[Photos] La Flèche rouge, librairie et ruche d’art dans un quartier qui s’écrit

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Étonnante librairie sur la Promenade Ontario, La flèche rouge intègre la création et la diffusion dans un même lieu, voire un même geste. Pascale André, la libraire inspirée, propose aux gens du quartier Hochelaga une sélection de livres, neufs et usagés. C’est un fonds qui privilégie la poésie, la littérature québécoise, les créateurs locaux, les arts visuels, l’édition indépendante, les zines, les mots de l’underground.

Cet espace culturel émergent est, fondamentalement, un lieu de sociabilité animé par des ateliers de fabrication, des événements, des expositions. Il appartient au réseau des Ruches d’art que Rachel Chainey, responsable nationale, nous a permis de découvrir au cours de la tournée de celles-ci avec des collègues des bibliothèques et des Maisons de la culture.

La Flèche rouge est aussi un projet social avec un frigo, le Petit Pantagruel, qui contient de la nourriture en libre partage pour les citoyens qui ont faim.

La visite des Ruches et de La Flèche Rouge permet de rapprocher la réalité de ces ateliers de quartier avec celle des bibliothèques publiques qui s’engagent dans la médiation communautaire et le loisir culturel. La mission des Ruches d’art est de « construire des communautés à travers l’art. »

La « situation analogue » d’une ruche d’art, pour reprendre le vocabulaire du design thinking, révèle le potentiel de ces nouveaux tiers lieux en termes de solidarité créative et d’inclusion sociale par les arts.

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Le Design Thinking en bibliothèque et en français, un zeugme à retenir !

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Transformer les bibliothèques publiques pour en faire des projets de sociétéculturedesign et des «tiers lieux» par le biais de démarches participatives est un des nouveaux défis de la bibliothéconomie et…du design ! Pour le relever, on peut avoir recours à l’approche IDEO dont le processus de design thinking est maintenant disponible dans une traduction [à la] française : « Design Thinking en bibliothèque ».

Le contexte (en quelques énumérations inévitables)

Que ce soit à Montréal ou ailleurs dans le monde, la programmation des services et des espaces des bibliothèques (universitaires, publiques ou scolaires) tendent à s’appuyer sur des démarches visant à faire participer les parties prenantes : citoyens, publics, communautés, acteurs, institutions, etc. Différents processus de cocréation, codesign, laboratoire vivant, résidence, etc. ont été conduits depuis quelques années dans le but de créer une nouvelle génération de bibliothèques « tiers lieux» appropriées aux nouveaux usages.

Les motivations qui justifient ces démarches participatives sont multiples : développement durable, acceptabilité sociale, éducation, empowement, innovation, innovation technologique, innovation sociale, exclusion/inclusion sociale, culture numérique, planification urbaine, etc.

Les approches participatives accessibles sur le marché de l’innovation sont élaborées à partir d’une variété de disciplines : sciences de l’information, sociologie, sciences de la gestion, développement communautaire, sciences du design, design de systèmes, etc.

La société américaine IDEO qui propose la conduite de projets d’innovation à partir d’un ancrage dans le domaine de la gestion, des affaires et de la technologie, est un des joueurs les plus réputés en matière de design thinking. Cette approche se conçoit comme centrée sur l’humain :

« Design thinking is a human-centered approach to innovation that draws from the designer’s toolkit to integrate the needs of people, the possibilities of technology, and the requirements for business success. » — Tim Brown, président de IDEO

Qu’est-ce que le design thinking ?

En guise de démarrage, on explique les grandes lignes de cette approche centrée sur l’humain dans les termes suivants :

Le design thinking est une méthode créative qui permet de mettre en place des services innovants en bibliothèque. L’innovation est un phénomène qui se situe à l’intersection de trois facteurs : la désirabilité, la faisabilité et la viabilité. Autrement dit, quand une offre est désirable, quand elle est économiquement viable et quand elle est techniquement réalisable, les conditions sont réunies pour innover.

 

Le coeur de la méthode consiste à rencontrer des gens et à les observer pour comprendre leurs besoins, à fabriquer des prototypes et à les tester pour les améliorer. Les usagers sont au centre de ce processus, c’est pourquoi il va de pair avec une philosophie que nous appelons le « design centré sur l’humain. » Tout cela peut paraître intimidant à première vue, mais il s’agit en fait d’une démarche extrêmement intuitive basée sur l’empathie. Elle mobilise des dispositions que nous avons tous naturellement, mais que nous avons tendance à sous-exploiter, comme l’intuition, l’intelligence émotionnelle ou le goût pour l’action.

