La bibliothèque Pettes, située au 276 chemin Knowlton au Lac-Brome, est un monument commémoratif érigé par Narcissa Farrand Pettes en 1894 pour perpétuer le souvenir de son époux, Nathaniel Pettes, un commerçant prospère, et de sa fille unique, Mary-Louise, morte à 19 ans.

Comme le souligne Marcel Lajeunesse, dans l’ouvrage Bibliothèques québécoises remarquables, l’établissement figure dans ce bouquet parce qu’il représente un exemple éloquent des retombées de la philanthropie dans le développement de la bibliothèque publique au Québec, une approche opératoire même en milieu rural. Cette capacité est portée par la morale protestante, révélée dans le testament de Narcissa Farrand Pettes, qui valorise

la richesse comme don divin en rétribution du travail honnête et constant et la responsabilité morale des personnes rendues prospères par un tel travail de retourner une partie de cette richesse à « l’amélioration et à l’avancement intellectuel et moral de ses concitoyens ». (p. 289-290)

Cette bibliothèque, comme toutes les autres, est porteuse de culture. Son héritage culturel est celui des élites du XIXième qui ont les moyens financiers d’investir dans des projets générant une forme de contrôle social en orientant leurs concitoyen(ne)s, souvent des classes inférieures, vers les valeurs culturelles qu’elles privilégient tout en légitimant leur pouvoir ⎼ ainsi que les travaux de Dee Garrison l’ont montré dans Apostles of culture (1979).

La bibliothèque Pettes est également le témoin privilégié de l’apport précoce des femmes à l’histoire de la lecture publique au Québec à la fin du XIXième siècle. Narcissa Farrand Pettes, dans le contexte législatif discriminatoire de l’époque, ne pouvait acquérir le terrain sur lequel elle comptait ériger la bibliothèque et elle dût faire appel à son beau-frère, Jeremiah Pettes, pour réaliser la transaction. C’est bien sa signature à elle, en revanche, qui est apposée sur les plans réalisés par George D. Storey, un architecte du Vermont. La proposition initiale, telle que spécifiée dans l’acte de donation apparaissant dans le testament, décrit « une bibliothèque publique avec les commodités d’une salle de lecture et de conversation (je souligne) et d’une salle de conférence »; ce qui nous rappelle que le parti pris pour la conversation dans un lieu conçu pour les échanges intellectuels et communautaires n’est pas une prérogative, encore moins une invention, des bibliothèques tiers lieux du XXIième siècle.

Un projet de rénovation et d’agrandissement de l’édifice victorien est prévu et a été dévoilé en juin dernier. La firme Chevalier Morales ⎼ qui a conçu la bibliothèque de Lachine, celle de Pierrefonds, de Drummondville, la Maison de la littérature, et qui concevra sous peu un projet d’envergure à Saskatoon a produit les plans préliminaires :

La firme propose une annexe tout en verre de 322 mètres carrés à l’arrière du bâtiment et une mise aux normes de l’édifice existant, sur le plan de l’environnement et celui de l’accessibilité universelle. Le nouveau lieu surmonté d’une terrasse comprendra une grande salle multifonctionnelle, un laboratoire/espace pour les médias ainsi que divers espaces et salles de travail. L’espace commun où se trouve la réception reliera l’agrandissement au bâtiment existant. L’entrée principale du bâtiment centenaire sera d’ailleurs conservée, préservant ainsi l’intégrité de la façade patrimoniale. Le coût total du projet est évalué à 5,2 millions de dollars (M$)

Comment la chaleur, l’hospitalité, l’intimité, le caractère domestique et convivial seront-ils abordés dans la proposition d’architecture et d’aménagement à venir ? Comment tourner, ou non, la page en matière de culture locale et de technologies ? Quelles valeurs et quelles aspirations porte cette bibliothèque aujourd’hui ? Une enquête et une démarche participative sont en cours.

La bibliothèque commémorative Pettes est sur Wikipédia; quelques étudiant(e)s de l’EBSI ont contribué à améliorer les contenus de la page.

Sources

Dee Garrison. (1979). Apostles of culture: The public librarian and American society, 1876-1920. New York: Macmillan Information.

Marcel Lajeunesse. (2017). « La bibliothèque commémorative Pettes de Knowlton », dans Corbo, C., Montreuil, S., Crevier, I., & Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Bibliothèques québécoises remarquables, [Montréal] : Bibliothèque et Archives nationales Québec : Del Busso, pp. 287-296.

Publié par :Bibliomancienne

Bibliothécaire, auteure d'un carnet, professeure à l'EBSI.

2 commentaires sur “[Carnet de notes et d’images] La bibliothèque commémorative Pettes de Knowlton, un autre jalon de la contribution des femmes à la lecture publique au Québec

  1. Très cool comme article! Je connais et ai visité le St. Johnsbury Athenaeum, mais pas la bibli commémorative de Knowlton!! Chouette de savoir que nous avons ça chez nous et qu’il existe un projet de mise à niveau. Merci!

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