Nanoveille du 15 octobre : Big Data, lecture numérique, ludothèque, microbibliothèque et prix littéraires

La nanoveille est une petite collection de liens choisis en butinant les actualités dans le monde du livre et des bibliothèques sur le fil Twitter. 

Nouveaux enjeux de l’édition: 8 défis pour les bibliothèques

PhotoGoethe

Ce texte est extrait d’un article que j’ai signé dans la revue Spirale, Nouveaux enjeux de l’édition, hiver 2013, un numéro édité par Pascal Genêt et Patrick Poirier. Il a été légèrement remanié.

Face aux nouveaux enjeux de l’édition, huit pistes pour les bibliothèques sont ici explorées qui sont en accord avec le système des valeurs et les principes qui les définissent au sein de la sphère public. Ces propositions sont aussi en phase avec le modèle symbolique de la bibliothèque publique en tant que tiers lieu qui est une place pour l’humain et les connections avant d’être un espace pour les collections.

1. L’accessibilité. La défense du droit des usagers à accéder au contenu, incluant celui des handicapés physiques, constitue un des premiers rôles des bibliothèques. Les obstacles technologiques, en terme de compatibilité des formats et des DRM (Digital Rights Management) doivent être identifiés et repoussés, en considérant la possibilité que les plates-formes de lectures que les usagers possèdent aujourd’hui ne soient pas mises à jour dans quelques années. Les processus qui comprennent une succession d’étapes pour le téléchargement deviennent des expériences rébarbatives qui doivent être facilitées. Ce point de vue requiert aussi que l’ensemble des livres sur le marché numérique soient disponibles pour l’ensemble des bibliothèques. En retour, les bibliothèques cherchent à soutenir la diversité des initiatives éditoriales émergentes dans l’horizon numérique.

2. L’apprentissage/la formation. Les abonnés des bibliothèques sont désireux de participer à l’aventure du livre numérique par l’entremise de formation ou d’ateliers portant sur les options de lectures numériques (téléchargements, lecture continue), sur l’usage des liseuses ou des tablettes, sur les inconvénients des modèles verticaux que représentent les écosystèmes fermés à la manière de Apple.

3. L’éthique. Du point de vue éthique, les bibliothécaires sont appelés à informer les lecteurs des risques qui sont encourus pour la protection de la vie privée et la liberté d’expression lorsqu’il accèdent à des contenus numériques. Lorsque les citoyens effectuent des transactions par le biais des plates-formes commerciales comme Amazon, par exemple, les bases de données stockent divers renseignements que ce soit sur les livres lues, sur les pages lues, sur les recherches effectuées, etc. et qui pourraient permettre d’identifier des lecteurs à leurs dépens pour des opérations de marketing, ou même, encore plus gravement, dans le contexte d’un gouvernement malveillant.

4. La préservation. Le souci de la mémoire culturelle est un enjeu identitaire vital pour la société civile et les bibliothèques qui s’en préoccupent. C’est pour cette raison, que ces dernières réclament la possibilité de détenir les fichiers indéfiniment sur leurs serveurs afin de conserver des copies de sécurité, de modifier les fichiers en fonction des formats, des dispositifs, des besoins, ou encore, dans le but de comparer les versions en vue d’établir les sources et l’autorité des documents.

5. Le partage. Le partage du savoir et de la culture, le partage d’une place avec la communauté fonde le projet social des bibliothèques. Dans le contexte des licences et des verrous numériques, l’objectif du partage est compromis.

Plus fondamentalement, les bibliothèques explorent aujourd’hui d’autres approches, comme celle des biens communs, pour favoriser le développement, la circulation et le partage équitable des contenus numériques. Les biens communs sont des ressources d’intérêt, exprimant une solidarité entre les citoyens à la façon des logiciels libres, de Wikipédia, des créations sous licence Creative Commons ou des oeuvres appartenant au domaine public.

