Scénarios d’usages pour les tablettes en bibliothèque publique (+ une liste de ressources)

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Après l’examen du profil de la génération tablette et un survol des services mobiles, les participants du laboratoire vivant des Bibliothèques de Montréal ont entrepris d’explorer et de co-créer des avenues de développement possibles, pertinentes, innovatrices, durables pour la tablothèque. Ce troisième et dernier article sur le thème des tablettes en bibliothèque publique résume les résultats de cette démarche.

Le mur de projets

Quatre types de services ont été identifiés comme des solutions à développer dans un avenir rapproché:

  1. L’utilisation d’une tablette pour créer des parcours de découvertes. On veut recourir à la tablette pour offrir une expérience interactive, dynamique, ludique à l’aide d’applications ou de capteurs permettant de découvrir son quartier, la bibliothèque, les ressources numériques ou locales, les oeuvres des auteur(e)s ou des créateurs via des circuits, des jeux de pistes, des rallyes, etc.  La tablette se fait participative et l’emphase est placée sur la découverte et la médiation culturelle au service de l’écosystème local. On estime qu’une approche événementielle de type fabricathon (exemple Bibliomix version bibliothèque de Muséomix) pourrait être l’occasion de concevoir et prototyper ces services.
  2. Le prêt interne et externe de tablettes. Les deux types de services, prêt interne et externe, suscitent également un intérêt significatif et visent à offrir un accès à internet plus étendu et adapté aux usages actuels en accord avec les finalités de la Ville intelligente. Dans le cas du prêt interne, le libre-service avec la carte d’abonné s’impose. L’hypothèse de créer un consortium-réseau pour aborder les fournisseurs de tablettes qui proposent des dispositifs de libre-service est fortement recommandée. La possibilité d’offrir une diversité de plate-forme – pour ne pas privilégier iOs ou Androïde – apparaît comme une voie cohérente avec la position de neutralité, voire même l’approche techno-critique en matière de citoyenneté numérique que les bibliothèques revendiquent généralement.
  3. L’intégration de la tablette dans l’aménagement et le mobilier de la bibliothèque. Les bars à tablettes dans les espaces actualités ou les cafés, les tablettes pour la valorisation des ressources en ligne ou le furetage des nouveautés au bout des rayonnages,  les tablettes avec des câbles anti-vol ou montés sur support pour présenter des contenus exclusifs deviennent des stratégies d’intégration du numérique dans l’espace physique qui sont recherchées pour améliorer l’expérience en bibliothèque.
  4. L’animation interactive auprès des publics jeunes et ados. Les sélections de lecture sur des appareils mobiles et des animations projetées sur écran permettent de ré-inventer les services jeunesse comme l’heure du conte.

On a également insisté sur l’importance des services suivants: le développement de collections d’applications, notamment pour les jeux, les ateliers d’initiation en communautés numériques et en 1:1, les services en ligne tels que Zinio et hoopla, la référence nomade, la combinaison du prêt de tablette avec le prêt de routeur, etc.

Le design de services empathique : les publics

Reprenant les questions des usages, des objectifs, des règles de prêt, des contenus, des attentes à l’égard du personnel, des services de qualité tout en étant innovants, les participants ont proposé des scénarios empathiques pour des publics cibles. Une question test était suggérée et pouvait servir de déclencheur, sans être limitative: Comment offrir les journaux, les revues, les livres par le biais des tablettes – considérant que la version papier de ces documents pourrait être appelée à disparaître à court ou à moyen terme?

 La tablette d’or. Pour les aînés,  l’accompagnement par le biais d’ateliers d’initiation est conçu comme une priorité. L’exemple récent de la bibliothèque d’Outremont qui a reçu 62 inscriptions pour une formation de 10 cours sur l’utilisation du iPad confirme cet intérêt. Le développement de collection d’applications adaptées aux aînés est aussi recommandé.

Les services hors-les-murs dans les résidences pour aînés constituent une autre piste prometteuse, soit dans le but de prêter des tablettes (ou ces liseuses qui ne servent à peu près plus) ou pour capter des récits de vie, offrir des ateliers, faire découvrir les services en ligne. Au sujet de la lecture, la possibilité de pouvoir grossir les caractères (et désormais le poids plus avantageux des appareils mobiles – si on les compare aux pavés en gros caractères) suscite un enthousiasme considérable.

