Partir en voyage avec un guide numérique : où est-ce qu’on s’en va?

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Perso, je suis très guide de voyage. Je vis à Montréal, et juste pour cette ville, rien pour aller au coin de la rue, je possède une dizaine de titres à l’enseigne de l’évasion. Pour moi, ça injecte du récit quand les yeux se fatiguent, quand on ne sait plus où aller, captifs de la même ligne de métro dans le (court-) circuit de nous-mêmes. Une bonne fois tiens, je proposerai une médiagraphie pour touristes perdus dans leur propre cité des sens #MTL

Parfois, on décide de bouger pour de vrai au lieu de se faire accroire que la géographie, c’est dans la tête. Récemment, on s’est dit : ok, on décolle pour les White Mountains, les Presidential Range, cette série de sommets qui répondent au nom de quelques présidents américains. C’est à 4h de Montréal dans le New Hampshire via le Vermont. De belles promesses de randos. J’ai un collègue du bureau qui les a toutes marchées, et deux opérations aux genoux plus tard, il m’a brossé le tableau de la région. Puis, ô coïncidence, il me rapportait le lendemain même de notre conversation, un article du Métro Montréal qui recommandait le guide : Randonnée pédestre Nord Est des États-Unis (Ulysse, 2008).

Et ce projet a viré en évaluation, sans prétention, d’un lecteur numérique chargé d’un fichier du guide de voyage en question dans un contexte de randonnée.

New Hampshire, 16 avril. Nous sommes partis, mon compagnon et moi, au pays du Live Free or Die, là où on trouve des pancartes « Moose Crossing » à tous les 100m, où les gens vivent uniquement de chasse et pêche (selon lui) et où certaines scènes de Deliverance auraient même été tournées (toujours selon lui). Nous avons entrepris une rando dans la neige tapée en forte dénivellation ininterrompue, version hors-gym du stairmaster. Au cours de cette ascension, nous avons croisé quelques randonneurs avec crampons et raquettes (ce que nous n’avions pas…). Nous avons aussi rencontré un skieur (alpin) très équipé que nous avons scruté avec méfiance suspectant qu’il était en train d’enregistrer pour le nouveau Google Trail View, la version des bois de Google Street View. Et, à la fin de la journée, nous avons fait le bilan des avantages et des inconvénients de l’utilisation d’un lecteur numérique pour les guides de voyage en prenant une bière dans un pub de la ville de Gorham.

C’est sans doute un peu une question de personnalité mais je me suis concentré sur les avantages et lui sur les inconvénients.

1. La jouissance immédiate d’un bien. Dans le scénario actuel, nous avons décidé à quelques jours d’avis de partir. L’Appalachian Trail et la région du Mont Washington, Home of the World Worst Weather, constituent un environnement suffisamment complexe pour justifier le recours à un guide pour choisir le site, le type de randonnée en fonction d’une classification des niveaux de difficulté de la montée ainsi que l’hébergement. Or, les options pour acquérir un guide mardi soir afin de répondre à ces questions se sont avérées assez limitées. En cherchant, j’ai constaté qu’aucune bibliothèque à proximité ne le détenait; je n’avais pas le temps de le faire venir en utilisant le service de réservation. Par contre, si une version numérique avait été disponible, ma quête se serait arrêtée ici. Les librairies à proximité de chez moi ne possédaient pas davantage de copie ou alors les petites n’avaient pas de site pour que je puisse vérifier leur inventaire. Par ailleurs, ce soir-là, le site de l’éditeur Ulysse n’était pas accessible. En revanche, je l’ai trouvé sur Livresquébécois.com

On a souvent fait la promotion des livres numériques dans la niche du guide touristique. Et, en effet, un des avantages ici c’est la possibilité de disposer immédiatement de ce type de bien, par l’accès web, sans précaution supplémentaire en termes de décalage spatio-temporel quand on décide de partir, presque, à l’improviste. Quelques clics, la copie pdf sur mon mac, une heure de feuilletage et nous avions un parcours et un hôtel.

L’étape de la planification logistique est agnostique par rapport au dispositif de lecture : nous aurions pu profiter du guide sur le portable, comme sur la liseuse Sony ou sur le iPhone. Mais comme, nous avons co-vérifié et complété plusieurs infos contenues dans le guide, c’est avec le portable que nous avons procédé.

2. La personnalisation du besoin (et son avantage économique). La couverture du guide choisie dépassait nos attentes. Nous avions besoin d’un seul chapitre sur les quatre proposés. Déjà, le livre vaut 24.95$ dans sa version papier, 19.95 $ en numérique et le chapitre désiré est offert à 4.95$. La segmentation du document en unité plus petite comporte un intérêt indéniable d’un point de vue économique pour ce créneau d’ouvrages.

Les guides voyagent souvent beaucoup plus loin que les trajets que l’on vise – comme c’est le cas ici. Et, malgré cela, il arrive aussi que, très souvent, l’on doive acquérir plusieurs documents pour obtenir un ensemble d’informations qui correspondent adéquatement aux caractéristiques des itinéraires particuliers que l’on dessine en fonction de nos intérêts. Dans ces conditions, il semble beaucoup plus intéressant de se « créer » un guide personnalisé à partir d’une série composite de chapitres de différents livres.

3. L’entreposage massif. Et, à l’inverse du besoin pour un micro-document (le chapitre) l’hypothèse du macro-document à travers la possibilité d’emporter avec soi sa bibliothèque personnelle est, en voyage, particulièrement stratégique. Ceci signifie que l’on peut, outre le guide principal, se doter de différents guides connexes, celui sur la survie en forêt, les oiseaux, les reptiles, la flore, les fossiles, etc., comme, en d’autres circonstances, les dictionnaires de langues, les auteurs locaux, les parcours d’architecture, etc.

