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Joséphine Marchand par James Rice, Montréal (d. 1958), Domaine Public, via Wikimedia Commons

Je mène une enquête sur Joséphine Marchand (5 décembre 1861 – 2 mars 1925), désignée personnage historique depuis 2020. Cela fait quelques année déjà que je tire sur le fil d’une pelote avec l’intention de faire remonter à la surface l’apport des femmes dans l’émergence de la lecture publique au Québec. Cette contribution à la lecture publique, dont Marchand est une des figures clé, implique une vision nouvelle, féministe, de la place des femmes dans la sphère publique au XIXe siècle. Les travaux de Sophie Montreuil ont permis d’entreprendre cette réhabilitation de Joséphine Marchand en signalant l’initiative de l’Oeuvre des livres gratuits et en lui redonnant son rôle dans l’historiographie québécoise.

L’Oeuvre des livres gratuits est une bibliothèque itinérante que Marchand fonde en 1898 dans le but de permettre « l’accès à la lecture dans les milieux défavorisés et les régions éloignées ». (Répertoire du patrimoine culturel du Québec). Cette initiative dépend d’un vaste réseau d’associées, principalement des jeunes filles et des institutrices dans les régions du Québec, parfois au-delà.

La participation de Marchand repose, et c’est ce qui m’intrigue, sur la constitution de réseaux d’entraide féminins et sur des projets de bibliothèques voyageuses ⎼ l’Oeuvre des livres gratuits n’est pas, à ce titre, unique en son genre ⎼ s’appuyant sur des investissements tantôt publics, tantôt philanthropiques, qui sont apparus vers la fin de XIXe siècle. Dans une large mesure, ces démarches ont également été les véhicules des premiers développements de bibliothèques pour les jeunes. Ces projets sont à cartographier.

Avril 2022

Ces jours-ci, je cherche la sépulture de Joséphine Marchand au cimetière Notre-Dame-des-Neiges à Montréal. La signalisation de ce cimetière, comme celles de bien d’autres, est un chemin de croix. J’avais écrit cet hiver à Info-défunt qui m’avait bien répondu dans les trois jours ouvrables en me fournissant les adresses des sections et concessions pour Joséphine Marchand et Raoul Dandurand : « Vous trouverez ci-joint la liste des défunts pour le lot demandé. Je vous envoie aussi les 3 Josephine Marchand qui sont au cimetière ainsi que la liste des défunts du J2 00298 puisque que cette Joséphine Marchand était l’épouse d’un Dandurand. »

10 avril 2022

J’ai attendu impatiemment le printemps, la fonte des neiges et la fin des cours pour me lancer à la découverte du cimetière. J’ai identifié le lot J2 00298 où devrait être enterrée Joséphine Marchand. Outre une stèle bien marquée 0298 au nom de Dandurand (voir photo de droite), je n’ai pas encore localisé une plaque ou un monument portant l’inscription de son nom à elle. Je prévois retourner à l’accueil pour m’aider à éclaircir ce mystère qui est peut-être simplement dû à mon inattention en parcourant la section. Cela dit, il y a de quoi s’étonner du fait qu’on ne la retrouve pas dans le mausolée qui accueille la dépouille de son époux, Raoul Dandurand. Comment les aléas des dispositions funéraires ont-ils pu les éloigner de la sorte ?

La biographie récente de Marie Lavigne et Michèle Stanton-Jean (Boréal 2021) raconte l’histoire de ce couple qui a partagé bien plus que quarante ans de vie commune. Contre toutes attentes, la mort a fini par séparer jusqu’au lieu de leur dernier repos ces inséparables « compagnons de route soudés autour d’un même projet politique » (quatrième de couverture).

17 avril 2022

Pour le moment, j’ai pu me rendre au mausolée Doutre-Dandurand assez facilement. L’unique fille de Joséphine Marchand et Raoul Dandurand, Gabrielle Dandurand, serait dans le caveau avec son père.

Le mausolée est en piteux état. Alors que la chaire Raoul-Dandurand brille dans les médias à tout venant, le délabrement de ce tombeau suggère que l’on se soucie assez peu désormais de celui qui lui a donné son nom.

En allant à Saint-Jean-sur-le-Richelieu, j’ai également photographié la maison familiale au 126 de la rue St-Charles. Aucune plaque commémorative pour rappeler que le propriétaire de cette résidence, Félix-Gabriel Marchand, le père de Joséphine, a été premier ministre de la province de Québec de 1897 à 1900. Je vais verser quelques-unes de ces photos dans Wikicommons et les lier aux articles pertinents sur Wikipédia (Joséphine Marchand, Félix-Gabriel Marchand, Raoul Dandurand).

 

Publié par :Bibliomancienne

Bibliothécaire, auteure d'un carnet, professeure à l'EBSI.

4 commentaires sur “Bibliothèques voyageuses : Carnet de Joséphine Marchand

  1. Chère Marie D. Martel vous êtes un véritable trésor…
    L’habitude de l’abandon fait en quelque sorte partie du patrimoine québécois. Les exemples que vous en donnez sont d’autant plus désolants qu’ils tiennent à des objets et lieux modestes, que quelques onces de culture auraient pu sauver.
    Merci,
    Lise Bissonnette

    1. Chère Madame Bissonnette, merci, ça me console de savoir que ce sujet, l’abandon patrimonial ⎼ comme vous le dites si bien ⎼ fait encore réagir quelques personnes!

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