Extension du domaine de la médiation et des heures d’ouverture dans les bibliothèques danoises

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Récit visuel et notes de voyage en 5 saillances : La bibliothèque Ørestad

Située dans un quartier en développement de Copenhague, sur Arne Jacobsens Allé, la bibliothèque du même nom a été conçue par la firme d’architecte KHR Architects avec Claus Bjarrum Architects (design d’intérieur). Ouverte en 2012, la bibliothèque remplit une triple fonction intégrée : Elle combine la bibliothèque publique et scolaire tout en jouant le rôle de centre culturel. L’espace se décline sur deux plans ouverts. Le premier, (600 m²) se prête davantage au divertissement, et le second (700 m²) est principalement dédié à l’apprentissage; mais l’ensemble est flexible et facile à adapter en fonction des publics et des événements.

  1. Extension du domaine de la médiation. Selon la représentante du Think Thank of the Libraries of the future, les bibliothèques d’aujourd’hui au Danemark deviennent les centres et les points d’appui les plus structurants en matière de de formation à l’information et de participation démocratique/numérique.  Ce renouveau des bibliothèques danoises se caractérise par une exploration des nouvelles formes de médiation dont le « reach out » qui repose sur le renforcement des collaborations et des partenariats avec les écoles notamment. La bibliothèque de Ørestad qui occupe le premier étage d’une école et qui agit en soutien pour plus de huit autres établissements scolaires exemplifie cette approche. Les coûts de fonctionnement sont répartis entre les principaux partenaires. Bibliothécaire publique et scolaire, qui sont rémunérés par des employeurs distincts, travaillent ensemble de manière fluide dans un contexte où la population de ce quartier comprend une proportion élevé de jeunes. On peut aussi constater, à cet endroit, un exemple de convergence des services public : Un dentiste a ses bureaux dans la bibliothèque.
  2. Accueil et accès. Implanté depuis 2015 au Danemark, le concept de bibliothèque ouverte s’est largement répandu dans le but de répondre aux attentes des citoyens qui veulent avoir accès à l’information ou aux livres quand ils et elles le veulent. Ce dispositif de libre-service permet aux citoyen.ne.s d’accéder à la bibliothèque à l’aide de leur carte d’identité même lorsque le personnel est absent. Dans la mouvance des tiers lieux, avec des plages horaires étendues à la façon des magasins, la bibliothèque se fait plus facile d’accès pour une diversité de publics. Basé sur les principes de l’indépendance des usagers et du design de la confiance, près de 300 établissements au Danemark, dont celle de Ørestad, offrent ce service et sont équipés de ce système qui est financé par le ministère de la culture. Près de 70% des bibliothèques rapportent cependant avoir subi des incidents et des gardiens de sécurité se sont ajoutés dans certains cas. À noter : Dans la perspective de l’accueil, on constate que les stations d’aide prennent la forme d’un meuble léger de type bistro encourageant les interactions. Les touristes font partie des publics dont on se soucie : Un écran dédié à l’information touristique est visible à l’entrée, .
  3. Communication et recommandation indirecte. La valorisation/marchandisage des collections (périodiques, nouveautés, etc.) est abordée de manière originale, ludique et attrayante. On a pensé à favoriser l’appropriation active des collections du côté des jeunes par le biais d’une ruche qui se développe comme une montagne de livres. On mise sur l’intégration du physique et du numérique pour communiquer et mettre en valeur les collections par le  biais d’écrans tactiles au bout des rangées. En 2016, ces écrans présentaient, non seulement un accès au catalogue, mais aussi un carrousel de sélections thématiques; un nouveau logiciel à cette fin est en développement.
  4. Espace de création. Dans la foulée de cette exploration des nouvelles formes de médiation, la salle d’animation est devenue un makerspace/hacklab qui accueillent les activités de bidouillage, de bricodage et autres expérimentations caractéristiques du monde des arts et des sciences aujourd’hui.
  5. Espaces collaboratifs en « open space ». Des tables longues avec écran encouragent le travail collaboratif en espace ouvert (une configuration favorable pour des ateliers de « communs numériques »).

