Bien sûr que j’ai participé à cette journée « Le 12 août, j’achète un livre québécois! »  pour encourager l’industrie du livre et particulièrement les librairies indépendantes. Hé oui, j’ai acheté quelques livres que j’ai mis en vitrine sur les réseaux sociaux 🙂 Une horde de mes collègues bibliothécaires réputés motivés ont fait de même d’ailleurs.

Je me plais maintenant à imaginer une journée de la lecture publique où les publics seraient spécifiquement invités à emprunter un livre, numérique ou non, dans une bibliothèque près de chez eux, histoire de la redécouvrir ou de la découvrir peut-être, de participer à un projet de valorisation de la lecture à travers les institutions publiques qui en sont le relais. Il y a bien la Semaine des bibliothèques publiques, mais dans ce contexte, l’effort promotionnel vise plus largement à mettre en valeur la diversité de l’offre qui les caractérise aujourd’hui.

On pourrait voir le premier ministre François Legault venir emprunter un ou plusieurs livres dans sa bibliothèque de quartier et/ou à la Grande bibliothèque, dont les collections sont financées par des fonds publics (on le rappelle); et peut-être même y faire l’heure du conte comme les présidents américains le font traditionnellement (sauf le dernier…). On l’a vu hier à la librairie Le Port-de-tête soutenir tout sourire les librairies indépendantes, on ne s’attend pas à moins pour le soutien et la promotion du système de la lecture publique considérant a fortiori, s’il faut le justifier ainsi, que les effets de ce dernier sont bénéfiques pour le marché du livre ⎯ comme on le verra par la suite.

Cela dit, j’avais déjà acheté deux autres livres la semaine dernière – dont Rues de Montréal ! En fait, j’ai un peu perdu le compte du nombre de livres que j’ai pu acheter depuis le début de l’été. En d’autres termes je n’ai pas besoin du 12 août pour donner libre cours à mon appétit de consommatrice culturelle au service de la librairie indépendante. J’en ai emprunté également en abondance à la bibliothèque ⎯ celle de mon quartier et la Grande, et beaucoup, beaucoup sur prêtnumérique ⎯ pendant la même période. Les grands emprunteurs sont de grands acheteurs, c’est connu.

Je le précise pour ceux et celles qui, au sein de l’industrie du livre, pourraient encore craindre qu’une hypothétique journée de la lecture publique entraîne une concurrence déloyale. Au contraire, comme du miel, les bibliothèques attirent les lecteurs et prolongent le 12 août toute l’année, qu’on se le dise. L’étude de BookNet (2019) menée du côté du Canada anglais décrit bien ce phénomène :

Contrary to popular belief, Canadian libraries, like their counterparts in the US, are not in competition with book retailers; in fact, libraries are known to help increase book sales. To shed light on this relationship, Borrow, Buy, Read explores how Canadian readers, book buyers, and library borrowers discover, obtain, and buy books. (p.4)

Je présente, en les traduisant, les principaux résultats de cette étude dans la section qui suit.

Les acheteurs-emprunteurs

Les 14.159 répondants qui ont participé à l’enquête de BookNet Canada ont été différenciés selon les catégories suivantes :

  • Les acheteurs qui achètent des livres – au moins un livre acheté au cours de l’année (21 %);
  • Les emprunteurs qui empruntent – au moins un titre emprunté au cours de l’année (28 %);
  • Les acheteurs-emprunteur qui achètent et empruntent (8 %);
  • Ceux qui ne font ni l’un ni l’autre (59 %).

Selon BookNet, les acheteurs vont acquérir en moyenne 2,8 livres par mois. En revanche, les acheteurs qui n’ont pas fréquenté la bibliothèque acquièrent seulement 2,6 livres sur une période équivalente, ce qui est moins que la moyenne. Et, enfin, les acheteurs-emprunteurs achètent davantage que les autres, soit une moyenne de 3 livres par mois.