 

Le design thinking, c’est aussi une certaine façon de penser qui implique de voir le monde comme un designer. Pour cela, il n’est pas nécessaire d’avoir un don artistique, il suffit d’être ouvert à l’inconnu et créatif face à l’imprévu. Adopter cet état d’esprit permet d’envisager les problèmes comme des opportunités et de gagner la confiance en soi nécessaire à l’innovation. Cette façon de faire est probablement à l’opposé de votre mode de travail habituel. Le fait de ne pas savoir à l’avance où vous aboutirez peut être déstabilisant, mais vous devez faire confiance au processus.

Le processus de design thinking en tant que tel réfère à un ensemble de phases superposées, qui s’articulent autour de trois étapes principales : l’Inspiration, l’Idéation et l’Itération :

  • La phase d’inspiration consiste à comprendre les besoins de vos usagers en les observant, en dialoguant avec eux et en vous renseignant sur ce qui se fait ailleurs.

  • La phase d’idéation consiste à reformuler vos constats, à élaborer un concept et à lui donner une forme concrète en réalisant un prototype rapide.

  • La phase d’itération consiste à tester votre prototype avec vos usagers afin que vos expérimentations successives soient de plus en plus proches du résultat final que vous souhaitez atteindre. (Préface, Le Design Thinking en bibliothèque)

 

La méthode se veut centrée sur l’usager/l’humain, fondée sur la pratique, expérimentale, favorisant un état d’esprit libre de tous préjugés, résolument créatif, foncièrement optimiste. 

Design Thinking en bibliothèque

La publication de cette trousse d’outils IDEO, réalisée avec soin, représente une occasion bienvenue et fort séduisante d’explorer et de pratiquer le design thinking pour repenser les services, les programmes d’activité, les espaces, les structures et les organisations. Elle adopte la forme d’un kit composé 1) d’un manuel décrivant les principes et le modèle de la démarche, 2) d’un livret d’accompagnement incluant des fiches d’activités et 3) d’un feuillet d’appropriation rapide intitulé « Design Thinking en un clin d’oeil ». À partir de consignes et d’outils simples, on soutient qu’il est possible d’adopter une posture de designer et d’apprendre à réaliser un projet appuyé par des entretiens, des animations créatives, des prototypes, des projets pilote, etc.

IDEO a adapté son modèle-type en sollicitant les bibliothécaires de Aarrhus (Danemark) et de Chicago (États-Unis) et en les formant au design thinking. Les responsables des bibliothèques impliquées n’ont pas manqué de faire valoir les bénéfices de cette méthode et, plus généralement, de  la participation en design. Rolf Hapel de la bibliothèque d’Aarhus présente deux avantages de ces pratiques :

d’abord, leurs demandes [des usagers] sont prises au sérieux et entendues. Ils sont considérés comme des acteurs dans le processus de transformation de la bibliothèque et pas seulement comme des consommateurs passifs. Par conséquent, il y a un premier bénéfice qu’on pourrait qualifier de démocratique. Le second bénéfice vient du fait que les avis des usagers ont permis de mettre en place des services nouveaux ou de meilleure qualité. (Design Thinking en bibliothèque, IDEO, 2015, p. 19)

Brian Bannon, un des responsables des bibliothèques de Chicago, poursuit dans le même sens :

Si on fait le point sur notre première année de collaboration avec IDEO et Aarhus, on peut dire avec certitude que notre public a bénéficié de services nouveaux et redynamisés. L’impact positif sur notre culture professionnelle est un phénomène que nous n’avions pas vraiment anticipé. Le fait d’encourager les bibliothécaires à innover, de leur confier des outils et des responsabilités nouvelles est une véritable révolution. Nos succès, mais aussi les échecs dont nous avons tiré des leçons, ont renforcé la conviction que nous sommes capables tous ensemble de poser de nouvelles bases pour la lecture publique à Chicago. (Design Thinking en bibliothèque, IDEO, 2015, p. 19)

 

La bibliothécaire Nicole Steeve souligne à son tour l’intérêt du design thinking face à cette tendance, répandue du côté du personnel en bibliothèques, qui consiste à prétendre connaître mieux que les usagers eux-mêmes leurs attentes en matière de services. Le design thinking permet de déjouer cette usurpation de la parole et des besoins en recourant à un processus qui ramène l’usager au coeur du projet :

« Maintenant que j’ai réalisé plusieurs projets, j’ai l’impression de mieux comprendre la logique qui sous-tend cette démarche. N’importe qui peut avoir l’idée de mettre en place un atelier de création artistique pour les adolescents ou d’installer des canapés dans un laboratoire de langues. Mais si ces décisions ne s’appuient PAS sur le design thinking, vous risquez de ne pas avoir de bons arguments pour les défendre. Grâce au design thinking, ces choix sont le résultat d’échanges avec des usagers et d’expérimentations. C’est très important parce que dans le monde des bibliothèques, nous nous interrogeons sans cesse sur la pertinence de nos actions. Le design thinking est une méthode de résolution des problèmes et de prise de décision qui nous aide à faire des choix pertinents et où on ne se contente pas de présumer qu’un projet – quel qu’il soit – répond bien aux besoins des usagers. »

Le guide de design thinking propose une schématisation des bénéfices potentiels de cette approche pour la bibliothèque et pour les usagers.