Sources

 

De Copenhague à Montréal, du Diamant noir à la Grande bibliothèque : Le démantèlement des services publics

 

 

 

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Récit visuel et notes de voyage en 5 saillances à propos de la Bibliothèque royale du Danemark, dit le Diamant noir.

  1. Signature. Une icône de la ville de Copenhague. Et dans le monde des bibliothèques. Signée par les architectes Schmidt Hammer Lassen qui ont aussi conçu le musée d’Arrhus (ARoS), la bibliothèque de Arrhus, DOKK1, la bibliothèque de Middlefart, la bibliothèque de Halmstad… Et qui sont aussi les concepteurs de la bibliothèque centrale de Halifax – au Canada.
  2. Convergence. Bibliothèque royale, nationale et universitaire. Du passé au présent, les étudiant.e.s sont partout. On y pratique la numérisation sur demande avec générosité (maximum de 5 demandes par semaine).
  3. Social hub. Comme toutes les bibliothèques aujourd’hui, elle cherche à se redéfinir comme un espace de sociabilité et de culture numérique.
  4. Loi sur les bibliothèques danoises. Le « Danish Library Act » remonte à 1920. Une nouvelle loi est en élaboration et l’on craint que celle-ci puisse agir comme un frein à l’innovation plutôt qu’un tremplin pour le développement dans le contexte politique ultra-conservateur actuel. Après l’ère technocratique des socio-démocrates, le Danemark est dirigé par un gouvernement libéral de centre-droit qui a scellé une alliance avec les partis d’extrême-droite dont il dépend désormais pour mettre en place ses réformes.
  5. Technocratie (la suite). Des coupures de 2% affectent ce joyau depuis plusieurs années – ce qui nous rappelle #JeSoutiensBAnQ. La fin de l’austérité n’est pas annoncée. Dans ces conditions, on prévoit qu’il n’y aura plus aucun employé d’ici 2038. Le démantèlement des services publics est en enjeu global dangereux pour les institutions de mémoire dans une monde de technocrates.

Ces images sont aussi disponibles dans Commons.

 

 

 

Liberté intellectuelle dans les bibliothèques : des livres à l’IA #CFLAFCAB2018

J’ai été invitée à participer à une table ronde sur la liberté intellectuelle avec une brochette de remarquables panélistes et modérateur (Mary Cavanagh, Pilar Martinez, James Turk, Jeff Barber) à la conference de la Fédération canadienne des associations de bibliothèque (CFLA-FCAB) à Régina. C’est Vickery Bowles de la Toronto Public Library (ayant courageusement négocié avec ce enjeu il y a peu de temps) qui a initialement proposé ce format de présentation en trois parties: les problèmes vécus, quelques réflexions sur cette question et pourquoi devrions-nous nous préoccuper encore de la liberté intellectuelle ?

1. Mes expériences avec la liberté intellectuelle (Comment j’abordé cet enjeu à partir de mon activité de blogueuse)

En faisant un retour sur mon engagement en matière de liberté intellectuelle au cours de mon parcours professionnel, j’ai identifié trois jalons. C’est un exercice que j’ai mené en inventoriant principalement les sujets abordés dans différents billets de blogue que j’ai écrit depuis 2009, et en examinant l’évolution des thèmes et des préoccupations qui émergent.

La liberté intellectuelle dans la perspective des livres

Mais, avant le temps des blogues, j’ai connu une époque, pas si lointaine, où l’on abordait essentiellement la liberté intellectuelle à travers les collections et les livres. En 2007, mon projet de stage à l’EBSI  consistait à développer une collection pour les enfants traitant de sujets sensibles. Ces livres, tous excellents, s’avéraient de très bons candidats pour la censure et, au lieu de les cacher, ou de faire en sorte de ne pas trop les montrer, nous avions choisi d’inviter les écoles du quartier et de leur offrir un espace sécuritaire pour discuter de la violence, du racisme, de la guerre, de l’exclusion, etc.

