Le livre au Québec : défis et enjeux actuels

Aujourd’hui a eu lieu le colloque Le livre au Québec : défis et enjeux actuels. Cette journée d’étude était destinée à composer une réflexion sur i. l’industrie du livre dans l’horizon de la lecture et sur ii. la relation que le livre entretient avec les autres médias.

Je rapporte la conférence L’industrie québécoise du livre, ses stratégies, sa gouvernance, ses succès prononcée par Michel de la Durantaye (UQTR), Jacques Lemieux (Université Laval), Claude Martin (Université de Montréal) qui ont partagé un certain nombre de données éclairantes (colligées en 2009) :

  • La lecture se maintient au Québec depuis 2004. Les années post-référendaires auraient été associées à un creux qui s’est résorbé depuis :  le public des lecteurs réguliers s’est stabilisé de 2004 à 2009.
  • La lecture (tous les supports confondus) est plus assidue chez les femmes, les plus instruits et les plus jeunes – soit les 15-34 ans, aidés en cela par la pression de l’institution scolaire.
  • Les différences territoriales font en sorte que « plus on s’éloigne de Montréal ou de Québec, moins on lit ». Les distances et les problématiques d’accès sont mis en cause.
  • La lecture assidue et le nombre de livres constituent deux diagnostics opposés…
  • Ce sont toujours les romans qui forment le genre dominant.
  • La lecture numérique est un nouveau phénomène. 16% des lecteurs affirment lire autant sur des supports numériques que sur des supports papier. Encore 78% des lecteurs ne lisent que sur papier.
  • Jusqu’à ce ce jour, la lecture numérique est une activité masculine et jeune.
  • Les personnes sondées affirment avoir réduit le temps consacré à la lecture entre 2002 et 2007 pour se tourner vers l’Internet. En revanche, la lecture des livres et la fréquentation des bibliothèques seraient moins affectée que d’autres pratiques culturelles. Dans les deux cas, seulement 18 % affirment que ces activités ont été quelque peu délaissées. Cette situation ne concerne pas les lecteurs assidus.
  • On précise toutefois que l’utilisation d’Internet à des fins d’information a peu d’impact sur les autres pratiques culturelles. Par contre, lorsque l’usage d’Internet est orienté vers le divertissement : navigation pour le plaisir, visionnement de matériel audio-visuel ou téléchargement de fichiers sonores ou visuels, alors celui-ci entre en concurrence avec le temps de loisir réservé autres médias, lequel n’est pas indéfiniment extensible. Internet devient, par ailleurs, un source pour accéder aux productions culturelles en ligne.
  • Les deux obstacles au développement de la lecture au Québec sont liés à la problématique de la littéracie et au rôle insuffisant joué par l’école et les bibliothèques.

La question qui découle de ces données est la suivante :

Pour développer le livre et la lecture (quel que soit le support), faut-il faire de l’éducation, une vraie priorité au Québec ?

Une donnée recueillie est intrigante : Quoiqu’on lise, on connaît les auteurs. Les statistiques le démontrent : les lecteurs sont en relation, connaissent, communiquent avec les auteurs. Cette dimension de la lecture mériterait d’être explorée davantage.

D’autres données économiques s’ajoutent à ce profil :

  • Les dépenses annuelles des ménages au Québec sont de l’ordre de 100$. Par rapport à d’autres produits culturels, il semble que beaucoup de livres soient vendus.
  • On produit beaucoup de livres au Québec, soit plus de 6 000 titres par année.
  • L’édition québécoise à succès est caractérisée par une forte présence de thématiques québécoises (ce qui est pertinent localement mais qui s’exporte mal) et par une influence des femmes (2 lecteurs sur 3 sont des femmes ce qui finit par avoir un effet de rétroaction, semble-t-il, sur l’offre). On constate aussi l’importance des livres qui porte sur la thématique de la réussite intérieure (alors que dans les années ’70 on trouvait plutôt des ouvrages sur la réussite sociale ou la réussite de la société).
  • Tendances : on cherche à intéresser un public plus jeune et on observe un essor des polars québécois.
  • Enfin, suivant l’hypothèse générale des chercheurs, le succès du secteur culturel au Québec est lié à un système unique et articulé dont les composantes sont l’État, les entreprises et les organismes de représentation constituant le modèle québécois.

Ces résultats sont tirés d’une recherche : Le modèle québécois des industries culturelles.

6 thoughts

  1. Bonjour Marie,
    Est-ce que les auteurs ont expliqué pourquoi et comment l’école et la bibliothèque jouaient un rôle insuffisant.
    De par mon travail, je vois le travail énorme que font les enseignants pour améliorer les habitudes de lecture de nos élèves …
    Que proposent-t-ils comme actions …
    Ils font des suggestions ???
    Merci
    Richard

  2. Que ce soit au Quebec ou en France (voir partout dans le monde) je pense que les actions de lobby à mener par les bibliothèques doivent aussi porter sur la défense de l’éducation. Quand on voit qu’en France le nombre d’heures consacré à l’apprentissage du français ne cesse de diminuer, cela ne peut qu’avoir un impact sur la maîtrise de la langue et la fréquentation de la littérature classique ou contemporaine.

    De même l’éducation artistique, musicale ou autre, est un vrai scandale…

    Je crois qu’il nous faut être pro-actif dans ce domaine et soutenir nos collègues enseignants le plus possible.

  3. @Richard et @Xavier. La journée portait sur la situation des industries culturelles et presque accessoirement sur la lecture. Ce n’était pas une réflexion macro sur la lecture. On a évoqué l’école et la bibliothèque comme des acteurs de premier plan pour favoriser les lecteurs mais sans dépasser le constat de la déroute de l’école et cette vision de la bibliothèque en tant que « consommateur de livres ».

    Le lobby avec l’école oui, si on veut opérer « bottom up » mais il faut que ça parte aussi de la gouvernance. Au Québec, il y a un morcellement entre les ministères (3 silos) qui sont impliqués dans les enjeux touchant la lecture et ça nuit à l’émergence d’une vision et d’une stratégie concertée pour la lecture. Par ailleurs, il n’y a pas ici de loi sur les bibliothèques publiques (un scandale), et les bibliothèques sont une prérogative municipale : ceci les fragilise et freine aussi les actions qui pourraient avoir un impact durable sur le développement de la littéracie. Par ailleurs, les bibliothèques ne sont pas considérées comme des partenaires sérieux aussi bien par les enseignants que par les gens de l’industrie du livre – mais il est de bon ton de les mentionner. Et pourtant, on pourrait explorer de nombreuses avenues, notamment pour l’école et la bibliothèque, comme celle, par exemple, consistant à devenir partenaires de la littéracie à travers la technologie dans le cadre d’un programme.

    @Karl sourit je crois parce qu’il a reconnu le café Olympico dans le Mile-End et aussi, sans doute, car il pressent que le livre dont on a parlé au cours de ce colloque est celui de l’industrie du livre, avec sa vision, son modèle, son pouvoir, ses privilèges et ses acquis à défendre 🙂

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