Codesign dans les bibliothèques de Montréal

Dans cette traduction française, on s’est attaché à renouveler les exemples et les références en puisant dans le contexte francophone. Le processus de codesign mené dans le cadre du projet de la bibliothèque de Pointe-Saint-Charles y figure. Depuis 2014, en effet, près d’une dizaine de démarches participatives de cette nature se sont déroulées à Montréal pour réinventer les bibliothèques avec les citoyen.ne.s et les communautés. Cet énorme chantier démocratique vise à soutenir l’adaptation des bibliothèques en réponse aux nouveaux usages et aux nouvelles aspirations des habitants dans une perspective de développement durable.

LE CO-DESIGN À LA BIBLIOTHÈQUE DE POINTE-SAINT-CHARLES: http://ville.montreal.qc.ca/pls/portal/docs/PAGE/ARROND_SOU_FR/MEDIA/DOCUMENTS/BIBLIO_SC_RAPPORT_CO-DESIGN_SANSVIDEO2.PDF

 

Pourquoi lire en 2015, avec ou sans feuille de calcul, et le top 10 de mes lectures

Faites-vous le bilan de votre vie littéraire à la fin de l’année ? Est-ce pour vous l’occasion de questionner une nouvelle fois les fondamentaux : Qui, quoi, combien, comment, pourquoi lit-on ? Qui oriente nos choix, qu’est-ce qui nous donne le goût de lire ? Une collègue de Halifax, bibliothécaire de son état, a partagé une réflexion captivante sur son existence méta-littéraire. Oui, j’ai placé dans la même phrase « bibliothécaire », « existence » et « captivante ».

Je ne sais pas comment se portent ses autres vies, amoureuse, professionnelle, etc. mais Amy McLay Paterson, l’auteure de cette réflexion, a lu quelques 164 livres en 2015. Évidemment si on suit son conseil de ne pas finir un livre qui nous emmerde, il est plus facile d’atteindre des grands nombres. Plus vite que d’autres certainement qui s’acharnent à donner toutes les chances au moindre texte avant de l’encenser ou de regretter de l’avoir achevé… J’ai travaillé fort avec Le Chardonneret commencé en 2014, interrompu, puis repris en 2015; l’envie de le braiser m’a passablement tiraillé du début à la fin. Je n’ai pas l’habitude de remettre un livre dans la bibliothèque ou dans les cartons virtuels sans l’accompagner jusqu’aux soins palliatifs. J’évite ainsi d’assister à l’agonie des oeuvres-inachevées-en-tant-lectures qui s’accumulent en piles vacillantes me lorgnant d’un oeil culpabilisant. (Et puis tant qu’à moi, pour en finir avec ce roman, l’engouement populaire et critique autour du Chardonneret est largement surfait).

Comment lire ? J’utilise depuis plusieurs années Librarything pour cataloguer mes lectures, actuelles et potentielles – celles qui sont lues aussi bien que celles qui sont désirées. Pour jouer avec les statistiques toutefois, la feuille de calcul est plus précise, flexible et performante, j’en conviens, si on la traite avec rigueur. Pas besoin d’être une grande maniaque de big datas pour l’apprécier. Amy McLay Paterson recommande cet outil fort utile dont elle fournit le modèle pour quantifier ses activités et pour documenter ses usages. Ce n’est pas la première fois que la pratique de l’ultime feuille de calcul, dérivée du développement de collection classique, est recommandée pour les usages personnels des grands lecteurs. J’ai repris et traduit cette version en y ajoutant une colonne pour la maison d’édition et une autre pour identifier les oeuvres appartenant au domaine public. Je suis en train de transcrire mes données à partir de Librarything pour en faire une version 2015 qui, j’assume mon indiscipline, demeurera, même lorsque j’aurai complété cette conversion, encore relativement approximative. Résolution 2016 : Gérer la liste de lecture de manière plus rigoureuse.

