Salade mixte No.1 #bibliothèques #actualités

Médiathèque Nelly-Arcan à Lac-Mégantic (Québec).

En complément du Bouillon avec des saveurs un brin plus locales, cette veille porte une attention particulière aux bibliothèques comme « infrastructures sociales » – comme le présente si bien Eric Klinenberg dans l’extrait de l’article partagé plus bas – ainsi qu’aux services pour les jeunes en vue d’alimenter la réflexion dans le cadre du cours SCI6339.

Bibliothèques publiques

  1.  Les données 2017 sur les bibliothèques publiques québécoises.disponibles dans StatBib (BAnQ)
  2. Neil Gaiman and Chris Riddell on why we need libraries – an essay in pictures (The Guardian)
  3. ***Nouveau plan stratégique de la Public Library Assocation (PLA)
  4. ***To Restore Civil Society, Start With the Library (NYT) :

Libraries are an example of what I call “social infrastructure”: the physical spaces and organizations that shape the way people interact. Libraries don’t just provide free access to books and other cultural materials, they also offer things like companionship for older adults, de facto child care for busy parents, language instruction for immigrants and welcoming public spaces for the poor, the homeless and young people.

I recently spent a year doing ethnographic research in libraries in New York City. Again and again, I was reminded how essential libraries are, not only for a neighborhood’s vitality but also for helping to address all manner of personal problems. – Eric Klinenberg

Services d’information pour les jeunes

  1. Concours Booktube Livre-toi (ANEL)
  2. 5 finalistes au Prix TD (Radio-Canada)
  3. À quoi ressemble une journée type sur Internet pour les jeunes de 12 à 25 ans? (Cefrio)
  4. ‘Nothing short of remarkable’: Study finds parents’ chats with their toddlers pay off 10 years later (CBC)
  5. ***Skim reading is the new normal. The effect on society is profound (The Guardian)
  6. The American Opioid Crisis in YA Literature (School Library Journal)
  7. How Game Apps That Captivate Kids Have Been Collecting Their Data (NYT)
  8. ***New report highlights social impact of library-based early literacy programs (Digital Media Research Center)

The report demonstrates that public libraries are highly appropriate vehicles through which to support, facilitate, and lead early literacy development programs. While primarily built around promoting and improving early literacy, the First 5 Forever initiative is also a community facilitator and connector, supporting families and children through a culture of participation and lifelong learning. The report also highlights that the opportunities and challenges posed by digital media technologies for young children and families will be central to the future development of such initiatives.

Bonne lecture !

 

La rentrée, c’est aussi pour la formation et l’apprentissage en continu #bibliothèqueapprenante

Dans le cours SCI6339, nous avons discuté de l’importance critique de la formation continue, et du fait que chaque association au Québec annonce ses propres produits sans qu’aucun dispositif ou instance ne donne accès à l’offre globale. On pourrait s’en tirer en disant que cette offre n’est pas si foisonnante, et que ce sont toujours les mêmes fournisseurs à la même adresse, qu’il faut payer le prix, mais il n’en demeure pas moins qu’un exercice de curation dans un calendrier qui intègre ces ateliers, cours, formations, webinaires, MOOCs de toute sorte, ne serait pas un luxe pour faciliter la vie des professionnel.le.s qui ont le souci de continuer à l’être.

Par ailleurs, et contrairement  aux idées reçues, on peut désormais trouver une abondance de nouvelles ressources gratuites, et de qualité, comme les webinaires qui sont offerts par l’American Library Association (ALA),la section Public Library Association (PLA), OCLC ou d’autres organismes des milieux communautaires ou éducatifs qui gravitent dans l’écosystème des bibliothèques d’aujourd’hui. Besoin d’un peu d’air frais, de nouveaux concepts, d’ouvrir ses horizons ? Je remercie Joannie Carter qui a rassemblé quelques unes des possibilités pour le mois de septembre :

12 septembre – Webinaire ASTED (payant) : Le livre numérique pour les professionnels de l’information.

13 septembre – Webinaire YALSA sur les compétences culturellesTeen Services Competencies for Library Staff (gratuit, en anglais).

13 septembre – Formation ASTED  à l’Université de Montréal (payant) : La classification des jeux et des jouets, selon le système ESAR.

19 septembre – Webinaire ASTED (payant) : MailChimp un outil accessible.

24 septembre – MOOC ALSC (Payant) : Science, Technology, Engineering and Math (STEM) Programs Made Easy.

