Bibliothèques scolaires et publiques : Penser la réussite éducative en contexte interculturel

 

Les étudiant.es. du cours sur les bibliothèques publiques ont été invité.e.s à participer à la Table de concertation annuelle des bibliothécaires scolaires et publi.c.que.s (TCBSP). C’est une invitation généreuse qui ne pouvait se refuser pour plusieurs raisons.

D’abord, le cours actuel s’inscrit dans une perspective de bibliothéconomie critique. La bibliothéconomie critique trouve ses fondements dans la théorie critique en proposant une pratique de la littéracie critique de l’information qui explore l’autorité à travers les forces historiques, culturelles, idéologiques structurant les conditions sociales. Motivée par la justice sociale, cette approche vise, en particulier, à « remettre en question notre compréhension de la réalité et à ébranler (disrupt) les lieux communs; interroger une diversité de points de vue pour identifier le statu quo et les voix marginalisées; et se concentrer sur les questions sociopolitiques qui façonnent et suppriment l’information [dont les gens ont besoin] pour agir de manière informée dans le monde. » (Gregory et Higgins, 2013, 3; ma traduction). C’est une orientation qui met l’emphase sur les retombées sociales de la profession.

Pour l’édition de cette année, la TCBSP avait choisi d’amorcer une réflexion sur les pratiques en milieu pluriethnique ; un programme dont l’esprit était en phase avec cette approche.

Par ailleurs, et puisque ce cours s’inspire aussi de la pédagogie critique, en cohérence avec le contenu du cours, cette invitation est apparue comme l’occasion de combiner théorie et pratique en participant activement à la réflexion menée par les professionnel.le.s. de ces milieux (exemple par le biais du World Café le matin).

À ces considérations, on peut aussi ajouter que les gouvernements municipaux s’attendent à ce que les bibliothèques publiques collaborent avec les milieux scolaires. C’est ce qu’indique le rapport d’une vaste enquête menée auprès des gouvernements locaux aux États-Unis à propos de leurs perceptions et leurs attentes quant aux rôles des bibliothèques publiques dans la communauté. (The ICMA/Aspen Institute/PLA Libraries Survey, The Role of Libraries in Advancing Community Goals, 2017). Or, selon les gouvernants, l’éducation est un des rôles prioritaires des bibliothèques publiques qui doivent, c’est qu’on attend d’elles, se coordonner avec les écoles locales, notamment pour fournir des ressources aux enfants et leur offrir des expériences d’apprentissage en ligne (par le biais des makerspaces, par exemple, selon une majorité de répondant.es). La collaboration entre les bibliothèques publiques et scolaires est appelée à faciliter cette coordination.

Je remercie donc, encore une fois, les organisatrices de la Table pour cette invitation. Voici 3 moments, parmi bien d’autres, que je retiens de cette rencontre.

1. Les politiques publiques en matière de bibliothèques scolaires et publiques et/ou qui soutiennent une approche interculturelle : On gagne à les connaître – quand elles existent – et à les questionner.

Politiques ministérielles. D’abord, lancée en juin, il faut connaître la Politique pour la réussite éducative du Ministère de l’éducation et de l’enseignement supérieur du Québec : http://www.education.gouv.qc.ca/fileadmin/site_web/documents/PSG/politiques_orientations/politique_reussite_educative_10juillet_F_1.pdf

Le tableau synthèse : http://www.education.gouv.qc.ca/fileadmin/site_web/documents/PSG/politiques_orientations/tableau-synoptique_politique-reussite.pdf

Le sommaire : http://www.education.gouv.qc.ca/fileadmin/site_web/documents/PSG/politiques_orientations/sommaire_politique_reussite_educative.pdf

En revanche, aucun des documents mentionnés ci-dessus, ne fait référence explicitement (comprendre 0 occurrence des termes) aux bibliothèques scolaires ou publiques ou aux bibliothécaires scolaires ou publi.c.que.s. À la TCBSP, on considérait que la suggestion dans l’axe 3, Orientation 8.2 : «Raffermir les liens entre les milieux éducatifs et les différents acteurs de la communauté» comportait une référence implicite, dont on se contentait (?),  au rôle des bibliothécaires dans la réussite éducative.  

Est-ce que ceci ne constitue pas un déni de reconnaissance flagrant de la valeur de la contribution des bibliothécaires scolaires et publi.c.que.s en matière de littéracie émergente ? 