La feuille de calcul aide ensuite à alimenter la réflexion sur ce qu’on lit, qui est-ce qu’on lit et pourquoi. Ma collègue a ainsi partagé au terme de son marathon une série de leçons remplies de sagesse :

1. Ne finissez pas tous les livres que vous lisez. Malgré ce conseil, elle-même n’en a abandonné que cinq sur 164 – et elle ne nous précise pas lesquels malheureusement. Si au bout de cent pages, vous ne le sentez pas, passez à autre chose. Mais un taux d’abandon si bas ne prêche-t-il pas au fond en faveur de l’approche contraire ? Qu’à cela ne tienne, je reste plutôt sensible au discours de cette lectrice dans The Atlantic qui défend âprement la résistance et la persévérance sans lesquelles on ne saurait rendre justice aux oeuvres dont les projets sont plus audacieux, ou plus formels, et qui déjouent notre confort et nos codes culturels.

Pendant ce temps, les livres se font de plus en plus longuets, les titres de plus en plus nombreux – quoique publiés en moins d’exemplaires. La défi de finir un livre n’en est que plus considérable – des livres qui exigent davantage de temps de lecture dans un monde où il y a toujours plus à lire. Heureusement que la longévité des lecteur.trice.s…s’allonge. C’est à se demander si nous ne devrions pas viser les excellents livres courts et les recommandations recommandés, comme les soldes soldées de Marguerite Duras, pour ne pas gaspiller ce temps précieux qui semble se compresser sur la planète des livres ? Ne devrions-nous pas laisser à ces blogueurs aventureux et fantasques la position risquée des premiers lecteurs ? Quoiqu’il en soit, dans ce contexte de d’hyperabondance, la médiation littéraire par la curation et la création de métadonnées de qualité favorisant la découverte des oeuvres apparaissent comme des domaines pleins d’avenir.

2. Le monde de l’édition est dominé par les blancs. Votre feuille de calcul risque de vous confirmer ce que vous savez déjà à savoir que le monde de l’édition est dominé par les blancs et que la conversation littéraire, comme les autres plates-formes publiques, n’est pas avantageuse pour les femmes et les minorités visibles. Déjouer des mécanismes préférentiels qui favorisent le système dominant est un engagement de tous les instants. Dans mon top 10 (voir plus bas), on compte quatre femmes dont l’une d’entre elles, est d’origine haïtienne – pourtant, je fais délibérément le choix de lire des auteurEs dans de nombreux contextes. Je suis très fière d’avoir découvert Yanick Lahens avant tout le monde (hum, mettons), j’avais lu avec bonheur La couleur de l’aube et Failles. Lorsqu’elle a remporté le Médicis pour Bain de lune en 2015, c’était déjà une vieille connaissance pour moi, mais qui cessait d’être confidentielle. C’est le plaisir de lire dans les sentiers de traverse et de découvrir des perles avant le tintamarre des prix.

J’ai le même ratio homme-femme dans mon top 20, mais la représentation de la diversité culturelle, dans tous les cas, est loin d’être au rendez-vous. En bonne colonisée, je lis des Américains/Anglais et des Français. Je n’ai pas fini de remplir ma liste qui comprend aussi des essais, et j’anticipe un pourcentage écrasant d’écrivains blancs au terme de l’exercice malgré mes efforts, manifestement insuffisants. Les données de Vida dénoncent année après années les biais systémiques du monde littéraire à l’égard des femmes. Une situation qui se serait améliorée en 2014, sacrée année littéraire des femmes. Les données de 2015 ne sont pas encore disponibles pour vérifier si cette prédiction optimiste s’est réalisée à travers une amélioration substantielle de la présence des femmes dans les recensions, critiques, récompenses littéraires. L’exemple de la sélection 100% sans femme du côté des nominés pour le Grand prix BD d’Angoulême illustre de manière éloquente l’intensité du problème.

3. La fiction nous enseigne l’empathie. Amy McLay Paterson souligne en s’appuyant sur quelques études récentes les bienfaits sociaux de la fiction littéraire. La lecture de la fiction littéraire en particulier, par rapport à la fiction populaire, développe des dispositions à l’empathie chez ceux qui fréquentent les oeuvres appartenant à cette catégorie :

The results are consistent with what literary criticism has to say about the two genres—and indeed, this may be the first empirical evidence linking literary and psychological theories of fiction. Popular fiction tends to portray situations that are otherworldly and follow a formula to take readers on a roller-coaster ride of emotions and exciting experiences. Although the settings and situations are grand, the characters are internally consistent and predictable, which tends to affirm the reader’s expectations of others. It stands to reason that popular fiction does not expand the capacity to empathize.

