La vérité à propos des auteurs et des éditeurs, un long préambule pour le Salon du peuple

Je suis indignée, quoique digne. Mais, suis-je une digne auteure indignée? C’est une question qui m’est tombée de dessus alors que, pourtant,  je me sentais  assez en forme du point de vue existentiel récemment. Or, il s’avère que je suis un peu fragile de la gorge et de l’existence.  Un courant d’air et je perds la voix avec toute sorte de conséquences identitaires assez fâcheuses.

Hier, un éditeur m’a écrit pour  savoir quels livres j’avais publiés. Aucun monsieur, je ne publie pas dans ce sens-là puisque je suis une blogueuse. (Je lui fais du « monsieur » parce que, à Paris, on y met les formes et qu’il m’impressionne un peu). Ok, vous pouvez m’envoyer une sélection de vos textes alors? Non,  j’ai vraiment rien de publiable dans ce sens-là. Je crée de l’éphémère, du soluble. J’écris un billet, je le pousse sur Twitter. Ça vit une heure, et puis c’est fini.

Je me suis senti gênée quand même de n’avoir rien qui ressemble à une oeuvre-produit à montrer. J’ai une oeuvre-processus vous savez, mais ça ne s’ISBN pas (c’est que j’ai pensé lui expliquer pour m’excuser).

Je ne possède peut-être pas d’oeuvre éditée ou éditable, mais lui…et j’ai commencé à devenir soupçonneuse…lui, est-il un véritable éditeur? Est-ce que ce ne serait pas un vol d’identité par hasard ? Une contrefaçon d’éditeur qui veut me faire une mauvaise blague/drague ? Alors, je me suis informée auprès d’un agent double du Service des renseignements sur le monde littéraire français et on m’a confirmé qu’il était vrai. Ok, pas de souci donc – heureusement car j’avais déjà préparé la moitié d’un scénario à la Lisbeth Salander.

Puis, j’ai essayé d’aller à la source de la méprise. Il a vu passer un texte que j’ai écrit à propos de la bibliothèque d’Occupons Montréal et je m’y présentais comme écrivain, dit-il.

Hummm….En fait, dans le fil de discussion en lien avec l’événement qu’on a appelé Le salon du peuple, un esprit critique a posé une question : « En quoi, une lecture publique avec des écrivains, est-elle susceptible de soutenir le mouvement Occupons? » Un débat s’en est suivi, et la disputrice a suggéré qu’un de mes textes, qu’elle a partagé, contenait des éléments de réponse. C’est ce partage, je crois, qui nous emmêlé l’un dans l’autre. C’est dans cet environnement-là que monsieur l’éditeur a cru, apparemment, que j’appartenais à la confrérie des écrivains. Mais, que je sache, je ne me suis jamais présenté comme tel, écrivain ou auteur ou leur féminin (plus rare). Bibliothécaire, c’est clair.

Je pense que c’est le travail des réseaux sociaux qui a créé le contenu de la confusion et qui m’a statué selon la typologie des belles lettres. Au pays des informations fragmentées, il arrive, comme  ici, que l’on se trouve éditorialisé malgré soi. On est emporté par la foule qui commente et qui révise à sa façon et qui n’a que faire des fichiers d’autorité.

Et voilà que j’étais gênée encore une fois. Un renversement s’est opéré, comme si c’était moi, au final, qui avait commis un vol d’identité.

Mais, non, je vous assure, je ne suis pas une auteure et je n’ai affirmé nulle part que j’en étais une.

J’ai porté bien bas et pendant quelques heures cette étiquette de pseudo-quelque chose qui se serait fait accroire.

Puis, j’ai réagi. Et même si les réseaux sociaux m’avait mal calibré momentanément, me suis-je dit, tiens, ce sont les règles de son univers qui s’imprime qui m’ont délivré un faux passe-port, en définitive. Ici, on ne fait pas grand cas des certificats et dans cette immensité niveleuse qu’est le web, je suis sans papier mais une auteure de blogue, c’est-à-dire une auteure.

Et c’est peut-être lui qui, à travers ce schème qui est le mien, vis-à-vis mes repères sur ce territoire numérique qu’il ne foule pas, est un éditeur fictionnel.

Je ne vois pas comment nous relier au final. Quand il est authentique, je ne le suis pas. Comme si nous pouvions jamais être vrai en même temps dans le même monde et sous le même rapport.

Mais, parfois, Words Worlds collapse.

Et toute cette histoire (merci monsieur l’éditeur!) m’a fait pensé d’inviter aussi les créateurs littéraires du web au Salon du peuple demain. Oublions, cette fois, la querelle des supports et la fracture physico-numérique, les modèles d’affaires et la prison chaîne du livre, les étiquettes et les privilèges, et que tous les éditeurs(trices), auteur(e)s, blogueurs(ses), lecteurs(trices), libraires, bibliothécaires, vrais indigné(e)s, tous libres de s’exprimer, viennent tenir parole. Demain. Yes we bookcamp.

Participation virtuelle comprise – pas les piles.

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