La bibliothèque hypermobile et les 10 tendances du web social pour 2010

Les biblioblogueurs et les adeptes du marketing 2.0, surtout américains, se livrent parfois à cet exercice des tendances de l’année. Le web social est à géométrie variable et les développements ne sont pas les mêmes pour tous. À partir de mon expérience du territoire numérique local, je me suis prêté à cette gymnastique qui consiste à projeter les tendances pour l’année qui vient dans le contexte des bibliothèques québécoises.

1. La bibliothèque hypermobile. Il s’agit, à mon avis, de la principale tendance, une mouvance (!) englobant toutes les autres qui en sont des épiphénomènes. C’est pour cette raison que j’ai élaboré plus longuement sur ce motif.

Toute cette re-conception du monde à laquelle on assiste, cette révision de nos repères associés au temps, à l’espace et à l’information, le fait qu’on se déplace sans cesse d’un territoire numérique à un territoire physique, nous amène dans l’univers de l’hyper-mobilité ainsi que l’ont discuté certains auteurs comme Jean-Pierre Corniou. Du  point de vue économique,  suivant ce dernier, nous en sommes là : Il est simplement plus efficace, plus simple, plus rapide, plus écologique de transporter de l’information que des personnes ou des biens, et on peut le faire. Nos différents mondes, celui du travail, de la maison, des amis, des relations citoyennes, vont se côtoyer, en intégrant en continu, toutes sortes de démarches qui relèvent tantôt de la mobilité physique et tantôt de la mobilité numérique tout en faisant s’interpénétrer ces deux dimensions. Au-delà la frontière 2010, l’hypermobilité est conçue comme la caractéristique essentielle du XXIe siècle.

La bibliothèque  s’inscrit dans cette logique de l’hypermobilité qui fait se mixer nos transactions à travers la mobilité physique et numérique. Et, de la même manière que l’on veut intervenir dans le trafic des échanges d’information dans le monde physique, on veut aussi intervenir dans le trafic d’information du monde numérique, et dans ce trafic même qui les fait s’entrecroiser.

Les portables, les tablettes, le développement d’applications pour les appareils mobiles nous permettra d’accéder aux services des bibliothèques et et aux informations concernant leurs activités. On profitera du wifi dans les bibliobus et les nouveaux cafés de bibliothèques. Les services mobiles ou services hors les murs auprès de clientèles difficiles d’accès seront dotés de technologies pour effectuer des opérations de prêt, retour, abonnement, de la médiation, etc. L’ensemble de ces innovations intègre la bibliothèque dans le régime de nos déplacements à travers les territoires physique et numérique.

Plus de tendances :

2. Une maîtrise accrue dans l’utilisation des pages d’adeptes (fans) de Facebook pour le marketing et pour attirer de nouveaux usagers.

3. L’exploitation de Twitter par les médiateurs en bibliothèque, après celui de Facebook.

4. Le développement de collections de livres numériques et des expérimentations avec les liseuses par le personnel des bibliothèques.

5. L’installation de logiciels libres, notamment de CMS, pour développer des portails de bibliothèques interactifs, par exemple, Drupal, Joomla, WordPress.

6. Plus que jamais, la captation vidéo des activités et des événements en bibliothèques et leur retransmission sur les sites de partage comme YouTube.

7. La recrudescence des applications impliquant des dispositifs de géolocalisation dans différents projets de diffusion.

8. Avec l’évangélisation nécessaire, une prise de conscience plus aigüe des enjeux de l’accessibilité web, entendu comme un engagement des bibliothèques à l’égard du développement durable.

9. La mise en place de services de référence virtuelle.

10. Les femmes vont dominer le web social. Selon ReadWriteWeb, ce paramètre compte parmi les 10 qui vont changer le web social en 2010. On en attend pas moins dans les bibliothèques où le pourcentage de personnel féminin est imposant. Il y a, à coup sûr, un potentiel pour créer un pool de blogueuses au service de la recommandation de lecture en ligne par exemple. En France, on parle des amazones de la blogosphère qui ébranlent les milieux littéraires…Cette tendance ne figure pas au nombre des épiphénomènes, c’est un phènomène en soi ! 😉

7 thoughts

  1. Je partage ton intérêt pour le concept d’hypermobilité.

    Cela me fait avoir des utopies de bibliothécaire: imaginons une ville qui soit en elle-même une bibliothèque. Une sorte de bibliothèque ambiante, avec des points de services dans chaque station métro, des machines distributrices de livres sur chaque station bixi, du wi-fi gratuit disponible partout, des bibliothécaires en scooter… bon, je m’emporte, mais il faut rêver!

  2. « dominer le web social » c’est en nombre en fait ?

    (me méfie, d’un côté mon côté féministe virulent est satisfait, vive les femmes, qu’elles prennent le pouvoir, d’un autre côté j’ai peur de voir davantage de machins dit « féminins »… ah, mais ça mériterait un commentaire en trois parties avec intro, synthèse et conclusion, et je ne suis pas équipée, hou la la 🙂 )

  3. @cjeanney : Plus qu’un commentaire, ça nous prendrait quelqu’un en « gender studies » pour nous dire comment les femmes s’approprient les médias sociaux et y font une différence…pas seulement en nombre mais en qualité ! 🙂

  4. Très intéressant billet, comme d’habitude. Cela dit, j’ai quelques petites interrogations, notamment quant à la gestion du temps (on a jamais le temps…!), la gestion de l’image corporative ou institutionnelle (les bibliothèques sont rarement des entités indépendantes), les ressources financières déficientes, la gestion des droits (a priori, je ne peux pas « capter » un événement et publier le vidéo sur le Web sans recueillir l’accord des participants et qui plus est s’il s’agit d’enfants) ainsi qu’une certaine fracture techno entre les usagers, entre les quartiers, entre les générations, voire entre les bibliothèques elles-mêmes.

    Bref, je suis pour les outils 2.0, mais je préfère le concept de proximité à celui d’hypermobilité. Enthousiaste certes, mais surtout sceptique.

  5. Je te donne raison sur tout Jean-François. Mais j’essaierais de travailler le scepticisme en cadrant les zones de doute comme des défis.
    Et puis on pourrait peut-être se retrouver en faisant un compromis autour du concept d’hyperproximité 😉
    Merci, à plus !

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