Literary fiction, by contrast, focuses more on the psychology of characters and their relationships. “Often those characters’ minds are depicted vaguely, without many details, and we’re forced to fill in the gaps to understand their intentions and motivations,” Kidd says. This genre prompts the reader to imagine the characters’ introspective dialogues. This psychological awareness carries over into the real world, which is full of complicated individuals whose inner lives are usually difficult to fathom. Although literary fiction tends to be more realistic than popular fiction, the characters disrupt reader expectations, undermining prejudices and stereotypes. They support and teach us values about social behavior, such as the importance of understanding those who are different from ourselves.

The results suggest that reading fiction is a valuable socializing influence….(Scientific American)

Une étude récente de 2014 de Carnegie Mellon a montré que lire de la fiction active les mêmes régions du cerveau que l’expérience de la vie réelle. Dans la même veine, une autre étude 2013 a permis de constater que les gens obtenaient de meilleurs résultats aux tests d’empathie et d’intelligence sociale suite à la lecture de romans. La lecture de romans nous aide à mieux comprendre les autres, et nous-mêmes car nous avons tous des moments où nous devenons étrangers à nous-mêmes. La lecture procure aussi une expérience de la diversité socio-culturelle qui contribue à notre éducation sentimentale et à notre ouverture au monde. Ceux qui ont lu La mer, le matin de Margaret Mazzantini, parmi mes oeuvres favorites de 2015, ont pleuré sur le cadavre d’un enfant migrant noyé bien avant la terrible photo de la fin de l’été dernier. Et qui sait ce qui se serait passé si nous avions été plus nombreux à lire et à trembler en imaginant le sort des réfugiés à travers ce récit poignant.

4. Les traductions sont des valeurs sûres. Les traductions ne représentent que 2 à 3 pour cent de l’édition anglaise, selon la BBC, comparativement à 27 pour cent en France et jusqu’à 70 pour cent en Slovénie. Les traductions apparaissent ainsi comme des valeurs sûres puisque l’on fait circuler la crème. Ce chiffre de 27 % des contenus francophones qui sont traduits représentent une diversité littéraire significativement supérieure à l’expérience globale des lecteurs anglophones. C’est un aspect intéressant et avantageux de notre condition de lecteur.trice dans une zone « périphérique ». Pour ma part, je lis un grand nombre de traductions, même si je peux lire en version originale, je suis une lectrice pressée, je le reconnais, et la V.O. me ralentit. Je regrette cependant de ne pas avoir accès à des versions bilingues. Les possibilités du numérique devraient permettre de développer de telles options et de contribuer au renouveau du cosmopolitisme au moyen de la littérature. J’ai relu Tandis que j’agonise en anglais, après l’avoir lu en français, et c’est incomparable. De telles innovations à venir me sourient.

McLay Paterson conclut que 5. il n’est pas nécessaire de lire 160 livres par année pour participer à la conversation littéraire et que  6. la lecture n’est pas une compétition. Ouf, une chance. Si elle s’est engagée dans une telle entreprise, c’est aussi pour des raisons professionnelles, précise-t-elle, puisqu’elle est bibliothécaire et que la capacité à faire de la médiation littéraire fait partie de son job. Ses standards professionnels l’honorent. La recommandation de lecture n’est pas la seule manière d’être bibliothécaire certes mais s’en est encore une qui est essentielle, peu importe les supports :

A big part of why I wanted to read so many books this year was to keep up with the conversation around books. I wanted to recognize the books on the Best of 2015 lists. I wanted my opinion to have weight. I started evangelizing for my favorite books, writing reviews for the library blog, actively contributing to Twitter debates. I became a librarian because talking about books is one of the only things I like as much as reading them. I had forgotten that, but this year reminded me.

Je serais curieuse de discuter de cette fameuse conversation littéraire avec mes collègues bibliothécaires – j’exclus peut-être ceux qui ne pensent qu’aux jeux de société ;) – et entendre comment ils/elles se situent à l’égard de celle-ci.

En ce moment, les libraires québécois occupent de plus en plus le territoire de la médiation littéraire avec des magazines, avec leur présence sur les plateaux de télé ou via les blogues professionnels. Les bibliothécaires se font encore discret.ète.s alors qu’il y a des opportunités à saisir dans le monde des réseaux. On attend encore la ou le Nancy Pearl du Québec.

