La science-fiction, la littérature du changement et la bibliothèque

La British Library présente une exposition formidable sur la science-fiction que l’on peut voir jusqu’au 25 septembre à Londres…La monographie qui l’accompagne, Out of this World: Science Fiction but not as you know it est un document de référence qui offre une cartographie sophistiquée du genre, proposant une série de distinctions catégorielles éclairantes, et accompagnée d’un inventaire médiagraphique détaillé. Je chéris cet ouvrage. Je vous le souhaite. Et, je propose de le prolonger avec une médiagraphie sur le cyberlivre et la bibliothèque dans l’univers de la science-fiction.

La science-fiction est devenue un genre majeur, après un long purgatoire en mineur, qui suscite l’engouement d’un large public. Mais pourquoi la science-fiction fait-elle sens pour nous aujourd’hui? Probablement parce que nous vivons dans une ère de science-fiction: changements climatiques, menace nucléaire, singularité technologique, mémoire totale…L’auteur de Out of this World, Mike Asley, nous suggère une piste d’explication:

One of the purpose of the book is to demonstrate the scope of science-fiction. It has been called the literature of ideas or the literature of change, but above all it is the literature of ‘otherness’. It is by confronting this ‘otherness’, such as space travelor alien invasion or new technology, that writers can hold a mirror up to ourselves and society and show how we react. Science-fiction is that speculation about the impact of science, technology and socio-political change on us, hence the alternative phrase ‘speculative fiction’.

Entendue comme littérature du changement, des idées, de l’altérité ou littérature spéculative, la science-fiction endosse un programme ambitieux, à la hauteur des utopies qu’elle décline. Et nous avons besoin de ces représentations, de ces projections, de ces histoires-là, maintenant.

Dans Out of this World, le champ de la science-fiction est exploré à travers un registre qui comprend les catégories thématiques suivantes :

  1. Alien Worlds (Voyages extraordinaires, Fly me to the moon, Confronting the Alien…)
  2. Time and Parallels Worlds (Travelling Through Time, Steampunk, Parallels Worlds…)
  3. Virtuals Worlds (Worlds of the Minds, Virtual Reality…)
  4. Future Worlds (Cities of the Future, Machine or Human, The Singularity, Far Futures…)
  5. The End of the World (Perils from Space, Extreme Weather, Nuclear War…)
  6. The Perfect World (The First Utopias, Worlds Apart, Freedom or Oppression…)

Le livre et les bibliothèques sont aujourd’hui des sujets de prédilection pour figurer au coeur de ces récits. Et, nous, gens du livre, sommes à l’affût de visions, de tendances, de données socioculturelles et d’inventions technologiques afin d’anticiper et de saisir le monde littéraire qui se défait et refait, en accéléré, sous nos yeux.

Or, pour notre plus grand plaisir, Mario Tessier explore,  dans le dernier numéro de la revue Argus, la place des bibliothèques dans la science-fiction.  J’ai pris l’initiative de présenter cette contribution sous forme de médiagraphie en vue de poursuivre la quête entamée dans Out of this World en la particularisant du côté de la livr-o-sphère.

Les utopies d’hier et d’aujourd’hui

Edward Bellarmy. Cent ans après ou l’an 2000. 1888.
Charles Cutter. The Buffalo Public Library. 1883.
Stephen Franklin. Knowledge Park. 1972.

La fin du monde de l’imprimé et de la bibliothèque physique (ou la naissance du cyberlivre et de la bibliothèque virtuelle)

Greg Bear. Oblique. 1977.
Greg Bear. La reine des anges. 1990.
Ben Bova. Cyberbooks. 1989.
William Gibson. Neuromancien. 1984.
Stanislas Lem. Retour d’étoiles. 1961.
Larry Niven et Jerry Pournelle. La paille dans l’oeil de Dieu.
Bruce Sterling. Les mailles du réseau. 1988.
Vernor Vinge. Rainbows End. 2006.
Stream of consciousness. Un épisode de New Outer Limits (série télévisée). 1997.
A.I. Intelligence articielle (film). Steven Spielberg. 2001.

Les mondes futurs (et le bibliothécaire-machine)

Ursula K. Le Guin. La vallée de l’éternel retour.1985.
Orson Scott Card. L’originiste. 1989.
Neil Stephenson. Le samouraï virtuel. 1992.
A.I./Intelligence articielle (film). Steven Spielberg. 2001.
Time Machine/La machine à explorer le temps (film). Simon Wells. 2002. D’après le roman H. G. Wells.
Les ailes du désir (film). Wim Wenders. 1987.

 
Bien sûr, si on veut connaître les raisons pour lesquelles ces oeuvres, textes ou films, figurent dans cette collection, il faut lire l’article.

Et puis, Mario Tessier interroge : « Les écrivains de science-fiction ont-ils quelque chose à nous dire sur la place des bibliothèques dans le monde de 2050? ». Suivant cette littérature du changement, la réponse que l’on voit poindre à l’horizon technologique prend la forme de la bibliothèque sans livres (papier) sinon du réseau total, du cyberlivre et du bibliothécaire-machine.

Malgré tout, Tessier nous invite à ne pas sombrer dans les « cauchemars dystopiques » et nous rappelle que, dans la réalité, « rien n’est écrit d’avance ». Mais, si j’ai bien compris ces auteurs, même l’écriture est remise en question et compromise par la société future de l’image et du son.

Pour compléter le parcours de Tessier, je propose ce billet publié le 26 août dernier par la British Library sur le blogue consacré à l’exposition dont j’ai parlé plus tôt, à l’occasion de l’anniversaire de Borgès, père de la bibliothèque imaginaire la plus célèbre au monde, et intitulé : Library as a space in Science Fiction. On y trouve notamment une citation qui nous console momentanément de toutes les dystopies qui s’accumulent:

… there is no higher life form than a librarian.

Terry Pratchett, Jack Cohen, and Ian Stewart. The Science of Discworld, p. 10.

À notre liste de lecture, on peut aussi ajouter les suggestions de la conservatrice.

Jose Luis Borgès. La bibliothèque de Babel. 1941.
Hideyuki Kurata. Read or Die. Un manga et roman populaire japonais.
Un épisode de la série culte, Dr. Who: Silence in the Library

 
Pour les curieux, il y a encore matière à collecter:

ainsi que

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