Certains bibliothécaires participent au débat sur les possibilités du partage non-marchand d’œuvres protégées, envisagé comme un droit culturel fondamental et une opportunité plutôt qu’une menace. Et ceci sur la base des recherches qui suggèrent que les utilisateurs qui téléchargent et partagent en P2P (Peer-to-Peer) sont aussi les consommateurs qui dépensent le plus pour des produits culturels. La conversation publique sur ces questions s’enrichit d’une réflexion sur les modèles alternatifs pour la rémunération des auteurs visant à éviter, ce que Lionel Maurel désigne par la « tragédie des communs ».

6. La médiation. La bibliothèque comme média explore différents moyens d’accès, de diffusion, de transmission et de partage des contenus physique et numérique en interrelation avec les infrastructures physiques et numériques. Ces explorations sont menées en collaboration avec des utilisateurs dans une démarche d’innovation ouverte. Elles peuvent déborder dans la ville par le biais de micro-bibliothèques, en signant les quartiers culturels, et en misant sur une forme urbanisme tactique.

Ce dispositif vise aussi à co-créer des espaces de diffusion complets autour des savoirs, du domaine public, de la littérature et des autres formes d’art, des archives; une utilisation dynamique des technologies en vue de favoriser la valorisation du matériel nouveau et populaire, la théâtralisation des collections, des mises en réseau multimédia autour des informations, des œuvres, des activités, des créations locales. La bibliothèque peut aussi contribuer à prolonger et enrichir les oeuvres-elles en créant une API pour celles-ci. La médiation est aussi une expérience d’inter-médiation.

7. L’édition locale et patrimoniale. Pendant que les collections se développement lentement en fonction de l’offre éditoriale, les bibliothèques disposent de certaines alternatives pour la création de contenus numériques originaux et exclusifs, ou encore des API. Certaines bibliothèques prennent part à des projets d’édition dans les communautés, dans un processus de patrimonialisation et de numérisation impliquant les œuvres des créateurs locaux, professionnels ou amateurs, les ressources libres, le domaine public, les archives, etc.

8. La création. Les bibliothèques tendent à se déployer sous la forme de laboratoires technologiques communautaires, où les citoyens partagent des idées et des savoirs-faire, expérimentent et fabriquent des objets divers. Adhérant à la culture des makers, ces bibliothèques se dotent de fab labs, notamment de centre d’écriture et d’édition/publication accessible à tous. Les abonnés peuvent avoir accès à des cours d’écriture de même qu’à des outils d’autoédition et de publication, comme c’est le cas par exemple à la Sacramento Public Library. Une imprimante qui permet d’imprimer un livre en quelques minutes, l’Expresso Book Machine, y est disponible pour l’impression sur demande. Ces milieux sont aussi favorables aux expérimentations autour du livre en dehors du modèle du texte homothétique.

Historiquement, les bibliothèques ont soutenu les activités des différents acteurs de la chaîne du livre. Aujourd’hui, les bibliothèques passent des collections aux connections, de la circulation des documents à la génération de contenu. Dans ce contexte de changement, elles élargissent le registre de leurs activités, en termes d’accès, de partage, de formation, de médiation et de création. Bien que cette offre contribue à diluer la relation exclusive qu’elles ont traditionnellement entretenu avec les fournisseurs de livres, de médias et autres produits documentaires, les bibliothèques continuent de participer à la recherche de solutions durables dans ce nouvel écosystème de la culture.

Sources

  • Le manifeste de SavoirsCom1. 
  • Beverly Goldberg. ALA Releases « Ebook Bisiness Models for Public Libraries. E-Content. American Libraries. 8 août 2012.
  • Lionel Maurel. Conférence à l’École des communs. UQAM, 2 novembre 2012.
  • Hugh McGuire. A Publisher’s Job Is to Provide a Good API for Books. TOC. 1 février 2013.
  • Michael Shaktin. More thoughts on libraries and ebook lending. The Shatzkin Files, 5 novembre 2012.
  • Andromeda Yelton. Ebooks Choices and the Soul of Librarianship. The Digital Shift, 30 juillet 2012.

| La photo a été prise dans la nouvelle bibliothèque de l’Institut Goethe, à Montréal |

Les prédictions 2013 pour le livre numérique selon The Guardian (et moi)

Le joueur d'échecs

Le joueur d’échecs

Le journal The Guardian a publié ses prédictions pour l’édition numérique en 2013. Un exercice qui se résume essentiellement, aux dires même de la journaliste, à observer les tendances du marché américain. Ces propositions sont formulées à grands traits et si l’exagération fait parfois sourire, le fonds est assez crédible.

