Partager et occuper le domaine public québécois

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Le premier labo public du livre, en préparation du Bookcamp le 8 novembre, a eu lieu il y a quelques semaines. Le deuxième se tiendra mardi prochain le 10 septembre à 19 h au Arts Café sur la rue Fairmount dans le Mile End. Bienvenu à tous les amoureux des livres et à ceux qui sont curieux de faire de la prospection au sujet de l’avenir de la lecture – en supposant, comme le veut le slogan, que la meilleure façon de connaître l’avenir, c’est de le faire !*

Lors de la première rencontre consacrée au thème du «domaine public » , il y a eu un moment pour mettre en place les éléments du cercle d’apprentissage. Puis, la discussion a roulé sur le sens de «public» dans le référent «domaine public » en tant que « ce qui est appartient/accessible à tous». C’est une piste qui a conduit à l’exploration de certains des obstacles à l’accès de ce corpus d’oeuvres/documents/livres/objets.

Des obstacles

1. Le prolongement de la durée du droit d’auteur, un obstacle potentiel sérieux. La loi canadienne sur le droit d’auteur correspond à la vie de l’auteur plus 50 ans, suivant la norme internationale de la Convention de Berne. Le lobby du copyright américain voudrait, dans le cadre des accords du TPP, exiger l’extention de la durée du droit d’auteur canadien. On sait que les États-Unis ont étendu la durée du droit d’auteur son auteur à la vie de l’auteur plus 70 ans, notamment à l’incitation de la société Disney qui voyait Mickey Mouse entrer dans le domaine public. La modification du droit d’auteur canadien compromettrait l’accès des lecteurs à la littérature et l’histoire du Québec et du Canada.

2. La numérisation : la culture algorithmique. Les algorithmes de Google, d’Amazon et autres majors qui numérisent ont un impact sur le formatage de l’accès à la littérature et à l’histoire pour les générations de lecteurs. Quel impact sur notre culture littéraire et sa visibilité?

3. La numérisation : la conscience et/ou la mémoire. Une conscience patrimoniale, un souci de patrimonialisation nous font-ils collectivement défaut ? L’importance la préservation et de la numérisation des oeuvres du domaine public/patrimoine sont-elles bien assumées par les citoyens et les pouvoirs publics ? Un projet de numérisation plus hâtif à l’échelle des régions, des société d’histoire, des petites communautés aurait-il permis de sauver le fonds de la bibliothèque de Lac-Mégantic du naufrage?

4. Les enclosures. Lorsque des entreprises, que ce soit Google ou autres, numérisent et exploitent les oeuvres du domaine public, c’est une chose. S’en est une autre lorsque des institutions patrimoniales numérisent les oeuvres pour négocier ensuite l’accès du public en revendiquant un droit d’auteur/droit d’usage sur les copies numériques qu’elles créent à partir du domaine public.

5. Le repérage des données de la culture. Comment savoir si les oeuvres d’un auteur ont rejoint ou vont rejoindre le domaine public ? Est-ce que Wikipédia constitue l’un des seuls repères ? Est-ce que les institutions patrimoniales ne pourraient-elles pas supporter l’identification et partant l’ accès ? Les bibliothèques gèrent les notices des oeuvres et celles des auteurs via les fichiers d’autorité, ces institutions ne pourrait-elle pas envisager l’existence d’une fichier permettant d’interroger la date de décès des auteurs pour faciliter cette découverte par les lecteurs, les chercheurs et les créateurs, comme l’a déjà proposé Olivier Charbonneau ?

6. Design social, théâtralisation et participation. On fait valoir l’existence de lacunes du côté des processus, des espaces et des dispositifs technologiques et physiques dans les librairies, les bibliothèques susceptibles de favoriser l’expérience des littératures/documents numériques. Au-delà de la numérisation, il faut un design social et une mise en scène participative pour les oeuvres adaptés à la culture contemporaine!

