Mobilité et mobinautes : Toutes les générations numériques adoptent la tablette

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Tablonautes, tablothèques, tablothécaires et applithécaires, ou comment répondre auxattentes de la génération “tablette” en bibliothèque ? C’est le thème que les parti-cipant(e)s ont ingénieusement exploré à la bibliothèque Marc-Favreau le 17 mars 2015dans le cadre d’une démarche de laboratoire vivant. Constat :  Dans les foyers commeà l'école, toutes les générations numériques adoptent la tablette.

À travers cet échange sur les usages liés aux tablettes numériques, diverses sources ont été explorées dont cette enquête du Cefrio sur la mobilité au Québec publiée en janvier 2015.

La popularité de la tablette numérique s’accélère au Québec

Dans son rapport sur les usages des mobinautes en 2014, le Cefrio constate la progression de la tablette numérique chez les adultes québécois (39 %). Ce taux atteint près de 55% chez les adultes de 25 à 34 ans. De plus, 13 % des gens avaient l’intention de s’acheter une tablette en 2014.

Les résultats publiés par le Cefrio en juillet 2014 affirmaient qu’un foyer sur deux (45%) au Québec était équipé d’une tablette. Dans les foyers avec des enfants, ce taux s’élevait à 64%.

Par ailleurs, le taux d’adoption du téléphone intelligent augmente aussi chez les adultes du Québec (52 %), surtout les adultes de 25 à 34 ans (80 %).

En revanche, l’adoption du baladeur numérique, qui avait déjà beaucoup diminué au cours des dernières années, se stabilise. L’usage de la liseuse numérique reste faible (moins de 8% des adultes), et peu de  Québécois auraient l’intention de se doter d’une liseuse au cours de la prochaine année.

Être ou ne pas être sur la tablette

La tablette numérique et le téléphone intelligent sont en progression au Québec. Plus de 50 % des adultes possèdent l’un de ces deux appareils qui leur permet d’accéder à des applications mobiles.

Parallèlement, on observe une diminution du nombre d’adultes au Québec qui ne sont pas dotés de l’un ou l’autre de ces appareils numériques mobiles (téléphone intelligent, téléphone mobile de base, tablette numérique, baladeur numérique ou liseuse numérique). On estime qu’un adulte sur cinq ne possède aucun de ces appareils (soit moins de 18% des adultes québécois).

Le nombre de Canadiens disposant d’un téléphone intelligent est plus élevé (56%) qu’au Québec. On prévoit qu’en 2017 aux États-Unis, les mobinautes représenteront 80% de la population et au Canada, 65,5 %.

Qu’est-ce qu’on fait sur les mobiles ?

Selon le Cefrio, les appareils mobiles sont utilisés pour aller sur Internet : On attribue la croissance des mobinautes au nombre d’adultes qui vont sur Internet par le biais d’un téléphone intelligent ou d’une tablette.

Ce sont surtout les 18 à 44 ans qui se connectent à Internet à l’aide d’un téléphone intelligent (70 % des adultes).  Les adultes de 25 à 54 ans (45 %) utilisent davantage la tablette à cette fin.

Seulement 1,6 % des adultes  ont recours à la liseuse numérique pour se connecter à Internet.

Les activités de communication pratiquées sur les appareils mobiles, même si elles tendent à se diversifier, se concentrent principalement sur le courriel (84,8 %) et les courts messages – clavardage, messagerie instantanée ou textos (83,2 %).

Les deux tiers des mobinautes téléchargent des applications (69 %) pour des activités de divertissement. Les appareils mobiles sont utilisés pour pratiquer les trois activités suivantes :

  •  lire des nouvelles et consulter l’actualité (65%)
  • écouter des vidéos, des webtélés, des webradios (55 %)
  • jouer à des jeux (52 %)

Un mobinaute sur cinq (19,5 %) télécharge des livres, cette donnée est le même depuis 2012.

Bye bye la liseuse numérique et le baladeur numérique

Moins de 8% des adultes québécois possèdent un liseuse numérique. Par ailleurs, ils sont peu nombreux à avoir l’intention de se doter d’une liseuse au cours de la prochaine année.

Les Américains ont adopté avec plus d’enthousiasme que les Québécois cet équipement de lecture : Un Américain sur trois possède une liseuse (32%). Chez les 30 à 49 ans, ce taux  atteint 40 % – une proportion qui augmente encore chez les personnes dont les revenus sont élevés

Ce déclin relatif pourrait aussi affecter le baladeur numérique.

L’adoption des liseuses a été laborieuse au Québec, et l’usage des tablettes tend à supplanter ce dispositif de lecture. Les tablettes offrent plus de fonctions, notamment la possibilité de lire des fichiers audio de type MP3 ou autre, ce qui expliquerait qu’on les préfèrent au baladeur numérique.

On fait l’hypothèse que les tablettes et des téléphones intelligents sont devenues les principales plate-formes de divertissement numérique en raison de leur versatilité.