La tablette pour adultes. Du côté des adultes, les priorités vont du côté de la médiation numérique et de l’expérience. Pour ces réguliers qui viennent lire les journaux papier à la bibliothèque, il faut envisager une transition vers le prêt de tablettes qui proposeraient les quotidiens et les revues. Les versions gratuites des quotidiens et des revues seraient offertes. Cette offre pourrait être adaptée en tenant compte des besoins des personnes issues de l’immigration ou de ceux des femmes.

Mais, le défi à relever est toujours le même que ce soit pour un poste internet, un portable ou une tablette, et que l’on soit à la bibliothèque ou à la maison: Comment amener les usagers vers la bibliothèque numérique qui donne accès aux abonnements payants de ces périodiques en version complète? Médiation ou marketing numériques, atelier ou référence nomade, signalisation ou application dédiée pour la bibliothèque numérique, ou alors toutes ces réponses?

Le souci d’aménager un café, un espace de convivialité ou de créativité avec un bar à tablettes ou des appareils mobiles en prêt font partie des scénarios visant à favoriser une expérience positive, différents niveaux d’engagement, un sentiment d’appartenance.

La tablette y et z.  Les trois principaux services explorés pour les jeunes concernent l’animation et la lecture interactive (comme on l’a vu plus tôt), la découverte de produits éducatifs (flashcards, quiz, atlas, tutoriels, etc.) et les jeux. Dans tous les cas, le défi du développement de collections apparaît comme un chantier magnifique: Applithécaires jeunesse recherchés. Et d’une façon générale, le modèle du Youmedia (HOMAGO) demeure la référence pour la conception d’espace physiquenumériquecréatif.

Un autre défi de nature pédagogique consiste à concevoir des ateliers pour une utilisation éclairée et créative des tablettes (littéracie et citoyenneté numérique) comportant un volet d’apprentissage par les pairs – ainsi que pour les pères et mères qui ne voudraient pas faire face au décrochage scolaire avant leurs enfants pour cause d’analphabétisme technologique.

L’importance des conditions transversales suivantes a été soulignée à maints égards :

  • planifier/programmer ces services en collaboration avec les citoyens et les communautés locales;
  • développer les compétences numériques du personnel et celles des citoyens via les communautés numériques (l’essentiel chantier sur la fracture/littéracie numérique).
  • repenser la tablette sociale pour contribuer à l’animation de la bibliothèque tiers lieu et favoriser différents niveaux d’engagement;
  • mettre à profit l’effet et le potentiel collaboratif du réseau;
  • évaluer l’offre de service à l’aune de l’impact environnemental et du développement durable;
  • travailler en partenariat avec des organismes intéressés par l’expérimentation technologique, l’innovation ouverte, la mobilité, la littéracie numérique;

La liste

Voici enfin une liste de ressources sélectionnées pour accompagner la réflexion sur les tablettes en bibliothèques.

Usages

Services et programmation

Outils

Pour d’autres articles sur Delicious au sujet des tablettes.

La tablette comme technologie de rupture en bibliothèque

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Et si on refaisait le point sur la tablette en bibliothèque? C'est l'objectif de 
l'article du Library Journal, Meet the Tabletarians, paru au début de l'année 2015. La tablothèque a déjà une histoire : La tablette a été perçue, dès 2010, comme une 
solution pour révolutionner le service de la référence en libérant les 
bibliothécaires des chaînes qui les retenaient prisonniers à leur bureau. Mais le 
poids, la connexion approximative/la lenteur ont rapidement terni ces espoirs. Les 
tablettes sont retournées de l'autre côté du comptoir- et les bibliothécaires aussi.Incidemment, la présence de ces appareils mobiles au sein du personnel est devenue 
l'occasion d'expérimenter : Les tablettes ont opéré à la façon d'une technologie de rupture qui aura permis de concevoir d'autres possibilités en termes d'usages et de services. Qu'est-ce que l'on a imaginé depuis autour des tablettes? Quels sont les 
nouveaux services supportés par les tablothécaires? Plusieurs bibliothèques au 
Québec et à travers le monde ont intégré cette technologie dans leur programmation 
notamment comme une stratégie pour favoriser l'effet de tiers lieu. Puis, la 
technologie s'améliorant peu à peu, on assisterait aujourd'hui au retour en force dela référence nomade. 