À ces leçons fort à-propos, j’ajouterais quelques considérations de mon cru :

7. Pas besoin de toujours lire au rythme de l’univers marchand. Le cortège des prix littéraires, des nouveautés, le buzz littéraire des multiples rentrées, les recommandations des libraires, bref il y a là tout un système qui opère selon les prescriptions du marché. Cela a ses vertus certes, mais aussi ses limites. La diversité littéraire fonctionne sur un plan horizontal, mais aussi sur un plan vertical à travers le temps. Là encore, les curateurs culturels qui nous invitent à explorer la littérature provenant de d’autres univers historiques ne sont pas légion. Les bibliothécaires pourraient jouer ce rôle de médiateurs au service de la bibliodiversité, de l’éducation populaire, de la culture générale, en misant sur leur capacité à travailler collaborativement en réseau. Les événements entourant les entrants dans le domaine public sont des dispositifs événementiels qui sont propices à la création d’une conversation littéraire libre, indépendante du commerce. Avez-vous consulté le calendrier de l’avent du domaine public Qc ou celui de nos collègues français ?

Car je reviens sur la conversation littéraire, si on regarde les feuilles de calcul, la large majorité des oeuvres lues sont sorties sur le marché ente 2013 et 2015; y participer revient, intentionnellement ou pas, à soutenir l’industrie du livre. Ça se défend. Il est aussi possible de prendre le devant et de mener la conversation, au moins par moments, en prenant quelques distances vis-à-vis des diktats de la consommation culturelle. On peut lire, converser et voter en même temps. La lecture est aussi un geste politique et, en 2016, on ne saurait se priver de relire le Journal d’Anne Frank. 

8. C’est bon de manger local en littérature aussi Cela peut prendre plusieurs formes, mais on peut éprouver de grandes satisfactions et des plaisirs complices en collectionnant des produits et des contenus locaux : fictions sur le quartier ou écrites par des auteurs du quartier ou de la ville. Dans cet esprit, j’acquiert de plus en plus de zines dans les foires et les expositions locales et je recherche les parcours littéraires qui me permettent de lire mon territoire autrement. Avez-vous pensé à fabriquer une microbibliothèque dans votre quartier pour favoriser des échanges autour des biens communs ?

9. Chérissons nos lecteurs autant que nos lectures. Dans le monde des réseaux, en dehors des circuits habituels, notamment des journaux, qui sont souvent, eux aussi, sous l’emprise du marché car ils ont, eux aussi du nouveau à vendre, je suis fidèlement quelques blogueurs. Je n’ai donc pas seulement des lectures favorites, j’ai aussi mes lecteurs préférés dont je lirai presque tous les titres qu’ils recommanderont. À part Brainpickings et son savoureux inventaire de la vie qui a du sens, je ne suis pas en mesure de m’appuyer sur un modèle équivalent de lectrice qui influencerait mes décisions de lectures. Je l’attends.

En 2015, j’ai lu un peu plus de 70 titres, fictions et essais inclus, qui ne sont pas associés à la conversation littéraire dominante de l’année 2015, celle des manchettes, des prix, des nouveautés, etc., mais qui sont plutôt des propositions issues d’une démarche légèrement en décalage par rapport à celle-ci,un peu off. Pourtant, je suis toujours à la recherche de l’ultime plan de lecture, celui qui me permettrait de justifier mes choix et de naviguer d’un livre avec une sorte d’évidence et de nécessité, mais faute d’avoir trouvé, j’y vais encore portée par la spontanéité et la sérendipité; et surtout sans être exclusivement à la remorque des intérêts marchands. Le monde du livre fait bien son travail de vente, mais ce n’est pas le seul récit en ville; on oublie parfois qu’il existe d’autres raisons pour lire, d’autres contenus à découvrir que ceux qu’on nous propose dans des paquets cadeau.

Dans la catégorie de la fiction littéraire, voici mon palmarès des 10 meilleurs de l’année.

  1. Le Royaume d’Emmanuel Carrère (France)
  2. Six degrés de liberté de Nicolas Dickner (Québec)
  3. Nous avons toujours vécu au château de Shirley Jackson (États-Unis)
  4. Bain de lune de Yanick Lahens (Haïti)
  5. Les poissons ne ferment pas les yeux d’Erri de Luca (Italie)
  6. Le grand écrivain de Somerset W. Maugham (Grande-Bretagne)
  7. Blonde de Joyce Carol Oates (États-Unis)
  8. Rue St-Urbain de Mordecai Richler (Québec)
  9. Pas pleurer de Lydie Salvayre (France)
  10. La peau d’un lion de Michael Ondaatje (Canada)

Ce sont des livres que j’ai aimé totalement, l’ordre de présentation ici n’est pas honorifique mais simplement alphabétique.