Ce portrait qui respire l’optimisme tranche avec le discours morose des éditeurs souvent relayé dans les médias au cours des dernières années. Selon ce point de vue, de nouvelles catégories littéraires sont possibles et des expériences seront tentées, du côté des amateurs comme des professionnels, de même qu’entre les deux, et qui contribueront à réécrire la littérature même. En voici une traduction libre avec des commentaires.

1. Les prix des lecteurs numériques (e-readers), comme les Kindle, concurrenceront celui des livres à couverture rigide. 

On pourrait aussi penser que les lecteurs dédiés vont peu à peu disparaître pour laisser place aux tablettes, en raison de leur versatilité si avantageuse, si bien que la concurrence entre les contenus littéraires et les autres types de contenu s’accentuera sur le web.

2. Les livres numériques coûteront moins cher qu’un expresso. 

Si l’année 2013 fait la part belle au domaine public, et c’est de bonne augure, l’expresso sera même gratuit (et libre).

En revanche, dans une perspective marchande, le coût du livre numérique  au Québec devrait aussi être abordé dans le cadre d’une réflexion sur le prix unique du livre.

3. L’essor du marché de l’auto-édition favorisera le repérage d’écrivains, par exemple sur Wattpad. Les éditeurs proposeront aussi des services d’autoédition, comme le contreversé Simon & Schuster Archway.

Cet envol de l’auto-édition est considéré avec scepticisme par certains observateurs qui y voit une bulle risquant d’éclater avant peu – en raison des retours incertains sur l’investissement jusqu’à ce jour.

Le créneau de l’auto-édition ne représente peut-être pas une option rentable pour les éditeurs, ce qui pourrait freiner, à termes, les développements en ce sens. En revanche, les assises de l’auto-édition reposent largement sur une démarche de participation culturelle fondée sur la prise en charge, par les amateurs, de la destination de leurs écrits. Et, c’est ce désir de libérer et de partager la création littéraire qui assure la vitalité du courant, indépendamment de l’univers marchand.

On remarque, par ailleurs, que si  les services d’auto-édition se multiplient sur le marché anglophone actuel, les initiatives du côté francophone sont plus modestes. Attramenta, In Libro Veritas, Feedbooks qui proposent des «oeuvres originales» en sont des exemples.

4. De nouvelles maisons d’édition numérique apparaîtront, à l’instar de Plympton et Atavist. Les auteurs auto-publiés commenceront à se regrouper en coopératives, à la manière de Awesome Indies, par exemple.

Plympton publie des fictions en série pour les lecteurs numériques. Cette maison rappelle le regretté Robert ne veut pas lire, un éditeur visionnaire que le public n’était pas encore prêt à suivre au moment de ses activités.  Smartnovel offre aujourd’hui de la littérature populaire en feuilleton avec des niches : polar, glam, jeunesse, etc. – en français.

Contrairement, à Plympton qui s’intéresse au format court, Atavist, qui est toujours en version beta, vise le créneau des textes documentaires longs.

Côté francophone, Publie.net  diffuse des textes brefs depuis l’an dernier, mais le modèle éditorial coopératif et le modèle d’affaires qu’il propose diffèrent sensiblement de ces diverses initiatives. D’autres aventures éditoriales courageuses, comme celle de Numeriklire.net, explorent les territoires contemporains de la littérature francophone.

5.  L’édition traditionnelle se fera plus expérimentale. On donne l’exemple de Random House qui supporte le projet  de « Storygames » intitulé blackcrownproject.com. Ces expériences vont contribuer à repousser les limites de la narration et, par le biais des applications,  à étendre la définition de «livre».

C’est dans ce contexte qu’il faut lire la réflexion de Hugh McGuire, par exemple, sur le travail de l’éditeur. Dans cet article, McGuire propose d’amener le métier de l’éditeur dans le laboratoire de diffusion et de création numérique en vue d’exploiter les possibilités d’enrichissement de l’oeuvre, et de son expérience, que procure le livre conçu comme API.

