Décentrements et chose-langue made in Québec


François Bon sur Facebook:

« Décentrements » on rebaptise l’ancienne collection Québec de publie.net parce que ras-le-bol des cloisons même dans le web on commence avec Sarah-Maude Beauchesne accueillie par Mahigan Lepage et ça pulse…

J’aime ce nom Décentrements, ça respire la périphérie renversée, les privilèges rebrassés, le regard attrapé dans le détour, le secret qu’on trahit avec un porte-voix et le sourire en coin. Et j’aime les commencements alors j’ai commencé la collection Québec recommencée en lisant Sarah-Maude Beauchesne.

C’est un recueil de 18 choses-textes-avec-des-illustrations qui s’intitule Les Je ne sais pas. Que sait-on au sujet de Les Je ne sais pas ? Ceci que cela s’est d’abord manifesté sur le blogue de l’auteure Les Fourchettes avant d’être un livre.

Pour en savoir plus, le commentaire de Mahigan Lepage (autre auteur décentré, il faut lire La science des lichens, un jardin botanique au nord du monde et de soi) lui ouvre le passage:

Alors qu’est-ce que c’est, cette chose-langue? Évidemment qu’on sait pas. Ça fait mine de parler comme on parle entre nous quand on a 20 ou 25 ans et qu’on vit à Montréal. Ça parle d’affaires de coeur, ça parle de fringues et de maquillage, des musiques qu’on écoute et des bars qu’on fréquente. Surtout, ça parle de sexe, beaucoup de sexe. Mais ce n’est pas qu’un thème : c’est que l’écriture procède du corps, de la sensation, de feelings chaque fois plus forts et plus sourds que les mots, et qui par là même bousculent la parole. Le sexe, le corps, le charnel, par leur imperfection, leur mélange de beauté et de saleté, leur incontrôlable, virent la tête à l’envers, renversent la pensée, sont la folie, la déraison nécessaires à écrire.

J’ai butiné des extraits, de ceux qui s’essaient à nommer les désirs autrement.

Pour la dégaine et la rengaine :

La musique fait de toi un cow-boy tu me dois six dollars je te chante tout haut tu me dois le temps perdu tu me dois six dollars j’ai de l’amour pour toi pas beaucoup mais assez ».                                      
(le sexe avec un  chanteur)

Pour les amis-amants :

Cet ami garde ces images d’une moi toute nue sans trop me trouver belle. Il s’abstient, il s’arrête avant le désir pour ne rien gâcher, pour prolonger les moments naïfs qu’on veut vivre ensemble. Mon corps est pour lui quelque chose de flou, d’abstrait, quelque chose dont les contours seraient trop pâles ou absents. Mon corps n’a pas de forme, pour mon ami, il n’est qu’un malaise. »              
(alors on fume au lieu de se toucher le corps)

Pour Prévert dans Pour toi mon amour qui s’est invité entre les amants et moi :

J’ai, pour toi, peinturé ma bouche (elle est ouverte)
J’ai, pour toi, séché le fond de ma tête
J’ai, pour toi, échangé
ce qu’il y a derrière mes yeux (jaunes l’été verts l’hiver)
pour des images de toi et moi de toi dans moi je ne m’en empêche même pas                                                              
(c’est con à dire mais imagine)

Pour la température qui monte et qui baisse, c’est selon :

C’est l’hiver pis j’ai chaud sur la nuque fait pas chaud mais moi je feel autrement  
(les animaux)

ou

Je fais des cercles avec ma bouche
Et des fois je tousse ton prénom.
Tu n’es pas mon amoureux                                                     
(te faire des affaires)

Pour le choix de couleurs :

Des couleurs de filles.
Quand je bois, je n’ai jamais assez de rose à lèvres sur les lèvres. J’en applique entre mes gorgées de boissons fortes. Je laisse des traces sur le contour des verres. Je marque mon territoire délicatement.                                                   
(je ne sais pas pantoute)

Pour la générosité dans le geste et le don de soi :

j’avais envie de te donner mes bras, je les aurais emballés dans du papier de cadeau de fête dans du papier assez souple pour que tu devines la forme de mes bras à travers les motifs de papier de cadeau de fête…

J’avais aussi envie de te donner mes dents en cadeau je les aurais mis dans des petites boîtes en poupées russes, les palettes dans les grosses madames, les petites dents d’en-bas dans les petites madames.                                     
(les cadeaux)

Les Je ne sais pas répondent, avec une désinvolture, tantôt réelle, tantôt feinte, à ces questions qui sont celle du rapport que nous entretenons à notre corps (mais qu’est-ce que je fais de ce corps?) et celle des relations entre les corps (qu’est-ce que je fais de mon corps avec toi?).

C’est peau contre peau, tout nu, frais, direct, mordant, intime à l’oral et à l’écrit, ça suit la trajectoire neuve de ceux-se qui s’initient et qui découvrent à mesure qu’ils ne veulent rien savoir de ce qu’on pensait savoir avant eux. Mais surtout, avant elles.

|L’illustration de Soleil Denault ©publie.net accompagne le texte Le sexe avec un chanteur dans le recueil |

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