Lettre au premier ministre qui a dit que BAnQ est devenue  « une institution clé de notre mémoire collective »

Voici le texte complet de la lettre à laquelle fait référence Catherine Lalonde dans l’article du Devoir publié ce matin.

S’en souvient-il ? Le premier ministre a aussi affirmé que BAnQ était « un écrin exceptionnel du savoir, un lieu d’ancrage dans la population lectrice et même une deuxième maison pour la plupart. » En dépit de cette fierté qu’il partage avec l’ensemble des Québécois.e.s, il se déleste de cette responsabilité qui lui incombe de prendre soin de la maison. Le dernier budget provincial implique une réduction de la subvention de BAnQ de 855 600 $ entraînant l’élimination de 5,42 % des postes. Cette nouvelle coupe constitue la quatrième vague d’abolition de postes depuis 2009 représentant un manque à gagner de près de 15 millions $.  Cette décision inconséquente survient alors que les services aux citoyens ont déjà été revus à la baisse : réduction des heures d’ouverture, de la programmation, élimination de postes, et se justifie d’autant moins que l’achalandage, les prêts de documents et l’utilisation des collections numériques sont en augmentation constante à BAnQ.

S’en souvient-il ?  C’était le 19 octobre dernier, la Déclaration des bibliothèques québécoises a été déposée par son ministre de la culture, Luc Fortin, à l’Assemblée nationale. Cette déclaration fait valoir qu’ « en fournissant le lieu, les ressources et le personnel apte à les soutenir, la bibliothèque permet à tous les individus, tout au long de leur vie et peu importe leur âge, leur statut social et leur provenance, de se former et de combler leurs besoins de connaissances, d’information et de perfectionnement. La bibliothèque est au cœur de la vie des gens. […] Les bibliothèques affichent un retour sur investissement significatif, et ce, sur les plans économique, éducatif, social, culturel et professionnel. La bibliothèque contribue à former des individus plus aptes à contribuer à l’essor de leurs communautés. » Or, ce geste de soutien symbolique semble avoir été posé à la légère, voire hypocritement, tant il apparaît incohérent avec cette nouvelle mesure d’austérité qui aura un impact qui se fera sentir dans la plupart des services au public de BAnQ.

  1. La numérisation et la diffusion. BAnQ contribue énormément à l’enseignement, la recherche et l’apprentissage grâce à ses projets de numérisation des collections patrimoniales, ses collections de cartes historiques et ses archives qui sont utilisées dans les écoles primaires, secondaires, les cégeps et les universités. La numérisation de notre patrimoine concrétise une véritable accessibilité universelle pour toute personne où qu’elle soit au Québec, ou ailleurs, en soutenant notre rayonnement international. Même s’il reste une équipe en place, des projets, par exemple, qui ont permis de rendre Le Devoir disponible en ligne ne seraient plus possibles dans les conditions actuelles. Le Devoir a été numérisé par l’équipe de la numérisation qui a été amputée.
  2. L’inclusion sociale et l’éducation. De nombreux postes ont aussi été supprimés à la Direction de l’éducation et de la programmation qui est en charge des relations avec la communauté et le milieu scolaire ainsi que des camps d’été. Ce sont précisément des services qui caractérisent le rôle social des bibliothèques d’aujourd’hui et que l’on bride ici, en suggérant, non sans insouciance, que ces coupures seront absorbées.
  3. L’accueil, la qualité de service et les conditions de travail globales des employés. Outre l’impact immédiat sur la vie des employés qui perdent leur emploi ou voient augmenter leur précarité (les temps partiels et surnuméraires seront très impactés), une diminution directe de la qualité du service est à prévoir avec moins de remplacements des employés absents, un encadrement et des périodes de formation initiale et continue des employés réduits à la limite combinés à de nouvelles incertitudes quant à l’avenir. L’ambiance générale ainsi que la qualité de l’accueil et du service ne peuvent que s’en trouver détériorées en dépit des efforts de gestion avisée ainsi que du dévouement et du professionnalisme de tous les employés. Car, répétons-le encore une fois, on se trouve déjà, à BAnQ, en situation de personnel géré au plus juste après cette quatrième vague de coupures.
  4. Le soutien aux bibliothèques québécoises et l’innovation. Comme l’a souligné la Corporation des bibliothécaires, l’élimination de ces postes à BAnQ « fait craindre en sa capacité d’assurer un leadership provincial pour le développement et la mise en application des meilleures pratiques et standards en matière de traitement de l’information, de description, de préservation, de diffusion et de mise en valeur de la culture québécoise. » BAnQ est le vaisseau amiral, pour reprendre l’expression de Lise Bissonnette, de toutes les bibliothèques au Québec. Quand on l’affaiblit, on les affaiblit toutes. La surcharge qui sera requise du personnel ne laissera plus de place pour l’innovation.

Quand le ministre juge que sa décision inique est responsable, on ne peut que lui répondre dans les mêmes termes que les opposants aux coupures à la bibliothèque centrale de Toronto ont, en mai dernier, lancés à la tête des libéraux ontariens : « Only in a Liberal world is a cut of $885,600 not a cut … ”. Les convictions de ce gouvernement sont, considérant le peu de cas que l’on fait de cette « institution clé de notre mémoire collective », de bien mauvais augure pour le renouvellement de la politique culturelle qui est en cours. Mais pas seulement pour cela.

Les impacts de cette décision seront beaucoup plus dévastateurs que l’on veut bien nous le laisser croire, et comme le laisse entendre le discours fabriqué par les communications que l’on a entendu dès 2014, à savoir que l’on aura recours à davantage de commandites, à la philanthropie pour financer les activités et à l’augmentation des contrats de location des espaces disponibles, des tarifs du stationnement… Cette vision de la monétisation d’une institution publique est troublante. Demanderait-on à une école d’être plus rentable ?

Ce n’est pas de cette manière que l’on finance et soutient une bibliothèque publique et nationale.

