Les bibliothèques publiques et la réussite éducative : + de planification nationale pour + d’impact #JPS2019

La Hutte de l’Espace Jeunes à la Grande bibliothèque (Montréal)

Les Journées de la persévérance scolaire (JPS) se déroulent du 11 au 15 février sur le thème « Nos gestes, un + pour la réussite scolaire ». Dans un cahier spécial sur l’éducation, Le Devoir introduit le sujet en ces termes :

Réduire le nombre d’enfants qui commencent leur scolarité avec un facteur de vulnérabilité, diminuer le décrochage scolaire, augmenter la proportion d’élèves qui obtiennent un diplôme avant 20 ans… Tous ces objectifs s’inscrivent dans la Politique de la réussite éducative du Québec. Les objectifs à atteindre sont grands et le réseau des CPE, garderies en milieu familial, privées ou subventionnées, la maternelle 4 ans, l’état des écoles, des services aux élèves ou encore les conditions de travail des enseignants sont au coeur de bien des débats. États des lieux et coup d’oeil sur différentes initiatives et divers projets qui peuvent être déterminants dans le cheminement des enfants, de la garderie à la cour d’école, en passant par le camp d’été. (Cahier spécial C, Éducation, Le Devoir,samedi et dimanche 10 février 2019, )

Je voudrais contribuer à la réflexion sur cet « état des lieux » en élargissant les termes du débat aux acteurs communautaires, qui ne sont pas mentionnés ici, et en abordant le rôle des bibliothèques publiques québécoises dans ce vaste chantier.

S’il fallait s’en tenir au principal document en cause, soit la Politique de la réussite éducative lancée le 21 juin 2017 sous le précédent gouvernement, cet exercice serait assez bref puisqu’une recherche par occurrence dans le texte ne donne aucun résultat associé au mot « bibliothèque ». Et ce même si la Politique porte un discours favorable à une approche communautaire de la littératie. Le mot « communauté » revient d’ailleurs 59 fois dans cette Politique qui compte 84 pages.

La Politique propose une vision visant à i. Agir tôt et tout au long de la vie et ii. Mobiliser la communauté éducative. À ce titre, cette vision prend en considération l’importance d’agir avant et au-delà du parcours scolaire dans un cadre de responsabilité qui n’est plus défini sur une base individuelle dans un contexte d’éducation formelle, mais qui est partagé par les acteurs de la communauté éducative.

À l’école des New Literacy Studies, les études soulignent en effet le caractère déficient des approches qui abordent l’alphabétisation et les littératies comme des enjeux essentiellement individuels et scolaires. Ces études mettent l’emphase sur une approche systémique où alphabétisation et littératies sont conçues en tant que pratiques sociales et culturelles reliant la famille, l’école (incluant afortiori les bibliothèques scolaires) et la communauté – dont les bibliothèques publiques et les autres acteurs communautaires font partie.

La Stratégie 0-8 ans qui a suivi la Politique a pris soin de désigner plus explicitement les acteurs communautaires afin qu’ils et elles se reconnaissent comme parties prenantes dans ce chantier et dans le partage des responsabilités qu’il implique :

Les huit premières années de la vie sont déterminantes dans toutes les sphères du développement global des enfants. C’est également au cours de cette période qu’ils réalisent les apprentissages les plus déterminants pour leur réussite éducative : la lecture, surtout, de même que l’écriture et la mathématique. S’ils ne possèdent pas les acquis attendus au terme du premier cycle du primaire, les enfants rencontreront plus de difficultés dans la poursuite de leur parcours scolaire. La capacité de lecture à cet âge, rappelons-le, est une compétence transversale liée à la réussite scolaire ultérieure : les enfants apprennent à lire pour pouvoir, par la suite, lire pour apprendre. Ces apprentissages se réalisent progressivement, d’abord par des activités d’éveil et de stimulation au sein de la famille, dans les bibliothèques publiques ou encore par l’intermédiaire des organismes communautaires qui offrent également ce type d’activités, et plus tard dans les services de garde éducatifs à l’enfance. (MCC, Stratégie 0-8 ans, p. 41)