Mais, dans la même journée, le (nouveau) Ministre de l’éducation inaugurait, en ce 16 janvier,  la Stratégie relative aux services éducatifs offerts aux enfants de 0 à 8 ans, Tout pour nos enfants, visant à appliquer la Politique de la réussite éducative. Un investissement de près de 1,4 G$ est prévu pour offrir aux 800 000 enfants de 0 à 8 ans «les mêmes chances de réussir d’ici 2022.»

Dans ce document, on reconnaît la contribution des bibliothèques aux activités d’éveil à la lecture et l’impact de celles-ci pour le développement des lecteurs et lectrices qui «apprécient davantage la lecture et ont de meilleurs résultats en mathématique.»

La stratégie : http://www.education.gouv.qc.ca/fileadmin/site_web/documents/PSG/politiques_orientations/Strate__gie_0-8_ans.pdf

Parmi les faits saillants, le ministère annonce une série d’«Initiatives novatrices en littératie pour les petits et les grands : un meilleur accès à la lecture» grâce auxquelles «[L]es parents de jeunes enfants auront accès à un programme de littératie familiale en bibliothèques publiques ainsi qu’à un programme d’accompagnement à l’éveil et à l’apprentissage de la lecture en bibliothèques scolaires.»

L’UMQ, par l’entremise de l’ABPQ [L’Association des bibliothèques publiques du Québec]  «a salué le dépôt de la Stratégie 0-8 ans annoncée par le ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport, Monsieur Sébastien Proulx, et par le ministre de la Famille, Monsieur Luc Fortin.» L’ABPQ dit se  réjouir «de constater que les bibliothèques publiques sont partie prenante des mesures entourant le développement de la littératie chez les enfants et leurs parents en élaborant un programme de littératie familiale dans les bibliothèques publiques.» L’ABPQ poursuit : «Les bibliothèques publiques sont judicieusement positionnées, au cœur des communautés afin de jouer un rôle de premier plan dans le développement des compétences essentielles en lecture, en écriture et en mathématiques dès le plus jeune âge. Au cours des prochaines années, les bibliothèques publiques du Québec se verront mieux outillées afin de proposer aux familles des services de littératie familiale, positionnant ainsi le parent en tant que premier éducateur de l’enfant.», a indiqué Ève Lagacé, directrice générale de l’ABPQ.»

Les études actuelles en littératie et en alphabétisation supportent cette vision d’une approche concertée des acteurs de la communauté : services de garde, bibliothèques, organismes communautaires en reconnaissant explicitement le rôle de chacun. L’école ne peut pas y arriver seule. L’exemple de l’État du Colorado figure à ce titre dans la StratégieÀ suivre.

Politiques municipales. Un autre document de référence qui permet cette fois de soutenir une approche interculturelle des services : Le livre blanc municipal : L’avenir a un lieu. D’abord, face au défi que représente «La cohésion sociale et le vivre-ensemble», la municipalité de demain s’engage à être «plus accueillante».  Les recommandations 19 et 20, par exemple, suggèrent de [Q]ue les élus municipaux s’engagent à garantir et à améliorer l’accessibilité aux services publics locaux pour leurs citoyens. Plus spécifiquement, ils s’engagent à : «Proposer au gouvernement des solutions plus efficientes basées sur les synergies possibles entre les points de services de leur réseau respectif et leur complémentarité fonctionnelle (Services Québec, Emploi Québec, services aux immigrants, réseau de bibliothèques municipales par exemple).» On souligne, en outre, le rôle du gouvernement du Québec (recommandation 20) dans l’accompagnement des élus municipaux et l’amélioration de l’offre de services publics en vue de «conclure des partenariats permettant l’intégration des points de services de son réseau avec celui de la municipalité, et le réinvestissement des économies possibles dans l’amélioration de ces services.» Les bibliothèques, croit-on, pourraient contribuer à jouer ce rôle intégrateur à différents niveaux.

Pour Montréal, s’ajoute le 2e volet de l’Entente Réflexe Montréal (sur le statut de Montréal comme métropole) où l’on revendique la consolidation des relations interculturelles par la mise en place d’ententes sectorielles, notamment en matière d’immigration, de culture, de patrimoine, d’infrastructures et d’équipements scolaires.