En outre, plus le nombre de visites à la bibliothèque est élevé, plus le nombre d’achats par mois augmente proportionnellement. Les répondants qui affirment fréquenter la bibliothèque entre 1 et 4 fois par mois vont acquérir en moyenne 2,7 livres. Ceux qui y vont entre 5 et 9 fois par mois achètent 3,1 livres. Et les grands emprunteurs, ceux qui s’y rendent entre 10 et 14 fois par mois, sont aussi de grands acheteurs avec une moyenne de 6,1 livres achetés.

Une meilleure vitrine que la librairie elle-même

Toujours selon l’étude de Booknet Canada, la découverte des livres passe par différents dispositifs et la bibliothèque est l’une de ressources privilégiées à cet égard. Pour l’ensemble des lecteurs et des lectrices, la bibliothèque occupe le quatrième rang parmi les moyens les plus populaires pour découvrir des livres; elle figure en seconde place pour les emprunteurs. C’est le bouche-à-oreille qui constitue la principale méthode de découverte des livres (48%). Parmi les autres pratiques de découverte qui se distinguent, on retrouve la visite en librairie (34%), le bouquinage/furetage sur les sites des vendeurs (32%), les médias sociaux (27%), les listes de bestsellers (24%). Les communautés en ligne (comme Goodreads, Babelio, etc.) et les Prix sont également des sources de découverte pour 15% des lecteurs.

Les emprunteurs partagent les mêmes motivations pour lire que les lecteurs; ils lisent pour se relaxer (64%), se divertir et recourir à leur imagination (59%). En revanche, les emprunteurs sont généralement plus nombreux parmi les lecteurs à invoquer certaines raisons. Davantage d’emprunteurs lisent pour apprendre (51%) par rapport aux lecteurs (46%). Lire pour découvrir de nouveaux sujets ou s’immerger dans d’autres mondes sont aussi plus populaires chez les emprunteurs (41%) que  chez les lecteurs en général (36%); plus d’emprunteurs (26%) lisent pour le travail et l’étude que la moyenne des lecteurs (19%).

Quant aux comportements des acheteurs-emprunteurs à l’égard des formats de livres en 2018, l’étude nous apprend que 41 % d’entre eux ont acquis un ouvrage imprimé, 12 % ont acheté un livre numérique, 4 % un livre audio.

Concernant les habitudes de lecture, les emprunteurs sont plus nombreux à avoir lu des livres dans différents formats que les lecteurs en général. En d’autres termes, les lecteurs qui empruntent des livres, comme l’étude le souligne, vont consommer davantage chacun des différents formats de livre. (On se demande, en passant, ce que font les bibliothèques publiques québécoises pour être un peu plus proactives et dynamiques du côté du livre audio, on dort un peu au gaz ici).

Bon à savoir

Au sujet de la fréquence des visites mensuelles en bibliothèque, 39% des répondants et 83% des emprunteurs affirment avoir visité la bibliothèque au moins une fois au cours du dernier mois. (On précise dans ce cas que les répondants qui ont répondu « Jamais (Never) » n’avait pas visité la bibliothèque au cours du dernier mois, mais qu’ils avaient néanmoins emprunté un livre au cours de la dernière année).

Le profil-type du public dans les bibliothèques canadiennes, selon cette étude, est celui d’une personne qui s’identifie comme une femme, dans la mi-cinquantaine, avec un diplôme universitaire vivant en couple, dans un milieu urbain du centre du Canada.

Fondé en 2002, BookNet Canada est « un organisme à but non lucratif qui développe des technologies, des standards, et de la formation au service de l’industrie du livre. »

Mes achats du 12 août 2019 à la librairie Le Port-de-tête sur l’avenue Mont-Royal (Montréal).
Publié par :Bibliomancienne

Bibliothécaire, auteure d'un carnet, professeure à l'EBSI.

Un commentaire sur &Idquo;À quand une journée de la lecture publique québécoise ? Pour les bibliothèques, pour l’industrie du livre, pour la lecture simplement&rdquo

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