Espace publique numérique et musique libre

Les Espaces publiques numériques sont des structures d’accueil et de services créés en Europe francophone dans le but de réduire la fracture numérique. Ils sont déployés dans des lieux physiques qui sont conçus pour soutenir les démarches des citoyens à travers le territoire numérique dans leurs apprentissages et leur appropriation des nouvelles technologies et de l’internet. Ils existent en France depuis 10 ans, en Belgique depuis 2006.

C’est Domenico Curcio, un animateur d’EPN à Tubize,  en Belgique, de passage à Montréal qui m’a introduit au projet des EPN.

Souvent liés aux bibliothèques, certains de ces espaces sont aménagés à même leurs locaux. L’EPN de Domenico, qui relève du Centre de ressources de la Wallonie, fait 50 m.c., avec 12 PC, 4 iMac et il est situé tout en face de la bibliothèque.

Le panier commun qui constitue leur offre de service comprend l’accès libre à internet, des formations et des initiatives de sensibilisation à l’utilisation des ordinateurs et de l’Internet. Mais au-delà, les possibilités se déclinent en fonction des compétences particulières et de la créativité des intervenants. Aller vers les gens, être en phase avec leurs besoins, placer l’humain au centre, c’est en ces termes que Domenico parle de sa démarche au sein de l’EPN.

Domenico est musicien et graphiste, la valeur ajoutée dans ses interventions en ont la saveur. Des exemples? Avec la Maison des jeunes, on a prêté des caméras pour un Festival Rock et les intéressés sont venus assister à une formation qui conduisait à la création du vidéo de l’événement. Ici, ce ne sont pas des figures imposées, c’est de l’apprentissage par projets. Avec les écoles, on propose, entre autres, des ateliers sur les risques de l’internet: pendant que la moitié de la classe est à la bibliothèque, l’autre participe à l’activité. On dispense également des ateliers de la formation à l’internet auprès des personnes âgées.

Plusieurs des activités sont développées en partenariat avec des centres, des associations, des écoles. Avec la Maison de Quartier, des activités de création de tags et de graffitis ont été organisées. Il y a aussi une préoccupation pour aller rejoindre les publics éloignés : des associations de jeunes ont profité d’ateliers de musique assistée dans le cadre d’une activité soutenue qui s’étendait sur plusieurs semaines.

Ce type d’initiatives qui rassemble bibliothèques et projet de littéracie de l’information, supporté par des subventions publiques, a des équivalents dans de nombreux endroits dans le monde. Knowledge Ontario chez nos voisins canadiens est une formidable machine qui vise aussi à combler le fossé numérique et qui mise largement, et encore plus explicitement peut-être, sur la fonction bibliothèque pour garantir, à toute la population, une citoyenneté numérique.

C’est sans compter ce qui se fait au sein même de certaines bibliothèques comme celle d’Helsinki (avec, entre autres, ses services de The laptop doctor et de The moving laptop class room) et celle de Toronto avec sa succursale ProTech Media Center dont la programmation repose essentiellement sur les activités proposées par son animateur/médiateur numérique.

Au Québec, des dispositions n’ont pas encore été prises pour structurer nationalement l’accès pour nos concitoyens à la société de l’information qui est un tremplin pour la société du savoir. La fracture numérique n’est pas un enjeu politique ici. Les bibliothèques ont pourtant les espaces et la mission pour remplir ce rôle dans la sphère publique. Le modèle de la bibliothèque de demain au Québec est aussi un espace pour apprendre et pour expérimenter.

Une dimension fondamentale de la vocation de la bibliothèque à venir est liée à l’empowerment, et donc, à la formation, notamment auprès des groupes scolaires, des enseignants, des nouveaux arrivants comme des autres usagers. À ce titre, la bibliothèque devient un partenaire des communautés à travers la technologie.

Ces lieux seront technologiquement équipés de manière à pouvoir assurer le développement de compétences informationnelles et la formation continue avec des formateurs qualifiés. Des ateliers d’initiation s’y dérouleront, mais également des formations plus avancées, par exemple sur la création de podcasts, sur la création de sites Web, sur l’utilisation de Photoshop, etc. Des salles de formation ( façon Computer Center ou Tech Lab comme disent les voisins), des salles communautaires pour tenir des événements, des espaces de création multimédias se dessinent sur les plans. Le modèle est là, c’est la structure et la vision politique qui ne sont pas au rendez-vous.

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Pour finir, quelques mots sur  la présence de Domenico au Québec. Il est ici pour participer à un spectacle dont le concept s’inscrit dans le zeitgeist de la culture numérique. Il s’agit d’une expérience très intéressante d’oeuvre transposée, remixée et interactive. À partir d’un ouvrage de Camille St-Jacques sur le thème de la paresse, le comédien Frédéric Lammerant, a réalisé une transposition libre pour le théâtre. Le résultat s’organise sur 2 plateaux, un pour la représentation théâtrale et un autre avec un conférencier, ou tout comme, en interaction avec le public. Domenico crée l’ambiance sonore via ordi, synthé, piano. Intitulé Robert chasseur-cueilleur, on peut voir ce show à Art-Station à St-Hilaire jusqu’à ce soir.

Domenico n’est pas seulement musicien, il fait de la musique libre et des concerts à domicile (ou en biblio!) retransmis live sur internet. Pour l’éphèmère, pour faire autre chose que U2, pour créer et partager sans les contraintes de label, parce qu’il ne rentre pas dans les créneaux qui conviennent aux cases radio ou aux festivals rock. On s’est connu via Jean-Luc Raymond de Netpublic :  le monde est plus petit que jamais. Par ailleurs, Domenico m’a confirmé que tous les Jean-Luc Raymond du web appartenait à la même personne.

3 thoughts

  1. Beau portrait de Domenico 🙂 Merci 🙂 En fait, les EPN en France existent depuis plus de 15 ans… « Concept » né à peu près à la même époque que les CAC (Centres d’Accès Communautaire) au Canada même s’il est vrai que l’appellation EPN (Espace Public Numérique) est née en 2000.

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