Nous pratiquions aussi, comme cela se fait encore aujourd’hui, la valorisation indirecte avec des présentoirs de livres contestés ou censurés élaborés à l’aide des listes proposées sur le site de la Semaine de la liberté d’expression / Freedom to read week

La liberté intellectuelle dans la perspective des blogues

À la fin de la première décennie du millénaire, la liberté de lire est devenue aussi une liberté d’écrire, pour nous tou.te.s, à travers les blogues et les autres pratiques d’écritures numériques – et non numériques. Ce sont aussi de nouvelles façons de défendre la liberté intellectuelle qui ont alors vu le jour pour les bibliothécaires. Le tout premier billet de blogue que j’ai rédigé pour les bibliothèques de Montréal était consacré à la liberté d’expression et à la censure. Le meilleur moment de ce billet résidait dans cette citation de Stanley Fish: « it is the world of politics that decides what we can and cannot say, not the world of abstract philosophy… Speech always takes place in an environment of conviction, assumptions and perceptions, i.e., within the confines of a structured world. The thing to do, … is get out there and argue for one position.” C‘est un point de vue que je n’ai pas cessé de revendiquer, c’est-à-dire cette idée que la bibliothèque est un endroit singulier où les gens peuvent échanger et débattre, et que nous devons nous-mêmes, en tant que bibliothécaires, prendre position pour la défendre à ce titre.

En 2010, avec quelques collègues, nous avions aussi créé un blogue collaboratif dans lequel nous avons publié des selfies avec nos livres censurés favoris. Plusieurs milliers de visiteurs sont venus y jeter un coup de d’oeil – ce qui nous avait passablement surpris et amusés.

La liberté intellectuelle dans la perspective de l’internet

Au fil des ans, la liberté intellectuelle a étendu sa signification, non seulement en prenant en compte de nouvelles façons de lire, d’écrire et de publier, mais aussi en incarnant des enjeux qui débordent sur le Web et l’Internet – qui rendent possible ces pratiques. Depuis quelques années déjà, pour plusieurs et pour moi aussi, défendre la liberté intellectuelle n’a de sens que si nous nous engageons et nous prenons position concernant divers enjeux liés aux libertés numériques telles que :

Des livres à l’intelligence artificielle, les référentiels du monde des bibliothèques ont été sérieusement bousculés en moins d’une décennie.  Je crois qu’il nous faut prendre la mesure de cette signification élargie de la liberté intellectuelle ainsi que du rôle que nous voulons ou nous devons y jouer dans la transition numérique.

2 . Quelques réflexions sur cette question

Je pense que le rôle éthique des bibliothèques s’accentue  de plus en plus en s’appuyant sur le concept de justice sociale. Or, la liberté intellectuelle fait partie d’une théorie de la justice où l’on assume des libertés égales pour tous : Tous ont des droits égaux à l’égard de la liberté intellectuelle. Si l’on adopte, en revanche, le point de vue de la justice sociale, on considère que tou.te.s doivent avoir des possibilités égales et que la liberté intellectuelle est une capabilité fondamentale, ainsi que le dirait, par exemple, Martha Nussbaum  :

les sens, l’imagination et la pensée : être capable d’utiliser ses sens (en bénéficiant entre autres de la liberté d’expression), d’imaginer (y compris de créer dans le domaine des arts), de penser, de raisonner et de le faire de façon humaine (y compris en s’amusant et en ne craignant pas les peines inutiles), à l’aide d’une éducation non seulement de base (mathématiques, langue, etc.), mais aussi dans les humanités, en sciences et dans d’autres domaines.


Où cela nous mène-t-il ?

