Book Tour : Neil Gaiman à Montréal et le Rialto en délire de lire

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Neil Gaiman est en tournée de promotion littéraire, c’est le «Book Tour» pour son dernier roman The Ocean at The End of the Lane. Il s’est arrêté à Montréal hier à l’invitation de la librarie Drawn and Quaterly. Le théâtre Rialto était en délire de lire. L’événement affichait complet, et dès qu’il a pris la parole on aurait dit qu’un cortège de créatures et de personnages étranges nous rejoignaient se glissant parmi les 800 personnes assises. Complet et saturé d’imaginaire.

Neil Gaiman est un auteur de littérature fantastique raffinée, célébré dans le monde entier, auquel le journal The Gardian consacre un article à peu près à tous les jours. Sa palette chromatique est large en matière de genre littéraire, ce qui contribue à lui attirer un public très varié. J’ai arrêté de me poser la question à savoir si telle ou telle oeuvre était pour les enfants, les ados ou les adultes : je pense que ses textes s’adaptent magiquement en fonction de leur lecteur. On le connaît comme l’auteur de cette série devenue un classique dans l’univers du roman graphique Sandman qui met en scène Dream, le seigneur des rêves et toute une mythologie d’autres personnages fabuleux. Neil Gaiman est aussi un des scénaristes qui a participé à la série culte de Doctor Who.

Sorte de Tim Burton de la littérature, ce n’est pas seulement un enchanteur, c’est aussi un excellent lecteur. De ceux qui, dans la longue tradition des Dickens, font vivre les textes par la lecture à voix haute laquelle devient une forme de performance théâtrale à la fois minimaliste, discrète et bouleversante. L’auditoire conquis était d’une sensibilité à fleur de pages.

The Ocean at the End of the Lane est l’histoire d’un homme qui revient sur les lieux de son enfance pour des funérailles. Les souvenirs le rattrapent et il se rappelle ce type bizarre, the opal miner, qui s’était suicidé dans la voiture de son père au bout du chemin. Au bout du chemin, c’est là qu’est situé l’étang des canards qui serait plutôt, selon Lettie Hempstock la jeune fille dont il fait la connaissance à cette funeste occasion, un océan. Et pour le reste, on se noie dans quelque chose de terrifiant à la mesure des terreurs de l’enfance dans la nuit des adultes.

Neil Gaiman a lu des extraits du chapitre 3 de The Ocean at the End of the Lane (p. 32) dont voici un morceau qui mélange le surnaturel et le comique :

« I said I promise, » said Lettie Hempstock. « I won’t let you be hurt. »

« Hurt? » said a high, cracked voice. »Who’s hurt? What’s been hurt? Why anybody be hurt? »

It was Old Mrs. Hempstock, her apron held between her hands, and in the hollow of the apron so many daffodils that the light reflected from them transformed her face to gold, and the kitchen seemed bathed in yellow light.

Lettie said, « Something,s causing trouble. It’s giving people money. In their dreams and in real life. » She showed the old lady my shilling. « My friend found himself choking on this shilling when he woke up this morning. »

Old Mrs. Hempstock put her apron on the kitchen table, rapidly moved the daffodils off the cloth and onto the wood. The she took the shilling from Lettie. She quinted at it, sniffed it, rubbed at it, listened to it (or put it at her ear, at any rate), the touched it with the tip of her purple tongue.

« It’new, » she said, at last. « It says 1912 on it, but it didn’t exist yesterday. »

Lettie said, « I knew there was something funny about it. »

I looked up at Old Mrs. Hempstock. « How do you know? »

« Good question, luvvie. It’s electron decay, mostly. You have to look at things closely to see the electrons. They’re the little dinky ones that look like tiny smiles. The neutrons are the gray ones that look frowns. The electrons were all a bit too smiley for 1912, so then I checked the sides of the letters and the old king’s head, and everything was a tad too crisp and sharp. Even when they were worn, it was as if they’d been made to be worn. »

« You must have very good eyesight, » I told her. I was impressed. She gave me back the coin.

Gaiman nous a aussi régalé, ô joie, ô surprise, de l’extrait d’un livre inédit qui paraîtra en septembre prochain : The Milk. Savoureux récit d’un père qui raconte ses exploits plus grands que nature et tous les monstres qu’il a du affronter, surtout par la ruse de la parole, en allant chercher une pinte de lait au coin de la rue pour le déjeûner de ses enfants qui écoutent son odyssée, un brin dubitatifs.

Cette rencontre d’auteur est de mémoire une des plus impressionnantes que j’ai vues à Montréal. Bravo Drawn and Quaterly! Notre hôte a fait l’introduction en français, et le public a manifesté son appréciation par des applaudissement sentis.

Intéressante aussi la manière dont on a procédé pour les échanges avec l’auteur. En arrivant le public était invité à écrire des questions sur des cartes et Gaiman a pigé dans cette pile pour répondre avec autant d’esprit et d’humour que l’on attend des natifs d’Albion – même s’il vit maintenant aux États-Unis. À la question «Combien de livres avez-vous dans votre bibliothèque?» Il a répondu : «Je les ai tous!» Tous? Et pourtant, il est décrit comme un amateur de bibliothèques infinies (endless libraries). Hum, s’il prétend posséder une collection infinie, quand par définition une collection est un ensemble fini d’objets, c’est bien la preuve qu’il nous raconte un tas d’histoires.

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