Littérature numérique canadienne / Canadian Digital Literature : Kate Pullinger

Dans la narration canadienne, il y a le mythe des deux solitudes – qui est assez éculé à la fin. Et puis, je me suis toujours demandé qui des deux étaient la plus seule sans vouloir entendre la réponse…ou alors, est-ce que nous n’avons pas tous et chacun plusieurs manteaux de solitude dans notre garde-robe ? Anyway, pour revenir au récit fondateur, les écrivaines canadiennes m’ont parfois fait sentir moins seule vis-à-vis l’autre littérature. Par exemple, je suis une très grande fan d‘Alice Munro. Or, jeudi dernier, au Festival Metropolis Bleu, je suis allée entendre l’invité des amis de la Bibliothèque de McGil, Kate Pullinger, canadian writer, récipiendaire du Prix du Gouverneur Général 2009 pour  The Mistress of Nothing : un roman historique, une prose lumineuse, vive, sans détour. Pullinger est l’auteure sur papier de 6 romans, 2 recueils de nouvelles et elle a co-scénarisé le film  The Piano avec Jane Campion.

Je me suis déplacé pour entendre, suivant l’invitation, sa réflexion sur le futur du roman et pour découvrir cette voix qui appelle la littérature numérique. Elle a raconté son parcours, sa venue à la la littérature canadienne dans le temps et ce que ce monde est devenu depuis : « a so well established power-house now », son séjour d’étudiante à Montréal : « a city with…this nonchalant glamour…plenty of secrets ». Puis, la question est arrivée : le roman a-t-il un avenir ? Sa réponse : encore surprenant qu’il ait survécu alors qu’autant de médias sont aujourd’hui en concurrence pour capturer l’attention du public et qu’il requiert une concentration soutenue, pourrait-on présumer. Mais, comme elle le souligne, des jeux comme Assassin’s Creed sont très exigeants du point de vue de l’investissement cognitif du joueur dans la durée. Par ailleurs, la question cruciale est plutôt : pourquoi lit-on ? Pour les bonnes histoires et les idées. Pour le reste, les livres ne sont que des « technologies portables » et comme les ebooks, les pbooks (pour printed books) sont autant de « content delivery system ». En d’autres termes, l’enjeu est le contenu, l’être humain est en quête de récits et d’idées, si bien que l’on ne devrait pas vraiment se préoccuper de la technologie, qu’elle soit imprimée ou numérique, mais… aujourd’hui, la pratique de la lecture et l’édition changent, la numérisation explose, les environnements web/réseau/multimédia sont partout, et il faut aussi que la littérature et le roman y trouvent leur place alors il faut quand même s’en soucier (de la technologie en tant que numérique) …

Lors d’ une entrevue accordée le jour précédent cette conférence, on lui demandait : You are currently working on collaborative projects with digital artists and game developers. The lecture you are giving at McGill is entitled The Future of Fiction: Historical to Digital. Can you tell us more about how technology influences your craft?

For the past decade as well as continuing to write novels and short stories, I’ve been involved in creating works of fiction that are ‘born-digital,’ in other words, works of fiction that rely on the computer to exist. Digital Fiction is a hybrid form that combines media, often including images, sound effects, music, video, games, etc. with text; text remains at the heart of all the work I do, online or off. The new technologies bring with them new ways to tell stories, as well as new ways for writers to connect with readers, ways for readers to connect with each other. So, technology has a profound influence on my craft.

I do think it is worth remembering that the book is a technology, but it is a technology that is so familiar to us that we do not think of it as such. Long-form prose narrative is best suited to the book form, and whether you consume that book on paper or electronically is somewhat immaterial; I will continue to write novels because I love the complexity of the novel, with its potential for sustained character development, multiple sub-plots, and psychological insight. But there is a lot of fun to be had out there in the world of digital experimentation, and I think literature needs to claim a place at that table.

J’ai pu voir des extraits d’une de ses oeuvres numériques à cette occasion :  Flights Path, A networked novel. Le premier contact avec l’oeuvre m’a peut-être laissé un peu sur ma faim. J’avais cette curieuse impression de visionner un diaporama sophistiqué, de facture visuelle soignée, genre grunge élégant,  mais qui me rappelait quand même les ppt, un peu suspects, qu’on reçoit par courriel de nos connaissances si bien intentionnées et désireuses de nous aider à cheminer vers le bonheur et la réussite.

Par contre, sur son site, on peut explorer Inanimate Alice, une oeuvre qui est aussi multimédia mais plus ambitieuse, plus interactive et rappelant l’univers des jeux vidéos. À découvrir. C’est librement accessible (gratuit) et disponible en plusieurs langues dont le français.

Cette proposition s’inscrit dans un projet pédagogique, lit-on sur le même site:

….how can teachers successfully integrate new media literacies into the classroom? Inanimate Alice’ is easily assimilated into learning environments; its use of multimodality (images, sounds, text, interaction) enables students to see storytelling in a new, multi-sensory light. ‘Inanimate Alice’ is a new media fiction that allows students to develop multiple literacies (literary, cinematic, artistic, etc.) in combination with the highly collaborative and participatory nature of the online environment.

Pour le moment, j’ai fait venir la trousse pédagogique mais je ne l’ai pas explorée. Je préfère d’abord faire une rencontre libre avec l’oeuvre, sans support, sans guide pas-à-pas, sans qu’on me prenne par la main, sans filet. En fait, je suis légèrement agacée par les productions qui viennent avec des kits éducatifs, surtout quand c’est l’auteur qui s’en mêle, même si je comprends l’intérêt, la démarche et le fait que l’on s’adresse aux enseignants, bibliothécaires et autres médiateurs. Ça me fait l’effet d’un rendez-vous arrangé pour faire plaisir aux organismes subventionnaires. Mais, en même temps, il est tout à fait juste et conséquent d’assumer qu’il y a une immense tâche à accomplir en vue de développer la littéracie numérico-littéraire…Mon malaise découle peut-être d’une sorte de bogue culturel (cf. le début du billet) autour du marketing littéraire, plus naturel ailleurs qu’ici. Je ne sais pas mais je vais essayer de me déboguer. En attendant, je vous invite à juger par vous-mêmes la proposition et l’ensemble du projet.

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