Le désengagement de l’État et le recours bruyant à la privatisation depuis quelques années, et dont le Square Banque Nationale en est le plus récent et plus bel exemple, sèment des logos dans l’espace public et les signes inquiétants de l’emprise néolibérale sur l’avenir de BAnQ, comme sur celui de nos bibliothèques et de nos biens communs, à travers elle.

Le gouvernement actuel renoue aussi avec une stratégie utilisée maintes fois par le passé consistant à passer la facture aux municipalités, pour mieux se soustraire à ses obligations en matière de bibliothèques. C’était le 19 août dernier, le Maire de Montréal bonifiait de 3 millions l’entente pour le fonctionnement de la Grande Bibliothèque qui a atteint un montant 11,4 M$. Le PM s’en souvient-il ? Et le Maire de Montréal ? Est-ce que la Ville de Montréal compense et fait les frais du désengagement de Québec ? Quels seront les impacts pour la population montréalaise dès lors qu’une bonification des services locaux a été annoncée avec cette généreuse cotisation ?

Ce n’est pas de cette manière que l’on finance et soutient une bibliothèque publique et nationale.

Qu’on se rappelle les « déficiences systémiques du modèle québécois en matière de lecture publique » (pour reprendre les termes de François Séguin qui vient de publier un ouvrage intitulé D’obscurantisme et de lumières : La bibliothèque publique au Québec des origines au 21e siècle), avec des institutions qui n’en finissent plus de rattraper leur retard par rapport à des équipements et des services dont bénéficient les citoyen.ne.s des autres sociétés développées comparables (en Ontario, en Colombie-Britannique, aux États-Unis, en Europe), et le gouvernement devrait, plus que jamais, assumer un « rôle de maître d’œuvre » en matière de bibliothèque nationale et publique.

Au premier ministre, qui a eu, selon ses propres dires, « la chance de grandir dans une famille qui valorisait la culture, la curiosité et la lecture » , nous demandons l’annulation des coupes de postes et de budgets à BAnQ ! Le gouvernement ontarien est revenu sur sa décision de couper la subvention à la bibliothèque publique de Toronto dès le lendemain de son annonce. Vous aussi le pouvez. BAnQ a trop souffert de coupures budgétaires et de négligences politiques au cours des dernières années, elle mérite un répit et un ré-investissement. La fréquentation de la Grande Bibliothèque, le prêt de documents, la consultation et l’utilisation des ressources numériques—plus d’un million de prêts de livres numériques l’année passée— ne cessent d’augmenter. Nous exigeons qu’une partie de ce surplus budgétaire de 2 milliards de dollars soit investi dans cette « institution clé de notre mémoire collective » qui joue un rôle essentiel dans la société québécoise.