Ce survol des pratiques et des services en bibliothèque impliquant la tablette  
a été discuté au sein d'un laboratoire vivant qui se tient dans les 
bibliothèques de Montréal. D'autres éléments d'informations sur le profil des 
tablonautes ont été partagés dans un article précédent.

La tablette, un perturbateur technologique

La référence nomade qui s’appuyait sur la tablette n’avait pas convaincue. La lourdeur, le peu d’ergonomie, le manque de connectivité avaient fini par en faire une sorte de tremplin, un prétexte pour raccompagner l’usager vers le bureau de référence plutôt qu’un service mobile autonome. Mais si les tablettes n’ont pas connu le succès escompté dans les allées, elles ont servi, en revenant du côté du personnel, à remettre en question la référence, ainsi que les autres services, et à explorer de nouvelles avenues, comme l’heure du conte avec des applications interactives ou les services hors-les-murs réinventés par exemple. La tablette a servi de technologie de rupture :

Et tandis que les iPads n’ont pas été très utiles dans les rayonnages, le programme a provoqué toute une série de conversations fondamentales sur le service de la référence sans le bureau de référence …«Le personnel a développé une conscience accrue de l’importance de rejoindre et d’aider les clients là où ceux-ci se trouvent (plutôt que d’obliger les clients à revenir à la réception)», explique Lewis. «À tout le moins, les iPads ont connu un très grand succès comme technologie de rupture qui a suscité de nombreuses discussions sur la prestation de services. »

Après les tâtonnements et les expérimentations, on assiste désormais à une intégration plus stratégique des tablettes qui permet d’améliorer l’efficacité et l’expérience en bibliothèque – en soulignant que cette expérience client doit pouvoir se mesurer à celle des commerces de détail que ce soit une librairie ou un Applestore.

L’essor des tablettes en bibliothèque se décline maintenant à travers un registre assez large de services : accès aux technologies numériques, prêt de tablettes sur place ou en prêt externe, libre-service, utilisation dans les activités et la formation, applications de bibliothèque pour la découverte de contenus exclusifs, applications éducatives (littéracie numérique, emplois, etc.), sélections de livres et de jeux, lecture de livres interactifs à voix haute pour les jeunes, valorisation thématique des ressources, stations de travail, kiosques de iPads pour les actualités, bars à informations à l’aide de tablettes, etc.

Cette tendance prend diverses formes, note Miller. Pour de nombreuses bibliothèques publiques, l’accès aux nouvelles technologies est une partie importante de leur mission, et même si les propriétaires d’une tablette sont à la hausse, les programmes qui prêtent des tablettes ou permettent à leurs clients d’utiliser celles de la bibliothèque sont devenus de plus en plus communs. Les bibliothèques installent les tablettes sur des étagères ou des supports pour servir de points d’aide à la référence pour les clients. Les instructeurs les intègrent dans les programmes et les cours. Et comme avec [BPL], de nombreuses bibliothèques sont à la recherche de moyens susceptibles de permettre au personnel de passer plus de temps avec les clients, le recours aux tablettes pourrait contribuer à répondre à cette demande.

La tablette, une tierce pratique

La tablette fait aussi parties des repères domestiques et des stratégies pour aménager la bibliothèque tiers lieu conçue comme un second chez-soi : «les bibliothèques sont devenues le « troisième espace » pour leurs communautés offrant un endroit loin de la maison et du bureau avec des sièges confortables, des ordinateurs, le wifi.»

D’un point de vue pratique, lorsqu’un usager est confortablement installé à un ordinateur ou une table, la perspective de quitter ses effets ou ses objets de valeur pour demander de l’aide peut s’avérer problématique, et on appréciera la présence des bibliothécaires nomades dans ce contexte.

Et puis, les tablettes ne sont plus ce qu’elles étaient naguère: Elles sont devenues moins lourdes, plus rapides, de moins en moins coûteuses. Elles peuvent être utilisées pour donner accès aux ressources de la bibliothèques, montrer comment emprunter des livres ou pour faire découvrir des sélections d’applications. Les fournisseurs proposent maintenant des solutions mobiles et développent des outils permettant d’emprunter, abonner, éditer un compte d’usager, accepter des paiements pour des amendes, renouveler un prêt ou réserver un document, utiliser des listes et des inventaires en temps réel pour l’élagage, etc.