D’autres exemples de politiques contiennent des orientations significatives, les politiques culturelles par exemple, comme celle de Ville Mont-Royal ou celle de la Ville de Montréal, sans oublier la Politique de l’enfant.

Remarques :  Le positionnement de Montréal, ville interculturelle aurait également pu être mobilisé comme un appui politique pour des initiatives qui soutiennent les pratiques et le développement des savoirs interculturels. (Et pendant ce temps, on attend de voir le sort que réserve la Ville de Montréal au programme des agents de liaison en bibliothèque – qui pourrait être compromis dans un avenir proche.)

Dans une perspective globale, d’autres politiques récentes de l’IFLA sur le développement humain, ou moins récente comme le Manifeste sur la bibliothèque multiculturelle, représentent des contributions clé pour aborder les défis du pluralisme culturel.

Au sein de cette cartographie politique, on ressent aussi le besoin en creux d’un discours qui ferait le pont entre le souci ministériel pour la réussite de tous les élèves, incluant ceux et celles qui sont issu.e.s de l’immigration, et le rôle des municipalités en matière d’accueil, d’intégration, d’inclusion, auprès des familles. Cet exercice pourrait passer par un effort coordonné des bibliothèques scolaires et publiques (avec l’École montréalaise ?), une politique sur le partenariat scolaire-publique, qui n’existe pas encore.

À noter aussi que la structure Un école Montréalaise pour tous a déjà développé des pistes pour l’adoption de pratiques éducatives équitables en milieu défavorisé et en milieu défavorisé pluriethnique, le partage de celles-ci pourraient enrichir celles des bibliothèques scolaires et publiques.

2. Idéologies linguistiques et interventions en milieu pluriethnique et plurilingue pour les Bibliothécaires et … futurs bibliothécaires, une conférence de Françoise Armand (Université de Montréal). Cette présentation a exposé les bénéfices d’apprendre à travailler dans la diversité, d’aller à la rencontre de la langue de l’autre, de développer le plurilinguisme et des compétences pluriculturelles dans le contexte des systèmes éducatifs. Cette ouverture à la diversité reconnaît notamment l’importance des langues maternelles pour les enfants issus de l’immigration, tant au plan affectif, identitaire que cognitif, et surtout l’importance de les légitimer et les valoriser. On prend note de l’outil ELODIL : www.elodil.umontreal.ca qui propose des bibliographies pour matérialiser la diversité culturelle et linguistique à la bibliothèque et à l’école.

3. Une veille sur des outils et des pratiques interculturelles inspirantes. La veille réalisée par Olivia Marleau, bibliothécaire à Ville Mont-Royal, dans les revues professionnelles illustre l’engouement des bibliothécaires jeunesse en Amérique du Nord pour des pratiques sensibles à la diversité et l’équité. Plusieurs de ces réflexions invitent à une remise en question radicale des pratiques ethnocentriques actuelles.  On espère que sa riche récolte sera largement partagée.

Pour conclure, les professionnel.le.s ont exprimé le désir d’un projet commun ambitieux : Une campagne promotionnelle qui mise sur une amnistie à vie, la fin des amendes au moins pour les enfants ? À suivre.

À ajouter aux recommandations de lecture, l’ouvrage de Nicole A. Cooke. 2017. Information Services to Diverse Populations: Developing Culturally Competent Library Professionals. Libraries Unlimited.

Je partage le pad qui contient les notes rassemblées par les étudiant.e.s du groupe du matin et de l’après-midi: https://mypads.framapad.org/mypads/?/mypads/group/ebsi-ep2wm97hp/pad/view/notes-collectives-de-la-tcbsp-4r2wn973b

Merci aux braves qui ont documenté la TCBSP 2018.

 

Les bibliothécaires du monde entier font le cadeau d’une citation à Wikipédia. Parce que #lesfaitscomptent #factsmatter #1bib1ref #1lib1ref

« Librarians all over the world are giving Wikipedia the gift of a citation. Because #factsmatter. » J’ai repris dans le titre l’un des slogans les plus populaires de l’année passée pour annoncer le retour de la campagne 2018  #1bib1ref #1lib1ref qui se tiendra à partir du 16 janvier.

Je m’adresse à la communauté des milieux documentaires, bibliothèques et archives, comme aux organisat.rice.ur.s de la planète wikimédia qui voudraient se joindre à la campagne  #1bib1ref #1lib1ref.