#JeSoutiensBAnQ

Les 260 signataires

  1. Jacques Ammann, bibliothécaire
  2. Marie-Chantal Anctil, coordonnatrice
  3. Jonathan Appleby, technicien en documentation
  4. Élyse Arbic, Directrice-Fondatrice et écrivaine des Éditions Histoires de vie
  5. Émilie Arel, étudiante en techniques de la documentation, Cégep de Trois-Rivières et bachelière en arts
  6. Mathieu Arsenault, auteur
  7. Mario Asselin, technicien en documentation
  8. Rahma Atik, agente de secrétariat
  9. Danielle Attal, agente de bureau à la numérisation
  10. Caroline Aubé, technicienne en documentation
  11. Valérie Auclair, M.S.I. 2009, fondatrice des Mots clairs
  12. Jessica Audet, archiviste
  13. Martine Audet, aide-bibliothécaire et poète
  14. Claude Ayerdi-Martin, conseillère en ressources documentaires
  15. Élise Anne Basque, bibliothécaire en sciences et génie
  16. Josée Beaudet, technicienne en documentation
  17. Eric Beaudin, agent de bureau
  18. Maxime Beaulieu, bibliothécaire professionnel, chargé de cours à l’École des sciences de l’information, Université McGill
  19. Simon Beaulieu-Boisvert, conseiller en relations du travail
  20. Emilie Beaulieu Carpentier, technicienne en documentation
  21. Sophia Bédard, coordonnatrice Bibliothèque et Culture, Ville d’Acton Vale
  22. Ariane Bélanger, technicienne en muséologie et détentrice d’un certificat en archivistique
  23. Judith Bélanger, commis de bibliothèque
  24. Catherine Bernier, bibliothécaire en littératures de langue française, littérature comparée et études cinématographiques, Université de Montréal
  25. Gaëlle Bergougnoux, bibliothécaire
  26. Edwin Bermudez, étudiant en archivistique
  27. David Bernans, traducteur
  28. Marie-Michèle Bernier, bibliothécaire
  29. Serge Bertin, technicien en documentation retraité de la Bibliothèque nationale du Québec et ancien président de l’APTDQ ((Association professionnelle des techniciennes et techniciens en documentation du Québec)
  30. Chantal Bessette, technicienne en documentation
  31. Nancy Bilodeau, agente de bureau
  32. Robert G. Bilodeau, bibliothécaire
  33. Dominique Boily, spécialiste en moyens et techniques d’enseignement, Cégep de Terrebonne
  34. Anne-Marie Boisvert, bibliothécaire
  35. Annie Boivin, technicienne en documentation
  36. Mario Bolduc, médiathécaire, Société Radio-Canada
  37. Hugo Bonin, agent de bureau
  38. Chloé Bonnamy, bibliothécaire-stagiaire
  39. Maryse Bouchard, chef de division, culture et bibliothèques
  40. Simon Bouchard, médiathécaire
  41. Julie Boulanger, professeure de littérature
  42. Joëlle B. Boyer, préposée à l’accueil et technicienne en documentation, Bibliothèque de Beauharnois
  43. Sylvie-Josée Breault, bibliothécaire professionnelle
  44. Chantal Brodeur, chef de division Bibliothèques, Ville de Repentigny
  45. Hélène Brousseau, bibliothécaire responsable des systèmes et de la collection numérique, Artexte
  46. Guillaume Brunet, technicien principal Audiovisuel
  47. Justin Bur, chercheur en histoire urbaine
  48. K. Jane Burpee, coordonnatrice, conservation des données et communications savantes, Université McGill
  49. Marie-Sybille Buttner, étudiante en techniques de la documentation, Collège Lionel Groulx
  50. Geneviève Cadieux, bibliothécaire professionnelle
  51. Mylène Campbell, technicienne en documentation
  52. Marie-Pier Cantin, médiathécaire, Médiathèque et archives, Radio-Canada
  53. Nicolas Cantin, technicien en muséologie
  54. Daniel Canty, écrivain et artiste
  55. Alexandra Cardin, technicienne en traitement d’archives, American Heritage Center, Université du Wyoming
  56. Sophie Caron, médiathécaire
  57. Simon Carrière, commis de bibliothèque
  58. Lynn Chadwick. préposée à l’animation, bibliothèque Gaby-Farmer-Denis
  59. Ariane Chalifoux, bibliothécaire
  60. Ginette Chandonnet, bibliothécaire
  61. Vincent Chapdelaine, bibliothécaire et entrepreneur en innovation sociale
  62. Olivier Charbonneau, bibliothécaire, Université Concordia
  63. François Charbonnier, chargé de projet, bibliothécaire professionnel
  64. Julie Charron, technicienne en documentation
  65. Emmanuel Château-Dutier, professeur adjoint en muséologie numérique, Université de Montréal
  66. Lëa-Kim Châteauneuf, bibliothécaire professionnelle
  67. Anne-Laure Chiappini, technicienne en documentation
  68. Izidor Cirnatiu, bibliothécaire
  69. Michel Claveau, bibliothécaire retraité 
  70. Marilyne Coté, bibliothécaire professionnelle
  71. Simon Côté-Lapointe, candidat au doctorat en sciences de l’information, Université de Montréal
  72. Lyne Croussette, coordonnatrice culturelle, Service des loisirs et Responsable – Bibliothèque de la Ville de Delson
  73. Natalia Andrea D’Agnese étudiante, certificat en archivistique, EBSI
  74. Normand Daigneault, agent de bureau
  75. Dany David, secrétaire de direction
  76. Josiane Descôteaux, médiathécaire
  77. Benoit Desgreniers, bibliothécaire
  78. Luc Desjardins, médiathécaire au Service des archives de la Société Radio-Canada
  79. Dominique Désorcy, opératrice à la numérisation
  80. Patrick Desrosiers, bibliothécaire professionnel
  81. Karine Dubé, archiviste, Archidata
  82. Christine Durant, bibliothécaire professionnelle
  83. Lyne Da Sylva, professeure, EBSI, Université de Montréal
  84. Gilles Douaire, programmeur online (Ubisoft)
  85. Patrick Dubé, directeur, Maison de l’innovation sociale
  86. Mathieu Dubreuil, conseiller pédagogique en science et technologie
  87. Josée Dugas, technicienne en documentation
  88. Isabelle Durocher, technicienne en documentation
  89. Mariouche Famelart, bibliothécaire, bibliothèque Jean-Corbeil 
  90. Pascale Félizat-Chartier, bibliothécaire professionnelle
  91. Marie-Claude Felton, Ph.D., Research Associate and Project Manager – Early Modern Conversions, McGill University
  92. Monique Filiatrault, bibliothécaire
  93. Mireille Filion, préposée au prêt, bibliothèque Gaby-Farmer-Denis
  94. Marie-Josée Ferron, médiathécaire
  95. Eugénie Fortin, bibliothécaire professionnelle
  96. Patrice Foucault, commis aux Archives à Radio-Canada
  97. Anne-Marie Fournier, coordonnatrice de la Bibliothèque Municipale de Rigaud
  98. Pascale Fournier, technicienne en documentation
  99. Francesca Frati, bibliothécaire en sciences infirmières, Université McGill
  100. Caroline Gadoury, bibliothécaire professionnelle
  101. Carole Gagné, bibliothécaire
  102. Marc Gagnon, technicien en documentation, bibliothèque François-Hertel, Cégep de La Pocatière
  103. Marjorie Gauchier, bibliothécaire de droit, Université de Montréal
  104. Mathieu Gauthier-Pilote, informaticien
  105. Philippe Gauthier, D. Sociologie, professeur, Directeur, groupe design ∩ société, Université de Montréal
  106. Claude Gauvreau, agent d’information à l’UQAM
  107. Jean-Sébastien Gemme-Guimond, technicien en documentation
  108. Anne-Marie Gérin, technicienne en documentation
  109. Catherine Girard Ratté, bibliothécaire
  110. Miguel Gosselin Dionne, Bibliothécaire professionnel
  111. Pierre Graveline, directeur général, Fondation Lionel-Groulx
  112. Suzanne Grégoire, technicienne en documentation
  113. Marjorie Grenier-Massicotte, rédactrice aux archives numérisées
  114. Michael Groenendyk, bibliothécaire en entrepreneuriat, Université McGill
  115. Myrian Grondin, bibliothécaire de référence, Université de Montréal
  116. Édith Guérin, agente de bureau
  117. Louise Guillemette-Labory, bibliothécaire professionnelle, directrice des Bibliothèques de Montréal et membre du CA de BAnQ de 2002 à 2015
  118. Marilou Guillet, agente de secrétariat
  119. Younes Haloui, agent de bureau
  120. France Hamel, technicienne en documentation
  121. Jean Claude Hardy, analyste en procédés administratifs
  122. Louise Hautcoeur, technicienne en documentation
  123. Nicolas Hébert, bibliothécaire
  124. Sylvie Hébert, technicienne en documentation
  125. Andrea Higuera, technicienne en architecture
