Le Learning Center de Snøhetta à l’Université Ryerson (Toronto) : Un hub numérique pour célébrer le temps d’apprendre

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Une place pour flâner, socialiser et réseauter en considérant que ces usages font partie du temps de l’apprentissage. Le Ryerson University Student Learning Center (#RSLC) complète de façon spectaculaire l’environnement collaboratif et créatif de cette bibliothèque du 21e siècle. Ouvert en février 2015, le projet signé Snøhetta comprend un médialab (Digital Media Experience), un incubateur d’entreprise (DMZ), un hall agora avec un café, une « plage » pour se détendre et une vue imprenable sur la ville de Toronto (Canada).

Le critique d’architecture et de design, Aaron Betsky observe la tendance des hubs numériques en présentant le RSLC dans le magazine The Architect :

At Ryerson University, an urban campus focused on engineering in downtown Toronto, the designers from Snøhetta have created the most unabashed version of such container for socialized surfing. It is a box that contains eight floors of concrete loft space, each with a different name and color, and some with some remarkable spaces, but all dedicated to a combination of studying, discussing, socializing, and browsing. A week after the building (unofficially) opened, students had occupied every desk, every study room, and every nook. They have made the Learning Center their own.

Les étudiants ont été largement sollicités dans le processus de conception : « The Ryerson Student Center makes a case for the need for such a facility, and shows how to let students make monuments their own » conclut Betsky. Le RSLC a remporté le prix d’excellence Canadian Architect en 2011. Le bâtiment est situé sur le site de l’immortel Sam the Record Man.

Architecte : Snøhetta (Oslo, New York) et Zeidler Partnership Architects (Toronto)
Adresse : 341 Yonge Street, Toronto
Superficie : 14,443 m.c.
Capacité: approx. 2300 étudiants
Budget: $112 million

Snøhetta est réputé pour sa contribution dans plusieurs projets iconiques : la bibliothèque Alexandrina, le réaménagement de Times Square, le musée du Mémorial du 11 septembre, le centre présidentiel (bibliothèque) du Président Obama, la nouvelle bibliothèque de Calgary, la bibliothèque de Deichmanske, la James B. Hunt Jr. Library, la bibliothèque de Far Rockaway.

Pour en savoir davantage sur les pratiques et la méthodologie de ces concepteurs, c’est par ici.

Veille en architecture et aménagement de bibliothèques : 31 janvier 2014

Ce billet est d’abord paru sur Espace B, le blogue des bibliothèques de la Ville de Montréal.

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  1. Inauguration de la bibliothèque Marc-Favreau à Montréal.  La nouvelle bibliothèque Marc-Favreau, ainsi désignée en hommage au comédien du personnage de Sol, a été inaugurée le 5 décembre 2013 dans l’arrondissement de Rosemont-La Petite Patrie, à Montréal. On peut y parler, manger, téléphoner ou boire un café sur les lieux. Au terme d’un concours d’architecture, c’est l’équipe lauréate formée de Dan Hanganu architectes, Nicolet Chartrand, Knol ing. ainsi que CBA experts-conseils qui a été retenue pour réaliser le projet.
  2. Bibliothèque Monique-Corriveau: du culte à la culture. La nouvelle bibliothèque Monique-Corriveau a ouvert ses portes Selon Martin Dubois, chargé de cours à l’École d’architecture de l’Université Laval : «Les architectes responsables de la conversion de l’immeuble, Dan Hanganu et la firme Côté, Leahy, Cardas, ont su tirer parti des qualités spatiales et des effets de lumière qu’offrait l’ancienne église pour insuffler une belle personnalité à cette bibliothèque du 21e siècle.
  3. Inauguration de SODA à la Bibliothèque de Brossard. La Ville de Brossard a inauguré le 29 janvier l’espace SODA (anagramme du mot ados, aménagé au sous-sol de la Bibliothèque Georgette-Lepage et destiné aux jeunes âgés de 12 et 17 ans. Dans cet espace technologique et multifonctionnel, réalisé au coût de 240 000 $, on trouve des jeux vidéo et de société, des bandes dessinées, des magazines, des projections de films, des dômes d’écoute musicale, des ateliers, des conférences, et on peut profiter de l’encadrement de bénévoles supervisés par une enseignante pour l’aide aux devoirs.
  4. Le tableau sommaire des statistiques générales des bibliothèques publiques du Québec pour 2012 (compilé le 14 janvier 2014) a été mis en ligne dans la section Statistiques d’ici et d’ailleurs. Par rapport à 2011, on observe une hausse de près de 50% des visites virtuelles, une hausse de 13% des dépenses d’acquisition de documents électroniques (% du budget d’acquisition), une hausse du prêts entre bibliothèques (emprunts) par 1 000 habitants de 13 %.
  5. TOP 10 libraries of 2013. Le magazine designboom présente un palmarès des 10 plus beaux projets de bibliothèques en 2013. Cette sélection comprend un large éventail de projets, avec des œuvres de bureaux de renom qui côtoient des jeunes architectes émergents.
  6. Makerspaces in libraries. Une enquête révèle l’essor, dans les bibliothèques, des laboratoires de fabrication (makerspaces) qui offrent l’impression 3D, l’enregistrement de musique numérique, la pratique des arts ou de l’artisanat. Selon l’enquête, 41% des répondants disposent actuellement de makerspaces dans leurs bibliothèques (ou proposent des activités de fabrication par le biais de leurs bibliothèques) et 36% des répondants ont l’intention de démarrer ce type d’espaces dans un proche avenir.

