Recherchons : designers de l’innovation sociale

Dans un billet récent, j’ai parlé d’un projet de site Web conçu en adoptant une démarche intégrant les enfants dans le processus de design. Je concluais, par une hypothèse, en demandant : « cette approche intégrée ou systémique qui consiste à impliquer les usagers ou les futurs utilisateurs dans la démarche de gestion de projet, qui va de la conception, du design jusqu’à la mise en oeuvre et la médiation, ne pourrait-elle pas être étendue et appliquée à l’ensemble des initiatives de développement de collections, de programmes et de services en bibliothèques, aussi bien que dans la construction des établissements ? En d’autres termes, quels que soient  les projets, la décision de créer une équipe de design intégré pour réaliser un outil ou une technologie appropriée, serait déterminante. »

Or, j’ai croisé cet article au sujet d’un ouvrage intitulé le Design des politiques publiques dont le propos et les exemples d’initiatives présentées reposent sur la même hypothèse à savoir que la participation des acteurs dans la conception des projets publics est un ingrédient essentiel pour la réussite et l’innovation sociale. Je résume ici certains éléments de cette approche qui me sont apparus stratégiques.

L’idée peut surprendre, il s’agit revoir la conception des projets publics en s’inspirant d’approches issues du design. La méthode consiste à former des équipes réunissant des designers, urbanistes, architectes, sociologues ou philosophes avec des citoyens pour penser les politiques publiques. L’objectif est de réaliser une médiation entre les citoyens, la communauté et les décideurs « pour une réappropriation des décisions politiques » qui favorise l’innovation sociale.

Suivant ce point de vue, on revendique une vision plus large du design associée à la « conception » plutôt qu’à la « production », retournant en cela aux valeurs fondatrices prônées par Moholy-Nagy.  Et, plus spécifiquement, les partisans du design public définissent leur objet comme «  »démarche de conception créative centrée sur l’utilisateur » ».

Or, les bibliothèques sont plus que des édifices, ce sont des idées, des projets, des projets de société. Et cette pratique qui vise l’adoption d’une démarche participative où l’on s’efforce d’intégrer les acteurs et d’œuvrer en co-création avec eux en vue d’élaborer un concept approprié, si elle est envisageable pour penser des politiques, l’est aussi pour les politiques de bibliothèques et les divers projets qui sont conduits en leur nom. On veut faire des bibliothèques pour les gens, pourquoi ne peut les concevoir avec les gens?

Cette question ouvre un voie pour la réinvention d’une bibliothèque appropriée, d’un projet qui est congénitalement médiation et interrelation avec les gens, la communauté, l’existant et qui favorise la cohésion sociale et l’empowerment des collectivités territoriales en accord avec les principes du développement du durable :

« Comprendre la globalité d’un système et faire en sorte qu’il fonctionne mieux pour prendre en main son avenir, tels sont les objectifs des acteurs de l’innovation sociales »

Pourquoi suggérer que les bibliothécaires soient identifiés à des designers de l’innovation sociale ?

Parce que, lorsqu’il s’agit de s’engager dans la programmation d’une bibliothèque par exemple, au lieu d’aborder cet exercice par l’entremise d’une solution (ça prend du rayonnage à roulettes) il convient de s’interroger globalement quant à la manière par laquelle on veut atteindre notre but.

Parce que la bibliothèque, comme la société, vit une crise : celle de l’information (sa quantité, sa fragmentation, sa validation), celle du document (matériel, numérique, interactif, multimédias), celle de la transmission de savoirs, celle de l’approche centrée sur les collections au profit d’une approche centrée vers les connexions, vers le social, vers l’humain. Où veut-on aller, quelle est notre vision? Les bibliothèques sont en crise comme la société oui mais elles font partie de la solution, du moins pour les bibliothécaires qui verront à ajuster leurs visions quant aux nouveaux besoins de la société.

Il existe une aspiration partagée pour un nouveau genre de bibliothèque, une bibliothèque qu’il faut réinventer en lui attachant un modèle symbolique et un modèle, en termes de technologie physique ou numérique, qui soit autre. D’où l’intérêt d’élaborer des laboratoires de transformation qui soit participatif pour réinventer le projet de la bibliothèque dans la sphère publique et ceux des environnements physiques et numériques que ces derniers sont destinés à abriter et à faire vivre pour et par les citoyens même.

Ainsi, cette réflexion incite à pousser plus loin l’hypothèse en suggérant la possibilité de concevoir les bibliothécaires comme des designers de l’innovation sociale qui définissent leur situation en  termes d’expérimentation, d’organisation, de médiation avec les acteurs, usagers, non-usagers, communautés, décideurs, penseurs, au sein des projets d’usage public significatifs que ce soit des politiques, des sites Webs, des services ou des espaces physiques.

Merci à@efootnotes sur Twitter pour la référence.

|Tiré de Wikimedia, ce timbre-poste se trouve dans le domaine public en Allemagne parce qu’il a été émis par la Deutsche Bundespost pour le compte du Ministère fédéral des Postes et Télécommunications. Par conséquent il constitue une œuvre officielle selon la loi allemande sur le copyright (§ 5 Abs. 1 UrhG) |

4 thoughts

  1. « Les bibliothèques sont en crise comme la société oui mais elles font partie de la solution, du moins pour les bibliothécaires qui verront à ajuster leurs visions quant aux nouveaux besoins de la société. »

    Tout à fait d’accord et comme je le remarquais aussi ailleurs : les bibliothèques inscrivent parfois comme mission dans leur projet d’établissement (quand il y en a 1), d’être un lieu du « débat démocratique, citoyen etc. ». Bon, dont acte.

    Or pour atteindre cet objectif, les bibliothécaires inventent des dispositifs variés : basés sur les collections, ou sur la médiation, ou sur l’action culturelle etc.

    Mais je me demande si pour atteindre cet objectif, la première chose à faire ne serait pas de nous appliquer à nous-mêmes, en tant qu’établissement, cet impératif. A savoir mettre en œuvre le débat démocratique dans la conception de nos actions ou outils ?

    Bref, pour atteindre un tel objectif, ce n’est pas tant le contenu qui compte, que le contenant me semble-t-il. Réinventer nos méthodes et nos rapports à la population peut p-ê faire autant sinon plus pour atteindre certains objectifs de politiques publiques que tous les produits et services que nous pourrons imaginer et proposer…

  2. héhéhé, le monde avance…
    Bravo pour cet article.
    Si des bibliothécaires et/ou autres décideurs sont intéressés pour voir ce que cela donnerait, faites donc un partenariat avec une école de design.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s