26 septembre – Webinaire PREL: (gratuit) : Former équipe avec les parents, toute une communauté pour former les lecteurs de demain.

26 septembre – Webinaire ASTED (payant): Pas d’avenir sans innovation, pas d’innovation, sans veille.

26-27 septembre – ACTE festival de la collaboration (payant, Saint-Jérôme) : ACTE a pour mission de contribuer à l’émergence d’organisations et de collectivités apprenantes, collaboratives et entreprenantes, par la mise en place d’espaces de dialogue, de co-création et d’apprentissages festifs, rassembleurs et accessibles à tous.

28 septembre – Webinaire PLA (gratuit, en anglais) : Project Outcome: Planning for Summer Reading Surveys. 

28 septembre, 3 et 10 octobre – Cours en 4 sessions Library Journal & School Library Journal (payant, en anglais) : Get Started with AR / VR / Mixed Reality.

D’autres webinaires gratuits sont disponibles du côté de OCLC.

De plus, plusieurs des webinaires déjà offerts par PLA sont archivés et disponibles gratuitement (pas tous, mais la plupart) sur une variété de sujets :

Du côté canadien, Partnership a une offre de cours payants, mais inspirants.

Quelles sont vos sources de formation et d’apprentissage en continu ? Bonne rentrée !

Le lancement du Calendrier de l’Avent du domaine public 2018 !

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Tout au long du mois de décembre, ce calendrier de l’Avent vous invite à découvrir à chaque jour un créateur ou une créatrice dont l’oeuvre s’élèvera dans le domaine public en 2018.

Dès aujourd’hui, et chaque matin, une fenêtre s’ouvrira sur des auteur.e.s, des scientifiques, des artistes dont les oeuvres entreront dans le domaine public à partir du 1er janvier 2018. Des amoureux du domaine public se retrouvent depuis trois ans pour les signaler, les célébrer et les rendre aux publics à qui ils appartiennent désormais.

Le domaine public rassemble l’ensemble des œuvres de l’esprit pour lesquelles les droits d’auteur sont expirés. Au Canada, cette expiration des droits se produit 50 ans après la mort de l’auteur.e. En vertu de ce statut, les oeuvres sont désormais librement accessibles. On peut les partager, les copier, les remixer sans demander d’autorisation ou payer des droits. Ces sont des biens communs, des trésors patrimoniaux.

La liste des entrants a été réalisée avec l’aide avisée des bibliothécaires de Bibliothèque et archives nationales du Québec (BAnQ). Il est prévu que les oeuvres des auteur.e.s québécois qui accèdent cette année au domaine public seront numérisées. Est-ce que les coupures subies récemment par BAnQ compromettront ce projet de mémoire ?

L’an dernier, le domaine public québécois et canadien avait accueilli des figures telles que Pierre Mercure, André Breton, Anna Langfus, Dantès L. Bellegarde, Suzanne Césaire, Alberto Giacometti. Cette année, la célébration débute avec une femme qui a défoncé des portes bien avant que s’ouvre pour elle, celle du calendrier de l’Avent : Geneviève Acloque.

Voici ce que Christian Aubry, qui a écrit la notule qui lui est consacrée, nous dévoile sur elle :

Née à Lyon (France) le 5 mai 1884, Geneviève Léopoldine Marcelle Aclocque, future vicomtesse de Croÿ, est la première fille de Gratien Fernand Aclocque, un ingénieur militaire et chef d’escadron d’artillerie qui décédera en 1897. Sa mère, Blanche Duchanoy, est elle-même fille d’un ingénieur en chef des Mines. Geneviève a également une sœur, Suzanne, sa cadette de deux ans.

En 1906, elle se présente au concours d’entrée à l’École nationale des chartes, une grande école française spécialisée dans la formation aux sciences auxiliaires de l’histoire. Elle se classe quatrième sur les vingt candidats reçus. Quatre ans plus tard, est la première femme française diplômée de l’École des chartes à titre d’archiviste paléographe, ce qui lui confère une certaine renommée. Elle devient en effet un symbole des nouvelles possibilités offertes aux femmes et c’est ainsi qu’on peut lire, dans le journal Le Radical du 12 novembre 1906, ceci:

« Le public qui constate qu’en dépit des difficultés accumulées devant elles les femmes… en la personne de Mlle Acloque [sic], arrivée quatrième à l’École des Chartes, sur vingt élèves admis; le public ne peut plus croire à l’infériorité du sexe féminin. Alors ! Qu’attend-on pour faire, des équivalentes des hommes, leurs égales devant la loi?»