Pour aller plus loin :

| Photo : Visite architecturale de la bibliothèque Marc-Favreau, août 2013 par Marie D. Martel |

Carnet de notes : des films sur l’architecture, le design et la photo

Le Festival international des films sur l’art (FIFA) s’est achevé dimanche et la saison des prix a été généreuse. Une surprise, le film sur Duane Michals, The Man who Invented Himself, qui a remporté une mention spéciale, décevant à  mon avis, et que j’aurais volontiers transformé en prix de complaisance. Même s’ils n’ont pas figuré au palmarès, j’ai envie de revenir sur quatre films célébrant l’architecture et le design qui ont été, pour moi, des moments jubilatoires. En bonus, un autre film sur la photo.

Ce sont les notes de mon inséparable carnet Moleskine, qui est mon espace de traces et de sens, celui qui soutient et prolonge mes efforts de contre-consommation de la culture.

1. The Practice of Architecture: Visiting Peter Zumthor | États-Unis | Michael Blackwood | 2012 | 58 min | Anglais

Le documentaire présente un long entretien entre l’architecte Peter Zumthor et le critique d’architecture Kenneth Frampton. Peter Zumthor appartient à une espèce d’architecte plus grand que nature, mais d’une nature en voie de disparition. Lauréat du prix Pritzker en 2009, il incarne cette tension entre la tradition et la modernité, oscillant entre l’attrait pour le naturel et celui pour le socialisé. Obsédé aussi par les rapports entre les ombres et la lumière, Zumthor aspire à créer des paysages habités par des installations existant comme si elles avaient toujours été là. Recherchant des effets de réduction dans un projet tantôt minimaliste tantôt heideggerien, Zumthor vise la chose, l’essentiel, le choc de la pierre, porté par le désir d’être enraciné en un lieu, dans cet interstice entre le sol et la terre. «Thrust the stone». Il signe des oeuvres qui sont monumentales, quelque soit leur dimension, comme The Memorial of the Burning Witches (avec Louise Bourgeois), Bruder Klaus Field ChapelThe Therme ValsThe Kolumba Museum.

Note : Peter Zumthor vient de remporter la médaille d’or du RIBA. À ce sujet, un article récent paru dans The Guardian complète ce portrait qui dévoile un peu plus ce créateur que l’on dit mystérieux. La traduction française de cet article est disponible sur Le Courrier de l’architecte.

2. Life Architecturally | Australie | Britt Arthur | 2012 | 52 min | Anglais

Ce documentaire suit le couple australien de starchitectesRobert McBride et Debbie Ryan. On les connaît surtout pour The Klein Bottle House, récipiendaire de nombreux prix prestigieux. Cette maison d’été près de Melbourne a été créé d’après le modèle mathématique de la bouteille de Klein et son design, est-ce un origami et un coquillage ?, joue sur le motif très contemporain de l’amalgame entre l’intériorité et l’extériorité. La maison en forme de nuage adopte aussi ce vocabulaire ludique qui développe une continuité déroutante entre les murs et le sol. Le couple a ceci de fascinant que leur pratique collaborative est à ce point fusionnelle qu’on les décrit comme un seul auteur. En revanche, mais ceci explique peut-être cela, Debbie Ryan discute du sexisme structurel existant dans le monde de l’architecture. En contraste avec la haute architecture de Zumthor, McBride et Ryan sont engagés dans un projet d’usages ambitieux, mais à échelle humaine.  Leurs écoles sont enthousiasmantes. Par exemple, la Pegs Senior retient la forme de l’infini pour créer une métaphore de l’apprentissage comme cheminement infini. Le concept géométrique qui est d’une grande poésie visuelle place à l’intersection des courbes, à la croisée des savoirs : la bibliothèque.  Il faut voir aussi la Fitzroy Highschool qui intègre les nouvelles approches éducatives modulant l’apprentissage ouvert et les collaborations plus intimes.

