Les notules dominicales de culture domestique en bibliothèque

Je lis depuis plusieurs années les Notules dominicales de culture domestique de Philippe Didion. Merci encore à Benoit Melançon et à François Bon pour ce voyage en Notulie au cours duquel j’ai découvert cette lettre hebdomadaire dont l’esprit, immanquablement, a son effet sur toutes les autres tâches domestiques qu’il faut bien accomplir le dimanche. La proposition d’annonce pour cette lettre va comme suit :

Recension critique hebdomadaire des livres lus pendant la semaine, accompagnée d’un aperçu sur certains chantiers en cours et de quelques considérations plus ou moins inintéressantes sur ma trépidante existence.

La vie de l’auteur s’est avérée particulièrement mouvementée cette semaine puisqu’il s’est rendu en bibliothèque. C’était l’occasion de rendre hommage à une bibliothécaire, une professionnelle du catalogage – opération intellectuelle fondamentale dans la constitution du coeur de la bibliothèque, son catalogue – qui a travaillé toute sa vie jusqu’à sa retraite à la Bibliothèque nationale de France.  Paulette Perec, née Pétras, est disparue l’automne dernier; cette conservatrice était l’épouse de Georges Perec :

Vie littéraire. Le 3 mars est la date anniversaire du décès de Georges Perec mais ce soir c’est à sa femme Paulette que l’on rend hommage, quatre mois après sa mort. L’événement se tient à la Bibliothèque de l’Arsenal, à Paris. La vie commune de Georges et Paulette Perec n’a pas été très longue, mais ils n’ont jamais divorcé. Beaucoup plus longue aura été la vie de Paulette en bibliothèque, à l’Arsenal et à Richelieu. Un de ses collègues raconte sa vie professionnelle et rappelle sa spécialité, le catalogage, le classement, l’intercalation. J’écoute cela avec d’autant plus d’intérêt que tout à l’heure, avant de partir pour Paris par le 14 heures 46, j’ai reçu une nouvelle renversante en provenance d’une bibliothèque. Je suis à la recherche depuis que j’ai découvert l’oiseau, d’un travail universitaire sur Ernest Gengenbach dû à un Italien nommé Dallospedale. Gengenbach est mort, Dallospedale a disparu en Afrique, sa thèse est introuvable. J’ai longtemps cru qu’un exemplaire se trouvait dans la bibliothèque du Musée Louis-Français de Plombières-les-Bains où j’ai fait remuer de la poussière, en vain. Aujourd’hui, ma correspondante à la bibliothèque de Saint-Dié, que j’avais relancée une dernière fois sans grand espoir, m’écrit : la thèse est retrouvée. Elle était mal rangée.

Magnifique. Ça m’a laissée dans un état de ravissement complet, émue en songeant au rôle de Paulette Perec, née Pétras, à la responsabilité sociale de cette profession que j’ai embrassée, aux conséquences prodigieuses liées aux pertes et aux retrouvailles d’ouvrages en tout genre.

Je me suis empressée d’essayer de bonifier le contenu portant sur Paulette Perec, née Pétras, dans la page Wikipédia consacrée à Georges Perec où elle est à peine évoquée.  Bien entendu, j’ai aussi créé la page de Paulette qui n’existait pas.  J’entretiens d’ailleurs le plan secret de prendre soin des pages portant sur les figures de bibliothécaires dans Wikipédia. La vie trépidante de Philippe Didion a souvent un effet contagieux sur moi.

Un enjeu qui a été l’objet de discussion cette semaine (avec @joplam entre autres) dans le contexte des divers édi-a-thons consacrés à la Journée internationale des  femmes : le nom de famille des femmes.

Est-ce que je devrais créer la page Wikipédia sous le nom de fille ou le nom d’épouse pour cet article ? « Paulette Pétras » ou « Paulette Perec » ou « Paulette Perec, née Pétras » ? Controverse sur les noms des femmes dans leur histoire et dans Wikipédia pour la postérité. Je ne doute pas que ma proposition d’article soit rééditée relativement rapidement. Il y a des relevés d’usages et de pratiques culturelles à faire de ce côté.

On peut l’entendre et la voir ici.

Source de l’image : Flickr, Looks like a bicyclette ride is in the cards for today! par Lorie Shaull, cc-by-SA 2.0

Du Motivex


Dans le milieu, tout le monde connaît Stephen Abram. Canadien d’origine, conférencier de renom, mover and shaker, visionnaire, avocat au long cours de la cause des bibliothèques…et que voilà dans la cour de Gale, un éditeur (publisher) de matériel éducatif qui veut le bien des bibliothèques (probablement jusqu’à leur dernière cenne…).