On peut lire la suite sur le calendrier de l’Avent 2018. Les révélations se succéderont dans les prochains jours.

| Par Dessendier (Archives privées) [Public domain], via Wikimedia Commons |

L’employée aux bibliothèques 1:2


Lundi 30 octobre.
Hommage à l’hommage au lauréat. Michel Tremblay a reçu le Prix Gilles-Corbeil 2017 pour l’ensemble de son oeuvre.  Benoit Melançon a signé pour l’occasion un éloge qui a fait vibrer le peuple des lecteurs et des lectrices de Tremblay – et qui l’en remercie  :

Michel Tremblay, c’est Montréal, évidemment, mais ce n’est pas que Montréal; ce sont d’autres territoires imaginaires, l’Amérique, comme le font voir les neuf volumes de La diaspora des Desrosiers, et l’Europe. Si l’Europe ne paraît pas avoir le même statut que les États-Unis, c’est qu’elle est peut-être moins un lieu à explorer qu’un univers culturel à s’approprier, à intérioriser. La France, notamment, est omniprésente, chez Michel Tremblay, par le cinéma, par la chanson, par la littérature. Son œuvre s’inscrit clairement dans une tradition littéraire française, en particulier par son rapport constant avec les grandes chroniques romanesques depuis Balzac.

Michel Tremblay, dit-on souvent, a donné voix aux marginaux sur la scène, à l’écran, dans ses textes. Cela est incontestable, mais il ne faudrait pas oublier qu’il a également donné voix aux femmes (qui ne sont pas des marginales), et d’une façon qui a peu d’égale dans la littérature québécoise. On lui doit encore des réflexions sur ce que le Canada doit aux Premières nations. La palette des personnages de Michel Tremblay — leur humanité diverse, parfois métissée, souvent difficile à revendiquer — est bien plus étendue qu’on semble le croire. La différence est constitutive chez lui.

Mardi 31 octobre.
Le livre est meilleur. Pourquoi ce roman s’est-il intitulé  tour à tour Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? (Do Androids Dream of Electric Sheep?), Blade Runner, ou même, à une certaine époque, Robot Blues ? Pour mettre à l’épreuve la résistance au stress des catalogueurs et des catalogueuses ? Ou pour égarer l’oeuvre littéraire infiniment plus dense et philosophiquement féconde que le cortège des films qu’elle aura engendrée (et engendrera encore à n’en pas douter) et qui leur fait certainement ombrage ?  Où sont passés nos amis les animaux et les poignées à empathie du prophète Mercer qui disent le monde sensible et crédule des humains ? On peut les retrouver dans n’importe lequel des nombreux exemplaires disponibles en version numérique – moins rare que les imprimés (en bibliothèque) :« Il n’y a pas de salut », c’est Rick, qui le dit. Merci à Antoine Tanguay pour la référence archéologique.

Mercredi 01 novembre
Allo, allo ? Jacques Goldstyn, deux fois récipiendaires du Prix du livre jeunesse des bibliothèques de Montréal, vient de remporter le Prix du Gouverneur général 2017 – catégorie Littérature jeunesse– livres illustrés . Il n’avait pas sa page Wikipédia – il fallait y remédier. Ami.e.s bibliothécaires, prenez soin de votre médiation numérique. Cette semaine,  c’est le rendez-vous Mardi, c’est wiki à 18 h 30 à la Grande bibliothèque. Le centième anniversaire de la première bibliothèque centrale de Montréal, jeudi le 16 novembre, sera aussi l’occasion de s’initier aux rudiments de la contribution.

Jeudi 02 novembre
#FREERAIF. Lu la bande dessinée  Raif Badawi : rêver de liberté. Dessins lisses et sages pour une bande dessinée coup de poing. Rêve maintenant d’inviter Ensaf Badawi à l’EBSI et à la Grande bibliothèque pour la Semaine canadienne Freedom to Read.

À noter que le site Freedom to Read, qui se présente exclusivement en anglais, a déjà connu une version dans la langue de Tremblay qui a disparu. Il reste de cette époque, dans un coin discret, une bibliographie en français qui manque passablement de fraîcheur. La dénonciation de la censure francophone est en quelque sorte censurée.