La liberté intellectuelle en tant que capabilité

Nous sommes passés d’un discours sur le droit à la liberté intellectuelle à un discours sur la possibilité d’exercer sa liberté intellectuelle dans une perspective de justice sociale. Ce point de vue nous amène à penser, considérant les défis numériques actuels – même si ce ne sont pas les seuls défis auxquels nous sommes confrontés, mais ils sont significatifs -, que nous devrons faire un pont entre la liberté intellectuelle et la littératie numérique, de même qu’un pont entre la liberté intellectuelle et les communs numériques.

Dans un article qui figure dans une des dernières éditions du magazine Public Libraries., Amita Lonial soutient que la justice numérique dépend de la littératie numérique. Et pour un véritable impact sur la littératie numérique, travailler sur les questions d’accès ne suffit pas; travailler sur les compétences numériques (digital skills) ne suffit non plus à réduire les inégalités. L’essentiel, ce sont les partenariats et les initiatives de codesign avec les communautés et les parties prenantes.

Source : Lonial, Amita 2018. « Toward a Framework for Digital Justice in Public Libraries ». Public Libraries 57 (1) : 14.
La liberté intellectuelle et la littératie numérique par le codesign

Alors pourquoi la littératie numérique en tant que capacité spécifique de la liberté intellectuelle reposerait-t-elle sur le codesign ?

  • Parce que ceci nous permet de prendre en compte le contexte social et culturel, les barrières systémiques, les biais institutionnels, et d’agir de manière critique sur la diversité et la «distance sociale».
  • Plus simplement, puisqu’il s’agit de besoins (fondamentaux) des utilisateurs, ceux-ci et celles-ci devraient être invité.e.s à participer à la conception de la « solution »; ce qui s’applique aussi bien aux outils qu’aux politiques publiques.
  • Et aussi, parce que cette approche est susceptible de faciliter l’exploration d’une diversité de manière de soutenir l’accès, d’utiliser, de créer, de promouvoir et de défendre les connaissances, la culture et les communs numériques.

3. Pourquoi la liberté intellectuelle est-elle toujours un enjeu important pour nous ?

Parce que c’est un enjeu moral central pour nous tou.t.e.s, et parce que c’est notre rôle de s’en soucier.

Mais comment?

Peut-être devrions-nous penser à :

1. Actualiser notre approche de la liberté intellectuelle dans notre mission et nos politiques – en dehors du développement de collection et de la politique d’internet.

2. Clarifier le cadre éthique des bibliothèques à l’égard de la justice sociale.

3. Faire de la littératie numérique une priorité stratégique à tous les niveaux : local, national et global. (Je pense, à cet égard, que l’initiative récente du CBUC pour un programme national de littératie numérique est une excellente idée en vue d’y parvenir; et que le travail de l’IFLA est aussi inspirant).

4. Être plus exigeant.e.s envers nous-mêmes (Expect more comme le dirait R. David Lankes) quand il s’agit de « représenter la voix de la communauté dans le discours public»  en matière de sécurité intellectuelle.

5. Pratiquer le codesign :

  • Travailler avec les organisations impliquées dans la protection et la défense des libertés civiles numériques : Mozilla, OpenMedia, Open Knowledge Foundation, Electronic Frontier Foundation, la Quadrature du netFree Software Foundation, etc.
  • Organiser des cafés citoyens afin de discuter les stratégies numériques nationales et locales, et demander aux citoyens ce qu’ils veulent, de même que ce qu’ils et elles attendent de nous.
  • Approfondir notre approche dirigée par la communauté (community-led approach) et raffiner nos outils de développement communautaire/codesign pour la littéracie numérique, voire même pour la participation démocratique.
Un cas :  le codesign de l’IA dans les bibliothèques publiques

Au début de 2018, des cafés citoyens sur l’intelligence artificielle se sont déroulés dans les bibliothèques publiques du Québec. Nous avons demandé aux citoyens de réfléchir collectivement au développement responsible de l’IA. Des organisations à but non lucratif ont aussi été sollicitées. Que la discussion porte sur la santé, l’éducation, les villes intelligentes, la justice, les fausses nouvelles, la propagande, la protection des données personnelles ou leur manipulation, la littératie numérique est apparue comme un élément clé.