L’initiative #1lib1ref prépare sa troisième édition pour 2018. La campagne prend la forme d’une invitation à célébrer l’anniversaire de Wikipédia en ajoutant une référence dans les articles. Ce simple geste, celui de « sourcer« , fait partie de l’hygiène de vie démocratique, a fortiori dans le métier, et plus que jamais depuis que les événements politiques récents ont ramené au devant de la scène la question de la fiabilité des sources d’information – pour ne pas évoquer les « fausses nouvelles ». Améliorer Wikipédia pour en faire une ressource plus fiable devient aussi l’occasion d’échanger, dans une perspective plus large, au sujet de la relation complexe que nous entretenons avec l’information et l’opinion dans nos démocraties.

Depuis l’année dernière en particulier, l’International Federation of Library Association (IFLA) soutient activement le rapprochement entre les bibliothèques et les projets WMF,  notamment à travers l‘initiative #1lib#1ref. 

De l’EBSI à BAnQ, en passant par la Corpo, l’ASTED, les Bibliothèques de Montréal, de Québec ou de Laval, du SAG-LAC,  les BAnQ en région, BAC et ses centres aussi, les bibliothèques universitaires (UdeM, McGill, les BU du réseaux UQ, Concordia, Laval, etc.), la super médiathèque de la Cinémathèque québécoise, les bibliothèques francocanadiennes, francophones, etc., etc., etc., c’est un bar ouvert. Avec le mot-clic à utiliser en français : #1bib1ref.

Des faits, encore des faits

Quelques faits ludiques (#funsfacts) au sujet de l’édition 2017 :

  • 18 différentes langues dans différentes communautés
  •  4 171 modifications avec les mots-clics de la campagne
  • 741 contributeurs ont amélioré 2 588 pages
  • Une campagne plus longue d’une durée de 3 semaines
  • Une augmentation du nombre d’ateliers dans les bibliothèques du monde entier
  • Certaines bibliothèques ont ajouté un mot-clic pour s’identifier, ce qui a généré des concours inter-institutionnels – de même qu’un outil pour évaluer l’impact de leurs contributions.
  • Le personnel de la Bibliothèque d’État du Queensland a relevé le défi d’ajouter 1000 citations pour la campagne!
  • Certaines rivalités sportives historiques, notamment sur le court de basketball entre l’Université de la Caroline du Nord et l’Université Duke, se sont prolongées sur le terrain de # 1lib1ref. (Et c’est la Caroline du Nord qui l’a emporté dans le duel  #UNCvsDuke).

Outil de chasse et source-O-thon

Un outil de chasse à la citation est disponible en français (et en bien d’autres langues). À l’aide de celui-ci, la chasse à la [référence nécessaire] vous permet de repérer des extraits de code Wikipédia qui ne sont pas validés par une source fiable et de les corriger. Par exemple, la page Fauvisme :

« Le grand danger pour l’art, c’est l’excès de culture » « Que gagne-t-on à manquer de culture ? » (A. Derain)[réf. nécessaire]

Un source-O-thon, ça vous tente ?

Comment ça marche ?

On peut trouver un complément d’informations en français sur cette page consacrée à #1bib1ref.

Le coordonnateur des GLAMs, Alex Stinson, a aussi partagé une liste de liens utiles pour soutenir l’organisation et les communications des équipes intéressées :

La page principale de la campagne: https://meta.wikimedia.org/wiki/The_Wikipedia_Library/1Lib1Ref
Les instructions « Comment participer »: https://meta.wikimedia.org/wiki/The_Wikipedia_Library/1Lib1Ref/Participate
Les instructions d’aide à la citation: https://meta.wikimedia.org/wiki/The_Wikipedia_Library/1Lib1Ref/Help
La page Connect: https://meta.wikimedia.org/wiki/The_Wikipedia_Library/1Lib1Ref/Connect
La barre latérale: https://meta.wikimedia.org/wiki/Template:The_Wikipedia_Library/1Lib1Ref/Sidebar
« Le kit du café »: https://meta.wikimedia.org/wiki/The_Wikipedia_Library/1Lib1Ref/Coffee_Kit
Une page pour enregistrer les mentions presse / blog: https://meta.wikimedia.org/wiki/The_Wikipedia_Library/1Lib1Ref/Press
Une page pour enregistrer les événements: https://meta.wikimedia.org/wiki/Template:The_Wikipedia_Library/1Lib1Ref/Connect/Events
Des exemples de matériel de communication produit au cours de l’édition 2017:
https://meta.wikimedia.org/wiki/The_Wikipedia_Library/1Lib1Ref/Press/2017

Bonne chasse  !