La génération tablette

L’usage des tablettes tend à répandre dans le milieu scolaire. Les questions que soulèvent cette présence sont nombreuses : Quel est l’intérêt pédagogique ? Qu’est-ce qu’on peut apprendre, et comment, à l’aide de celle-ci ? Combien de temps devrait-on consacrer aux écrans ? Produire, consommer, travailler, jouer, y a t-il encore une différence ?

Malgré les débats, la perception de cette technologie par les étudiants est positive.

Selon une enquête récente aux États-Unis, les étudiants du primaire et du secondaire croient, dans une large majorité (90%), que les tablettes transformeront la façon dont ils vont apprendre à l’avenir et, notamment, qu’elles rendront l’apprentissage plus amusant.

L’enquête a révélé que, même si les élèves (de tous les âges) sont toujours plus nombreux à utiliser des appareils mobiles et en être propriétaires,  l’accès à Internet haute vitesse et le 1:1 avec un équipement représentent encore un défi  significatif dans les écoles américaines.  Seulement 62% des étudiants ont accès au wifi à l’école, contre 93% des élèves qui disposent de ce service à la maison. Cela signifie qu’un étudiant sur six (16%) fréquente une école qui offre un ordinateur portable ou une tablette à chacun.

«Les résultats de l’étude de cette année montrent un niveau élevé d’optimisme, d’engagement et de confiance envers les appareils mobiles chez les étudiants américains», a déclaré Douglas Kubach, président, du groupe Pearson. « Alors que nous assistons à une croissance constante de l’utilisation des appareils mobiles parmi les étudiants pour le travail scolaire, il existe toujours un écart entre l’accès à domicile et l’accès à l’école, ce qui empêche de nombreuses écoles de tirer pleinement parti des technologies d’apprentissage numériques disponibles aujourd’hui qui sont susceptibles de contribuer à l’amélioration des expériences éducatives des étudiants.»

Pour le travail scolaire, les ordinateurs portables demeurent le plus utilisés par les étudiants. Ce sont les étudiants du secondaire surtout qui utilisent les portables. Les tablettes sont davantage répandues chez les élèves du primaire.

Au Québec, les tablettes suscitent un intérêt qui se traduit par des expérimentations en classe appuyées par le Ministère. Elle sont aussi perçues favorablement par les chercheurs :

Malgré toutes ces difficultés — qu’il appelle poliment des « défis » —, Thierry Karsenti reste convaincu que la tablette a sa place en classe. Pourquoi se contenter de soporifiques cours magistraux quand Google Earth permet de découvrir Tokyo ou Athènes en mode immersif et que la magie de l’écran tactile permet de manipuler une molécule chimique modélisée ? Quand l’appareil est utilisé à son plein potentiel, les jeunes en redemandent au lieu d’aller voir en cachette leur iMessagerie. Les professeurs de français notent aussi que les jeunes lisent davantage sur ce support pouvant contenir plus de livres électroniques que leur bibliothèque scolaire tout entière. Un avantage, à une époque où les jeunes lisent beaucoup de textos, mais très peu de littérature ! (L’actualité)

En somme, toutes les générations numériques adoptent la tablette, mais les adultes plus âgés et les enfants du primaire sont ses plus fervents utilisateurs. Plate-forme de divertissement, d’information et d’apprentissage pour tous, comment intégrer désormais cette technologie dans le contexte social de la bibliothèque ? Comment l’inscrire dans un projet critique et durable?

Ce billet sera suivi d’un survol des services repensés à l’aide des tablettes dans les bibliothèques à travers le monde.

[Notes de lecture] La couleur de l’aube par Yanick Lahens : quelque chose de faulknérien

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C'est la dernière semaine de février. Je m'invite dans ce mois de célébration pour
 partager quelques lectures qui m'ont enchantée entre 2014 et 2015.

La couleur de l’aube par Yanick Lahens, Sabine Wiespieser éditeur, 2008.

Roman, drame psychologique. Prose chaloupée à deux voix, deux chants de femmes qui se répondent en attente d’un frère disparu, d’un homme, d’un pays à libérer, d’un salut : l’aube a la couleur de ces espoirs trop grands. Cette narration sophistiquée embrasse une diversité d’émotions et de points de vue face à l’étau post-colonial, aussi bien que familial. Les êtres humains, tantôt s’épuisent, tantôt se galvanisent dans la quête quotidienne des opportunités. Certains lecteurs auront vu, avec justesse, quelque chose de faulknérien dans cette écriture dense à la fois intime et politique.

Yanick Lahens a remporté le prix Fémina pour Bain de lune en 2014.

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[Notes de lectures] Après Anna Karénine, Aminata par Lawrence Hill

Aminata

C'est la dernière semaine de février. Je m'invite dans ce mois de célébration pour
 partager quelques lectures qui m'ont enchantée entre 2014 et 2015.

Aminata par Lawrence Hill, traduit de l’anglais par Carole Noël, Éditions de la Pleine Lune, 2011.

