Les applications de parcours touristique : le cas de figure du circuit historique de la ville de Percé en Gaspésie

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La péninsule de la Gaspésie est considérée par National Geographic comme une des 20 merveilles du monde naturel à découvrir en voyage. Forillon, par exemple, est aussi sublime que la côte californienne et que le mythique Big Sur à cette différence près que ce parc n’a peut-être pas encore trouvé les écrivain(e)s pour le célébrer – ou alors, c’est que l’on n’entend pas assez parler de ceux qui l’ont fait et qui pourraient, par effet de retour, inscrire plus densément ce lieu dans les imaginaires. Retiré au coeur du parc Forillon, on ne s’ennuie pas sans internet comme on peut le voir dans certaines photos du diaporama. N’empêche qu’on avait tous hâte d’aller à Percé pour pour voir le rocher, visiter la ville et surtout pour naviguer un peu si la connexion le permettait. Récit de la prise de possession du territoire numérique de Percé.

J’avais repéré une application sur iTunes proposant un audioguide pour un circuit historique de la ville de Percé. Et hop, on vient pour le télécharger, mais on reçoit l’avertissement nous prévenant que la quantité de données est si considérable qu’il vaudrait mieux utiliser nos portables que nos iPhones. Au bureau d’accueil touristique, on nous propose de louer des iPods au coût de 2.00$ – le prix de l’application. Mais comme on avait déjà payé pour l’app, on demande où sont les cafés internet à Percé. Il y en a trois que l’on nous indique sur la carte.

En marchant pour s’y rendre, je vois l’annonce de la bibliothèque publique. Je propose d’aller s’y connecter pour faire le téléchargement. La bibliothèque est située, avec l’hôtel de ville, dans l’ancien hôtel Bisson, témoin de la naissance de Percé comme lieu de villégiature, mais…elle est fermée. D’ailleurs, elle n’est à peu près jamais ouverte, comme c’est souvent le cas des bibliothèques publiques en région.

On reprend le chemin vers les cafés internet. D’abord, nous ne trouvons pas le premier même après avoir demandé, sans succès, à dix cafés et restaurants s’ils offraient le wifi. On se dirige ensuite vers le deuxième endroit suggéré, La Maison du Pêcheur, mais dans ce cas, on ne nous laisse pas nous s’asseoir à une table, seulement au bar, parce que le service va commencer. Avec les enfants et les portables, ce n’est pas très fonctionnel.

On finit par aboutir, après ce premier circuit pour avoir une connexion qui s’est avéré plutôt frustrant, au troisième café internet que l’on a appelé le « Chips-Wifi » parce que la pancarte faisant cette annonce est plus grosse que celle identifiant le commerce. Là, on peut procéder au téléchargement, se désaltérer et manger des agates en chocolat. Autour de la table, on peut faire le compte : deux iPhones, quatre iPods, deux portables, soit une statistique de deux appareils par personne…tout un arsenal pour la conquête bien modeste d’un tout petit café…Mais, la suite est plus intéressante car c’est le territoire patrimonial de Percé que nous avons pu, grâce à ces outils, s’approprier.

Je ne dirais pas que l’on fondait beaucoup d’espoir sur cette promenade technologiquement assistée surtout du côté des enfants que les contenus patrimoniaux ne fascinent pas d’emblée. Mais, tout cela n’était que préjugés. Surprise, le circuit historique de Percé géolocalisé et augmenté sur le iPod est un pur plaisir pour plusieurs raisons qui se cumulent.

Les avantages

1. La perspective de se balader avec un iPod est plus intrigante pour les enfants, et même pour nous, que celle de suivre le dépliant papier. La visite devient une expérience. Aussi bien être franc, nous n’aurions pas passé 1 h30 à lire à la ronde des histoires de pêcheurs et de salage de poisson sans le secours d’un narrateur portatif.

2. La manipulation du iPod est familière pour les uns et intuitive pour les autres. Sinon, le personnel du centre d’accueil touristique fait des démos en claquant des doigts. Puis, l’ergonomie de l’interface tactile est au rendez-vous. Les conseils d’utilisation du didacticiel sont brèves et claires. Il n’y a que trois options de manipulation : les flèches, les points sur la carte et l’icône pour les vidéos.

3. Cet accompagnement procure, non seulement un enrichissement réel au parcours, mais il nous aide aussi, via la carte interactive, à nous repérer et à circuler. Et puis, c’est un programme flexible, trois types de parcours sont proposés, 60, 90 ou 120 minutes : on peut arrêter quand on veut et où on veut, etc.

4. Le contenu de cette app est particulièrement bien enrobé avec des éléments audio et vidéos. Le propos du narrateur est suggestif et bien dosé : chacune des interventions durent entre une et deux minutes. Les photographies d’archives sont une contribution de Bibliothèque et archives nationales du Québec à travers la collection de George A. Driscoll et de Patrimoine 1534. Superbe. Villes du Québec, courez voir vos amis des centres d’archives pour qu’ils vous redonnent votre histoire sous forme d’images et de sons pour enchanter votre mémoire et celle des touristes qui vous rendent visite.

Note : J’ai essayé de retrouver la collection George A. Driscoll sur le site de BAnQ mais très peu de photographies de ce fonds sont actuellement disponibles si j’ai bien compris. On a hâte que ce soit numérisé et accessible à tous car c’est magnifique.

5. 2.00$ ce n’est pas très cher. On peut imaginer que l’intention a été d’amortir le coût de ce développement, mais un prix à l’accès est un frein à l’usage. Pourquoi ne pas opter pour la gratuité? (Dans ce cas, on doit pondérer si le prix est un avantage ou un inconvénient).