3. Scandinavian Design Danemark, Norvège, Suède | Lone Krüger Bodholdt | 2012 | 28 min | Danois, sous-titre anglais.

Pas si génial, on en convient, ce documentaire réalisé pour la télévision suédoise fait partie d’une série. L’exercice visait, entre autres, à explorer les raisons expliquant la connection entre ces formes adulées et la région du monde qui les a vues naître. Mais, l’explication n’est jamais venue. Quoiqu’il en soit, les amateurs nostalgiques de design mid-century et autres fervents de la vague rétro ont pu s’en donner à coeur joie à travers les salles à manger scandinaves, les chaises, les lampes, la vaisselle, les tables, toutes ces choses affolantes conçues par les Alvar Aalto, Hans Wegner et leurs héritiers. Un pur condensé de simplicité, de minimalisme, d’expressivité. Intéressant de voir que la version technologique des nouveaux maîtres a ses contraintes propres. Entre la vente sur internet et la livraison d’un modèle en trois morceaux pour un acheteur qu’on ne verra jamais et qui doit réussir sa chaise du premier coup, il faut surpasser rien de moins que IKEA sur le territoire du design démocratique.

4. Janette la pionnière France | Danielle Schirman | 2011 | 59 min

Quel privilège que de rencontrer Janette Laverrière, designer et architecte, quelques temps avant sa mort en 2011 à l’âge de 101 ans. Ici encore, on dirait bien que dans le monde des objets, les femmes sont souvent plus à l’égal de ceux-ci (les objets) que de leurs confrères. Du coup, le projet esthétique de Janette Laverrière est resté assez confidentiel. Cette créatrice méconnue a exploré une approche du design qui solutionne autant de problèmes qu’il ne pose de questions. Entendu que le design ce n’est pas de la décoration, ses miroirs sont des oeuvres qui nous entraînent de l’autre côté, aspirant nos images et nous retournant une vision réinventée de notre être. Ses «évocations» comme elle les désigne, souvent conçues en hommage avec des référents illustres, suggèrent une interprétation de nous-mêmes à travers le projet de transfiguration de l’art. Il faut voir le miroir La commune, un hommage à Louise-Michel ou le miroir L’origine du monde en hommage à Courbet, connu pour avoir appartenu à Lacan.

Alors qu’il est de plus en plus rare ne pas être désigné dans la grande encyclopédie libre, une des conséquences de cette consécration à voix basse, c’est que Janette Laverrière ne possède possédait possède pas encore de page Wikipédia jusqu’à maintenant (car le début de page a été supprimé par un robot). À suivre.

5. La nouvelle objectivité allemande | France | 2012 | 20 min | Français

La qualité pédagogique de ce documentaire est exceptionnelle. Réalisé par Stan Neumann, ce film de la collection PHOTO est consacré à la « Nouvelle objectivité allemande ». Dans les années trente, c’est encore ici l’aventure d’un couple, allemand cette fois Bernd et Hilla Becher, engagé dans l’inventaire photographique de bâtiments industriels, ces chefs d’oeuvre en ruine : châteaux d’eaux, silos, haut fourneaux. Le protocole de leur démarche archivistique est stricte : un point de vue frontal, le cadrage au centre, respect du parallélisme, et le sujet qui est capturé par temps gris, mais sans nuages qui enjolivent la scène. Aucune anecdote, ni composition pittoresque qui pourraient compromettre la rigueur documentaire découlant des « typologies » qui en résultent. Cette pratique photographique inspirée par Eugene Atget et August Sander développe aussi une esthétique empruntée aux images d’identité judiciaire dont la recette est appliquée aux artefacts condamnés de l’ère industriel. Pas de subjectivité, mais une attitude qui a donné naissance à l’École de Düsseldorf. L’élève illustre des Becher, Andréas Gursky, a vendu l’une de ses photographies, intitulée « 99 cents », pour la modique somme de 3 millions de dollars en 2001 (et même un peu plus). Il vaut voir aussi son interprétation actuelle de l’objectivité à travers le viseur de la photographie numérique où Gursky a renoncé à capturer la réalité du monde pour lui préférer la réalité pixelisée de l’image.

Un regret, celui ne pas avoir vu « Dans un océan d’images », mais il y aura d’autres occasions. Vivement le FIFA 2014!