Il semble aussi plus cohérent de préférer les tablettes à une autre sorte d’interface quand il s’agit d’aider ou d’accompagner un usager considérant qu’il retournera chez lui pour refaire les démarches apprises ou accéder à ces ressources sur des appareils mobiles. Ces pratiques adaptées à celles des usagers favorisent la continuité et la familiarité de l’expérience de même que l’effet de la bibliothèque comme prolongement de la maison.

Une diversité de modèles de services

Différents projets pilotes explorant différents modèles de services sont mis en place aux États-Unis, en France et au Québec.

San Diego public Library, le prêt de masse.  Cette bibliothèque inaugurée récemment est réputée pour son programme technologique innovateur prévoyant plus de trois cents dispositifs mobiles. L’offre mobile comprend le prêt de iPads, iPads mini, Chromebooks, Kindle, et Sony Readers ainsi que des stations de travail (working stations) qui exposent des collections de documents rares.

Hennepin County Library,  une référence pour les projets pilote de tablettes destinés au personnel. Ce réseau a été reconnu comme Top Innovator 2013 par le Urban Libraries Council pour son projet pilote de tablettes conçu dans le but de développer les compétences du personnel. Ce projet a été étendu aux 41 succursales.

Brooklyn Public Library, un leader pour le prêt externe de tablettes. Depuis 2013 la bibliothèque publique de Brooklyn (Brooklyn Public Library, BPL) s’est doté d’un programme de prêt externe gratuit de tablettes avec 1000 Google Nexus 7 pour les enfants, les adultes et les éducateurs de Brooklyn. Ce projet a été rendu possible grâce à un don de Google, de l’État de New York et du Fonds pour les écoles publiques. Les tablettes offrent les applications de la bibliothèque ainsi qu’une sélection orientée sur l’éducation et l’alphabétisation.  Le programme est disponible en ligne avec les informations concernant les conditions du prêt, la politique, une foire aux questions et un tutoriel.

Chicago Public Library annonce le prêt externe de routeurs et de tablettes. Trois bibliothèques du réseau de Chicago ont annoncé le prêt externe de tablettes ainsi que le prêt de routeurs en février dans le but de contribuer à réduire la fracture numérique. »

Le prêt de tablettes en libre-service dans les bibliothèques de Montréal. À l’instar de certaines bibliothèques américaines, on trouve du prêt de tablettes en libre- service dans les bibliothèques de Montréal. Le prêt de liseuses n’a plus la cote auprès des usagers. Les abonnés peuvent emprunter des iPads par le biais du dispositifs de prêts NetSpot en libre-service aux bibliothèques Du Boisé et Pierrefonds , ou au comptoir de services à la bibliothèque Marc-Favreau. Très populaire, le prêt est destiné à une utilisation sur place. Les nouvelles bibliothèques Saul-Bellow (Lachine), et Benny (Notre-Dame-de-Grâce) qui ouvriront  leurs portes cette année prévoient aussi ce service. Ailleurs au Québec, la bibliothèque de Saint-Lambert est un autre exemple.

Le prêt de tablettes externe se retrouvent essentiellement dans les bibliothèques universitaires québécoises. Note : À l’université de Montréal on peut voir en ligne la disponibilité des tablettes.

Ailleurs au Canada, on semble plutôt orienté vers le prêt de portables que de tablettes. À Edmonton, le prêt de Chromebook est disponible  à l’intérieur de la bibliothèque pour la journée.

En France, une carte présente les établissements qui prêtent des lieuses et des tablettes : https://www.google.com/maps/d/edit?mid=zNsEEEK68_-I.khelhmAlzdNU

À confirmer, il s’agirait essentiellement de prêt sur place. Dans cette veine, les bibliothèques de Paris annonçaient le prêt de 250 iPads en  juin 2014. Des listes de bibliothèques engagées dans ce modèle de services sont recensées sur Bibliopedia (une mise à jour serait requise). Ce Storify documente le contexte des  bibliothèques françaises où les appareils mobiles semblent susciter beaucoup d’enthousiasme.

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Aujourd’hui, les initiations à l’utilisation des tablettes font généralement partie des cours de base des bibliothèques aux États-Unis, au Canada et en Europe. C’est bien connu que les grande villes canadiennes (Toronto, Vancouver, Edmonton) sont très fortes en matière de littéracie numérique : la quantité et la qualité des ateliers y est affolante (insane). Du côté de Halifax, où se trouve la nouvelle bibliothèque dont tout le monde parle, on propose la formation 1:1 en invitant les gens à se présenter pour des séances personnalisées sur les liseuses et les tablettes. Un guide d’introduction à la tablette (Hello iPad en format pdf) est aussi accessible en ligne pour les autodidactes débutants.