Nous sommes sur le point de faire des recommandations éthiques, et alors que les bibliothèques ont souvent été conçues comme des actrices susceptibles de jouer un rôle déterminant dans ce contexte, je pense que, au nom de la liberté intellectuelle, de la défense des libertés numériques et de la littératie numérique (incluant la littératie algorithmique), elles devraient, en effet, compter au nombre des parties prenantes de ce projet de société.

 

Intellectual Freedom in Libraries : from books to AI #CFLAFCAB2018

I was invited to the CFLA-FCAB conference in Regina to discuss with great panelists and moderator (Mary Cavanagh, Pilar Martinez, James Turk, Jeff Barber) about intellectual freedom. Initially Vickery Bowles from Toronto Public Library (who courageously dealt with this issue recently) proposed this structure for the presentation in 3 parts : Issues that have been experienced, thoughts on these issues, why do we need to pay attention to intellectual freedom.

1. Issues that I have experienced (How I got involved in that issue through blogging)

What I did, at first, is to look back at how I got involved in this issue. This is an exercise I did mainly by paying attention to the topics I have discussed in some of the blog posts that I have written since 2009 and by looking at the evolution of the concerns I had by this time

IF by the books

Before the blogs, intellectual freedom was conceived, as we know, mainly through the collections and the book’s perspective. For, example, in 2007, my final project at EBSI was a project,  to develop a collection for children that dealt with sensitive topics. Frankly these books were pretty good candidates to arouse censorship. They were all excellent works, and instead of hiding them, or not showing too much, we decided to invite the neighborhood schools and to provide a safe space to discuss about violence, racism, war, exclusion, and so on.

And of course this time was also the time when, as we still do today at the end of February, we were setting up a special shelf with banned books for the Freedom to read week celebration.

IF by the blogs

Now, by 2009, the freedom to read also became a freedom to write, for all of us, with blogs and all sorts digital writing – and even non-digital. It also brought, for librarians, new ways to defend intellectual freedom. And the very first blog post I did for the Montreal Libraries was dedicated to free speech and censorship. The best part of that post was really this quote, from Stanley Fish: it is the world of politics that decides what we can and cannot say, not the world of abstract philosophy… Speech always takes place in an environment of conviction, assumptions and perceptions, i.e., within the confines of a structured world. The thing to do, … is get out there and argue for one position. And this is something that I kept in mind, I mean, the idea that library is this special place out there where people can argue and debate, and the idea that we have ourselves, as librarians, to go out there to defend this place as such.

In 2010 also, with a few colleagues, we created a collaborative blog in which we published selfies with our favourite banned books. We got the attention of several thousand visitors which really surprised us and we had a lot of fun.

IF by the Internet

Now over the years, after that, intellectual freedom extends its meaning not only by taking into account new ways of reading, writing and publishing, but also by being concerned by the web and the Internet that make all these possible. So, since 2011, defending intellectual freedom also became, if not mostly, for me, taking a stance on various digital issues and digital liberties like these :

Thus, from books to artificial intelligence, things have changed a lot. And I think that we really have to assume this new extended meaning of intellectual freedom in the digital transition.

2. Thoughts on these issues

So, I think  that…

The ethical role of libraries

The ethical role of libraries is getting more and more prominent along with the concept of social justice these days. And as we know, Intellectual freedom is part of a theory of justice that assumes equal freedoms for all: All have equal rights to intellectual freedom.

But if we adopt the point of view of social justice, we will consider that all must have equal possibilities to the human realm of senses, imagination and thought, and as such, intellectual freedom is a central capability as Martha Nussbaum would say : 

the senses, the imagination and the thought: to be able to use its senses (benefiting inter alia from freedom of expression), to imagine  (including to create in the field of the arts), to think, to reason and to do so in a humane way (including having fun and not fearing unnecessary punishment), with the help of not only basic education (mathematics, language, etc.), but also in the humanities, sciences and other fields. (Creating Capabilities, 2011)

Where does that lead us ?