Pendant ce temps, le livre qui m’a le plus étonnée, secouée, appris sur notre condition sociale, celle des femmes, des familles, des Premières Nations, sur les choix historiques du modèle québécois au plan économique, politique, culturelle, l’oeuvre critique qui m’a donnée des clés, des repères et des outils, qui m’a allumée, que j’ai obligée mes proches à lire à leur tour, ne figure pas dans cette liste faute d’être un roman : 11 brefs essais contre l’austérité, édité par Ianik Marcil (Somme toute, 2015).

Tous les essais de ce collectif ne sont pas également puissants, mais la plupart sont aussi solides que percutants en abordant l’impact des politiques d’austérité sur les services publics, la solidarité, la justice sociale. Je m’attendais à lire un sympathique pamphlet indigné, plus fâché que convaincant. Surprise. Et je vais le relire en 2016 parce qu’il y a assez de matière pour être re-relu. Avec ou sans feuille de calcul. Et pour susciter une vague d’empathie.

Un Calendrier de l’avent pour découvrir chaque jour un nouveau trésor du domaine public

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Ce calendrier étonnant célèbre l’arrivée en 2016 dans le domaine public d’un cortège de créateurs admirables. Chaque jour de décembre, une fenêtre s’ouvre sur une nouvelle figure, un auteur, un politicien, un intellectuel, un créateur dont les oeuvres viennent enrichir le domaine public et, par lui, ou par elle, les mondes possibles de la culture, les biens communs de la connaissance, nos vies.

Qu’est-ce que le domaine public ?

Le domaine public réunit l’ensemble des œuvres de l’esprit pour lesquelles les droits d’auteur sont parvenus à expiration. En vertu de ce statut, les oeuvres sont désormais librement accessibles à tous. Chaque année amène un aréopage de nouveaux entrants, parfois des revenants (pour peu que nous les ayons oubliés sinon négligés), que réveille, révèle et célèbre le calendrier de l’avent qui leur est destiné. Le calendrier nous conduit aussi à cette journée de festivité mondiale qui est la Journée du domaine public et qui a lieu, entre la dinde et les atocas, le premier janvier.

La production de ce calendrier n’est pas une mince affaire et, en dépit de son aspect ludique, le chemin pour y arriver est pavé de défis, d’obstacles et de questions qui soulèvent plusieurs enjeux techniques, sociaux et politiques.

Lorsqu’une oeuvre littéraire ou artistique accède au domaine public et qu’elle devient un trésor commun, ceci signifie qu’elle devient disponible pour être utilisée à des fins créatives, pédagogiques, commerciales, etc.

Or, si l’on considère sa législation, le Canada appartient à la catégorie des pays dits «life+50», qui concerne la plupart des citoyens du monde, où les droits expirent 50 ans après la mort de l’auteur. En 2016, les oeuvres des auteur(e)s/créateurs/trices de ces pays, comme le Canada, et qui sont morts en 1965 feront désormais partie du domaine public – sauf exception. Et, un des défis consiste précisément à repérer les exceptions à cette règle qui détermine la durée des droits patrimoniaux.

Le premier des défis techniques constitue toutefois la recherche et le repérage des entrants de l’année qui vient, soit 2016. Cette étape a exigé certaines prouesses en matière de stratégie de recherche documentaire. Identifier les créateurs locaux, canadiens, étrangers qui sont morts en 1965 suppose l’exploration de multiples sources, un travail assez laborieux en somme, que l’on a achevé en souriant tout de même, mais qui suggère que notre appareil culturel n’est pas conçu pour favoriser un accès facile et démocratique à nos trésors culturels les plus précieux en les préservant de l’oubli. Cette recherche pourrait être largement simplifiée si on pouvait recourir à un processus automatisé, comme nos collègues européens qui ont développé des calculateurs de domaine public peuvent en jouir. La bibliothèque nationale de France propose un tel calculateur de domaine public qui fait l’envie.

Cela dit, la stratégie consistant à faire appel aux « services aux usagers » de la BAnQ s’est avérée très payante pour repérer les entrants québécois. Merci aux bibliothécaires de BAnQ qui ont fait preuve d’une efficacité redoutable!

Par ailleurs, le calendrier appelle aussi une réflexion politique sur la durée des droits patrimoniaux. Des pressions s’exercent sur le Canada, à travers les négociations liées à diverses conventions et traités internationaux, dans le but d’allonger la durée de ces droits. Ces tractations, on pense au Trans-Pacific Partnership, risquent de compromettre la portée des acquis actuels pour favoriser les ayants-droits, souvent des multinationales comme Disney en est l’exemple emblématique, au dépend des intérêts de  la collectivité.