6. Nous verrons davantage de livres numériques offerts en exclusivité, et pas seulement des extraits. Le premier thriller politique numérique  de Picador, The Kills,  est décrit comme «un roman phare en quatre parties», dont la première paraîtra en février.

L’univers marchand s’adapte à la demande des consommateurs en matière de contenu gratuit. D’abord, les extraits, maintenant des livres complets, les offres promotionnelles permettent de faire découvrir les maisons d’édition, leur catalogue, les nouveaux produits en capitalisant sur la viralité. Ces contenus occasionnels s’ajoutent à une offre existante qui est déjà colossale en livres gratuits (Gutenberg, Wikisource, etc.). Cette abondance opère une démocratisation de la culture, avec en contre-partie une forme de désacralisation des oeuvres et des auteurs. Dans cette mouvance, elles pressent les milieux du livres (éditeurs, libraires, bibliothèques) à imaginer d’autres expériences au plan des lieux et de la participation pour atteindre leurs visées auprès de leurs publics ou de leurs clients.

7. Les éditeurs orientés sur les communautés en ligne, tels que Little Brown avec The Crime Vault et Gollancz avec le SF Gateway, favoriseront la découverte des fonds et des nouveaux écrivains pour les fans de certains (surtout mauvais) genres.

Hormis les services d’auto-édition qui développent des forums et des communautés en ligne, il ne semble pas y avoir d’éditeurs francophones qui aient adopté cette approche. La coopératif d’édition Publie.net s’appuie sur une solide communauté d’auteurs, de lecteurs et de fervents qui gravitent autour de l’écrivain François Bon et qui s’agitent sur les réseaux sociaux comme sur le blogue le tiers livre. Mais, cette association est informelle; elle ne dépend pas d’un membership ou d’une inscription préalable à un forum, comme c’est le cas des maisons mentionnées plus haut. Là encore, Publie.net fait figure d’exception assez exceptionnelle, non seulement par son dispositif de lab0ratoire permanent, mais surtout grâce à sa communauté d’électrons libres et fidèles.

8. Les journaux deviennent de grands acteurs dans le marché du livre numérique, suivant l’exemple du New York Times, qui a uni ses forces avec des « startups » comme Byliner et Vook dans le but de publier des documents originaux et des archives.

L’éveil de l’auto-édition, de la micro-édition, les initiatives des bibliothèques comme des universités, la diversité de l’édition ne fait que s’étendre en dehors du champs traditionnel. Les grands journaux comme le New York Times explore déjà ambitieusement ce créneau comme le suggère le projet éditorial de Snow Fall avec sa fascinante narration multimédia.

Le Devoir a aussi proposé, par l’intermédiaire de Fabien Deglise, un livre de twittérature sous contrainte : 25 auteurs en 140 caractères. La diffusion de ce document, que l’on peut télécharger gratuitement en pdf ou via la plate-forme iBookStore, n’a pas été prévu pour figurer sur une diversité de vitrines favorisant la promotion de l’oeuvre, en même temps que celle des plate-formes locales sur le territoire numérique. 2013 sera l’année d’un partage des meilleures pratiques de mise en marché du livre sur le territoire numérique (merci à Gilles Herman pour avoir généré cette discussion).

9. Les bibliothèques et les éditeurs ne voient pas du même œil les prêts de livres numériques.

Traditionnellement, les bibliothèques ne rapportait pas une fortune aux éditeurs. Mais, elles représentaient une vitrine intéressante tout en étant un concurrent marginal. Dans le contexte numérique, les acquisitions des bibliothèques ne rapportent guère davantage. Cependant, elles pourraient bien devenir un immense réservoir de livres gratuits, et du coup, un concurrent  majeur. Acheter ou emprunter, au bout des doigts, les démarches se confondent et c’est la même gratification immédiate.  Les éditeurs, dans les marchés américains ou français notamment, craignent ce nouveau positionnement et s’évertuent à décourager le prêt numérique en multipliant les obstacles.

