Le web social dans une organisation et ses mythes

La pratique du web social dans une organisation m’a amené à remettre en question certaines mythes dont la déconstruction a des implications sur la planification stratégique. L’organisation en question est celle d’un réseau de bibliothèques.

Le mythe du bottom up. On a imaginé, se lançant dans l’aventure du web social, qu’en exposant les bibliothécaires à ces technologies 2.0, on arriverait du jour au lendemain à créer un mouvement où l’information circulerait de bas en haut à la faveur d’une appropriation collective.

Constat no.1 : le passage du bas vers le haut doit être penser, non pas en ligne droite, mais davantage sous la forme d’une spirale itérative qui demande du temps et qui requiert un retour régulier à la formation.

Par ailleurs, il est tout à fait juste de dire que le web social favorise le partage et la circulation plus rapide de plus d’informations, notamment dans un contexte de proximité. En revanche, la production des contenus demeure globalement hiérarchisée. En d’autres termes, plus d’informations montent, certes, mais encore plus d’informations qu’auparavant ne descendent. Le nivellement et l’équilibre démocratiques de la dissémination de l’information est encore très relatif.

Ensuite, comme on se situe dans le contexte du « user generated content », j’ai appelé le second mythe, le mythe de la génération spontanée de contenu. Car,  comme ce sont des applications gratuites, simples à utiliser, à la portée de tous, on a eu tendance à penser que le volet média du web social se développerait et s’alimenterait par enchantement sans impacter sur les autres tâches.

Après quelques années d’exploitation, j’en viens plutôt à la conclusion que, pour une ville d’une taille comme celle de Montréal, disons de plus de 500 000 habitants, avec un parc standard de technologies sociales pour son réseau de bibliothèques, il faut compter un minimum de 35 à 40 heures/personnes par semaine pour assurer la maintenance, négocier les questions d’identité numérique, de ligne éditoriale, les enjeux légaux, produire des contenus et animer une communauté. Ceci représente une personne à temps complet, le Community Manager, qui est dans l’organisation ou alors, il s’agit d’envisager, en co-gestion, une segmentation équivalente entre plusieurs professionnels dont les tâches sont étayées dans le descriptif de l’emploi.

Enfin, le dernier mythe, c’est celui de l’école de la vie et là encore, sa construction n’est pas étrangère à la représentation du web social comme outil convivial, léger, accessible à tous… et qui donne à penser que la gestion de ces technologies est associée à des compétences quasi innées qui s’expriment au moyen de la motivation de l’autodidacte.

Mais, comme le disait récemment une spécialiste du web social au dernier  Montréal Podcamp, la création de contenu est également accessible à tous mais certains sont plus égaux que d’autres. En considérant 1) le nombre de journées consacrées à la formation sur les différentes technologies sociales offertes par la Corporation des bibliothécaires, 2) les demandes issues de mon environnement de travail pour de la formation, 3) l’investissement requis pour former les nouveaux employés qui sortent de l’université, 4) les demandes émanant en même temps du public qui veut être supporté dans ces découvertes et ces explorations technologiques, on peut comprendre que des ressources dans ce domaine devraient déjà faire partie du curriculum universitaire.

Par conséquent, s’il faut changer nos façons de travailler en vue d’intégrer le web social, il faut aussi en amont, aménager l’enseignement universitaire de manière à faire un place au développement de ces compétences.

4 thoughts

  1. Merci pour cet excellent billet!

    En ce qui concerne la formation au web social, je dirais par contre qu’il faut l’envisager bien avant l’université… 😉

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