Mais, au Québec, même la bibliothèque de Saint-Tite, à travers le réseau Biblio, a ses ateliers sur les tablettes (Android ou iPad, mais c’est payant), pendant que la bibliothèque de Saint-Jean-sur-le-Richelieu vante la qualité de ses propres formations sur le sujet.

La bibliothèque d’Outremont s’apprête à offrir une formation gratuite : iPad pour les aînés d’une durée de10 semaines, les mercredis matins, en partenariat avec le Centre d’éducation des adultes. Les tablettes sont fournies.

Et l’applithécaire ?

Le développement de collections, traditionnellement orienté sur le livre, puis sur les autres types de documents (musique, films, jeu, etc.) se renouvelle encore à travers le développement de collections d’applications. Cette fonction introduisant un nouveau profil, celui de l’applithécaire (hum).

On peut voir un exemple intéressant d’une démarche de sélection d’applications du côté de la bibliothèque du MIT.

Si vous connaissez des projets pilote autour des appareils mobiles au Québec ou ailleurs, dans le milieu des bibliothèques ou de l’éducation, n’hésitez pas à alimenter ce survol.

Dans un troisième article, des scénarios de développement de services en fonction des publics seront présentés, avec une liste de ressources. 

Source : Flickr Sascha Müsse, cc-by-sa

 

Mobilité et mobinautes : Toutes les générations numériques adoptent la tablette

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Tablonautes, tablothèques, tablothécaires et applithécaires, ou comment répondre auxattentes de la génération “tablette” en bibliothèque ? C’est le thème que les parti-cipant(e)s ont ingénieusement exploré à la bibliothèque Marc-Favreau le 17 mars 2015dans le cadre d’une démarche de laboratoire vivant. Constat :  Dans les foyers commeà l'école, toutes les générations numériques adoptent la tablette.

À travers cet échange sur les usages liés aux tablettes numériques, diverses sources ont été explorées dont cette enquête du Cefrio sur la mobilité au Québec publiée en janvier 2015.

La popularité de la tablette numérique s’accélère au Québec

Dans son rapport sur les usages des mobinautes en 2014, le Cefrio constate la progression de la tablette numérique chez les adultes québécois (39 %). Ce taux atteint près de 55% chez les adultes de 25 à 34 ans. De plus, 13 % des gens avaient l’intention de s’acheter une tablette en 2014.

Les résultats publiés par le Cefrio en juillet 2014 affirmaient qu’un foyer sur deux (45%) au Québec était équipé d’une tablette. Dans les foyers avec des enfants, ce taux s’élevait à 64%.

Par ailleurs, le taux d’adoption du téléphone intelligent augmente aussi chez les adultes du Québec (52 %), surtout les adultes de 25 à 34 ans (80 %).

En revanche, l’adoption du baladeur numérique, qui avait déjà beaucoup diminué au cours des dernières années, se stabilise. L’usage de la liseuse numérique reste faible (moins de 8% des adultes), et peu de  Québécois auraient l’intention de se doter d’une liseuse au cours de la prochaine année.

Être ou ne pas être sur la tablette

La tablette numérique et le téléphone intelligent sont en progression au Québec. Plus de 50 % des adultes possèdent l’un de ces deux appareils qui leur permet d’accéder à des applications mobiles.

Parallèlement, on observe une diminution du nombre d’adultes au Québec qui ne sont pas dotés de l’un ou l’autre de ces appareils numériques mobiles (téléphone intelligent, téléphone mobile de base, tablette numérique, baladeur numérique ou liseuse numérique). On estime qu’un adulte sur cinq ne possède aucun de ces appareils (soit moins de 18% des adultes québécois).

Le nombre de Canadiens disposant d’un téléphone intelligent est plus élevé (56%) qu’au Québec. On prévoit qu’en 2017 aux États-Unis, les mobinautes représenteront 80% de la population et au Canada, 65,5 %.

Qu’est-ce qu’on fait sur les mobiles ?

Selon le Cefrio, les appareils mobiles sont utilisés pour aller sur Internet : On attribue la croissance des mobinautes au nombre d’adultes qui vont sur Internet par le biais d’un téléphone intelligent ou d’une tablette.