Vendredi 03 novembre
La bibliothèque de Lola Lafon. C’est dans l’excellent roman Mercy, Mary, Patty, Actes Sud, 2017 (en bibliothèque) :

Dans la bibliothèque, les livres sont rangés par ordre alphabétique, des biographies historiques pour la plupart. Une lecture encouragée car tant qu’à rester sur ses fesses autant que ça serve à apprendre quelque chose, martèle son père. (p.43)

Samedi 04 novembre
Montant et les miennes. Est-ce que ma mère a aimé son cadeau de fête ? Nous l’avons emmené ma soeur et moi voir et entendre Lambert chante Montand. Elle a répondu oui pour nous faire plaisir. Et est-ce que nous avons aimé ma soeur et moi ? Nous avons répondu oui pour faire plaisir à Lambert Wilson.


Dimanche 05 novembre
Un paradis pour les vivants. C’est le 165e anniversaire de ce joyau du patrimoine de Montréal et de l’au-delà (1852-2107). La cartopartie prévue au cimetière Mont-Royal a été annulée ce matin en raison de la pluie et du manque d’abri disponible sur le lieu qui est, dans des conditions plus favorables, un « paradis pour les vivants » – une expression tirée, de mémoire, de l’ouvrage Une mort très digne de Brian Young (en bibliothèque). Celle-ci sera peut-être reportée un peu plus tard si un redoux se profile à l’horizon de ce qui reste de l’automne. En attendant cette occasion, sinon le printemps, j’attire votre attention sur cette nouvelle publication Parcours historiques au cimetière Mont-Royal (Myriam Cloutier, 2017) disponible au comptoir du cimetière au coût de 10$. Pour le parcours gratuit, c’est un autre type d’arrangement.

 

 

|Source de l’image de la couverture du livre Do Androids Dream of Electric Sheep? :  Fair use, https://en.wikipedia.org/w/index.php?curid=21070569 et source des autres photos : Marie D. Martel, cc-by-nc-sa |

Compte-rendu : Communs du savoir et bibliothèques sous la direction de Lionel Dujol

Compte-rendu de Communs du savoir et bibliothèques, sous la direction de Lionel Dujol, Paris, Éditions du Cercle de la librairie, « collection Bibliothèques », 2017. Publié dans l’infolettre de l’ASTED pour ses membres le 3 octobre dernier sous la licence cc-by-sa.

L’ouvrage Communs du savoir et bibliothèques est un collectif sous la direction de Lionel Dujol publié aux Éditions du Cercle de la librairie (2017). Cette synthèse sur le thème des communs du savoir à l’intention des professionnel.le.s était attendue puisqu’elle est au coeur des enjeux fondamentaux touchant le renouvellement du modèle des bibliothèques au 21e siècle : la transition numérique, la communauté et le partage au sein d’une démocratie inclusive. “Nous parlons de communs de la connaissance dès lors qu’il y a une activité collective et horizontale pour créer, maintenir et offrir des savoirs en partage. L’émergence du numérique a facilité et encouragé ses usages de création et de diffusion au point d’offrir une opportunité extraordinaire pour construire une société du savoir ouvert et partagé à l’échelle du monde” (p.11)

Le texte de Valérie Peugeot en ouverture donne la portée de cette réflexion ancrée dans la conviction que le savoir s’accroît par accumulation, que les crises globales requièrent une créativité démocratique pour laquelle la mise en commun des connaissances s’avère nécessaire et urgente en vue d’”inventer les savoir-vivre ensemble de demain”. (p.19) Une exploration du champ des communs de la connaissance (cc) permet d’articuler différentes pratiques sociales, dont les déclinaisons peuvent varier à l’infini, à partir des critères établis à partir de la ressource partagée, de la gouvernementalité (les règles), de la communauté.

En contrepartie, Hervé Le Crosnier discute des conditions susceptibles de nuire à cette inventivité démocratique et que l’on désigne sous le nom d’enclosures. Ces méthodes dites d’enclosures, qu’elles soient d’ordre juridique, économique ou technique, consistent à restreindre l’accès au commun, et son usage, au moyen de procédés et de règles. (p. 29-30) Les risques de ce “vol silencieux”, qui concernent, par exemple, les espaces publics des villes, la diffusion des articles scientifiques, le domaine public, doivent faire l’objet d’une compréhension sociale élargie et d’une résistance permanente. Les bibliothèques, enchaîne Lionel Dujol, incarnent à ce titre des lieux privilégiés, c’est-à-dire des tiers-lieux, et en tant que telles, ce sont les “maisons des communs” lorsqu’elles contribuent à imaginer et à construire “l’espace politique des communs et en deviennent les gardiens vigilants.” (p. 38)

La suite de cet ouvrage collectif élabore une approche des communs en bibliothèque autour de trois grands champs d’actions disponibles : i. la préservation et la valorisation des biens communs du savoir; ii. la contribution aux cc et enfin, iii. le soutien à l’émergence d’une cogestion des cc par la présentation d’initiatives concrètes qui traduisent ce chantier.