  126. Katia Huber, bibliothécaire
  127. Jessica Huneault, propriétaire de la firme Huneault design + collaboration
  128. Nathalie Jacob, biblothėcaire
  129. Luc Jodoin, bibliothécaire professionnel
  130. Vana Ké, bibliothécaire professionnelle
  131. Sophie Kurler, bibliothécaire professionnelle
  132. Louis L’Heureux, médiathécaire, Médiathèque et Archive, Radio-Canada
  133. Lucie Laberge, technicienne principale en muséologie
  134. Éric Labonté, bibliothécaire professionnel
  135. Marie Hélène Labory, bibliothécaire
  136. Isabelle Lafontaine, technicienne en informatique
  137. Marie-Hélène Lamarre, technicienne en documentation
  138. Karine Lamontagne, bibliothécaire, responsable de la bibliothèque de l’ENAP Montréal
  139. Valérie Lampron, bibliothécaire 
  140. Audrey Laplante, professeure, EBSI, Université de Montréal
  141. Jean-Michel Lapointe, bibliothécaire universitaire, UQÀM
  142. Vincent Larivière, professeur, EBSI, Université de Montréal
  143. John Latour, bibliothécaire
  144. Amélie Lavoie, technicienne en documentation
  145. Michel Lefebvre, bibliothécaire
  146. Michèle Lefebvre, bibliothécaire
  147. Benjamin Legault, technicien en documentation
  148. Ariane Legault-Venne, bibliothécaire professionnelle
  149. Annick Lemay, chef de division – bibliothèque, ville de Vaudreuil-Dorion
  150. Nathalie Lemay, archiviste, analyste en gestion de documents, Services français de Radio-Canada
  151. Marie-France Lépine, bibliothécaire professionnelle
  152. Eric Leroux, professeur agrégé, EBSI, Université de Montréal
  153. Guy Lesieur, agent de bureau
  154. Michaela Leuprecht, citoyenne engagée en littératie et rat de bibliothèque
  155. Cécile Lointier, chef de section, bibliothèque Père-Ambroise
  156. Marie-Claire Loiselle, technicienne en documentation
  157. Kamal Lounaci, bibliothécaire spécialiste en métadonnées
  158. Joachim Luppens, bibliothécaire
  159. Andrée Malenfant, agente de bureau
  160. Katia Marcil, médiathécaire
  161. Magdeleine Marcotte, préposée au prêt, bibliothèque Gaby-Farmer-Denis
  162. Rémy Marcotte, bibliothécaire professionnel
  163. Odette Marois, responsable de la bibliothèque Gaby-Farmer-Denis
  164. Jean-Pierre Marquis, professeur, département de philosophie, Université de Montréal
  165. Marie D. Martel, professeure, EBSI, Université de Montréal 
  166. Nathalie Martin, bibliothécaire 
  167. Sabine Mas, professeure agrégée, EBSI, Université de Montréal
  168. Sara Mathieu,  technicienne en documentation
  169. Simon Mayer, bibliothécaire
  170. Caroline Ménard, bibliotechnicienne
  171. Louise-Marie Ménard, technicienne en archivistique
  172. Marie-Ève Ménard, bibliothécaire universitaire en histoire et histoire de l’art
  173. Diane Mercier, Ph. D., docteure en sciences de l’information
  174. Florence Mercille-Perrault, commis
  175. Pascale Messier, bibliothécaire
  176. Alexandre Méthé, bibliothécaire professionnel
  177. Patricia Miles, bibliothécaire, promotion 1999, Hydro-Québec
  178. Auréane Mimeault-Gauvin, technicienne en documentation
  179. Dave Mitchell, bibliothécaire
  180. Richard Morin, bibliothécaire
  181. Isabelle Morrissette, bibliothécaire professionnelle
  182. Michael David Miller, bibliothécaire en littérature française, sciences économiques & études LGBTQ+, Université McGill 
  183. Danielle Noiseux, bibliothécaire-coordonnatrice, Université de Montréal
  184. Sophie Normandin, archiviste
  185. Dalya Ok, agente de bureau
  186. Luis Olazo Baldwin, bibliothécaire professionnel
  187. Jean Nicholas Otis, bibliothécaire professionnel, Archéotec Inc.
  188. Yves Otis, consultant
  189. Guillaume Ouellet, bibliothécaire professionnel
  190. Martin Ouellet, agent de bureau
  191. Reina Ouimet, agente de secrétariat
  192. Souad Ourahma, Bibliothécaire M.S.I
  193. Marie-Hélène Parent, bibliothécaire professionnelle
  194. Véronique Parenteau, bibliothécaire professionnelle
  195. Andréa Pelletier, bibliothécaire
  196. Pierre Perrault, agent de bureau, commis et photographe
  197. Marianne Phénix, médiathécaire
  198. Christine Picard, libraire, Librairie Buroplus Lanaudière de Joliette
  199. Mylène Pinard, bibliothécaire professionnelle, Université McGill
  200. Josée Plamondon, bibliothécaire et consultante en exploitation de contenu numérique
  201. Marc Plana, technicien principal en audiovisuel
  202. Joanne Poirier, agente de secrétariat
  203. Marjolaine Poirier, étudiante au doctorat en histoire de l’art, UQAM
  204. Irina Pop, bibliothécaire professionnelle 
  205. Marie-Pierre Poulin, bibliothécaire, Goethe-Institut Montréal
  206. Sébastien Proulx, professeur, The Ohio State University
  207. Marie-Claude Ratté, bibliothécaire
  208. Catherine Ratelle-Montemiglio, bibliothécaire professionnelle
  209. Jessica Régimbald, restauratrice
  210. Tourmaline Ren, bibliothécaire
  211. Marie-Claude Rioux, Restauratrice
  212. Stéphane Rioux, médiathécaire Radio-Canada
  213. Valérie Rioux, bibliothécaire professionnelle
  214. François Rivard, technicien principal en informatique
  215. Marc-André Robert, professeur, Département des techniques de la documentation, Collège de Maisonneuve
  216. Mylène Robichaud, agente de secrétariat
  217. Alexis Robin-Brisebois, bibliothécaire
  218. Benoit Rochon, président, Wikimédia Canada
  219. Lysanne Roux, bibliothécaire
  220. Judith Roy, médiathécaire
  221. Sylvie Roy, bibliothécaire professionnelle
  222. Roxanne Ruel, agente de bureau, traitement matériel
  223. Stéphane Ruest, technicien en documentation
  224. Andrée Sabourin, bibliothécaire
  225. Maxime St-Jacques Couture, coordonnateur Fab Lab, Bibliothèque de Brossard
  226. Catherine St-Pierre, agente de bureau
  227. Anaïs Salamon, chef de la bibliothèque d’études islamiques, Université McGill
  228. Alexandra Satre, scientifique des données
  229. Fannie Sauvé, bibliothécaire professionnelle
  230. Réjean Savard, professeur honoraire, EBSI, Université de Montréal
  231. Dominique Scarfone, professeur honoraire, Université de Montréal
  232. Valérie Schiltz, journaliste et étudiante à l’EBSI, Université de Montréal
  233. Jean-Sébastien Sauvé, étudiant et bibliothécaire, EBSI et ÉTS
  234. Marjolaine Séguin, bibliothécaire scolaire
  235. Julie Sélesse-Desjardins, bibliothécaire
  236. Céline Simonet, bibliothécaire professionnelle
  237. Michael E. Sinatra, professeur littératures et langues du monde, Université de Montréal
  238. Yan Smith, technicien en documentation
  239. Omar Soto-Rodriguez, bibliothécaire, directeur de bibliothèque
  240. Julie-Pier St-Georges, bibliotechnicienne 
  241. Sophie Talbot, M. Arch 
  242. Catherine Talon-Bergeron, technicienne en documentation 
  243. Yves Tanguay, directeur général, Médiathèque Maskoutaine
  244. Josée Tardif, réviseure, rédactrice et traductrice
  245. Mathieu Thomas, bibliothécaire
  246. Hélène Tremblay, bibliothécaire
  247. Martine Tremblay, technicienne en documentation, Collections patrimoniales
  248. Mélanie Tremblay, technicienne principale en informatique
  249. Nathalie Tremblay, architecte
  250. Roxane Tremblay, bibliothécaire professionnelle
  251. Sophie Trolliet-Martial, bibliothécaire de liaison, Université McGill
  252. Mihai Turculet, agent de bureau
  253. Simon van Bellen, agent de recherche et chargé de cours, GEOTOP-Université du Québec à Montréal
  254. Frantz Voltaire, directeur du Centre International de documentation et d’Information haitienne,caribéenne et afrocanadienne (CIDIHCA)
  255. Gisel Villalobos, bibliothécaire, M.A., M.S.I.
  256. Lionel Villalonga, président, LVI Information inc.
  257. Natalie Waters, bibliothécaire en chef, Bibliothèque Schulich des Sciences physiques, des Sciences de la Vie, et de Génie, Université McGill
  258. Bob W. White, Ph.D, professeur, département d’anthropologie, Université de Montréal
  259. Andréa Winiarz, M.S.I. bibliotechnicienne
  260. Daniela Ziegler, bibliothécaire