La comparaison avec le calendrier de l’avent de nos amis en France, d’où vient incidemment l’idée de ce dispositif, est explicitement recherché afin de souligner de manière pédagogique les disparités qui s’appliquent. La France appartient à la catégorie des pays «life+70», nos entrants et leurs entrants ne sont pas les mêmes. Chez nous, Albert Camus est dans le domaine public, comme Audiberti que nous accueillons cette année, mais ils ne le sont pas en France, même s’ils sont d’origine française.

Et, si nous appartenions à la même famille législative que nos cousins, l’oeuvre du musicien Claude Champagne n’accéderait au domaine public qu’en 2036 alors que les Canadiens peuvent déjà, cette année, en 2016, se ré-approprier et réinjecter dans la culture toute la richesse de son oeuvre. D’où l’importance de ce calendrier qui contribue, modestement soit mais avec attitude, aux efforts de sensibilisation concernant la relativité du droit et l’importance d’un engagement visant à protéger, ou revendiquer, des dispositions législatives entourant le domaine public qui soient les plus favorables au plus grand nombre. Le Canada ne pourrait-il pas devenir, en l’absence d’une telle vigie citoyenne, un pays «life+70» ou même «life+100»?

On dit parfois de ce calendrier du domaine public qu’il est un calendrier pour les nerds (merci pour le compliment!). On peut convenir que le sujet présuppose certaines notions, notamment d’ordre légal qu’il faut assimiler pour apprécier la valeur de la démarche, mais l’enjeu de l’exercice de la citoyenneté et de la démocratie culturelle est à ce prix. Et s’il est vrai que ces questions requièrent de la médiation, on se demande où sont les bibliothèques et les bibliothécaires pendant ce temps pour relever ce défi?

Et lorsque les entrants sont repérés, identifiés, désignés, vérifiés, accueillis, qu’est-ce qu’on peut encore faire? On se tourne vers leurs oeuvres et on recommence : Il s’agit alors de les repérer, de les valider, de les numériser, de les valoriser, d’en faire la médiation, de les rééditer, de les lire ou relire, de les réintégrer dans la fabrique des idées et de la création, dans l’intertexte de la grande bibliothèque du monde. La vigilance demeure de rigueur puisqu’il faut encore veiller à ce que les « enclosures » ne viennent pas réintroduire des droits sur le domaine public qui en restreindraient l’accès comme le font certaines institutions publiques avec leurs produits numérisés : l’oeuvre est dans le domaine public, mais sa copie numérique ne l’est pas, et on nous retire d’une main, ce que collectivement on avait mis bien du temps à gagner de l’autre.

Les autres défis sont à la mesure de nos convictions et de nos ambitions : Comment poursuivre cette découverte, cette célébration des biens communs de la culture et de la connaissance à travers différentes activités d’appropriation par l’usage, le remixage, etc. Comment les bibliothèques pourraient-elles s’investir davantage dans ce territoire qui est celui de la mémoire et de la culture durable par la numérisation, la médiation, la diffusion (bibliobox, docubox, microbibliothèque) et autres actions? Comment mobiliser en réseau les alliés naturels dans le monde du libre pour les intéresser à ces questions? Pour le moment, la possibilité d’un nouveau rendez-vous, une autre initiative conjointe avec la France, est exploré du côté d’un Festival du domaine public. À suivre!

Les entrants 2016

Parmi les entrants 2016 qui ont été révélés depuis le 1er décembre sur le calendrier :

Découvrez tous ces autres créateurs qui se succèderont jusqu’au 31 décembre parmi lesquels plusieurs figures québécoises et canadiennes seront présentées.

Qui sont les artisans du calendrier?

Le Calendrier de l’avent du domaine public est le résultat de l’engagement de certains membres du collectif Bookcamp, Remix Biens Communs, Facil, Wikimedia ainsi que d’autres citoyen(ne)s engagées dans la diffusion des ressources libres. Comme il a été mentionné ci-haut, le projet s’inscrit dans la continuité et le prolongement du Calendrier de l’avent qui est réalisé par les membres du collectif SavoirsCom1 d’après une idée de Julien Dorra.

Ces contenus sont proposés sous licence CC0 (Creative Commons Zero), en d’autres termes, les auteurs ont accepté, par anticipation, de verser leurs contenus dans le domaine public. Le public est donc invité à les faire sien et à les partager. Servez-vous, c’est presque Noël!

Source de l’image : Library of Congress. New York World-Telegram & Sun Collection. http://hdl.loc.gov/loc.pnp/cph.3c15058

Expédition apprenante dans les nouvelles bibliothèques de Toronto

Voici une présentation sur les nouvelles bibliothèques de la Toronto Public Library et sur le Student Learning Center de l’Université Ryerson réalisée au retour de cette « expédition apprenante » qui a eu lieu les 20 et 21 octobre 2015.