Auparavant à l’automne 2016, le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) a interpelé les instances régionales de concertation sur la persévérance scolaire et la réussite éducative (IRC) en leur confiant le déploiement d’une nouvelle mesure visant à valoriser et à promouvoir la lecture auprès des 0-20 ans et des parents. Cette mesure contient plusieurs propositions orientées sur la « création et consolidation d’une synergie entre les bibliothèques, le réseau scolaire et les différents partenaires ». Cette mesure visait le développement de projets et d’activités complétés à terme sous la forme d’un rapport devant être déposé le 31 décembre 2017. (Mesure sur la lecture, p.3)

Qu’en est-il de cette mesure, de ses résultats, et maintenant de cette orientation explicite en matière de littératie communautaire dans le contexte du changement de gouvernement? Pour le moment, les engagements du gouvernement actuel semblent prioriser des moyens pour « agir tôt » qui visent à combler les nombreuses lacunes des milieux de l’éducation formelle, c’est-à-dire, scolaires.

Des initiatives locales

Des initiatives mises en place dans la foulée de cette mesure notamment à l’enseigne du Réseau Réussite Montréal subsistent. Le cahier Éducation du Devoir présente quelques « gestes concrets » tel que le projet « Délire », qui vise « à accroître et maintenir l’intérêt pour la lecture chez les jeunes de 16 à 20 ans », le plaisir de lire surtout, que le contexte informel des bibliothèques, ici les Bibliothèques de Montréal, favorisent. Des projets se dessinent également à plus long terme, par l’entremise de l’Association des bibliothèques publiques du Québec (ABPQ), grâce à un financement du MEES, qui suggèrent le début historique d’une reconnaissance de leur mission éducative, pourtant séculaire, et qui visent à développer des outils et des formations auprès du personnel des bibliothèques sur la littératie familiale.

D’autres exemples d’initiatives locales donnent un aperçu de la diversité des actions, mais surtout de leur caractère intentionnel en matière de soutien à la littéracie familiale et de persévérance scolaire. Certains de ces exemples m’ont été fournis par la Bibliothèque de Sainte-Julie (que je remercie) : heures du conte; club de lecture d’été; le coin des Apprentis Sage! : Un coin jeu favorisant la stimulation du langage dédié aux tout-petits et leurs parents avec des jeux de stimulation du langage pour les 0 à 5 ans; des jeux éducatifs sont mis à la disposition des parents et les intervenants en petite enfance qui veulent les emprunter; la Rimbambelle; l’escouade du livre en été dans les parcs de la ville avec deux animatrices entourées de livres passionnants proposent aux jeunes des lectures amusantes ainsi que des activités stimulantes pour les 5 à 14 ans; club de lecture de la livromanie pour les 8 à 11 ans (de Communication-Jeunesse).

Outre le projet « Délire », les bibliothèques de Montréal dispose aussi d’une offre locale à laquelle s’ajoutent des actions coordonnées par la Direction pour l’ensemble du réseau et dont on peut apprécier l’étendue et la profondeur dans ce document.

Les exemples d’activités et de collaborations en lien avec les littératies et la réussite éducative impliquant les bibliothèques apparaissent assez nombreuses et répandues. En revanche, personne, aucun ministère, aucun service des milieux documentaires ou autre association, n’est en mesure de produire un portrait fidèle de la situation, c’est-à-dire, de ce que font les bibliothèques publiques québécoises sur ce plan – en dehors d’opinions, d’anecdotes, de retours d’expérience. Ce qui revient à admettre que l’on ne peut pas, en ce moment, produire de véritable « état des lieux » qui nous permettent de décrire de façon rigoureuse leur contribution pour une meilleure planification de leur action et de leur impact à l’échelle locale et nationale.

Des conditions de réussite pour la réussite scolaire et +

Je souhaiterais attirer l’attention sur le fait que, au-delà des initiatives locales, les bibliothèques publiques constituent une opportunité pour agir de façon structurée puisqu’elles réunissent une ensemble de conditions susceptibles d’augmenter l’impact d’une stratégie pour la littératie et la réussite scolaire qui soit susceptible d’avoir une portée nationale :