6. On ne niera pas que la ville de Percé en offrant une app offre aussi une image valorisée d’elle-même et un positionnement sérieux dans l’horizon touristique.

Les inconvénients

Il n’y en a pas beaucoup. Mais, le fait d’avoir à télécharger l’application à partir d’un site avec une connexion avant de l’utiliser est un inconvénient de tous les app, peu importe laquelle, et le touriste est souvent bien mal desservi à cet égard selon les lieux où il se trouve. Mais, la possibilité de pouvoir louer un iPod comme on l’offre à Percé est une solution dans ce cas.

Et puis, ce type de service, une application touristique, manque souvent de visibilité. Nous avons été assez curieux pour découvrir nous-mêmes cette option. Mais, on aurait pu facilement passer à côté : on ne vous suggère pas nécessairement l’app ou la location des iPods au bureau touristique.

D’un autre côté, le fait d’offrir l’application sur une plateforme dédiée comme  iTunes est un avantage pour la retrouver sans qu’elle soit noyée dans la mer du web. En revanche, et c’est sans doute là le problème principal si on est sensible à la question de l’internet libre et ouvert: on contraint les utilisateurs à se doter d’un compte chez Apple et à contribuer à renseigner ce commerce à l’aide de nos informations personnelles. Sans compter que l’on s’expose à la censure d’Apple pour les contenus.

Pour le reste, dans le cas de l’application de Percé, et cette remarque est très spécifique, j’ai trouvé la syntaxe adoptée fort curieuse : Vous placer face la mer sur la grève …Pourquoi l’infinitif ici, pourquoi pas Placez-vous…? Pendant un certain temps, j’ai cru que c’était une faute d’accord mais on retrouve ce type de formulation tout le long du texte.

Dans mon équipe, nous avons aussi convenu qu’un élément de  gamification pourrait être ajouté de manière à ce qu’un ingrédient ludique contribue à  soutenir l’intérêt de tous les publics, et surtout des plus jeunes, le long du parcours et jusqu’à la fin. Après tout, veut ou veut pas, un audioguide est moins drôle qu’un vrai guide comme cet exégète des falaises escarpées qui nous a conduit à Bonaventure en commençant son boniment ainsi : « Bon, ben aujourd’hui, c’est moé qui va vous interpréter ça.» (Par contre, on pourrait penser que le contenu de l’audioguide aura l’avantage d’être relativement fiable…ici, en guise de contraste, j’ai en tête un autre guide-interprète à Forillon, qui a avoué candidement à celui qui posait la question ne pas savoir comment les saumons se reproduisaient…).

La déception la plus importante est très personnelle car, d’une façon générale, le produit est super. Cela concerne un souci que j’entretiens à l’égard de la promotion de la culture. J’aurais aimé un choix de parcours avec plus de références culturelles et littéraires.  Le narrateur le dit : «Percé attire depuis longtemps les artistes, les photographes, les poètes.» Qui sont-ils? Où ont-ils marché, séjourné? On apprend néanmoins quelques anecdotes au sujet de Frederick James, le peintre américain et de la Guernesey House dont le propriétaire avait joué des tours, enfant, à Victor Hugo en exil à Guernesey, lieu de naissance de l’espiègle M. Tardif. La phrase «L’atlantique ronge nos côtes» ouvre d’ailleurs le roman de Hugo intitulé Les travailleurs de la mer…Mais bon, je lisais justement la biographie de Gaston Miron à ce moment-là et son biographie mentionne plusieurs voyages du poète dans la région, qu’en est-il de la prose locale?

Des applications de parcours touristiques et de visites de lieux? Il devrait y avoir dans toutes les villes, pour les musées comme pour les bibliothèques, qui présentent un minimum d’intérêt. Dans les grands centres urbains, c’est chacun des quartiers – avec des couches : littéraire, culturel, agro-alimentaire, patrimonial, etc…qui pourrait en proposer. Maintenant que les éditeurs de guides touristiques ont vu les promesses du web, on peut s’attendre à un nouveau marché complémentaire avec ce type de service mobile pour le touristonaute.

Épilogue

Après avoir traversé les États-Unis (Montréal-Los Angeles, allez-retour entre autres), le Canada et le Québec, le moteur de notre fidèle compagne de la route a lâché un soir entre deux vallons près de Gaspé. Ma mère m’a confié qu’on était les seuls dans notre entourage à s’imaginer qu’on reviendrait avec cette bagnole. Chez le concessionnaire, nous avons dû procéder à l’achat de son successeur en précisant les conditions suivantes : peu importe la marque en autant qu’il soit éco-souriant et qu’il y ait une prise compatible avec un lecteur mp3 pour les technomades…Le jeune char gaspésien, fringant, d’un bleu profond comme la mer, a été baptisé Le crâaobe. Il a une préférence marquée pour les chemins de travers.

7 thoughts

  1. Bonjour Marie, Je suis bibliothécaire ici à Détroit et j’aime beaucoup votre blogue. Avez-vous jamais lu – Arcane 17 de André Breton? Lui a visite’ la Gaspésie pendant son séjour au Québec à l’époque de la 2ieme guerre mondiale. Ce roman/poème est un de mes préférés de Breton et sûrement connu de tous qui aime la Gaspésie

  2. Bonjour Robert, je suis contente de vous revoir 🙂
    Merci beaucoup pour cette suggestion que je vais ajouter à mes listes et, pourquoi pas un jour, créer une carte littéraire de la Gaspésie!

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