Stephen Abram vient de partager une présentation-fleuve, tellement pleine d’optimisme souriant qu’on se demande à la fin ce qui pouvait bien nous préoccuper hier encore dans ces crises qu’on épelait à la chaîne : celle du livre, du document, du contenu, de l’utilisateur dans nos sociothèques, etc. J’ai sélectionné quelques moments de cet énoncé de stratégie intitulé : The Acquirer’s Mind. What strategies, public librarians are emphasing. Au moment où l’on doit rechausser les patins en ce début de 2012, on a probablement besoin d’un flacon, comme dirait Daniel Bourrion, de ce Motivex.

A. Souriez à vos bibliothécaires, ils vous le rendront (Don’t piss them off).

Vous savez ce que c’est après les partys de Noël, on ne sait plus qui l’on est, sinon d’être rongé par le doute, à force d’avoir peiné à expliquer cette profession à nos oncles et à nos tantes à l’aide de métaphores audacieuses et de « Fais-moi un dessin ».
Note : j’ai barré les parties délirantes.

Ok, sure. We’ve all got our little preconceived notions about who librarians are and what they do. Many people think of librarians as diminutive civil servants, scuttling about “Ssshing” people and stamping things. Well, think again buster. Librarians have degrees.They go to graduate school for Information Science and become masters of data systems and human/computer interaction. Librarians can catalog anything from an onion to a dog’sear. They could catalog you. Librarians wieldunfathomable power. With a flip of the wrist they can hide your dissertation behind piles of old Field and Stream magazines. They can find data for your term paper that you never knew existed. They may even point you toward new and appropriate subject headings. People become librarians because they know too much. Their knowledge extends beyond mere categories.They cannot be confined to disciplines.Librarians are all-knowing and all-seeing.They bring order to chaos. They bring wisdom and culture to the masses. They preserve every aspect of human knowledge. Librarians rule. And they will kick the crap out of anyone who says otherwise.

B. Croyez-le ou non, mais le chaos actuel est un véritable cadeau pour les bibliothèques, en 7 points :

1. The book isn’t dead or dying. It is evolving.
2. Our users/customers are improving.
3. Technology is going social and can support social acts. Talent, Insight, and Community have social value.
4. The PC isn’t dead, but, again, it’s evolving and more mobile and more intensely personal.
5. We know more about our customers than ever before.
6. Our business is deceivingly complex.
7. Opportunities always exist more in times of great change!

C. Couper dans les bibliothèques en temps de récession, c’est comme couper dans les hôpitaux pendant la peste.

Si vous n’êtes plus certain du rôle des bibliothèques, maintenant qu’on vous a offert un Kindle, et bien, rassurez-vous ça n’a pas beaucoup changé depuis l’an passé. Et, si on propose autour de vous, en ces temps difficiles, de couper des heures ici et là, du personnel, des services pertinents, et bien voici une liste de prêt-à-défendre pour aider la réflexion des décideurs (viralement autant que possible). Simplement, mais de façon vitale, les bibliothèques sont là :

• Pour la communauté
• Pour l’apprentissage
• Pour la découverte
• Pour le progrès, l’habilitation sociale, le support
• Pour des réponses de qualité, sans biais
• Pour la recherche (appliquée et théorique)
• Pour la protection et la sauvegarde de la culture et du savoir
• Pour l’impact économique.

Bonne année!

La présentation dans sa totalité :

Le classement des voix et des silences


Les femmes apprennent, comme les hommes, à parler. On dit même qu’elles sont bavardes. Mais, paradoxalement, les femmes rapportent aussi que, dans des contextes où l’on sollicite des avis, des opinions, des interventions publiques, elles n’osent pas s’exprimer. On peut supposer que, encore de nos jours, la rareté des modèles positifs et les pressions sociales n’encourageraient pas la prise de parole pour elles.

Par ailleurs, le pouvoir patriarcal est inscrit dans le langage et, naturellement, il s’insinue, au sein de nos sociétés, dans les tribunes publiques auréolées de prestige telles que l’enceinte parlementaire, le conseil d’administration, l’université, qui sont encore des territoires marqués par la domination masculine. Le Web possède aujourd’hui un aura indéniable; il constitue un espace public de conversations, de paroles qui a produit son propre système de valeurs, de statuts, de leaders, les leaders online, avec le facteur technologique, qui est associé aux hommes – et au patriarcat.