  • Ancrées dans les communautés, elles sont réparties sur l’ensemble du territoire : 96 % de la population québécoise est desservie par une bibliothèque publique (Institut de la Statistique, Statistiques générales des bibliothèques publiques, 2015);
  • Davantage de personnes sont abonnées aux bibliothèques publiques qu’il y en a d’inscrites dans les écoles;
  • Ce sont des équipements publics, financés par les contribuables, via le Ministère de la culture et des communications ainsi que par les municipalités; et donc des relais publics de proximité pour la réussite qui sont directement mobilisables;
  • Elles sont organisées en réseaux et opèrent en un système de collaboration local, national et international;
  • Les littératies sont au coeur de leur mission, tout comme l’apprentissage tout au long de la vie; et au sujet de la littératie communautaire, il faut savoir que les bibliothécaires sont formé.e.s aujourd’hui au développement communautaire stratégique autant qu’au développement de collections;
  • De plus en plus, elles adoptent une perspective de care/justice sociale et se préoccupent des populations vulnérables ou socialement exclues et des obstacles systémiques qui freinent le développement des capacités associées aux littératies.

La perspective d’une stratégie nationale qui serait à même de saisir cette opportunité et de mieux utiliser ces services publics – en tant que financés par des fonds publics – est un défi. On pourrait parler du défi des trois « P » : le défi du pilote, le défi des politiques publiques et le défi du personnel.

Pas de pilote, de politique et personnel

Le défi du pilote s’entend plutôt comme le défi de ne pas avoir de pilote dans l’avion. Ballotées entre le MCC (qui met l’emphase sur la fonction culturelle, et surtout leur capacité à supporter l’industrie du livre, sans prendre en considération leur mandat éducatif et sans intervenir sur les vues souvent décalées des villes) et le MEES (duquel elles ne relèvent pas même si ce sont des institutions d’éducation assumées à travers tous les énoncés de mission internationaux qui les concernent), les bibliothèques publiques du Québec sont plutôt orphelines, adoptées par des maires qui ne savent pas trop quoi en faire, soucieux surtout qu’elles ne leurs coûtent pas cher.

Elles sont aussi « sans papier », c’est-à-dire qu’elles ne sont pas en mesure de se développer à l’aide de politiques publiques appropriées et suffisamment concrètes au plan national. Dans ces conditions, les bibliothèques publiques font figure de service public mal utilisé/géré par les gouvernements locaux et nationaux. Une planification globale, une stratégie nationale pourrait définir des orientations et des dispositifs incitant les villes à offrir des services de qualité en matière de littératie sur l’ensemble du territoire québécois afin d’avoir plus d’impact.

Faudrait-il que le « geste » soit une loi? La Suède s’est récemment dotée d’une loi pour ses bibliothèques dont une des priorités est la littératie.

Le défi du personnel est un des autres grands enjeux des bibliothèques publiques québécoises. À l’heure actuelle, il y a près de deux fois moins de bibliothécaires ETC (employés à temps complet) par 10 000 habitants dans les bibliothèques publiques du Québec que dans celles des différentes provinces canadiennes ou encore dans celles de quelques villes québécoises qui desservent des populations plus largement anglophones supportées par des administrations municipales qui, traditionnellement, en ont reconnu, la valeur.

Je reprends les propos des Denis Chouinard, Président de l’ABPQ, à l’automne dernier :

Ainsi, 65 % des municipalités comptent à leur bibliothèque moins de quatre employés à temps complet, indiquent les données 2017 de Statbib. « Comment peuvent-ils faire pour fonctionner ? », se demande M. Chouinard, qui a la chance, à la bibliothèque de Mont-Royal, de faire partie d’une équipe de 28. Car sa bibliothèque, depuis des décennies, est exceptionnellement choyée par le conseil municipal (voir encadré). « Si on veut que même les toutes petites biblios jouent leur rôle, il faut un minimum de personnel pour les animer, et pour gérer les collections. » Actuellement, 49 % des municipalités n’emploient aucun bibliothécaire. Près de 17 % des bibliothèques n’ont pas d’employés spécialisés — ni bibliothécaire, ni technicien en documentation. Le Québec compte 0,64 bibliothécaire diplômé par tranche de 10 000 habitants, selon les statistiques de 2015. Comparativement, l’Ontario en a 1,04, la Colombie-Britannique 1,07, et les États-Unis, en moyenne 1,01. (Catherine Lalonde, La bibliothèque publique, une richesse sous-exploitée, Le Devoir, 22 octobre 2018)