Ce sont surtout les 18 à 44 ans qui se connectent à Internet à l’aide d’un téléphone intelligent (70 % des adultes).  Les adultes de 25 à 54 ans (45 %) utilisent davantage la tablette à cette fin.

Seulement 1,6 % des adultes  ont recours à la liseuse numérique pour se connecter à Internet.

Les activités de communication pratiquées sur les appareils mobiles, même si elles tendent à se diversifier, se concentrent principalement sur le courriel (84,8 %) et les courts messages – clavardage, messagerie instantanée ou textos (83,2 %).

Les deux tiers des mobinautes téléchargent des applications (69 %) pour des activités de divertissement. Les appareils mobiles sont utilisés pour pratiquer les trois activités suivantes :

  •  lire des nouvelles et consulter l’actualité (65%)
  • écouter des vidéos, des webtélés, des webradios (55 %)
  • jouer à des jeux (52 %)

Un mobinaute sur cinq (19,5 %) télécharge des livres, cette donnée est le même depuis 2012.

Bye bye la liseuse numérique et le baladeur numérique

Moins de 8% des adultes québécois possèdent un liseuse numérique. Par ailleurs, ils sont peu nombreux à avoir l’intention de se doter d’une liseuse au cours de la prochaine année.

Les Américains ont adopté avec plus d’enthousiasme que les Québécois cet équipement de lecture : Un Américain sur trois possède une liseuse (32%). Chez les 30 à 49 ans, ce taux  atteint 40 % – une proportion qui augmente encore chez les personnes dont les revenus sont élevés

Ce déclin relatif pourrait aussi affecter le baladeur numérique.

L’adoption des liseuses a été laborieuse au Québec, et l’usage des tablettes tend à supplanter ce dispositif de lecture. Les tablettes offrent plus de fonctions, notamment la possibilité de lire des fichiers audio de type MP3 ou autre, ce qui expliquerait qu’on les préfèrent au baladeur numérique.

On fait l’hypothèse que les tablettes et des téléphones intelligents sont devenues les principales plate-formes de divertissement numérique en raison de leur versatilité.

La génération tablette

L’usage des tablettes tend à répandre dans le milieu scolaire. Les questions que soulèvent cette présence sont nombreuses : Quel est l’intérêt pédagogique ? Qu’est-ce qu’on peut apprendre, et comment, à l’aide de celle-ci ? Combien de temps devrait-on consacrer aux écrans ? Produire, consommer, travailler, jouer, y a t-il encore une différence ?

Malgré les débats, la perception de cette technologie par les étudiants est positive.

Selon une enquête récente aux États-Unis, les étudiants du primaire et du secondaire croient, dans une large majorité (90%), que les tablettes transformeront la façon dont ils vont apprendre à l’avenir et, notamment, qu’elles rendront l’apprentissage plus amusant.

L’enquête a révélé que, même si les élèves (de tous les âges) sont toujours plus nombreux à utiliser des appareils mobiles et en être propriétaires,  l’accès à Internet haute vitesse et le 1:1 avec un équipement représentent encore un défi  significatif dans les écoles américaines.  Seulement 62% des étudiants ont accès au wifi à l’école, contre 93% des élèves qui disposent de ce service à la maison. Cela signifie qu’un étudiant sur six (16%) fréquente une école qui offre un ordinateur portable ou une tablette à chacun.

«Les résultats de l’étude de cette année montrent un niveau élevé d’optimisme, d’engagement et de confiance envers les appareils mobiles chez les étudiants américains», a déclaré Douglas Kubach, président, du groupe Pearson. « Alors que nous assistons à une croissance constante de l’utilisation des appareils mobiles parmi les étudiants pour le travail scolaire, il existe toujours un écart entre l’accès à domicile et l’accès à l’école, ce qui empêche de nombreuses écoles de tirer pleinement parti des technologies d’apprentissage numériques disponibles aujourd’hui qui sont susceptibles de contribuer à l’amélioration des expériences éducatives des étudiants.»

Pour le travail scolaire, les ordinateurs portables demeurent le plus utilisés par les étudiants. Ce sont les étudiants du secondaire surtout qui utilisent les portables. Les tablettes sont davantage répandues chez les élèves du primaire.