Intellectual freedom as a capability.

We have been through a discourse about the right to intellectual freedom towards a discourse about the possibility to achieve intellectual freedom from a social justice perspective. And this will probably mean, given today’s digital challenge – even though these are not the only challenges that we face, but they are significant -, that we have to  make a bridge between intellectual freedom and digital literacy. And even a bridge between Intellectual freedom and digital commons.

There is a text by Amita Lonial in one of the latest editions of the magazine Public Libraries. And there, she argues that digital justice depends upon digital literacy. And for a true impact on digital literacy, working on access is not enough. Working on digital skills is not enough to reduce inequities. What is critical is partnerships and codesign initiatives with communities and stakeholders.

Source : Lonial, Amita 2018. « Toward a Framework for Digital Justice in Public Libraries ». Public Libraries 57 (1) : 14.

Intellectual freedom and digital literacy by codesign

Then why should digital literacy as specific capability for intellectual freedom rely on codesign?

  •    Because it allows us to take into account the social and cultural context, the systemic barriers, the institutional biases, and to act critically on diversity and the  “social distance ».
  •    And even more simply, because since this is about the (fundamentals) needs of users, they should be invite to participate in the design of the “solution”, which applies to the tools as well as to public policies.
  •    And also, because it facilitates exploration of a diversity of ways to give access, use, create, promote, and defend knowledge, culture and digital commons.

3. Why do we need to pay attention to intellectual freedom?

Because we care. Because it is a critical issue now for all of us and because it is our job to care about it. 

But how?

Maybe we should think to :

  • Update our approach to intellectual freedom in our mission and our policies—outside the realm of material selection and internet policy.
  •  Clarify the ethical framework of libraries in terms of social justice.
  •  Make digital literacy a strategic priority at every level: local, national, global (I think the recent initiative of the CULC for a transnational program on digital literacy is a great idea to achieve this and the work done by IFLA is also inspiring)
  • May be we should Expect more, as Lankes, from ourselves when it goes to «represent the voice of the community » when it is about intellectual safety.
  • May be we should codesign with intellectual freedom in mind and :

A case: Codesign IA in public libraries

At the beginning of this year, we started citizen cafes on AI  in Quebec public libraries. We asked citizens to codesign the kind of responsible development is needed for AI. We also worked with non-profit organizations. No matter whether we were discussing health, education, smart cities, justice, deep fake news, propaganda, privacy, data manipulation, it appeared that digital literacy ( take it also as algorithm literacy) was seen as a key component.

Now we are about to make ethical recommendations and libraries were often seen as stakeholders in this game. I do really believed that it is the case, at least in the name of intellectual freedom, digital civil rights and digital literacy.

 

Bibliothèque communautaire, Community-Led Library selon John Pateman

Café citoyen sur le développement responsable de l’intelligence artificielle            (Bibliothèque Ste-Julie, mars 2018)

Nous conclurons un cours demain, inspirés par la bibliothéconomie critique, qui a porté sur l’exploration et l’appropriation de l’approche « Community-Led-Library » et des méthodes développées dans le cadre du Working Together Project.

À quoi ressemble une « Community-Led Library » ?, demande John Pateman, dans un article sur Open Shelf qu’il consacre à la question. Déjà il faut traduire, et le terrain est glissant : dirigée par, orientée sur, orientée par, centrée sur, basée sur … Toutes ces appellations comportent des nuances de signification qui reflètent autant de parti pris en termes de pouvoir et de contrôle. La traduction littérale est pourtant bien celle qui réfère à une bibliothèque « dirigée par la communauté » et que nous retiendrons; celle-ci se rapproche des concepts de « copropriété » ou de « gouvernance partagée » proposés par David R. Lankes (2016) et Lionel Dujol (et als, 2017) en lien avec les communs du savoir, et dont nous avons également discuté dans ce cours.

