[Notes de lecture] La couleur de l’aube par Yanick Lahens : quelque chose de faulknérien

aube

C'est la dernière semaine de février. Je m'invite dans ce mois de célébration pour
 partager quelques lectures qui m'ont enchantée entre 2014 et 2015.

La couleur de l’aube par Yanick Lahens, Sabine Wiespieser éditeur, 2008.

Roman, drame psychologique. Prose chaloupée à deux voix, deux chants de femmes qui se répondent en attente d’un frère disparu, d’un homme, d’un pays à libérer, d’un salut : l’aube a la couleur de ces espoirs trop grands. Cette narration sophistiquée embrasse une diversité d’émotions et de points de vue face à l’étau post-colonial, aussi bien que familial. Les êtres humains, tantôt s’épuisent, tantôt se galvanisent dans la quête quotidienne des opportunités. Certains lecteurs auront vu, avec justesse, quelque chose de faulknérien dans cette écriture dense à la fois intime et politique.

Yanick Lahens a remporté le prix Fémina pour Bain de lune en 2014.

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[Notes de lectures] Après Anna Karénine, Aminata par Lawrence Hill

Aminata

C'est la dernière semaine de février. Je m'invite dans ce mois de célébration pour
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Aminata par Lawrence Hill, traduit de l’anglais par Carole Noël, Éditions de la Pleine Lune, 2011.

Paru sous le titre original de The Book of Negroes, ce passionnant roman historique s’appuie sur un corpus de recherches considérable. Aminata est le double narratif, dans sa version féminine, de l’esclave Olaudah Equiano qui a rédigé au 18ième siècle une autobiographie devenu un classique de la littérature sur l’esclavage. Cette oeuvre est un nouveau classique et le personnage d’Aminata campe une héroïne plus grande que nature aussi mythique qu’Anna Karénine. Le périple de l’esclave Aminata, née libre en Afrique, l’amène en Caroline du Sud (Charleston), en passant par New York où elle côtoie la révolution américaine, puis en Nouvelle-Écosse (Canada) avant de retourner sur le continent africain en Sierra Leone. C’est à Londres qu’elle achève sa longue marche après d’être s’engagée auprès des partisans de la cause abolitionniste leur procurant une caution morale.

Le récit révèle un pan méconnu de l’histoire des loyalistes noirs qui s’étaient installés en Nouvelle-Écosse avec la promesse d’une vie meilleure jamais réalisée. Las d’attendre, des milliers d’entre eux choisirent de quitter ces conditions de misère pour participer à la fondation du Sierre Leone. Dans ce combat pour la liberté, la parole et la maîtrise des compétences liés à l’écriture et la lecture sont les armes d’Aminata. À travers cette narration au «je», Aminata revendique aussi l’ultime liberté qui est celle d’écrire sa vision du monde et son histoire dans les termes qui sont les siens.

Prix Canada Reads 2009 et Commonwealth Writer’s Prize.

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[Notes de lecture ] treize nouvelles vaudou par Gary Victor

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C'est la dernière semaine de février. Je m'invite dans ce mois de célébration pour 
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treize nouvelles vaudou par Gary Victor, Mémoire d’encrier, 2013.

Dans le ton et la manière, on renoue allègrement avec l’empreinte d’Edgar Allan Poe ou de Maupassant. La narration classique, sur le ton de la confidence, coule vive et limpide, offrant un divertissement intelligent qui confrontent, en les renvoyant dos à dos, les savoirs/mythes traditionnels et la rationalité scientifique.

Mais, toutes choses étant égales par ailleurs, on a plutôt envie de croire ces récits vaudou, car ils célèbrent si habilement l’animal littéraire en nous, notre capacité à imaginer du surnaturel, notre soif de prodiges, notre curiosité pour les choses étranges, toute la panoplie des dispositifs qui nous amènent à tisser du quasi-réel en s’accrochant à nos mémoires ataviques: des morts qui se réveillent, des femmes possédées, des filtres de sorciers, des politiciens qui pactisent avec le diable, un doigt et un fémur qui tuent les vilains… On convoque les esprits moqueurs ou vengeurs pour détourner les parti-pris de la misère et de la détresse, à Haïti, comme ici. Victor ne se prive pas d’y aller avec une bonne dose de cynisme pour les figures du pouvoir ou la bêtise en général si bien que l’humour joue, sur différents registres, un des rôles principaux dans ces contes fantastiques. Et la magie opère.

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[Notes de lecture] Vingt-quatre heures dans la vie d’une nuit par Franz Benjamin

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C'est la dernière semaine de février. Je m'invite dans ce mois de célébration pour 
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Vingt-quatre heures dans la vie d’une nuit – Secousses / Franz Benjamin, Mémoire d’encrier, 2010.

C’est le cinquième recueil de poésie de l’auteur qui se consacre aussi à la vie politique montréalaise. Il fait chaud dans ses textes, il faut s’éventer souvent, et on ne sait jamais si l’on va se réveiller à l’aéroport de Montréal où à celui de Port-au Prince. Écriture en mouvement, trajectoire éclatée, on décolle le soir, pour se sentir vivant, pour éviter l’abandon ou l’absence, pour immigrer (de soi – même si c’est intransitif). Quête de l’autre, désir d’y séjourner, sans être immobile, de partager le même élan, via la rue ou la mer, en avion, en métro, qu’importe la destination, qu’importe la ville, alors que les jours, et surtout les nuits nourrissent cette accélération fiévreuse, cette angoisse native, cette peur de ne pas être là, en poésie comme ailleurs, aux limites de la détresse amoureuse, liés, et pourtant libres.

Avec du jazz comme fond sonore.

Extrait du poème Mot de passe:

Rue des Marguerites
un soir de juillet
j’ai accroché ma chemise à un lampadaire

L’arôme de ta couleur café
l’exaltation de tes mains
sur mon midi plein
le mugissement de ton rouge à lèvres
l’exégèse de tes cris
le silence de tes pas

De la solitude
je n’ai gardé que le bruit
du vieux Macintosh des années quatre-vingt-dix
qui me dit quand tu n’es pas là
que la solitude est amour

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