L’employée aux bibliothèques 1:1

« j’ai soif de nouvelles, qu’elles quelles soient ; même si ce sont de fausses nouvelles, elles doivent bien signifier quelque chose. » – La Servante écarlante, Robert Laffont, p. 29.

Lundi le 17 juillet
J’ai parcouru, émue, la thèse de Isabelle Fortier, alias Nelly Arcan, en remerciant plusieurs fois les bibliothèques de l’UQAM de nous avoir redonné, comme on donne à boire, encore un peu (disons 122 pages) de cette voix bouleversante par la magie de la numérisation. Je n’ai pas tout compris des enjeux entourant les Mémoires d’un névropathe de Daniel Paul Schreber qu’elle décrypte, même si l’écriture est cristalline. Frisson garanti.

Mardi 18 juillet
La magie de la numérisation est compromise de l’autre côté de la rue, à BAnQ, provoquant cette manifestation monstre (une centaine de personnes convaincues). Michael David Miller, l’auteur du mot-clic #JeSoutiensBAnQ, était présent. La fortune de ce mot-clic aurait dû suffire à lui garantir une carte de membre à vie de l’UNEQ venue partagée notre indignation bruyante – car ce n’est pas tous les jours, dans cette profession, qu’on lève le ton et qu’on descend dans la rue. C’est ce que rappelle la pancarte au message iconique qui remonte à Occupy Wall Street, ressortie pour l’affaire « Grab my pussy » de Washington – que j’avais bricolée pour l’occasion, en v.o. et en français.

J’en ai profité pour fouiner dans les rayons et emprunter cinq super ouvrages sur le fromage, mais passablement lourds, – et qui s’ajoutent à ceux de la bibliothèque Outremont cueillis  ce weekend. Cette collection servira à la préparation de l’événement Wikifromages qui aura lieu Montréal dans le cadre de Wikimania. Deux poids, deux mesures. (BAnQ, bibliothèque publique)

Mercredi, 19 juillet
J’ai fini de lire Déjà Dead de Kathy Reich (bibliothèque publique)  pour mon club de lecture de course. Ce roman policier ne parle pas de course comme l’exige habituellement le motif de nos rendez-vous. Mais après avoir lu Courir,  méditation physiques par Guillaume Le Blanc (bibliothèque publique), mes compagnes avaient autant envie de courir que de tuer. Kathy Reich est réputée marathonienne, c’est devenu le prétexte et un enjeu de sécurité publique. On concèdera que cette oeuvre relaie son imaginaire à pied levé  : « My battered legs trembled as though I’d just run a marathon » ou encore « From the moment I’d opened my eyes I feld charged, like a runner on a marathon day. »

Jeudi 20 juillet

Jean-François Cusson a annoncé sur mon mur que La servante écarlate était maintenant disponible sur Prêt numérique. Je l’ai emprunté avant de partager la nouvelle 😉 Après avoir vu la série télévisée, j’ai eu envie de le relire (comment expliquer que j’ai quatre fois Lady Oracle dans ma bibliothèque dont un exemplaire signé par l’auteure, mais aucune Servante ???). Le peuple des fans de Defred, dont je suis, s’est retrouvé la capuche basse dans un épisode de dystopie littéraire : Impossible de trouver cette oeuvre nulle part ces derniers temps – voir l’article du Devoir.

Un esprit un peu parano aurait pu se demander si ce n’était pas une conspiration en lien avec #JeSoutiensBAnQ visant à empêcher un retour en popularité de Margaret Atwood connue pour jeter des malédictions de toutes sortes sur ceux et celles qui font des coupures dans les bibliothèques.

Vendredi 21 juillet

J’ai une semaine pour lire Une histoire de Montréal par Paul Andrée Linteau (bibliothèque publique) car je prévois céder à la fièvre du 375e anniversaire en famille vendredi prochain. J’ai hâte de découvrir la Promenade Fleuve-Montagne surtout dans la partie Fleuve où nous avons rendez-vous pour débuter notre parcours. Il paraît que ça requiert quand même une bonne dose d’imagination…

Samedi 22 juillet

Festival Juste pour rire : J’aime Hydro. MAJ. : J’aime J’aime Hydro.