Le lancement du Calendrier de l’Avent du domaine public 2018 !

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Tout au long du mois de décembre, ce calendrier de l’Avent vous invite à découvrir à chaque jour un créateur ou une créatrice dont l’oeuvre s’élèvera dans le domaine public en 2018.

Dès aujourd’hui, et chaque matin, une fenêtre s’ouvrira sur des auteur.e.s, des scientifiques, des artistes dont les oeuvres entreront dans le domaine public à partir du 1er janvier 2018. Des amoureux du domaine public se retrouvent depuis trois ans pour les signaler, les célébrer et les rendre aux publics à qui ils appartiennent désormais.

Le domaine public rassemble l’ensemble des œuvres de l’esprit pour lesquelles les droits d’auteur sont expirés. Au Canada, cette expiration des droits se produit 50 ans après la mort de l’auteur.e. En vertu de ce statut, les oeuvres sont désormais librement accessibles. On peut les partager, les copier, les remixer sans demander d’autorisation ou payer des droits. Ces sont des biens communs, des trésors patrimoniaux.

La liste des entrants a été réalisée avec l’aide avisée des bibliothécaires de Bibliothèque et archives nationales du Québec (BAnQ). Il est prévu que les oeuvres des auteur.e.s québécois qui accèdent cette année au domaine public seront numérisées. Est-ce que les coupures subies récemment par BAnQ compromettront ce projet de mémoire ?

L’an dernier, le domaine public québécois et canadien avait accueilli des figures telles que Pierre Mercure, André Breton, Anna Langfus, Dantès L. Bellegarde, Suzanne Césaire, Alberto Giacometti. Cette année, la célébration débute avec une femme qui a défoncé des portes bien avant que s’ouvre pour elle, celle du calendrier de l’Avent : Geneviève Acloque.

Voici ce que Christian Aubry, qui a écrit la notule qui lui est consacrée, nous dévoile sur elle :

Née à Lyon (France) le 5 mai 1884, Geneviève Léopoldine Marcelle Aclocque, future vicomtesse de Croÿ, est la première fille de Gratien Fernand Aclocque, un ingénieur militaire et chef d’escadron d’artillerie qui décédera en 1897. Sa mère, Blanche Duchanoy, est elle-même fille d’un ingénieur en chef des Mines. Geneviève a également une sœur, Suzanne, sa cadette de deux ans.

En 1906, elle se présente au concours d’entrée à l’École nationale des chartes, une grande école française spécialisée dans la formation aux sciences auxiliaires de l’histoire. Elle se classe quatrième sur les vingt candidats reçus. Quatre ans plus tard, est la première femme française diplômée de l’École des chartes à titre d’archiviste paléographe, ce qui lui confère une certaine renommée. Elle devient en effet un symbole des nouvelles possibilités offertes aux femmes et c’est ainsi qu’on peut lire, dans le journal Le Radical du 12 novembre 1906, ceci:

« Le public qui constate qu’en dépit des difficultés accumulées devant elles les femmes… en la personne de Mlle Acloque [sic], arrivée quatrième à l’École des Chartes, sur vingt élèves admis; le public ne peut plus croire à l’infériorité du sexe féminin. Alors ! Qu’attend-on pour faire, des équivalentes des hommes, leurs égales devant la loi?»

On peut lire la suite sur le calendrier de l’Avent 2018. Les révélations se succéderont dans les prochains jours.

| Par Dessendier (Archives privées) [Public domain], via Wikimedia Commons |

100 ans de bibliothèques publiques à Montréal, regards croisés entre le passé et l’avenir : un colloque contributif

Avec des ami.e.s libristes, nous avons débuté une cartopartie en se donnant rendez-vous le 4 mai 2017 devant l’édifice Gaston-Miron, 100 ans jour pour jour, presque heure pour heure, après l’inauguration de la première bibliothèque centrale de Montréal en 1917. Nous avons lu un extrait du tout nouveau livre de François Séguin – superbe monographie qui raconte l’histoire de la bibliothèque publique au Québec. À lire absolument (en bibliothèque).