J’ai reçu l’avant-première du classement de Wikio du mois d’août en sciences de l’information parce que j’y figure en bonne place, m’a-t-on prévenu. Les classements m’intéressent pour ce qu’ils montrent et ce qu’ils ne montrent pas, pour ceux qui y sont et ceux qui n’y sont pas. Mais surtout pour celles qui n’y sont pas. Les résultats de Wikio appellent, de mon point de vue, un commentaire féministe parce que l’on peut y lire, sans effort, l’impact de la différence des genres.

Voici ce classement :

1 :: S.I.Lex ::
2 La feuille
3 affordance.info
4 Bibliobsession 2.0
5 Les Infostratèges
6 Bibliomancienne
7 Technologies du Langage
8 teXtes
9 gallica
10 Vagabondages
11 Marlène’s corner
12 Points de vue sur l’information
13 Urfirstinfo
14 L’édition éléctronique ouverte
15 Actulligence.com
16 Bibliothèques [reloaded]
17 Le guide des égarés.
18 La bibliothèque apprivoisée
19 Le blog du Communiquant 2.0
20 pintiniblog

Classement réalisé par Wikio

Je ne connais pas très bien tous ceux et celles qui y figurent, et j’aimerais que l’on me corrige si j’ai mal identifié certains contributeurs/trices. Mais dans le palmarès des vingt premiers représentants, j’ai compté trois blogueuses, peut-être quatre : Bibliomancienne, TeXtes, Marlène’s corner et puis, je crois bien avoir eu ouï-dire que Gallica est mené (avec aplomb) par une gestionnaire de communauté, mais je n’en suis pas certaine. Remarquez qu’il faudrait que je me sois trompé encore six fois pour que l’on puisse considérer que l’on se parle d’égal à égale.

Ajoutons qu’il s’agit ici du secteur des sciences de l’information qui comprend de nombreux bibliothécaires, une profession largement dotée de femmes (« un si joli métier pour une femme! »). Dans ces conditions, on aurait pu espérer que cette situation favorable en nombre aurait pu compenser les mécanismes préférentiels gênant l’accès de celles-ci à la cohorte de tête. Mais, ce n’est pas le cas apparemment.

On pourrait peut-être suggérer que la disposition des bibliothécaires à investir les plate-formes publiques est aggravée ou fragilisée par la relation trouble que la profession entretient à l’égard de la voix contre le silence que l’on a si longtemps pesé, protégé, valorisé, gardé pour les autres puis pour soi, comme si ça allait de soi. C’est un déterminisme qui s’ajoute au genre pour faire obstacle à l’élocution. Ce chhhhut! qui caractérise encore si fortement la représentation des bibliothécaires a modelé sur lui, des gens discrets, calmes, tranquilles, peu revendicateurs: un héritage complexe, voire préjudiciable…On a qu’à penser qu’une augmentation de salaire doit être formulée de manière à être audible.

Cela dit, en observant les activités sur le Web, celles des biblioveilleurs ou des biblioblogueurs, c’est un peu comme lorsque l’on fait le tour des gestionnaires: rien ne pourrait nous permettre de penser qu’il s’agit d’une profession à majorité « féminine ». Évidemment, il y a les exceptions, on mentionne toujours les exceptions, comme en politique, on nomme Margaret Thatcher ou Angela Merkel et toutes les autres exceptions dans un système d’exceptions, c’est-à-dire de microsexisme. Si la matière des historiens des bibliothèques se concentre sur la production web, ce sera encore une histoire écrite sans elles.

Je ne discuterai pas de l’algorithme de Wikio, je vais laisser ce sujet à un gars comme Martin Lessard qui s’est aussi, soulignons-le, penché sur la thématique du genre dans le classement Québec avec ce constat qui a suscité chez lui une bonne dose de perplexité: la techno pour eux et la cuisine pour elles. Ces données m’avaient aussi fait réagir mais cette fois, je réalise que la situation en sciences de l’information est peut-être encore plus…éloquente.

(Ton ironique). Quand même, que d’innovations sociales nous apportent le Web!

L’anatomie du bibliothécaire : infographique

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Anatomy of a Librarian | Infographic |
Via:Master-Degree-Online.com

Du côté droit du cerveau, j’aurais ajouté une préoccupation pour le contexte et le social, un souci pour l’autre, le caring, bien que ce soit un concept émanant des soins infirmiers en tant que « l’activité d’aider une autre personne à croître et à s’actualiser ; un processus, une manière d’entrer en relation avec l’autre qui favorise son développement. »