Sous la forme d’un tableau dans un des derniers rapports publiés par l’Observatoire de la culture et des communications du Québec en 2015, cela ressemble à ceci :

Ce qui suggère que l’on n’a pas encore compris et agi en phase avec la transformation des besoins des usagers et des bibliothèques du 21e siècle, avec la transition des collections vers les connexions; que l’on entretient encore la vision de la bibliothèques comme dépôt de livres au dépens d’un modèle de service orienté sur le développement communautaire, facilitant les littératies familiale, scolaire, communautaire – et ce même si on se targue de faire des « bibliothèques tiers lieux ». Un peu plus d’outils, un peu plus de formation ne nuira jamais, mais le problème de fond réside dans la précarité des équipes professionnelles au sein des bibliothèques publiques.

Cette situation de sous-dotation professionnelle explique aussi la quasi-absence de bibliothécaires jeunesse dans les bibliothèques publiques québécoises, un luxe qui, dans le meilleur des cas, est réservé à quelques grandes villes (Montréal?). Ces bibliothécaires jeunesse sont définitivement parmi les mieux placée.s pour développer et programmer des services en phase avec les connaissances les plus actuelles et les plus pointues sur les questions de littératie pour les publics jeunesse au sein des communautés. La rareté des bibliothécaires jeunesse est un autre aspect qui caractérise le cadre inéquitable du système québécois des bibliothèques publiques, que ce soit entre les villes du Québec ou from coast to coast; un autre chapitre de la gestion déficiente des bibliothèques publiques québécoises.

Sans doute « l’addition d’une multitude de gestes à la portée de tous, parents, membres de la famille, amis, éducatrices, enseignants, intervenants, élus ou encore décideurs, peuvent avoir une influence concrète sur la persévérance et la réussite des jeunes. » comme on le promeut dans le cadre des JPS. Je souhaitais faire valoir, c’est ma conclusion, qu’une gestion et une planification nationale conséquentes des bibliothèques publiques est un des scénarios parmi les plus prometteurs en vue d’avoir un impact structurant sur la persévérance et la réussite des jeunes. Mais est-ce que l’on y tient vraiment? C’est dit. Bonnes JPS !

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Des exemples d’initiatives en lien avec la littératie et la persévérance scolaire en bibliothèque publique :


Salade mixte No. 4 #bibliothèques #actualités

 

Maxime Beaulieu, spéciaIiste de bandes dessinées et de manga, geekothécaire à la Direction des bibliothèques de Montréal.

En complément du Bouillon avec des saveurs un brin plus locales, cette veille porte une attention particulière aux bibliothèques comme « infrastructures sociales » ainsi qu’aux services pour les jeunes en vue d’alimenter la réflexion dans le cadre du cours SCI6339 à l’EBSI. Notez que certains des meilleurs ingrédients proviennent des étudiant.e.s.

Bibliothèques publiques

  1. Archive with Care : At Escondido Public Library, a participatory archive gives immigrants a voice (American Libraries)
  2. Libraries are filling an affordable fitness void. Librarians are providing yoga and tai chi classes for communities that need them (The Outline)
  3. ***IMLS Public Library Survey: Program Attendance, Collection Size, Digital Materials Up; Visits, Circ Down. (Library Journal) :
  4. In Your State: Priorities for IMLS-Funded Library Services. (Medium) : IMLS’s recent analysis of the 56 plans revealed that most state libraries are focused on providing their communities with access to information, reaching underserved populations, and growing partnerships with other government agencies. »
  5. ***The End of Fines? As more and more libraries are finding, eliminating fees lowers barriers while still bringing books back into circulation. (Library Journal -Premium)
  6. Leadership Development. PLA Leadership Model 2018. (PLA) :

The PLA Leadership Model describes the work, methods, and core values of leadership in a public library context. It describes library leaders’ core areas of responsibility as Learning and Literacy, and Stewardship and Integrity. Under the model, library leaders are also encouraged to practice the paired values of Respect and Civility; Inclusion and Equity; Service and Privacy; and Information and Truth, while embracing a spirit of caring, integrity, and optimism. The model envisions these leaders helping individuals, neighborhoods and communities to thrive by making the library a trusted, helpful resource to all people.

