Frida, on ne s’en lasse pas. Au Musée National des Beaux-Arts du Québec, elle est la tête d’affiche d’une exposition qui présente l’art moderne mexicain. Plusieurs photographes qui l’ont côtoyée, comme Lucienne Bloch et Lola Álvarez Bravo, figurent aussi dans ce parcours. Le programme de la visite ne lésine pas sur ses engagements politiques et sa soif de justice sociale; sa trajectoire communiste et féministe, ses positions radicales, leurs influences sur son projet artistique, sont narrés avec soin.

Frida est aussi le sujet d’une publication récente, essai graphique et biographie textile, qui explore l’univers de l’artiste à partir du langage expressif vestimentaire qu’elle avait tissé. L’ouvrage qui reprend le mot d’André Breton, Un ruban autour d’une bombe (nada, 2018), est un bijou que j’avais acquis lors de l’expozine à l’automne 2019 au kiosque de Kersplebedeb. Je l’ai revu à la boutique du MNBAQ. On peut l’emprunter à la Grande bibliothèque (notice) ⎼ il est absent du catalogue des Bibliothèques de Montréal comme de celui du réseau de Québec qui n’ont apparemment pas succombé à ce point à la Fridamania.

Car Fridamania il y a, les créations artistiques et une kyrielle de produits dérivés prolongent, avec une ardeur qui ne semble pas s’essouffler, au contraire, dans la culture populaire (parfois moins), le dialogue avec son oeuvre.

Ce Calendrier de l’avent avait souligné la présence de Frida Kahlo dans la domaine public canadien et un article lui avait rendu hommage en décembre dernier :

[Frida Kahlo] s’amuse très jeune à porter des tenues réservées aux hommes, lors des séances de photographie familiale, et s’est même représentée dans un tableau avec les cheveux courts et un costume d’homme. Sa jeunesse est également marquée par la révolution mexicaine. Elle s’identifiera d’ailleurs rapidement aux bouleversements sociaux de son époque. Se qualifiant elle-même de « fille de la révolution », elle défend et prône un art indépendant et révolutionnaire. À ce titre, la plupart de ses peintures font figure de transgressions. Dès 1930, Frida Kahlo explore des thématiques encore taboues et intimes pour son époque, comme la sexualité, la fécondité ou encore l’avortement.

⎼ Julia Minne

C’est une dimension politique que le musée aurait pu mettre en valeur, d’autant plus que la référence au domaine public et aux opportunités de remix que ce dernier autorise, sont une invitation à la participation culturelle active, un aspect que les institutions culturelles, incluant les bibliothèques, peinent à assumer, souvent engoncées dans le corset étroit de la diffusion des collections et d’un certain manque d’imagination ⎼ que Frida refuserait de revêtir.

Illustrations

  • Photo 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7. Production personnelle.
  • Frida Kahlo, 16 octobre 1932. Auteur: Guillermo Kalho (1871–1941). Domaine public via Wikimedia Commons.
Publié par :Bibliomancienne

Bibliothécaire, auteure d'un carnet, professeure à l'EBSI.

Un commentaire sur “La Fridamania entre le musée, la bibliothèque et le domaine public

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