Paru sous le titre original de The Book of Negroes, ce passionnant roman historique s’appuie sur un corpus de recherches considérable. Aminata est le double narratif, dans sa version féminine, de l’esclave Olaudah Equiano qui a rédigé au 18ième siècle une autobiographie devenu un classique de la littérature sur l’esclavage. Cette oeuvre est un nouveau classique et le personnage d’Aminata campe une héroïne plus grande que nature aussi mythique qu’Anna Karénine. Le périple de l’esclave Aminata, née libre en Afrique, l’amène en Caroline du Sud (Charleston), en passant par New York où elle côtoie la révolution américaine, puis en Nouvelle-Écosse (Canada) avant de retourner sur le continent africain en Sierra Leone. C’est à Londres qu’elle achève sa longue marche après d’être s’engagée auprès des partisans de la cause abolitionniste leur procurant une caution morale.

Le récit révèle un pan méconnu de l’histoire des loyalistes noirs qui s’étaient installés en Nouvelle-Écosse avec la promesse d’une vie meilleure jamais réalisée. Las d’attendre, des milliers d’entre eux choisirent de quitter ces conditions de misère pour participer à la fondation du Sierre Leone. Dans ce combat pour la liberté, la parole et la maîtrise des compétences liés à l’écriture et la lecture sont les armes d’Aminata. À travers cette narration au «je», Aminata revendique aussi l’ultime liberté qui est celle d’écrire sa vision du monde et son histoire dans les termes qui sont les siens.

Prix Canada Reads 2009 et Commonwealth Writer’s Prize.

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[Notes de lecture ] treize nouvelles vaudou par Gary Victor

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C'est la dernière semaine de février. Je m'invite dans ce mois de célébration pour 
partager quelques lectures qui m'ont enchantée entre 2014 et 2015.

treize nouvelles vaudou par Gary Victor, Mémoire d’encrier, 2013.

Dans le ton et la manière, on renoue allègrement avec l’empreinte d’Edgar Allan Poe ou de Maupassant. La narration classique, sur le ton de la confidence, coule vive et limpide, offrant un divertissement intelligent qui confrontent, en les renvoyant dos à dos, les savoirs/mythes traditionnels et la rationalité scientifique.

Mais, toutes choses étant égales par ailleurs, on a plutôt envie de croire ces récits vaudou, car ils célèbrent si habilement l’animal littéraire en nous, notre capacité à imaginer du surnaturel, notre soif de prodiges, notre curiosité pour les choses étranges, toute la panoplie des dispositifs qui nous amènent à tisser du quasi-réel en s’accrochant à nos mémoires ataviques: des morts qui se réveillent, des femmes possédées, des filtres de sorciers, des politiciens qui pactisent avec le diable, un doigt et un fémur qui tuent les vilains… On convoque les esprits moqueurs ou vengeurs pour détourner les parti-pris de la misère et de la détresse, à Haïti, comme ici. Victor ne se prive pas d’y aller avec une bonne dose de cynisme pour les figures du pouvoir ou la bêtise en général si bien que l’humour joue, sur différents registres, un des rôles principaux dans ces contes fantastiques. Et la magie opère.

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[Notes de lecture] Vingt-quatre heures dans la vie d’une nuit par Franz Benjamin

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C'est la dernière semaine de février. Je m'invite dans ce mois de célébration pour 
partager quelques lectures qui m'ont enchantée entre 2014 et 2015.

Vingt-quatre heures dans la vie d’une nuit – Secousses / Franz Benjamin, Mémoire d’encrier, 2010.

C’est le cinquième recueil de poésie de l’auteur qui se consacre aussi à la vie politique montréalaise. Il fait chaud dans ses textes, il faut s’éventer souvent, et on ne sait jamais si l’on va se réveiller à l’aéroport de Montréal où à celui de Port-au Prince. Écriture en mouvement, trajectoire éclatée, on décolle le soir, pour se sentir vivant, pour éviter l’abandon ou l’absence, pour immigrer (de soi – même si c’est intransitif). Quête de l’autre, désir d’y séjourner, sans être immobile, de partager le même élan, via la rue ou la mer, en avion, en métro, qu’importe la destination, qu’importe la ville, alors que les jours, et surtout les nuits nourrissent cette accélération fiévreuse, cette angoisse native, cette peur de ne pas être là, en poésie comme ailleurs, aux limites de la détresse amoureuse, liés, et pourtant libres.

Avec du jazz comme fond sonore.

Extrait du poème Mot de passe:

Rue des Marguerites
un soir de juillet
j’ai accroché ma chemise à un lampadaire

L’arôme de ta couleur café
l’exaltation de tes mains
sur mon midi plein
le mugissement de ton rouge à lèvres
l’exégèse de tes cris
le silence de tes pas

De la solitude
je n’ai gardé que le bruit
du vieux Macintosh des années quatre-vingt-dix
qui me dit quand tu n’es pas là
que la solitude est amour

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