Pendant que l’on parlait du 375e en 2017, je m’intéressais beaucoup, en effet, au 100e et je n’ai pas manqué de le faire savoir lors de mes derniers jours à la Direction des bibliothèques. Merci à Luc Jodoin et Ivan Filion pour l’écoute (et la patience) et, enfin, pour leur démarche auprès de leurs vis-à-vis à la Grande bibliothèques/BAnQ pour que soit commémoré à travers un événement digne de son importance, ce moment historique de la  naissance de la bibliothèque centrale de Montréal.

Par ailleurs, au cours de l’été, pendant la fête Wikimania, l’événement « Wiki aime les bibliothèques » qui avait rassemblé plus de 37 professionnel.les des milieux documentaires, avait confirmé les attentes et les besoins de formation. C’est alors que l’idée de réunir l’événement commémoratif et l’atelier formatif et contributif s’est naturellement imposée. Cette formule de colloque contributif est-elle une première mondiale ? Sous nos contrées, je dirais que c’est le cas. C’est une proposition qui promet de renouveler l’approche des colloques à l’enseigne des communs numériques. Et souhaitons que cette première ne soit pas la dernière car une célébration pendant le Salon du livre qui voudrait se pencher sur la lecture publique et son histoire pourrait représenter un rendez-vous nécessaire pour les nouveaux et les anciens bibliothécaires soucieux et soucieuses de la bibliothèque à venir.

Éric Leroux, professeur à l’EBSI (Université de Montréal) a proposé un programme pour ce colloque réunissant un aréopage d’experts qui nous permet de dresser un portrait global du développement des bibliothèques publiques au Québec. La trame éditoriale permet de remonter le temps à partir du milieu du 19e siècle, ce qui offre, selon les termes de l’historien du livre, une meilleure contextualisation de l’histoire des bibliothèques publiques québécoises en jetant l’éclairage requis sur l’avènement de la « centrale ». Voici le programme du colloque contributif  « 100 ans de bibliothèques publiques à Montréal, regards croisés entre le passé et l’avenir » :

  • Michèle Lefebvre : L’Institut canadien de Montréal : une histoire mouvementée
  • Éric Leroux : L’implantation des bibliothèques Carnegie en Amérique du Nord (1886-1919)
  • Philippe Legault : De la Bibliothèque Saint-Sulpice à Bibliothèque et Archives nationales du Québec : survol historique
  • Marcel Lajeunesse : La saga de la création de la Bibliothèque municipale de Montréal et le lent développement de cette institution

Une formation Wikipédia (présentée par BAnQ et Wikimédia Canada) sera donnée, après ces exposés, afin de permettre aux participant.e.s de maîtriser les rudiments de l’édition dans l’encyclopédie collaborative.

Un atelier contributif suivra au cours duquel les participant.e.s seront invités à créer des articles choisis, ou à améliorer des pages existantes, « en lien avec les bibliothèques publiques de Montréal d’hier et d’aujourd’hui. » Ce sera aussi l’occasion de retrouvailles et d’échanges avec les ancien.ne.s employé.e.s de la bibliothèque centrale qui seront présent.e.s. #mémoire

Ce colloque contributif est gratuit et se tiendra  à BanQ Vieux-Montréal, 535, avenue Viger Est, Montréal, jeudi 16 novembre 2017, 13 h 00 à 17 h 00. 

| François Séguin, D’obscurantisme et de lumières : La bibliothèque publique au Québec des origines au 21e siècle, Montréal, Hurtubise, 2016. |

« Explorer la décolonisation, en route vers la réconciliation » par la relation, l’écoute, le dialogue, l’action

Bibliothèque et archives Canada (BAC) s’attendait à accueillir 40 personnes, nous a dit Guy Berthiaume en clôturant la journée, et nous étions près de 150 participant.e.s au forum « Explorer la décolonisation, en route vers la réconciliation. » L’intention de cette rencontre était d’offrir « l’opportunité [aux] partenaires universitaires de BAC de se rencontrer en personne afin de partager et discuter de projets et d’initiatives novateurs liés à la réconciliation. » #ForumUniv

D’entrée de jeu, cette démarche visant à favoriser l’avancement « de la réflexion et des actions de réconciliation » a été ramenée à un engagement qui « doit partir du cœur », dans la sincérité et l’écoute. L’intervention de Normand Charbonneau (BAC) l’a scellé en ces termes en soulignant la nécessité de questionner la posture décalée de la prestation de services. Nous professionnel.le.s, fonctionnaires, sommes programmé.e.s comme des « machines à livrables » (delivery machines), a-t-il avancé, mais dans le cas qui nous occupe, la dernière chose que nous voulons, c’est de se présenter à la façon de « serviteurs publics travaillant avec des communautés indigènes. » Si nous souhaitons la réconciliation, nous devons adopter une attitude de respect, d’écoute, de dialogue. Bâtir nos capacités. Bâtir des relations qui aient du sens.