4. La portabilité. Nous avons chargé le guide Ulysse sur le Sony Reader et sur le iPhone. En déplacement, l’un et l’autre de ces appareils prennent relativement peu de place, moins en tous les cas, qu’un livre alors qu’ils peuvent contenir une bibliothèque. Ils sont légers et leur manipulation n’est guère exigeante. On peut ajouter que la batterie du Sony a tenu le coup et, tant qu’à le tester, nous avons pu vérifier que, sous zéro, on n’observe pas d’impact sur son fonctionnement. Nous n’avons pas chuté, donc la fragilité des appareils n’a pas été mise à l’épreuve mais ceci pourrait être un enjeu d’autant plus que nous avons traversé, à sauts de pierre, plusieurs petits cours d’eau dans la vigueur de leur printemps.

Les inconvénients ont été formulés par lui et relèvent essentiellement de la gestion des cartes et des possibilités de géolocalisation. Pour moi, ce sont des aspects plus secondaires…parce que, comme le veut le cliché bien connu, j’ai moins d’inhibition que lui à demander mon chemin mais, dans le bois, comme il m’a fait valoir : « tu pourrais toujours essayer de demander aux bouleaux ». Et même que, plus généralement, en ce qui a trait à la signalisation, les panneaux m’intéressent plutôt pour leur facture esthétique (voir diaporama). Ce n’est qu’en traitant mes photos dans la soirée, par exemple, que j’ai lu l’enseigne qui nous mettait en garde contre un risque de danger mortel.

Les inconvénients identifiés concernent :

1. L’expérience de la navigation. L’utilisation d’un guide diffère significativement de celle des autres livres. La consultation de ce type de document est susceptible de nécessiter de nombreux aller-retours entre les sections de contenus textuels et les plans. L’exercice se révèle plus laborieux qu’avec un codex selon mon compagnon. Les versions numériques des guides devraient être adaptées et prévoir des onglets qui facilitent cette navigation.

2. Le temps de rafraîchissement des pages. Pour ajouter à cette insatisfaction, la qualité de l’expérience de consultation pâtit du délai de rafraîchissement des pages qui augmentent la durée de la lecture (par rapport à un délai « habituel »).

3. La déficience de la mise en pages. Par exemple, une des principales cartes était artificiellement tronquée au milieu.

Mais surtout :

4. La pauvreté de la résolution des cartes. Cet aspect rend leur consultation quasiment inutilisable. Les possibilités de grossir et de zoomer ne suffisent pas à assurer une lecture de qualité, au contraire, puisque généralement ces interventions dégradent le rendu.

5. La géolocalisation. L’option de géolocalisation favorise exclusivement le iPhone à condition de recevoir un signal, ce qui est très variable en forêt et, particulièrement, en montagne. A-t-on besoin de préciser que les lecteurs Sony ne sont pas wifi avec les limitations que ceci comporte, non seulement en matière de géolocalisation, de téléchargement direct via le web mais aussi pour le butinage?

Lui : Et puis, y avait pas de couleurs avec le Sony, l’encre électronique, c’est laid. Ce serait mieux avec un Kindle.

Moi : Ben, c’est parce que le livre est en noir et blanc…

Lui : Justement, les éditeurs devraient complètement repenser leurs produits et saisir les opportunités du numérique pour offrir des vidéos, des cartes interactives en couleur, une large palette d’informations ponctuelles à travers des objets multimédias qui vont faire exploser la linéarité des ressources actuelles. Il faut avoir la possibilité de se connecter avec des communautés locales, des communautés d’intérêts ou avec des gens de notre réseau qui ont des liens avec ces données.

Moi : Penses-tu que ce serait une offre complémentaire de l’offre imprimée ?

Lui : Pas du tout.

Moi :

Mais, en attendant la mort du guide touristique papier, je n’ai pas réussi à le convaincre de la supériorité des versions numériques actuels sur les imprimés et, en quittant le New-Hampshire, j’ai eu droit à ce message à transmettre aux éditeurs: Livre free or die. Dans le sens de : libérez le livre de la politique du texte et du codex sur le sentier du numérique.

2 thoughts

  1. Autres aspects d’un guide touristique numérique :

    * Des ressources tels que wikitravel http://wikitravel.org/en/Appalachian_Trail
    * Un guide non seulement que l’on peut consulter, mais annoter et donc compléter pour le reste de la communauté avec une expérience directe. (se pose alors la question des modes d’édition offline)
    * L’outil de géolocalisation manquant est souvent le GPS (hors connexion cellulaire).
    * OpenStreetMap fournit des cartes http://www.openstreetmap.org/
    (souvent incomplète mais à compléter tout comme wikipedia et wikitravel)
    * D’ailleurs Michal Migurski (Stamen Design) créé un outil papier pour éditer les cartes numériques http://walking-papers.org/
    * Géolocalisation et prise des photos que l’on peut mettre sur wikipedia.

    Il y a donc la partie recherche d’informations, compilations de cette information dans son propre carnets et finalement écriture du carnet en retour. DIY guidebook. Et c’est ce qui manque aux éditeurs traditionnels. Ils ont un fond numérique (parfois pauvre), mais je devrais pouvoir être capable de sélectionner ce paragraphe de walden, de l’insérer avec cette carte du national geographic, de prendre les références de cet hôtel, de coller deux trois poèmes d’un autre recueil et exporter pour créer mon propre livre numérique.

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