 

Les notules dominicales de culture domestique en bibliothèque

Je lis depuis plusieurs années les Notules dominicales de culture domestique de Philippe Didion. Merci encore à Benoit Melançon et à François Bon pour ce voyage en Notulie au cours duquel j’ai découvert cette lettre hebdomadaire dont l’esprit, immanquablement, a son effet sur toutes les autres tâches domestiques qu’il faut bien accomplir le dimanche. La proposition d’annonce pour cette lettre va comme suit :

Recension critique hebdomadaire des livres lus pendant la semaine, accompagnée d’un aperçu sur certains chantiers en cours et de quelques considérations plus ou moins inintéressantes sur ma trépidante existence.

La vie de l’auteur s’est avérée particulièrement mouvementée cette semaine puisqu’il s’est rendu en bibliothèque. C’était l’occasion de rendre hommage à une bibliothécaire, une professionnelle du catalogage – opération intellectuelle fondamentale dans la constitution du coeur de la bibliothèque, son catalogue – qui a travaillé toute sa vie jusqu’à sa retraite à la Bibliothèque nationale de France.  Paulette Perec, née Pétras, est disparue l’automne dernier; cette conservatrice était l’épouse de Georges Perec :

Vie littéraire. Le 3 mars est la date anniversaire du décès de Georges Perec mais ce soir c’est à sa femme Paulette que l’on rend hommage, quatre mois après sa mort. L’événement se tient à la Bibliothèque de l’Arsenal, à Paris. La vie commune de Georges et Paulette Perec n’a pas été très longue, mais ils n’ont jamais divorcé. Beaucoup plus longue aura été la vie de Paulette en bibliothèque, à l’Arsenal et à Richelieu. Un de ses collègues raconte sa vie professionnelle et rappelle sa spécialité, le catalogage, le classement, l’intercalation. J’écoute cela avec d’autant plus d’intérêt que tout à l’heure, avant de partir pour Paris par le 14 heures 46, j’ai reçu une nouvelle renversante en provenance d’une bibliothèque. Je suis à la recherche depuis que j’ai découvert l’oiseau, d’un travail universitaire sur Ernest Gengenbach dû à un Italien nommé Dallospedale. Gengenbach est mort, Dallospedale a disparu en Afrique, sa thèse est introuvable. J’ai longtemps cru qu’un exemplaire se trouvait dans la bibliothèque du Musée Louis-Français de Plombières-les-Bains où j’ai fait remuer de la poussière, en vain. Aujourd’hui, ma correspondante à la bibliothèque de Saint-Dié, que j’avais relancée une dernière fois sans grand espoir, m’écrit : la thèse est retrouvée. Elle était mal rangée.

Magnifique. Ça m’a laissée dans un état de ravissement complet, émue en songeant au rôle de Paulette Perec, née Pétras, à la responsabilité sociale de cette profession que j’ai embrassée, aux conséquences prodigieuses liées aux pertes et aux retrouvailles d’ouvrages en tout genre.

Je me suis empressée d’essayer de bonifier le contenu portant sur Paulette Perec, née Pétras, dans la page Wikipédia consacrée à Georges Perec où elle est à peine évoquée.  Bien entendu, j’ai aussi créé la page de Paulette qui n’existait pas.  J’entretiens d’ailleurs le plan secret de prendre soin des pages portant sur les figures de bibliothécaires dans Wikipédia. La vie trépidante de Philippe Didion a souvent un effet contagieux sur moi.

Un enjeu qui a été l’objet de discussion cette semaine (avec @joplam entre autres) dans le contexte des divers édi-a-thons consacrés à la Journée internationale des  femmes : le nom de famille des femmes.

Est-ce que je devrais créer la page Wikipédia sous le nom de fille ou le nom d’épouse pour cet article ? « Paulette Pétras » ou « Paulette Perec » ou « Paulette Perec, née Pétras » ? Controverse sur les noms des femmes dans leur histoire et dans Wikipédia pour la postérité. Je ne doute pas que ma proposition d’article soit rééditée relativement rapidement. Il y a des relevés d’usages et de pratiques culturelles à faire de ce côté.

On peut l’entendre et la voir ici.