Camille Callison, de la nation Tahltan, Université du Manitoba, (« Respecter notre engagement à l’égard de la réconciliation : répondre aux besoins d’information des peuples autochtones et établir des relations avec eux »), a exposé les travaux entamés par la Fédération canadienne des associations de bibliothèques (CFLA FCAB)  qui ont mené au rapport du Comité Vérité et réconciliation :

Le Comité sur la vérité et réconciliation existe pour travailler avec les populations autochtones (Premières Nations, Métis et Inuits) afin d’aborder les problèmes liés aux bibliothèques, aux archives et aux institutions de la mémoire culturelle et promouvoir des initiatives dans tous les types de bibliothèques en avançant et en mettant en œuvre une réconciliation significative tel que traité par le rapport de la Commission de vérité et réconciliation et dans les appels à l’action (anglais) (français).

L’organisation de ce comité a reposé « sur une adaptation du cadre de la roue médicinale » en « cherch[ant] à comprendre la vision du monde autochtone. »

Le Comité se divise en quatre équipes chargées des responsabilités suivantes. L’équipe Noir du Comité de vérité et réconciliation a compilé les pratiques exemplaires déjà en place concernant les peuples autochtones du Canada. L’équipe Blanc a fourni une analyse des lacunes concernant les appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation (CVR) et a recommandé un examen annuel destiné à évaluer les progrès réalisés. L’équipe Jaune a examiné les relations existantes et a créé une base de données de personnes-ressources. Enfin, l’équipe Rouge a envisagé l’avenir en examinant l’ensemble des connaissances relatives à la décolonisation de l’espace, à l’accès et à la classification, à la protection des connaissances autochtones, à la sensibilisation et au service. (p.5)

De ces travaux sont issues dix recommandations que l’on peut lire dans ce même rapport. La contribution du plan d’action  Indigenous Matters de l’IFLA à cette réflexion est également souligné.

Les enjeux éthiques, la critique et le discours sur la discrimination jouent aussi un rôle essentiel. Nous devons être proactifs dans la sauvegarde des archives autochtones sinon nous ne pourrons écrire l’histoire de la colonisation de ce pays affirme Brenda Macdougall, Université d’Ottawa (« Traces ancestrales dans le dossier : Retracer les populations autochtones au moyen de sources coloniales). La signification même du terme « réconciliation » devient l’objet d’une remise en question radicale. (Andrea Bear Nicholas, Université Saint-Thomas, « Considérations pratiques et éthiques concernant le dépôt de documents autochtones des gouvernements fédéral et provinciaux »).

Selon Melissa Adams, Union of British Colombia Indian chief’s, (« Décoloniser et non recoloniser »), cet engagement requiert que l’on se centre sur les intérêts et les préoccupations des populations autochtones en les impliquant : « Decolonizing is not a metaphor. » L’approche des 4 « R » fournit des repères éthiques :

  • Respect : for the indigenous cultural integrity
  • Relevance : to indigenous perspectives and experiences
  • Reciprocity in relationship
  • Responsability though participation

Les alliés, ajoute Melissa Adams, doivent marcher à côté, non pas devant, ni derrière. Il n’y aura pas de « tips box », mais plutôt, dans une visée à long terme, un travail de tous les jours : « Reconciliation is relationship, relationship, relationship… »

La journée a été placée à l’enseigne de l’humilité du côté des allié.e.s : « The more I learn, the more I realize that I know nothing, and that I have to listen ».

Comment les appels à l’action en faveur de la réconciliation et de la décolonisation (« décoloniser l’espace, le savoir, la recherche, la/les langues, la propriété, la représentation des ressources, les collections »…) seront-ils entendus à leur tour à travers l’ensemble des milieux documentaires québécois ? Quelle réflexion collective, quels dialogues interculturels et quels engagements susciteront-ils ?

| L’image est tirée du rapport du comité CFLA-FCAB Vérité et réconciliation |