Au Québec, les tablettes suscitent un intérêt qui se traduit par des expérimentations en classe appuyées par le Ministère. Elle sont aussi perçues favorablement par les chercheurs :

Malgré toutes ces difficultés — qu’il appelle poliment des « défis » —, Thierry Karsenti reste convaincu que la tablette a sa place en classe. Pourquoi se contenter de soporifiques cours magistraux quand Google Earth permet de découvrir Tokyo ou Athènes en mode immersif et que la magie de l’écran tactile permet de manipuler une molécule chimique modélisée ? Quand l’appareil est utilisé à son plein potentiel, les jeunes en redemandent au lieu d’aller voir en cachette leur iMessagerie. Les professeurs de français notent aussi que les jeunes lisent davantage sur ce support pouvant contenir plus de livres électroniques que leur bibliothèque scolaire tout entière. Un avantage, à une époque où les jeunes lisent beaucoup de textos, mais très peu de littérature ! (L’actualité)

En somme, toutes les générations numériques adoptent la tablette, mais les adultes plus âgés et les enfants du primaire sont ses plus fervents utilisateurs. Plate-forme de divertissement, d’information et d’apprentissage pour tous, comment intégrer désormais cette technologie dans le contexte social de la bibliothèque ? Comment l’inscrire dans un projet critique et durable?

Ce billet sera suivi d’un survol des services repensés à l’aide des tablettes dans les bibliothèques à travers le monde.

[Notes de lecture] La couleur de l’aube par Yanick Lahens : quelque chose de faulknérien

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C'est la dernière semaine de février. Je m'invite dans ce mois de célébration pour
 partager quelques lectures qui m'ont enchantée entre 2014 et 2015.

La couleur de l’aube par Yanick Lahens, Sabine Wiespieser éditeur, 2008.

Roman, drame psychologique. Prose chaloupée à deux voix, deux chants de femmes qui se répondent en attente d’un frère disparu, d’un homme, d’un pays à libérer, d’un salut : l’aube a la couleur de ces espoirs trop grands. Cette narration sophistiquée embrasse une diversité d’émotions et de points de vue face à l’étau post-colonial, aussi bien que familial. Les êtres humains, tantôt s’épuisent, tantôt se galvanisent dans la quête quotidienne des opportunités. Certains lecteurs auront vu, avec justesse, quelque chose de faulknérien dans cette écriture dense à la fois intime et politique.

Yanick Lahens a remporté le prix Fémina pour Bain de lune en 2014.

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[Notes de lectures] Après Anna Karénine, Aminata par Lawrence Hill

Aminata

C'est la dernière semaine de février. Je m'invite dans ce mois de célébration pour
 partager quelques lectures qui m'ont enchantée entre 2014 et 2015.

Aminata par Lawrence Hill, traduit de l’anglais par Carole Noël, Éditions de la Pleine Lune, 2011.

Paru sous le titre original de The Book of Negroes, ce passionnant roman historique s’appuie sur un corpus de recherches considérable. Aminata est le double narratif, dans sa version féminine, de l’esclave Olaudah Equiano qui a rédigé au 18ième siècle une autobiographie devenu un classique de la littérature sur l’esclavage. Cette oeuvre est un nouveau classique et le personnage d’Aminata campe une héroïne plus grande que nature aussi mythique qu’Anna Karénine. Le périple de l’esclave Aminata, née libre en Afrique, l’amène en Caroline du Sud (Charleston), en passant par New York où elle côtoie la révolution américaine, puis en Nouvelle-Écosse (Canada) avant de retourner sur le continent africain en Sierra Leone. C’est à Londres qu’elle achève sa longue marche après d’être s’engagée auprès des partisans de la cause abolitionniste leur procurant une caution morale.

Le récit révèle un pan méconnu de l’histoire des loyalistes noirs qui s’étaient installés en Nouvelle-Écosse avec la promesse d’une vie meilleure jamais réalisée. Las d’attendre, des milliers d’entre eux choisirent de quitter ces conditions de misère pour participer à la fondation du Sierre Leone. Dans ce combat pour la liberté, la parole et la maîtrise des compétences liés à l’écriture et la lecture sont les armes d’Aminata. À travers cette narration au «je», Aminata revendique aussi l’ultime liberté qui est celle d’écrire sa vision du monde et son histoire dans les termes qui sont les siens.

Prix Canada Reads 2009 et Commonwealth Writer’s Prize.

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