Source de l’image : Flickr, Looks like a bicyclette ride is in the cards for today! par Lorie Shaull, cc-by-SA 2.0

Le Learning Center de Snøhetta à l’Université Ryerson (Toronto) : Un hub numérique pour célébrer le temps d’apprendre

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Une place pour flâner, socialiser et réseauter en considérant que ces usages font partie du temps de l’apprentissage. Le Ryerson University Student Learning Center (#RSLC) complète de façon spectaculaire l’environnement collaboratif et créatif de cette bibliothèque du 21e siècle. Ouvert en février 2015, le projet signé Snøhetta comprend un médialab (Digital Media Experience), un incubateur d’entreprise (DMZ), un hall agora avec un café, une « plage » pour se détendre et une vue imprenable sur la ville de Toronto (Canada).

Le critique d’architecture et de design, Aaron Betsky observe la tendance des hubs numériques en présentant le RSLC dans le magazine The Architect :

At Ryerson University, an urban campus focused on engineering in downtown Toronto, the designers from Snøhetta have created the most unabashed version of such container for socialized surfing. It is a box that contains eight floors of concrete loft space, each with a different name and color, and some with some remarkable spaces, but all dedicated to a combination of studying, discussing, socializing, and browsing. A week after the building (unofficially) opened, students had occupied every desk, every study room, and every nook. They have made the Learning Center their own.

Les étudiants ont été largement sollicités dans le processus de conception : « The Ryerson Student Center makes a case for the need for such a facility, and shows how to let students make monuments their own » conclut Betsky. Le RSLC a remporté le prix d’excellence Canadian Architect en 2011. Le bâtiment est situé sur le site de l’immortel Sam the Record Man.

Architecte : Snøhetta (Oslo, New York) et Zeidler Partnership Architects (Toronto)
Adresse : 341 Yonge Street, Toronto
Superficie : 14,443 m.c.
Capacité: approx. 2300 étudiants
Budget: $112 million

Snøhetta est réputé pour sa contribution dans plusieurs projets iconiques : la bibliothèque Alexandrina, le réaménagement de Times Square, le musée du Mémorial du 11 septembre, le centre présidentiel (bibliothèque) du Président Obama, la nouvelle bibliothèque de Calgary, la bibliothèque de Deichmanske, la James B. Hunt Jr. Library, la bibliothèque de Far Rockaway.

Pour en savoir davantage sur les pratiques et la méthodologie de ces concepteurs, c’est par ici.

L’encyclopédie Wikipédia et les bibliothèques se rencontreront-elles à mi-chemin ?

Marie D. Martel vous suggère de lire:

"Je ne pense pas que nous verrons jamais une numérisation totale de toute la connaissance, et encore moins la disponibilité totalement libre de ces connaissances sous forme numérique. Mais je pense que Wikipedia joue un rôle important dans la démocratisation de l’accès à la connaissance. Et je pense que que les bibliothèques font aussi cela, mais d’une manière quelque peu différente. J’aimerais donc faire en sorte que chacune soutienne l’autre dans la diffusion de connaissances utiles parmi les gens."

Si vous souhaitez savoir comment, je vous invite à consulter le reste de cet article.

Voir sur en.wikipedia.org

Un tour de Montréal pour les amoureux des livres

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Je recevais il y a peu le message d’un visiteur parisien amoureux des livres qui me demandait quelques suggestions pour découvrir le Montréal littéraire. Je lui ai proposé cette géographie subjective en toutes lettres.


Voici quelques propositions.

D’abord, du côté des bibliothèques, s’il n’y a qu’un seul arrêt, ce sera celui des chambres de bois de la Grande bibliothèque (BAnQ) où bat notre coeur culturel – sans oublier l’allée des bouquinistes dans la ruelle du côté ouest les weekends.

Et puis, il faut passer à l’édifice Gilles-Hocquart du Centre d’archives de Montréal (535, avenue Viger) dont la rénovation signée par l’architecte Dan Hanganu en a fait un écrin pour les amateurs de secrets anciens et d’expositions de qualité.

La bibliothèque de Westmount représente aussi une destination de choix. C’est la première bibliothèque publique de Montréal. Ouverte en 1899, elle est dotée d’un charme ineffable que les agrandissements ultérieurs, notamment celui conçu par l’architecte Pete Rose, n’ont pas altéré, au contraire.

Dans le réseau des bibliothèques publiques de Montréal, les pèlerins des livres devraient faire un arrêt à la bibliothèque du Mile End qui est le résultat heureux d’une conversion d’église en bibliothèque.