John Pateman met l’emphase, dans ce texte, sur le passage d’un modèle de la bibliothèque fondé sur les collections à un autre qui est basé sur les connexions et les relations. Les relations internes et externes établissent la bibliothèque à la façon d’un système social reposant sur la qualité de celles-ci au sein du personnel, et qui servent de base à la qualité des relations entre la bibliothèque publique et la communauté.

La philosophie et les valeurs « dirigées par la communauté », dit-il, devraient traverser tous les aspects d’une bibliothèque publique dirigée par la communauté, y compris la participation/consultation de la communauté; l’évaluation des besoins, la recherche, les normes et le suivi des services.

En guise de synthèse pour le cours, j’ai traduit et résumé librement les composantes (1 à 9) de l’approche dirigée par la communauté  (ADC) identifiées par Pateman :

1. La consultation. La consultation peut prendre de nombreuses formes, mais elle se limite souvent à l’acte passif de donner des informations ou de recueillir les réactions des communautés locales à des propositions qui ont déjà été élaborées par des experts de la bibliothèque. La participation est l’élément constitutif qui s’inscrit dans un continuum du plus passif (informer, réagir) au plus actif où la bibliothèque publique dirigée par la communauté pratique la planification en collaboration avec les résidents locaux. Le plus haut niveau d’engagement est un modèle de leadership où la communauté prend des initiatives et aborde des enjeux qui la concernent avec le soutien de la bibliothèque qui contribue à faciliter ses projets.

2. L’évaluation des besoins et la recherche. L’établissement des relations, l’évaluation des besoins et la recherche reposent sur ces dispositifs de participation que sont la consultation et l’engagement. Cartographie des atouts et profils communautaires sont des outils qui peuvent permettre d’établir des bases de référence sur les ressources actuellement disponibles et sur ce qui est nécessaire pour répondre aux besoins de la communauté. Ces besoins peuvent aller d’exigences physiologiques très élémentaires (nourriture, vêtements, abri) à l’actualisation de soi (réaliser le plein potentiel d’une personne). La communauté est posée comme l’experte de ces besoins et l’évaluation de ceux-ci doit être co-produite par la communauté et la bibliothèque, en partenariats, en considérant que les membres qui ont les plus grands besoins doivent, dans une perspective d’équité, avoir la priorité.

3. L’image et l’identité de la bibliothèque. Ces aspects jouent un rôle déterminant auprès des usagers et des non-usagers de la bibliothèque et conditionnent les obstacles systémiques qui affectent les usages. Ces obstacles prennent différentes formes : les barrières institutionnelles (heures d’ouverture, règles et règlements); barrières personnelles et sociales (manque de compétences de base, faible revenu et pauvreté); barrières environnementales (accès, isolement, mauvaises liaisons de transport); barrières en termes de perception. À cela s’ajoute la sensibilisation auprès des personnes qui ne pensent pas que les bibliothèques sont pertinentes pour leur vie ou leurs besoins.

4. Le hors les murs, le développement communautaire et les partenariats. Le mot «bibliothèque» est souvent synonyme d’un bâtiment plein de livres, mais les bibliothèques dirigées par la communauté se concentrent davantage sur les personnes et les relations. Les bibliothèques dirigées par la communauté s’appuient sur un développement communautaire qui est basé sur des ressources, des valeurs et des résultats partagés. Elles se transforment en tiers lieux, forums, espaces publics démocratiques, copropriétés, en partageant la gouvernance avec les communautés.

5. Le numérique et les technologies. Les technologies numériques contribuent à l’inclusion sociale. Ce sont des outils qui peuvent faire une différence significative auprès des communautés socialement exclues, notamment celles qui ont les plus grands besoins. L’emphase doit être placée sur le développement des capabilités et des compétences numériques autant que sur l’accès, l’appropriation critique et sécuritaire, l’application dans une diversité de domaines (gouvernement en ligne, engagement civique, éducation, santé, consommation, travail, et.)