Le premier volet explore les opportunités liées aux ressources numériques alternatives libres auxquelles s’ajoutent les dispositifs de valorisation et de communication destinés à permettre aux usagers d’y accéder. C’est aussi le sujet du patrimoine numérisé et du copyfraud, comme espèce particulière d’enclosure, consistant à revendiquer des droits de propriété injustifiés limitant la circulation d’une oeuvre. (p.63) Cette pratique des institutions culturelles françaises que décrit Pierre Carl Langlais, et qui révèle une tension sinon une contradiction dans leur mission, est une dérive qui est aussi répandue au Canada, faut-il le reconnaître.

Prolongeant la discussion autour de cette problématique, Lionel Maurel examine la question délicate de la réutilisation des produits de la numérisation patrimoniale par ces institutions culturelles à travers différents modèles économiques. Au terme de cet exercice critique, l’importance de garantir des financements publics élevés demeure indispensable, selon lui, en soulignant, comme il se doit, le caractère exemplaire de la stratégie du Rijksmuseum .(p.82)

Le second volet étudie les circonstances entourant la co-production des cc en bibliothèque à travers deux pistes principales liées à l’open data et l’open access. L’enrichissement des savoirs par le crowdsourcing dans le contexte du patrimoine numérisé et des projets de la Fondation Wikimedia complètent cet inventaire.

Le troisième volet retrace les signaux faibles qui peuvent être interprétés comme des marqueurs transformationnels du modèle de la bibliothèque. Cette lecture prospective s’ouvre sur la bibliothèque hors-les-murs et concerne la gestion des ressources via la trame et l’organisation sociale des microbibliothèques ainsi que celles impliquées dans les grainothèques. À cette occasion, Silvère Mercier développe en surplomb des éléments d’analyse portant sur une anthropologie de la participation des agent.e.s; cette avenue qui observe l’émergence d’une culture des communs est extrêmement pertinente et mériterait d’être approfondie. (pp.157-159) Enfin, la dernière partie consacrée à la bibliothèque des communs campe par l’entremise de scénarios d’usages une vision substantielle du tiers lieu comme espace de co-apprentissage et comme programme territorial.

Si les enjeux abordés dans cet ouvrage sont globaux, cette investigation sur les cc reste très française, même si elle chemine en pointant quelques exemples puisés dans un registre international. Une perspective francophone reste à documenter et à écrire avec des correspondances pour la nourrir. Les échanges et la complicité entre les collectifs Savoircom1 et le Café des savoir libres au Québec par le biais de certaines activités, comme le Calendrier de l’avent du domaine public, incarnent les prémices d’un tel dialogue interculturel.

Plus généralement, au Québec la question des communs s’est posée à travers différents événements qui approchaient de manière frontale le défi de la transformation sociétale : création d’un réseau de fab labs en bibliothèque, la conférence Wikimania 2017, la consultation sur la Stratégie numérique québécoise. Dans la foulée de cette dernière, une Déclaration des communs numériques a émergé au sein de laquelle les bibliothèques étaient directement interpellées dans le codesign d’une alternative en termes de sens et de survie numérique. Cet ouvrage phare vient conforter ces discours et ces efforts.

Et si l’intention de l’ouvrage était d’expliciter la place des bibliothèques comme place des communs au sein de ce mouvement tout en promouvant l’adhésion des parties prenantes, celle-ci est pleinement réussie. A fortiori, cette contribution légitime une conception de l’action publique et une démarche de mobilisation sociale que le monde des bibliothèques hésite à rejoindre, pour des motifs épistémologiques et politiques, sinon par habitude d’hésiter, et pourtant. Pourtant, il suffirait aux bibliothécaires de regarder autour d’eux et de se connecter avec ce qui se passe sous leurs yeux, avec les gens qui s’organisent dans les communautés qu’ils et elles sont sensé.e.s accompagner – et afin de mieux les desservir en dehors de l’appareil figé de la prestation de services – pour trouver des réponses et des raisons qui les engagent là déjà à participer à la réalité et au projet des communs.

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