 

 

 

 

 

 

 

 

Les 100 ans de la première bibliothèque publique francophone de Montréal

En ce 13 mai 2017, quelques fans se sont rassemblés sur le parvis de l’Édifice Gaston-Miron pour commémorer le centenaire de la première bibliothèque publique francophone de Montréal. Le 13 mai 1917, cette nouvelle bibliothèque publique, gagnée au terme de « luttes acharnées » pour reprendre les mots de Éva Circé-Côté, était inaugurée en présence du Maréchal Joffre, vainqueur de la Marne, héros de la première guerre.

Pour l’occasion, nous avons lu le récit de cette inauguration telle qu’elle est décrite dans un ouvrage récent de François Séguin, D’obscurantisme et de lumières : La bibliothèque publique au Québec des origines au 21e siècle (Hurtubise, 2016, p. 490-491). Nous avons fait résonner, tout particulièrement, un extrait de l’allocution emphatique du bibliothécaire en chef, Hector Garneau, petit fils de l’historien national  :

M. Le Maréchal,

La Ville de Montréal met son orgueil et sa joie à posséder maintenant la première bibliothèque municipale française qui soit en Amérique. Mais la plus belle gloire de notre bibliothèque sera toujours d’avoir été inaugurée par le soldat sublime devant lequel s’incline l’humanité, par le fils adoré de cette France que nous aimons comme nos pères l’aimaient au jour de son berceau, et qui, après nous avoir donné Jacques Cartier et Champlain, et d’Iberville, Montcalm et Lévis, Maisonneuve et Lasalle, Frontenac, nous envoie aujourd’hui la plus grande figure de son génie militaire et de son âme héroïque, le Maréchal Joffre […]

34254745630_0df629f48a_zJ’ai aussi souligné que ce « palais des livres » avait été fondé sur la philosophie de la bibliothèque publique c’est-à-dire sur « […] la conviction profonde que l’homme est un être rationnel qui pourra être placé devant un éventail suffisamment large de savoir pour qu’il puisse en tirer librement, selon ses besoins, les possibilités culturelles, éducatives, « informationnelles » et récréatives propre à fonder son autonomie au sens le plus large du terme, permettant son épanouissement et , partant, celui de la collectivité à laquelle il appartient. » – comme l’a exprimé jadis André Castonguay, ancien professeur à l’EBSI, en commentant ces événements. (« La bibliothèque publique et les Québécois », Documentation et bibliothèques, vol. 19, no 4, 1973, p. 149 tiré de Lecture et culture au Québec par Marcel Lajeunesse, p. 218).