6. Le matériel à fournir. Cet enjeu est une des dimensions les plus politiques de la fonction bibliothèque puisqu’elle est liée au contrôle sur ce que l’on rend ou non disponible aux usagers. Les «lectures» et les «besoins» sont un débat permanent entre ceux qui considèrent les bibliothèques comme des gardiens de la connaissance et de la littérature qui ont une « valeur », et ceux qui les considèrent comme des passerelles vers la culture populaire. Le parti pris, dans ce cas, ne consiste pas à offrir ce que l’on considère que l’usager “devrait” lire, ou utiliser selon les médias, mais bien ce dont il juge avoir besoin dans une perspective qui est, à ses yeux, transformationnelle. Les bibliothèques dirigées par la communauté accordent plus d’importance à l’équité qu’à l’excellence, et elles reconnaissent que les bibliothèques existent pour répondre aux besoins de la communauté plutôt que de respecter les normes professionnelles.

7. La dotation, le recrutement, la formation et l’éducation.  Les bibliothèques dirigées par la communauté accordent la priorité aux personnes. L’empathie, les compétences sociales et un bagage en développement communautaire sont privilégiés par rapport au savoir-faire technique. La formation et le perfectionnement du personnel devraient être axés sur le développement d’un portefeuille de compétences en développement communautaire: compétences relationnelles, en communication; capacité d’écoute; pratique réflexive; amélioration de la confiance et de l’affirmation de soi; techniques de négociation; gestion de conflit. Les compétences d’un.e travailleu.se.r dans une bibliothèque dirigée par la communauté devraient inclure un mélange d’attributs personnels, d’une perspective éthique (justice sociale); de compétences génériques (notamment en lien avec l’engagement communautaire), de compétences fondamentales issues des sciences des bibliothèques et de l’information (lecture, apprentissage et maîtrise de l’information); et des compétences spécifiques en leadership et en gestion.

8. Les priorités stratégiques et les ressources. La communauté doit être intégrée en tant que priorité stratégique afin qu’elle gère tous les aspects du service de bibliothèque, y compris les structures (personnel et services), les systèmes (politiques, procédures et processus) et la culture («la façon dont nous faisons les choses ici»). Cette approche permettra à son tour d’informer l’allocation et la réorientation des ressources. Les services communautaires doivent être financés à l’interne, à long terme et de manière durable. Ils ne devraient pas être basés sur des projets ou dépendre de subventions et de ressources externes.

9. Les normes et les suivis des services. La bibliothèque publique dirigée par la communauté est capable d’identifier, de prioriser et de répondre aux besoins de la communauté. Comment évaluer l’impact de l’ACD, comment déterminer que l’on a pu identifier et répondre à des besoins communautaires ? La réponse consiste à impliquer activement toutes les membres de la communauté – utilisateurs de la bibliothèque, anciens utilisateurs et non-utilisateurs – dans la conception, la planification, la livraison et l’évaluation des services de bibliothèque. De cette façon, le suivi et l’évaluation deviennent un processus itératif en continu, plutôt qu’un exercice ponctuel qui clôt un processus linéaire. Il permet aux services d’être constamment évalués et améliorés afin de s’assurer qu’ils répondent aux besoins de la communauté.

Cette liste pourrait également s’enrichir d’une dixième orientation :

10. Les communs. Un projet de bibliothèque fondé sur l’ADC crée, valorise et protège les communs, en particulier dans un contexte de transition numérique, en favorisant le développement de capabilités, l’engagement actif et une gouvernance communautaire autour des savoirs et des données partagés.

Sources :

  • Pateman, John. 2015. The Community-Led Public Library. Open Shelf. OLA. Consulté le 09 avril 2018:  http://www.open-shelf.ca/150515-community-led-library/
  • Lankes, R. David. 2016. Expect more : demanding Better Libraries for Today’s Complex World. Jamesville, NY: Riland Publishing.
  • Dujol, Lionel (ed.). 2017. Communs du savoir et bibliothèques. Paris : Éditions du cercle de la librairie.