Services d’information pour les jeunes

  1. Les Prix du GG (dont pur le (dont les prix jeunesse)
  2. Rencontre professionnelle : Ouvrir les possibles de la bibliothèque jeunesse (Si Institut suédois)
  3. Social Media, Social Life: Teens Reveal Their Experiences (2018) (common sense media)
  4. 100 Livres pour les enfants de 6 à 9 ans – Tu lis déjà? Tu lis quoi?  (Paris Bibliothèques)
  5. Marché du livre : des achats de livres plus variés ces 10 dernières années (Actualitté)

Première trouvaille de ce rapport, les nombres de livres différents et d’auteurs différents ayant fait l’objet d’une vente dans l’année ont significativement progressé : respectivement, + 50 % et + 36 %. Ce qui signifie, en clair, que les achats reflètent une plus grande variété. Cette dernière est particulièrement sensible pour la bande dessinée, les mangas et comics (+ 90 %), les livres jeunesse (+ 70 %) et les livres pratiques (+ 52 %).

Programme à découvrir 

Blogues indispensables

Formations et événements

 

Extension du domaine de la médiation et des heures d’ouverture dans les bibliothèques danoises

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Récit visuel et notes de voyage en 5 saillances : La bibliothèque Ørestad

Située dans un quartier en développement de Copenhague, sur Arne Jacobsens Allé, la bibliothèque du même nom a été conçue par la firme d’architecte KHR Architects avec Claus Bjarrum Architects (design d’intérieur). Ouverte en 2012, la bibliothèque remplit une triple fonction intégrée : Elle combine la bibliothèque publique et scolaire tout en jouant le rôle de centre culturel. L’espace se décline sur deux plans ouverts. Le premier, (600 m²) se prête davantage au divertissement, et le second (700 m²) est principalement dédié à l’apprentissage; mais l’ensemble est flexible et facile à adapter en fonction des publics et des événements.

  1. Extension du domaine de la médiation. Selon la représentante du Think Thank of the Libraries of the future, les bibliothèques d’aujourd’hui au Danemark deviennent les centres et les points d’appui les plus structurants en matière de de formation à l’information et de participation démocratique/numérique.  Ce renouveau des bibliothèques danoises se caractérise par une exploration des nouvelles formes de médiation dont le « reach out » qui repose sur le renforcement des collaborations et des partenariats avec les écoles notamment. La bibliothèque de Ørestad qui occupe le premier étage d’une école et qui agit en soutien pour plus de huit autres établissements scolaires exemplifie cette approche. Les coûts de fonctionnement sont répartis entre les principaux partenaires. Bibliothécaire publique et scolaire, qui sont rémunérés par des employeurs distincts, travaillent ensemble de manière fluide dans un contexte où la population de ce quartier comprend une proportion élevé de jeunes. On peut aussi constater, à cet endroit, un exemple de convergence des services public : Un dentiste a ses bureaux dans la bibliothèque.
  2. Accueil et accès. Implanté depuis 2015 au Danemark, le concept de bibliothèque ouverte s’est largement répandu dans le but de répondre aux attentes des citoyens qui veulent avoir accès à l’information ou aux livres quand ils et elles le veulent. Ce dispositif de libre-service permet aux citoyen.ne.s d’accéder à la bibliothèque à l’aide de leur carte d’identité même lorsque le personnel est absent. Dans la mouvance des tiers lieux, avec des plages horaires étendues à la façon des magasins, la bibliothèque se fait plus facile d’accès pour une diversité de publics. Basé sur les principes de l’indépendance des usagers et du design de la confiance, près de 300 établissements au Danemark, dont celle de Ørestad, offrent ce service et sont équipés de ce système qui est financé par le ministère de la culture. Près de 70% des bibliothèques rapportent cependant avoir subi des incidents et des gardiens de sécurité se sont ajoutés dans certains cas. À noter : Dans la perspective de l’accueil, on constate que les stations d’aide prennent la forme d’un meuble léger de type bistro encourageant les interactions. Les touristes font partie des publics dont on se soucie : Un écran dédié à l’information touristique est visible à l’entrée, .
  3. Communication et recommandation indirecte. La valorisation/marchandisage des collections (périodiques, nouveautés, etc.) est abordée de manière originale, ludique et attrayante. On a pensé à favoriser l’appropriation active des collections du côté des jeunes par le biais d’une ruche qui se développe comme une montagne de livres. On mise sur l’intégration du physique et du numérique pour communiquer et mettre en valeur les collections par le  biais d’écrans tactiles au bout des rangées. En 2016, ces écrans présentaient, non seulement un accès au catalogue, mais aussi un carrousel de sélections thématiques; un nouveau logiciel à cette fin est en développement.
  4. Espace de création. Dans la foulée de cette exploration des nouvelles formes de médiation, la salle d’animation est devenue un makerspace/hacklab qui accueillent les activités de bidouillage, de bricodage et autres expérimentations caractéristiques du monde des arts et des sciences aujourd’hui.
  5. Espaces collaboratifs en « open space ». Des tables longues avec écran encouragent le travail collaboratif en espace ouvert (une configuration favorable pour des ateliers de « communs numériques »).