Du côté des bibliothèques universitaires, la Library Birks de l’Université McGill (pour les études religieuses) pourrait bien s’inscrire dans une visite de ce campus. On fera aussi un détour par la section des livres rares en jetant au passage un coup d’oeil (un peu médusé) sur l’Espresso Book Machine située dans la succursale McLennan. Ask a librarian.

Sur le marché, je recommande la librairie Drawn & Quaterly, au 211 de la rue Bernard (siège de la maison D & Q, éditeur estimé de BD canadienne). Je ne sais pas si c’est juste ma complexion mais cette librairie a l’heur de me mettre dans tous mes états.

La librairie Olivieri, épicentre/épicier académique, propose aussi un café-bistro qui permet de rejoindre tous les appétits, et pas seulement intellectuels, en nivelant les différences de statuts et de diplômes.

La librairie Planète BD pour le dit contenu, et surtout parce que son propriétaire est le grand gourou de la bande dessinée à Montréal.

Les temps sont durs pour les amoureux plus old-fashioned du papier alors, pendant qu’il est encore temps, on peut s’inviter à la librairie du Square, face au Carré St-Louis, qui a accueilli la faune littéraire et artistique dans le sillage de Gaston Miron, Gilles Carles, Claude Jutras et cie depuis quelques décennies.

On dira ce qu’on veut de Gallimard, la librairie de la rue St-Laurent constitue un lieu d’expérience et de tentations considérables.

Si des humeurs de bibliophile vous assaille, il est possible de les confier au Chercheur de trésors, rue Ontario. J’y ai y fait des trouvailles émouvantes en littérature québécoise.

Enfin, si on est à la recherche de lectures particulières, le bibliocafé Salon b, qui est une annexe du salon funéraire Alfred Dallaire Memoria, offre l’opportunité de bouquiner une collection développée avec soin sur la mort. Ce serait possible lors des lundis-causeries entre 13 h et 17 h. Après tout, le touriste littéraire n’est-il pas, comme les autres, interpelé par la thématique fondamentale du voyage sinon, et plus que les autres, par la thématique du voyage fondamental livré aux grandes questions : où aller ? Comment partir…?

Un itinéraire littéraire dans les quartiers des fashionistas du Mile End et d’Outremont

Et pourquoi pas un petit parcours littéraire à travers Mile End et Outremont. Rendez-vous au Dépanneur Café sur Bernard (repère de poètes, célébré dans un collectif) pour traverser de l’autre côté de la rue chez Drawn & Quaterly. On se dirige ensuite vers la rue St-Viateur, par une des rues transversales pour faire un arrêt à la librairie L’écume des jours. On peut prendre un autre café chez Olimpico (le rendez-vous obligé de la mecque artsy-hipster du Mile End). En sortant, on peut bouquiner directement sur la rue en fouinant dans l’étalage de la librairie de livres usagés S W Welch ou en franchir le seuil pour y faire des découvertes plus rares.

La promenade se poursuit jusqu’à l’avenue du Parc pour faire un arrêt à la bibliothèque Mile End (qui est presque au coin des rues Parc et St-Viateur). On reprend ensuite la rue St-Viateur pour pénétrer dans le quartier Outremont. Le parc Outremont que l’on va longer mérite une halte pour partager un moment ou un chapitre avec les nombreux lecteurs réguliers qui s’y déposent.

Au bout du parc Outremont, on prendra l’avenue Outremont à droite jusqu’à la rue St-Just pour faire un détour par la bibliothèque Robert-Bourassa, dotée d’une galerie et d’une terrasse coquette, cet équipement assez récent fait la part belle aux oeuvres d’art comme aux écrivains du quartier mis en valeur sur les couvertures des livres.

On peut marcher ensuite vers la rue Bernard où l’on tournera à droite pour rejoindre la librairie d’Outremont (1284, av. Bernard). C’est le plus petit commerce du genre en ville, mais qui attire les visiteurs les plus illustres J’y ai souvent vu des ministres et des écrivains connus à tu et toi avec Roland le libraire. Et avec tout ça, c’est l’heure du 5 à 7 au Café Souvenir ou à la brasserie Les Enfants Terribles où l’on ira se mêler à ceux qui font la bella figura avec les chanteurs, les scénaristes, les journalistes, les radio-canadiens et tout ce beau peuple bruyant du Plateau venu brasser l’air de ce quartier tranquille.

Bon séjour !