Pendant ce temps, les bibliothèques cherchent à convaincre les éditeurs qu’ils sont, de fait, en passe de devenir une immense vitrine qui stimule le marché car les emprunteurs, on le montre avec des études rigoureuses, deviennent des acheteurs. On fait aussi valoir que les bibliothèques élargissent le volume des consommateurs de livres car elles aident, en contribuant à la littéracie à engendrer de nouveaux lecteurs.

Lorsque les éditeurs ne reconnaissent pas ces faits et qu’ils cherchent à empêcher l’accès au prêt numérique, ils ne nuisent pas seulement aux intérêts de la société civile, mais aussi, vraisemblablement, aux leurs.

On peut lire un article à ce sujet dans le dernier numéro de Spirale, Les nouveaux enjeux de l’édition.

Au Québec, les différents acteurs de la chaîne du livre semblent avoir compris ces enjeux critiques et ils ont pactisé. La plate-forme prêtnumérique.ca est le produit de cet entente qui est aussi un projet social. À ce chapitre, le Québec n’a pas de rattrapage à faire en 2013. Sous notre latitude, les acteurs de la chaîne du livre ont réussi, ce qui échoue trop souvent ailleurs, à créer une collaboration autour du prêt en bibliothèque.

En 2013, on observera un nombre croissant de petites bibliothèques publiques qui vont offrir le prêt de livres numériques. On verra davantage de laboratoires et d’ateliers d’initiation à la lecture numérique en bibliothèque à la manière du Buffet numérique de La Grande bibliothèque.

[10. Amazon va être contraint de déposer son bilan après un boycott de masse provoqué par son refus de payer l’impôt des sociétés. Mais, cette dernière prédiction pourrait être un peu trop optimiste.]

Ce n’est pas la prédiction la plus éclairante… Mais, elle suggère néanmoins, dans le contexte des hypothèses considérées jusqu’ici, l’exercice d’une domination arrogante de la part d’Amazon sur le marché du livre. L’éthique d’Amazon n’inquiète peut-être pas seulement en tant que citoyen corporatif.  Dans le contexte d’une diversification des pratiques de l’édition, avec des niches et des segments relativement étroits, avec des explorations artisanales, des modèles d’affaire qui se cherchent, on peut se demander comment va survivre cet écosystème fragile face aux géants.

Conclusion

Les prédictions annoncées  par The Guardian dessinent globalement un horizon prometteur et confiant, mais qui n’est pas encore le nôtre et ce ne le sera pas avant…2015? ou même au-delà.

Qoiqu’il en soit, ce matériel de prospective peut servir de repère pour réfléchir, par jeu de comparaison et de contraste, au développement de l’édition et de la publication francophone.

Cette réflexion permet aussi d’apprécier ce qui est omis.  L’offre de plus en plus structurée des livres du domaine public ou la question du partage non marchand d’oeuvres protégées, autour des biens communs, sont des vecteurs de transformation de la culture de l’édition qui vont largement contribuer à créer le nouveau monde du livre.

Pour aller plus loin :

Nanoveille du 13 octobre 2012 : Vogue, Mo Yan, le livre numérique en foire, une boîte et un parcours à idées


1. Vogue Archive, un incontournable pour les amateurs de mode. La totalité des numéros, de 1892 à aujourd’hui, de l’édition américaine du magazine Vogue sont numérisés et accessibles en couleurs et en haute résolution. La base de données Pro Quest n’est pas des plus conviviales pour le feuilletage, mais on peut y faire des recherches précises sur des articles de mode, des marques, des collaborateurs, des photographes, des matières, des couleurs, des imprimés, etc. Et puis, dans une perspective anthropologique, comparer les couvertures de 1892 avec celles de la dernière décennie où l’on voit, entre autres, les Angelina Jolie et compagnie, quel choc culturel quand même ! Pour les abonnés de BAnQ (Bibliothèque et archives nationales du Québec).

2. 7 sites pour trouver des documentaires de qualité (en anglais). Voici une liste de sites qui proposent des documentaires ou des séries à visionner en ligne. Récemment dans Le Devoir, on nous invitait à voir Call the Midwife, et c’est là : on peut retrouver cette adaptation des mémoires d’une sage-femme produite par la BBC sur PBS. Maintenant, il ne reste plus qu’à attendre qu’un valeureux curateur réalise une liste du même genre destinée aux cinéphiles francophones.