Où sont les tiers lieux de création, les fab labs de lecture et d’écriture ? Quels espaces, quels médias, quelle curation pour accompagner le changement et stimuler la découverte ? Quels projets éditoriaux ou auto-éditoriaux, quelles APIs pour la valorisation du domaine public, pour la production d’oeuvres émergentes, «ni imprimés, ni imprimables» ? Où sont les microbibliothèques, les écrans géants, les surfaces interactives pour les cartes, les illustrations, la visualisation de parcours géolocalisés, les dispositifs de partage ? Comment encourager les interactions sociales, la lecture mobile et la participation par le biais d’interfaces appropriées ? Pourquoi ces outils ne pourraient-ils par être personnalisables ? Où sont les projets sociaux, docu-comunautaires et leurs porteurs ?

7. D’autres modes d’usage et de partage. Pour un accès plus étendu à la littérature, l’art, l’histoire, des auteurs actuels s’inspirent du modèle du domaine public. Comment encourager cette mouvance des créateurs qui souhaiteraient volontairement inscrire leurs créations sous des termes de partage par le biais d’autres licences que celles qui prévalent aujourd’hui? Comment favoriser l’émergence de ces usages généreux et de ces pratiques génératrices de biens communs?

Des passerelles

Ces discussions ont ensuite débordé sur le second sens de «public» du domaine public en l’associant à cette sphère publique qui est cet espace où l’on débat, où l’on explore des idées, des expériences, des actions porteuses. Voici des initiatives et des passerelles pour un monde du livre en biens communs :

1. Une conscience généreuse du domaine public. L’exemple offert par le Rilks Museum d’Amsterdam l’illustre. Comme le souligne, le New York Times, cette institution a décidé d’autoriser gratuitement sur son site le téléchargement d’images de ses oeuvres, en haute résolution : «Encourageant ainsi le public à copier les oeuvres et à s’en servir sur toutes sortes d’objets de papeterie, t-shirts, tatouages, assiettes,..»

2. Des initiatives de mise en valeur et d’appropriation communautaire. Les bibliothèques proposent des collections d’images ou de documents qui sont enrichies par les collaborations des internautes. On pense à l’exemple au labo numérique de la New York Public Library où les citoyens sont invités à transcrire les anciens menus de la collection historique dédiée aux menus de restaurants de la ville.

3. Le Concours Public Domain Remix. Cette initiative lancée par Wikimédia France et l’Open Knowledge Foundation prend la forme d’un concours de remix d’œuvres issues du domaine public. Ce concours vise à «encourager la réutilisation et le remixage d’œuvres, musiques, matériel dans le domaine public (c’est à dire pour lesquels le droit d’auteur a expiré) et de montrer à quel point le domaine public est précieux et source de créations dans tous les domaines de l’art et de l’invention.»

4. Le collectif SavoirsCom1. Ce regroupement vise à «partager, agir et réfléchir en réseau» porté par ce repère fondateur qui est le manifeste sur les biens communs. Ce manifeste revendique que «Le domaine public et les savoirs partagés doivent être encouragés, préservés et soutenus par les politiques publiques.»

5. Le Public Domain Review. Cette revue en ligne se consacre à la curation des oeuvres qui accèdent au domaine public.

6 Les GLAMs. GLAM est un acronyme de Galleries, Libraries, Archives and Museums) et désigne un projet de collaboration entre Wikipédia et ces institutions visant à favoriser un libre accès aux contenus afin qu’ils puissent être librement réutilisables pour le public.

7. Un projet de Journée du Domaine Public. La table de concertation sur les données ouvertes à Montréal a retenu ce projet de valorisation et de réflexion collective qui a des précédents ailleurs. À suivre.

 Pour aller plus loin :

* Le second thème du labo public du livre : Comment découvrir les oeuvres dans un monde de réseaux ?

-> Ce billet a d’abord été publié sur le site de Bookcamp.

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