Eugène Payette fut l’architecte de cette première bibliothèque publique de Montréal, mais aussi celui de la bibliothèque St-Sulpice, inaugurée quelques années plus tôt sur la rue St-Denis. Marcel Lajeunesse nous rappelle que la création de cette dernière, fondée par les sulpiciens, 33830282673_bd1a2e0911_m« avait pour objectifs, parmi d’autres évidemment, d’empêcher la fondation d’une bibliothèque publique, laïque, neutre et municipale, « en la rendant inutile ». » (2004, 114) La bibliothèque St-Sulpice, en tant que bibliothèque catholique et opposée aux principes du libre-arbitre et de l’autonomie des agents, ne peut, à cet égard, revendiquer le titre de première bibliothèque publique francophone de Montréal.

La célébration de cet après-midi a été précédée d’une série de recherches pour valider les dates de la livraison du bâtiment, de l’inauguration et celle de l’ouverture de la bibliothèque de Montréal au public. Pour dire la vérité, certaines zones d’ombres persistent encore, nous y reviendrons sans doute.

Les archives vivantes

  • Un aperçu de cette activité qui s’est prolongée en cartopartie avec OpenStreet Map Montréal a été mis en mémoire ici :

 

  • Les photos présentées ici proviennent de l’album sur Flickr réalisé par Léa-Kim Châteauneuf (merci!) en licence cc-by-sa.
  • D’autres photos captées par Benoit Rochon sont également visibles sur Wikicommons.

Les notules dominicales de culture domestique en bibliothèque

Je lis depuis plusieurs années les Notules dominicales de culture domestique de Philippe Didion. Merci encore à Benoit Melançon et à François Bon pour ce voyage en Notulie au cours duquel j’ai découvert cette lettre hebdomadaire dont l’esprit, immanquablement, a son effet sur toutes les autres tâches domestiques qu’il faut bien accomplir le dimanche. La proposition d’annonce pour cette lettre va comme suit :

Recension critique hebdomadaire des livres lus pendant la semaine, accompagnée d’un aperçu sur certains chantiers en cours et de quelques considérations plus ou moins inintéressantes sur ma trépidante existence.

La vie de l’auteur s’est avérée particulièrement mouvementée cette semaine puisqu’il s’est rendu en bibliothèque. C’était l’occasion de rendre hommage à une bibliothécaire, une professionnelle du catalogage – opération intellectuelle fondamentale dans la constitution du coeur de la bibliothèque, son catalogue – qui a travaillé toute sa vie jusqu’à sa retraite à la Bibliothèque nationale de France.  Paulette Perec, née Pétras, est disparue l’automne dernier; cette conservatrice était l’épouse de Georges Perec :

Vie littéraire. Le 3 mars est la date anniversaire du décès de Georges Perec mais ce soir c’est à sa femme Paulette que l’on rend hommage, quatre mois après sa mort. L’événement se tient à la Bibliothèque de l’Arsenal, à Paris. La vie commune de Georges et Paulette Perec n’a pas été très longue, mais ils n’ont jamais divorcé. Beaucoup plus longue aura été la vie de Paulette en bibliothèque, à l’Arsenal et à Richelieu. Un de ses collègues raconte sa vie professionnelle et rappelle sa spécialité, le catalogage, le classement, l’intercalation. J’écoute cela avec d’autant plus d’intérêt que tout à l’heure, avant de partir pour Paris par le 14 heures 46, j’ai reçu une nouvelle renversante en provenance d’une bibliothèque. Je suis à la recherche depuis que j’ai découvert l’oiseau, d’un travail universitaire sur Ernest Gengenbach dû à un Italien nommé Dallospedale. Gengenbach est mort, Dallospedale a disparu en Afrique, sa thèse est introuvable. J’ai longtemps cru qu’un exemplaire se trouvait dans la bibliothèque du Musée Louis-Français de Plombières-les-Bains où j’ai fait remuer de la poussière, en vain. Aujourd’hui, ma correspondante à la bibliothèque de Saint-Dié, que j’avais relancée une dernière fois sans grand espoir, m’écrit : la thèse est retrouvée. Elle était mal rangée.

Magnifique. Ça m’a laissée dans un état de ravissement complet, émue en songeant au rôle de Paulette Perec, née Pétras, à la responsabilité sociale de cette profession que j’ai embrassée, aux conséquences prodigieuses liées aux pertes et aux retrouvailles d’ouvrages en tout genre.

Je me suis empressée d’essayer de bonifier le contenu portant sur Paulette Perec, née Pétras, dans la page Wikipédia consacrée à Georges Perec où elle est à peine évoquée.  Bien entendu, j’ai aussi créé la page de Paulette qui n’existait pas.  J’entretiens d’ailleurs le plan secret de prendre soin des pages portant sur les figures de bibliothécaires dans Wikipédia. La vie trépidante de Philippe Didion a souvent un effet contagieux sur moi.

Un enjeu qui a été l’objet de discussion cette semaine (avec @joplam entre autres) dans le contexte des divers édi-a-thons consacrés à la Journée internationale des  femmes : le nom de famille des femmes.

Est-ce que je devrais créer la page Wikipédia sous le nom de fille ou le nom d’épouse pour cet article ? « Paulette Pétras » ou « Paulette Perec » ou « Paulette Perec, née Pétras » ? Controverse sur les noms des femmes dans leur histoire et dans Wikipédia pour la postérité. Je ne doute pas que ma proposition d’article soit rééditée relativement rapidement. Il y a des relevés d’usages et de pratiques culturelles à faire de ce côté.

On peut l’entendre et la voir ici.

