Lire est un collage : Attachements par Louise Warren

Le sous-titre : Observation d’une bibliothèque, aux éditions de l’Hexagone (2010). Itinéraire de retour, mémoire de lectrice amoureuse, il n’y a plus de fossé ici entre la vie et la littérature. Fragments d’oeuvres et de souvenirs attachés, scellés, rien d’empirique dans l’observé sinon que l’auteure navigue à vue, l’oeil tourné vers l’intérieur et que la bibliothèque est son radeau.

J’ai tellement salivé en la suivant à la rame que le niveau de l’océan qui abrite ses confidences a bien dû s’élever de quelques cm.

Certains épis de sa bibliothèque viendront grossir la mienne : Antonio Munoz Molina, Kazuo Iwamura, Clarice Lispector, Botho Strauss, Flannery O’Connor, Antonio Porchia, Michèle Desbordes, Jacques Dupin. Sont venus aussi réveiller des passions atténuées par la poussière et les accumulations sur deux rangées, comme William Carlos Williams par exemple. (Mais comme je suis Dewey-free à la maison, je cherche, je brasse, je sollicite, je suppose depuis quelques jours).

On peut imaginer, à travers ces conversations tissées, entre elle et moi et les suivants, des ponts qui poussent et qui relient les bibliothèques des uns et des autres en un vaste réseau organique : c’est une définition de la culture façon Borgès. « Quand on lit on fait continuellement du collage ».

Sur la page de garde, on évoque « une composition éclatée », faite de boucles et de cycles », « un labyrinthe »… Oui disons-le crûment: Attachements était une oeuvre née pour être numérique. Les fragments sont des billets qu’un blogue attendait comme  un réceptacle naturel. Et, comme Louise-Warren-en-tant-que-lectrice ne tient pas toute enserrée dans ce codex d’une bonne centaine de pages, car elle lit et lira encore demain, le projet avait le contour et le carburant pour être lancé et prolongé dans l’indéfini du web.

Dans le dernier fragment celui intitulé « Les mots de Vinci », elle écrit : « Ma pensée réclame d’autres formes, d’autres instants. Une anthologie du présent…Ouvrir les Carnets de Vinci pour y puiser, comme dans un monde, comme dans un paysage, d’autres objets. Les mots de Vinci. Os, montagne, tourbillon. Comment transposer dans l’imaginaire un courant d’air, l’intervalle des tables, la présence d’escaliers, de paliers. » Peut-être que cette prochaine quête pourrait s’amarrer aux moyens des nouvelles écritures car l’image de Vinci, ramené à nous, en architecte du web, se convoque d’elle-même.

Louise Warren dispose déjà d’un site d’une excellente facture que je vous invite à visiter.

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