L’homme blanc de Perrine Leblanc entre dans la collection Blanche

La mythique collection Blanche aux éditions Gallimard accueillera le premier roman de Perrine Leblanc : L’homme blanc. Cette oeuvre, qui a remporté le Grand Prix du livre de Montréal 2010, est parue aux éditions Le Quartanier. La nouvelle a été confirmée à Radio-Canada aujourd’hui.

L’homme blanc est le récit, à la fois extrême et patient, d’un être dans sa quête pour habiter la liberté et la vérité. Depuis sa naissance dans le goulag jusqu’à son retour dans les prisons à l’âge adulte, Kolia aura ses chances parmi les déshérités, une mère jusqu’à six ans, un bagnard qui lui apprend à lire, un métier, celui de clown, dans cette Russie qui n’épargne personne comme s’il n’était pas possible alors d’être quelqu’un, c’est-à-dire, d’être soi.

L’homme blanc défile, entre l’horreur et la beauté, dans une écriture dense, sobre, sans détour et qui rappelle assez les aspérités nues et les bords tranchants de l’oeuvre d’Herta Muller. Extrait :

L’agent essaya de lui faire avouer qu’il était un boucher anthropophage, ou quelque horreur du genre. Il n’avoua pas. On le frappa. il perdit plusieurs dents. Cet interrogatoire était inhabituel. L’agent avait mouillé de sueur le col de sa chemise. Il enquêtait sur cette affaire depuis des années. Il devait coffrer quelqu’un. Il répétait, à bout de nerfs :

– Tu as tué des enfants. Tu as tué des prostituées. Tu leur a crevé les yeux. Tu as mangé des sexes de garçons. Des tétons de gamines blondes. Pourquoi?

Kolia répondait « non » à chaque fin de phrase.

Il ne comprenait rien à ce qu’on lui racontait. Il en avait oublié la douleur au coude  et son visage amoché, qui enflait presque à vue d’oeil, devint une plaie ouverte et humide. Dans le cabinet où on le laissa se soulager, il découvrit dans le miroir une gueule de monstre. Et, pour la première fois peut-être, depuis la mort de Pavel, l’image renvoyée correspondait exactement à la réalité. Son visage était d’une laideur parfaite.

On l’interrogea encore ainsi pendant une quinzaine de minutes, après quoi on le jeta dans une cellule qu’un matelas, une cruche d’eau et un pot de chambre meublaient. Dans le pot de chambre il cracha des dents et une masse molle. Il crut qu’on en avait profité pour lui mettre une couille de jeune dans la bouche (quand on cherche des preuves). Mais non, c’était tout ce qui n’avait rien à faire dans sa bouche : du sang et la morve passée par le palais ou remontée des bronches par la gorge. Ça lui leva le coeur et il vomit ce qu’il avait dans le corps. On le laissa dormir quelques heures en chien de fusil dans ses vomissures pour lui faire comprendre qu’on ne le mettait plus du côté des humains, parce qu’un monstre, ça ne pouvait pas être soviétique.

| La photo a été prise lors d’un entretien avec Normand Biron à la bibliothèque du Plateau Mont-Royal, jeudi le 10 mars 2011. Par mariedmartel CC-BY-SA |

2 thoughts

  1. Bonjour Marie,
    Merci de l’information. Quand il sera publié en Europe, je ferai sûrement une chronique sur ce superbe roman.
    En passant, merci pour tes billets très intéressants; je suis un lecteur assidu mais je ne laissais pas de commentaires.
    Et me voilà …
    Bonne lecture !

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