Source de l’image : Flickr, Looks like a bicyclette ride is in the cards for today! par Lorie Shaull, cc-by-SA 2.0

Une Déclaration des communs numériques portée par l’alliance de dix-neuf organismes de l’écosystème numérique québécois

Dix-neuf associations, collectifs, entreprises et organismes sans but lucratif, qui jouent un rôle actif dans l’écosystème numérique québécois, s’unissent pour signer une Déclaration des communs numériques dans le cadre du processus de consultation de la Stratégie numérique du Québec. Ce document, rédigé collaborativement par ces différents  act.eurs réitère  l’importance d’inscrire cette démarche de consultation en se préoccupant globalement des transformations de notre société dans la transition numérique plutôt que d’orienter celle-ci sur les impératifs économiques du changement technologique.  La Déclaration affirme l’urgence de remettre le numérique au service de l’humain, de ses capacités fondamentales et des biens communs afin d’améliorer la vie des gens et de soutenir une démocratie plus inclusive.

Puis, lors d’une première rencontre d’idéation, le 12 novembre 2016, à la bibliothèque Mordecai-Richler, les organismes signataires accompagnés de citoyen.ne.s ont entamé le patient et périlleux processus qui consiste à s’entendre sur des principes et une vision partagée du numérique. L’orientation fondamentale du travail autour de la Déclaration n’est certainement pas étrangère au contenu de la conférence de Valérie Peugeot pendant la Semaine québécoise de l’informatique libre (SQIL) et qui portait sur les biens communs numériques.

Le texte final de la Déclaration souligne le rôle des bibliothèques dans un contexte favorable à la création, la défense et la promotion des communs numériques :

Les contenus culturels et éducatifs libres ainsi que le domaine public doivent être protégés et promus par les politiques publiques. Les organisations du secteur culturel doivent collaborer et partager les métadonnées. En outre, les institutions de mémoire doivent rendre les œuvres du domaine public librement accessibles et jouer un rôle actif dans l’identification, la préservation, la curation de ces dernières.

La Déclaration rappelle leur fonction essentielle de tiers lieu, mais aussi leur apport en matière d’inclusion numérique :

L’éducation au numérique doit viser le développement de compétences structurantes : la collaboration, l’esprit critique, la citoyenneté active, la littératie numérique et médiatique, la sensibilisation aux enjeux du numérique. Ces compétences doivent précéder les apprentissages liés aux usages technologiques dans les établissements scolaires, les bibliothèques et les organismes dédiés. Elle doit supporter la formation continue et la formation tout au long de la vie, en intégrant les différents acteurs du milieu éducatif, formel et informel, et culturel afin de profiter des opportunités éducatives, économiques et sociales offertes par ces technologies dans une perspective d’inclusion numérique.

On peut lire la Déclaration sur la plate-forme « Objectif numérique », et jusqu’à demain on peut y apposer un «J’aime»  ainsi que des commentaires. Les personnes, les groupes, les organismes, etc. qui souhaiteront appuyer la Déclaration formellement pourront le faire en l’indiquant clairement dans un commentaire.

Les signataires pourront naturellement reproduire la Déclaration (qui porte la Marque du Domaine Public 1.0) sur leurs sites ou leur blogues respectifs ou encore faire un lien vers la copie déposée dans «Objectif numérique». Le partage peut également se pratiquer à l’enseigne du mot-clic #stratnumQc

Des informations concernant le contexte de création de la Déclaration, et son esprit, sont présentées dans cet article du Café des savoirs libres – qui fait partie des signataires de la Déclaration.

 

 

La Déclaration d’Ottawa : Un jour nouveau se lève pour les institutions de mémoire

32368724175_a873759f24_z

Quel avenir pour les bibliothèques, les services d’archives et les musées ? Lors d’un colloque tenu en décembre dernier, Guy Berthiaume, qui conduit les destinées de Bibliothèque et Archives Canada nous avertit, avec la Déclaration d’Ottawa, qu’ un jour nouveau se lève pour les institutions de mémoire.*

Dans ce texte, le bibliothécaire et archiviste canadien rappelle le rôle vital des bibliothèques au 21ième siècle en soulignant la croissance de la fréquentation de celles-ci, leur valeur social et économique – trop souvent méconnue, leur contribution à l’accès et au partage des savoirs par le numérique qui stimule en retour l’appétit pour les GLAM (Galleries, Libraries, Archives, Museums) et l’expérience des lieux physiques qu’elles offrent. Il évoque aussi cette nouvelle dimension de la participation culturelle qu’elles assument avec la démocratisation des pratiques créatives, artistiques, artisanales, technologiques, etc. Ces fonctions qui soutiennent la vitalité culturelle de la société civile passe aujourd’hui par la convergences des institutions de mémoire et concernent tous les types de bibliothèques, centres d’archives, musées, etc. À ce titre, les participants du colloque s’engagent à signer la Déclaration d’Ottawa « dans le but d’accroître la collaboration entre eux, à accentuer les occasions de participation citoyenne et à élargir l’accès à leurs collections afin de contribuer au bien commun. » Collaboration, accès, participation citoyenne, bien commun, tel est désormais l’horizon, et le projet, des institutions de mémoire.

Le texte

« À l’ère numérique, alors que la mémoire elle-même semble être une faculté désuète, à quoi donc peuvent encore servir les institutions de mémoire : les Bibliothèques, Archives et Musées (BAM)? Google, Amazon, Wikipedia, Facebook, Twitter et la vitesse foudroyante de leurs algorithmes ne suffisent-ils pas dorénavant à la tâche? De temps à autre des questions d’apparence logique surgissent dans les médias : est-il opportun de construire de nouvelles bibliothèques? Ne conviendrait-il pas plutôt d’en réduire le nombre au profit d’une utilisation plus répandue du prêt de livres électroniques? Les musées virtuels ne représentent-ils pas la meilleure réponse à la nécessité de démocratiser la culture en la rendant accessible à l’échelle de tout le territoire, voire de toute la planète? Idem pour les centres d’archives : leurs fonds ne sont-ils pas tous numérisés et accessibles grâce à leurs propres plateformes ou celles d’Ancestry ou de Findmypast?

