieux et culture de la participation

21. R.D. Lankes, Expect More : Demanding Better Libraries for Today’s Complex World 2e éd., Auteur.
22. R.D. Lankes, The New Librarianship Field Guide, MIT Press, Cambridge, MA, 2016.
23. A. Jacquet (éd.), Bibliothèques troisième lieu, collection Médiathèmes,ABF, Paris, 2015.
24. M.D. Martel, Trois générations de tiers lieux en Amérique du Nord, collection Médiathèmes, ABF, Paris, 2015, 99-112.
25. H. Jenkins. Participatory culture in a networked era : a conversation on youth, learning, commerce, and politics, Polity Press, Cambridge, MA, 2016.
26. Mizuko Ito et als., Hanging Out, Messing Around, and Geeking Out : Kids Living and Learning with New Media, MIT Press, Cambridge, MA, 2010. Disponible en ligne : https://mitpress.mit.edu/sites/default/files/titles/free_download/9780262013369_Hanging_Out.pdf