Sources

 

La bibliothèque-makerspace de Vaughan (Ontario, Canada)

 

 

 

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J’avais été intriguée en lisant au sujet de la vision proposée par les architectes pour cette bibliothèque inaugurée en 2016 en banlieue de Toronto :

The Vaughan Civic Centre Resource Library, by ZAS Architects, is a visionary maker-space dedicated to community learning, gathering, creating and celebrating. Engaging new users in record numbers since opening, the transformative community centerpiece aims to empower local residents of all ages and demographics, inviting an exploration of learning in the library with the tools and technology of the 21st century. » (Canadian Architects).

On pouvait constater ici un déplacement dans le discours. Remarquez qu’il n’est plus question d’une bibliothèque dotée d’un makerspace, mais d’une bibliothèque qui est un makerspace. À peu près au même moment, en 2016, la vision pour le projet de la nouvelle bibliothèque Saint-Sulpice était rendue publique, celle d’une bibliothèque-laboratoire également portée par l’intention d’accueillir les capacités créatives des citoyens et la culture numérique. Ces bibliothèques explorent de nouveaux scénarios et redéfinissent la qualité des interactions sociales dans ces tiers lieux au-delà des référentiels du café et de la conversation.

Vaughan, 17e au rang des plus grandes villes canadiennes avec une population de 306 233 habitants, se décrit comme une « cité multiculturelle ». Voici quelques notes glanées au cours d’une visite qui s’est déroulée le 3 février dernier dans cette nouvelle bibliothèque ressource – qui fait partie du réseau des bibliothèques publiques de Vaughan (VPL).

  • Superficie : 3 450 mc (3306.0 sqm)
  • Un projet certifié LEAD
  • Bien localisé près de l’hôtel de ville
  • Une recherche de qualité spatiale : du volume, de l’ouverture, de la transparence, de la lumière.
  • Ouvert 7 jours sur 7 de 9 h à 21 h
  • Un accueil excellent
  • À peu près une dizaine de bibliothécaires (qui doivent tou.te.s faire du outreach)
  • Une employée spécialisée dans la création numérique et média – mais tout le personnel est formé et capable d’offrir le service de base
  • Un bibliothécaire dédié aux services en français
  • Des collections multilingues
  • Libre-service (automates de prêt, Notebooks, iPads)
  • Un café
  • Un makerpace avec équipements et logiciels.
  • Un médialab
  • Un studio d’enregistrement et du prêt de guitares
  • De nombreux espaces de rencontre et 8 salles de travail en équipe
  • Un hall d’étude
  • Une salle communautaire qui donne sur un patio extérieur
  • Un toit vert
  • Des stations d’aide aux usagers invitantes dont le design suggère la collaboration
  • Du zonage par activités et par public (par exemple, un « lounge » pour ados et une zone pour enfants) tout en restant flexible
  • De la recommandation de lecture en abondance qui emprunte le vocabulaire des librairies avec des stratégies de marchandisage
  • Un stationnement
  • Le blogue de VPL : http://www.vaughanpl.info/shareit/
  • La page Wikipédia : https://en.wikipedia.org/wiki/Vaughan_Public_Libraries

Un projet de bibliothèque à voir au Canada. La ville de Vaughan a deux autres projets sur la table à dessin, et même en chantier : « Nous sommes vraiment en développement » expliquait, en français, le bibliothécaire qui m’a fait visiter les lieux.