3. Le prix Nobel de littérature à Mo Yan, décerné pour la première fois à un écrivain chinois. Le Quotidien du peuple version française a rapporté les réactions de certains grands journaux à la suite de cette annonce:

Dans ses romans et contes, Mo Yan brosse un large portrait et complexe de la vie rurale chinoise, tout en faisant valoir son imagination, avec des animaux narrateurs et des éléments de contes de fées. Ce qui rappelle les rhétoriques liriques des écrivains du réalisme magique de l’Afrique du Sud. (New York Times)

[L]es romans de Mo Yan sont des ouvrages audacieux avec une forte morale qui ont été écrits par une plume somptueuse, pleine d’imagination et de force.(The Guardian)

Mo Yan est un écrivain qui mêle le vrai, le faux, l’amusant et… autre chose. Ses architectures sont complexes, ses personnages insaisissables, ses narrations souvent ambiguës. C’est pourquoi, peut-être, Mo Yan n’a pas été inquiété par la censure (sauf pour Beaux seins, belles fesses*, mais pour des passages finalement secondaires). Il a un sens de la métaphore et de la digression trop sûr pour se laisser attraper. Pour cette raison sans doute, ses détracteurs (ils existent) lui reprochent ce qu’il ne dit pas ou ce qu’il n’écrit pas, plutôt que le contenu de ses livres, sur lesquels l’avis est globalement unanime : cet écrivain-là est un grand écrivain.(Le Monde)

* Beaux seins, belles fesses est l’histoire d’un jeune garçon resté pendu au sein de sa mère jusqu’à son adolescence.

4. Le livre numérique en foire. Pendant que la foire de Francfort annonce le décollage du livre numérique en Europe, le Canada semble avoir pris sa vitesse de croisière. L’étude de Booknet, publiée cette semaine, rapporte que 20 % des Canadiens ont acheté un livre numérique entre mars et juin 2012 et que la vente de livres numériques représente 16 % du marché du livre.

5. La création de la bibliothèque numérique HathiTrust ne viole pas le droit d’auteur. Le juge a donné gain de cause au projet de numérisation des universités en invoquant le Fair Use à l’encontre de la guilde des auteurs (Author’s Guild). Par ailleurs, et d’une façon générale, les projets de numérisation constituent des aventures à risques, et l’on peut s’inquiéter qu’ils ne servent pas toujours à étendre l’accès libre et gratuit au domaine public et à contribuer à l’enrichissement des biens communs numériques en ligne.

6. IDEA BOX, une boîte à idées qui rassemble une communauté. C’est une salle qui a essentiellement pour fonction de créer des liens entre les citoyens et de créer quelque chose de nouveau. Pour cette expérience de participation communautaire à la bibliothèque de Oak Park, on invite les gens à explorer, à apprendre, et à jouer autour d’une thématique artistique, comme le Mois de la poésie par exemple, ou scientifique. On s’approprie le thème, on bidouille, on regarde ce que les autres font, on en parle, et ça marche.

7. Demain dans ma vie, découvrir les lieux d’innovation parisiens. À Montréal, on connaît les Portes Ouvertes Design Montreal. Mais, voici une variante parisienne façon économie collaborative et design du futur qui pourrait nous inspirer : « L’initiative Demain dans ma vie, ce sont vingt lieux originaux à découvrir, pour partir à la recherche de l’innovation dans des lieux dédiés au numérique, au design, aux jeux vidéo, à l’édition, à l’environnement ou encore à la santé…Pour accompagner le visiteur, 34 parcours thématiques sont proposés, sous la forme de rencontres, conférences, sollicitant tous les sens possibles. Même le sens de l’humour. »

| Source de la photo [Idea Box] : Flickr, R.A.W. (Real Art Work) par Oak Park Public Library |

Kobo pour elle du métro à la plage

Cette publicité apparaît dans le métro de Paris. La liseuse devient un produit saisonnier avec une clientèle cible : les grandes lectrices. Mais, la liseuse à la plage a-t-elle le coffre pour résister au sable dans l’engrenage?

Et puis tiens, Marilyn aurait voyagé encore plus léger : un parfum et 1000 bouquins.