Et pourtant. Pourtant la fréquentation globale des institutions de mémoire est en hausse constante. La fréquentation des bibliothèques publiques des États-Unis a cru de 4 % au cours de la dernière année, la nouvelle bibliothèque publique d’Halifax a reçu au cours de la première année de son existence plus du double des visiteurs attendus (1,9 million par rapport à 900 000), le Musée des beaux-arts de Montréal reçoit maintenant plus d’un million de visiteurs chaque année et l’Observatoire de la culture et des communications révélait en mai dernier que la fréquentation des musées québécois avait atteint de nouveaux sommets en 2015 (14 millions d’entrées).

Ces données contre-intuitives ont amené un récent rapport de la British Library à conclure :

«Alors que le savoir et la culture se retrouvent de plus en plus en format numérique et sur des écrans, la valeur et l’importance de lieux physiques de haute qualité ne se diminuent pas : elles s’accroissent. Comme si, plus nos vies tournent autour des écrans, plus les rencontres en personne et la présence des artefacts prennent de la valeur. Les activités des deux sphères se nourrissent mutuellement.»

C’est avec ces données paradoxales en tête que s’est tenu, les 5 et 6 décembre derniers, le Sommet sur la valeur des bibliothèques, archives et musées, organisé par l’Association des musées canadiens et Bibliothèque et Archives Canada et placé sous l’égide de la Commission canadienne pour l’UNESCO. Le Sommet a réuni à Ottawa près de 300 personnes, aussi bien des spécialistes des «BAM» que des représentants des gouvernements et de la Société civile.

L’objectif du Sommet était de faire l’état des lieux de la recherche sur la valeur sociale et économique des institutions de mémoire et de mettre en relief les expériences novatrices des uns et des autres – plusieurs de ces expériences étant d’ailleurs rendues possibles par les nouvelles technologies, technologies dont les GLAM ont été et demeurent des adeptes de la première heure. Une trentaine de conférenciers, dont le quart internationaux, mis en lumière quelques éléments forts de la problématique des institutions de mémoire en ce début de XXIe siècle :

• Les technologies – téléphones intelligents, applications mobiles, séquenceurs musicaux, réalité virtuelle, imprimantes 3D – sont à la fois porteuses de défis et d’occasions de développement. Du côté des défis : d’une part, bien sûr, l’obtention des ressources financières nécessaires à l’acquisition de ces technologies et, d’autre part, la recherche et la découverte des ressources humaines capables d’imaginer le fonctionnement optimal de ces nouvelles technologies. Du côté des occasions : la formidable démocratisation du savoir et de la culture qui résulte de la présence des GLAM dans les foyers des citoyens grâce au numérique; l’accroissement de fréquentation de leurs espaces que provoque la fréquentation virtuelle : en effet, en vertu du paradoxe évoqué plus haut, plus la consultation des données sur le web s’accroît, plus l’appétit pour la présence dans les salles de lecture et d’exposition s’accroît. Car, c’est un phénomène bien étudié, la fréquentation virtuelle des oeuvres et des artefacts ne suscite pas la même expérience que la présence physique : à preuve, les millions de personnes qui se précipitent chaque année devant la Joconde, alors qu’il suffit de deux clics pour la faire apparaître instantanément sur nos téléphones intelligents;

• Les nouveaux rôles joués par les institutions de mémoire – accueil des nouveaux arrivants, accès à la haute vitesse pour les personnes défavorisées, disponibilité des technologies avancées pour les artistes et les créateurs, initiation à la littératie financière, initiatives pour promouvoir la santé mentale et ouvertures multiples au monde culturel – sont méconnus par nos élites politiques, économiques et médiatiques qui fréquentent peu les institutions de mémoire, parce que leur statut économique favorise d’autres habitudes de consommation culturelle (c.-à-d. : l’achat plutôt que l’emprunt et la présence aux prestations gratuites);

• Le rôle des institutions de mémoire dans l’écosystème de la création n’est pas réductible à leur seule fonction d’ingestion et de conservation des oeuvres. Les BAM sont également présentes au début de la chaîne créatrice, fournissant inspiration et matériel aux artistes de toutes les disciplines – non seulement les auteurs et les poètes, mais les vidéastes, les musiciens, les peintres, les metteurs en scène, etc.

Mais, au-delà du partage de connaissances, le Sommet d’Ottawa a aussi agi comme révélateur de l’unité véritable des institutions de mémoire, elles dont la tendance avait jusque lors été davantage à l’accentuation de leurs singularités plutôt qu’à la recherche de dénominateurs communs. Pourtant, les distinctions taxonomiques s’estompent depuis nombre d’années : les fusions qui ont mené à la création des deux grandes institutions documentaires que sont BAnQ et Bibliothèque et Archives Canada viennent spontanément à l’esprit, mais elles ne sont que la pointe d’un iceberg constitué par la présence d’archives et même de bibliothèques dans tous les grands musées – du musée Glenbow de Calgary et de sa riche collection archivistique, jusqu’au Centre Pompidou dont la Bibliothèque publique d’information est la plus fréquentée de France. Forts de cette conviction, les participants au Sommet des 5 et 6 décembre ont adopté la Déclaration d’Ottawa par laquelle ils s’engagent à accroître la collaboration entre eux, à accentuer les occasions de participation citoyenne et à élargir l’accès à leurs collections afin de contribuer au bien commun. Un nouveau jour s’est levé pour les institutions de mémoire canadiennes. Ne l’oublions pas! »

Guy Berthiaume, bibliothécaire et archiviste du Canada.

*Je remercie Oliver Charbonneau qui a partagé ce texte sur Culture Libre en vertu des exceptions sur le droit d’auteur canadiennes et qui m’a, en précisant ces conditions, encouragé à le faire à mon tour.

| Photo : Source Flickr BiblioArchives / LibraryArchives, Glenn Gould at the piano, circa 1946 / Glenn Gould au piano vers 1946, CC BY-NC-ND 2.0 |