Prix

  • Design Excellence Award, Vaughan Urban Design Award (2017)
  • Ontario Glass Association, Award of Excellence for Execution (2017)
  • Award of Excellence in Architecture, Building and Structure Design (2017)

Voir aussi 

100 ans de bibliothèques publiques à Montréal, regards croisés entre le passé et l’avenir : un colloque contributif

Avec des ami.e.s libristes, nous avons débuté une cartopartie en se donnant rendez-vous le 4 mai 2017 devant l’édifice Gaston-Miron, 100 ans jour pour jour, presque heure pour heure, après l’inauguration de la première bibliothèque centrale de Montréal en 1917. Nous avons lu un extrait du tout nouveau livre de François Séguin – superbe monographie qui raconte l’histoire de la bibliothèque publique au Québec. À lire absolument (en bibliothèque).

Pendant que l’on parlait du 375e en 2017, je m’intéressais beaucoup, en effet, au 100e et je n’ai pas manqué de le faire savoir lors de mes derniers jours à la Direction des bibliothèques. Merci à Luc Jodoin et Ivan Filion pour l’écoute (et la patience) et, enfin, pour leur démarche auprès de leurs vis-à-vis à la Grande bibliothèques/BAnQ pour que soit commémoré à travers un événement digne de son importance, ce moment historique de la  naissance de la bibliothèque centrale de Montréal.

Par ailleurs, au cours de l’été, pendant la fête Wikimania, l’événement « Wiki aime les bibliothèques » qui avait rassemblé plus de 37 professionnel.les des milieux documentaires, avait confirmé les attentes et les besoins de formation. C’est alors que l’idée de réunir l’événement commémoratif et l’atelier formatif et contributif s’est naturellement imposée. Cette formule de colloque contributif est-elle une première mondiale ? Sous nos contrées, je dirais que c’est le cas. C’est une proposition qui promet de renouveler l’approche des colloques à l’enseigne des communs numériques. Et souhaitons que cette première ne soit pas la dernière car une célébration pendant le Salon du livre qui voudrait se pencher sur la lecture publique et son histoire pourrait représenter un rendez-vous nécessaire pour les nouveaux et les anciens bibliothécaires soucieux et soucieuses de la bibliothèque à venir.

Éric Leroux, professeur à l’EBSI (Université de Montréal) a proposé un programme pour ce colloque réunissant un aréopage d’experts qui nous permet de dresser un portrait global du développement des bibliothèques publiques au Québec. La trame éditoriale permet de remonter le temps à partir du milieu du 19e siècle, ce qui offre, selon les termes de l’historien du livre, une meilleure contextualisation de l’histoire des bibliothèques publiques québécoises en jetant l’éclairage requis sur l’avènement de la « centrale ». Voici le programme du colloque contributif  « 100 ans de bibliothèques publiques à Montréal, regards croisés entre le passé et l’avenir » :

  • Michèle Lefebvre : L’Institut canadien de Montréal : une histoire mouvementée
  • Éric Leroux : L’implantation des bibliothèques Carnegie en Amérique du Nord (1886-1919)
  • Philippe Legault : De la Bibliothèque Saint-Sulpice à Bibliothèque et Archives nationales du Québec : survol historique
  • Marcel Lajeunesse : La saga de la création de la Bibliothèque municipale de Montréal et le lent développement de cette institution

Une formation Wikipédia (présentée par BAnQ et Wikimédia Canada) sera donnée, après ces exposés, afin de permettre aux participant.e.s de maîtriser les rudiments de l’édition dans l’encyclopédie collaborative.

Un atelier contributif suivra au cours duquel les participant.e.s seront invités à créer des articles choisis, ou à améliorer des pages existantes, « en lien avec les bibliothèques publiques de Montréal d’hier et d’aujourd’hui. » Ce sera aussi l’occasion de retrouvailles et d’échanges avec les ancien.ne.s employé.e.s de la bibliothèque centrale qui seront présent.e.s. #mémoire

Ce colloque contributif est gratuit et se tiendra  à BanQ Vieux-Montréal, 535, avenue Viger Est, Montréal, jeudi 16 novembre 2017, 13 h 00 à 17 h 00. 

| François Séguin, D’obscurantisme et de lumières : La bibliothèque publique au Québec des origines au 21e siècle, Montréal, Hurtubise, 2016. |